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Full text of "Histoire des protestants de Provence, du comtat Venaissin et de la principauté d'Orange"

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Arnaud, E. 1826-1904. 
Histoire des protestants de 
Provence 



Digitized by the Internet Archive 

in 2010 with funding from 

University of Ottawa 



http://www.archive.org/details/histoiredespro01arna 



HISTOIRE 

DES 

PROTESTANTS DE PROVENCE 

DU COMTAT VENAISSIN 
ET DE LA PRINCIPAUTÉ D'ORANGE 



VOLUME PREMIER 
PROVENCE 



OUVRAGES HISTORIQUES DU MÊME AUTEUR 



Notice historique et bibliographique sur les imprimeurs de l'Académie pro- 
testante de Die en Dauphiné au XVIP siècle; Grenoble, 1870, in-S" , 
56 pages. 

Histoire de l'Académie protestante de Die en Dauphiné au XVII' siècle, 
Paris, 1872, in-B", 116 pages. 

Notice historique et bibliographique sur les controverses religieuses en Dau- 
phiné pendant la période de l'édit de Nantes; Grenoble, 1872, in-8° , 
64 pages. 

Notice sur David de Redon, professeur de philosophie à Die, Orange et 
Genève ; Nîmes, 1872, in-S", 27 pages. 

Documents protestants inédits du XVI* siècle, etc.; Paris, 1872, in-8», 
91 pages. 

Statistique des Eglises réformées et des pasteurs de la province du Dauphiné 
aux seizième et dix-septième siècles; Valence, 1874, in-8°, 29 pages. 

Histoire des Eglises réformées de la VaUée de Bourdeaux en Dauphiné; 
Paris, 1876, in-S", ço pages. 

Millet (et Arnaud) , Notice sur les imprimeurs d'Orange et les livres sortis 
de leurs presses; Valence, 1877, in-8°, jy pages. 

Histoire des protestants du Dauphiné aux XVP , XVI1° et XVIII" siècles; 
Paris, 1876 à 1877, in-8», 5 volumes [épuisé). 

Carte de Dauphiné avant le traité d'Utrecht de 171 5, in-folio. 

Deux médailles de la Samt-Barthélemy ; Genève, imprimerie de J.-G. Fick; 
Paris, librairie Grassart , in-12 (réimpression d'une plaquette du XVI» 
siècle). — i88r 



TOULOUSE. — IMPRIMERIE A. CHAUVIN ET FILS, RUE DES SALBNQUES , 28. 



HISTOIRE 



DES 



PROTESTANTS 

DE PROVENCE 
DU COMTAT VENAISSIN 

ET DE LA 

PRINCIPAUTÉ D'ORANGE 

AVEC 

UNE CARTI-: DE L'ANCIENNE PROVENCE 

PAR 

E. ARNAUD 

PASTEUR 
PRÉSIDENT DU CONSISTOIRE DE CREST , OFFICIER DACADÉMIE 



VOLUME PREMIER 

PROVENCE 



PARIS 

LIBRAIRIE FISCHBACHER 

33, RUE DE SEINE, 33 



//' 



AVANT-PROPOS 




A sympathie avec laquelle le public a 
accueilli notre Histoire des protestants 
du Dauphiné (Paris, 1875 à 1876, 
3 vol. in-8°), nous a encouragé à pour- 
suivre nos travaux historiques et, pour 
enrichir d'une étude nouvelle les annales des dix- 
huit provinces ecclésiastiques ou synodales que comp- 
tait l'ancienne Eglise réformée de France et dont trois 
seulement on trouvé des historiens, le Poitou, la Bre- 
tagne et le Dauphiné , nous avons choisi V Histoire des 
protestants de Provence, qui n'a pas encore été écrite. 

Aussi bien cette province est peu connue au point de 
vue protestant. A part quelques travaux partiels, parus 
ces dernières années , comme l'intéressant ouvrage du 
pasteur Louis Frossard sur le massacre des Vaudois de 
Mérindol et de Cabrières et la savante et impartiale 
Histoire des guerres de religion en Provence du docteur 
Gustave Lambert, il n'a été pubhé aucun travail d'en- 
semble sur le sujet que nous traitons. 

Ce n'est pas que nous attachions une importance se- 
condaire aux deux ouvrages que nous venons de citer. 



VI WANT-PROPOS. 

Bien loin de là , et il ne nous en coûte même pas de 
dire que, dans leur cadre restreint, ce sont des œuvres 
achevées. Tel est spécialement le cas du livre de 
M. Lambert, qu'il serait difficile de mieux faire. Aussi 
l' avons-nous suivi presque pas à pas, en l'abrégeant, 
dans la portion de notre ouvrage correspondant au sien. 
Quant à la monographie de M. Frossard, la publication 
récente de la Correspondance de Calvin et de quelques 
autres travaux , aussi bien que nos recherches particu- 
lières, nous ont permis de combler plusieurs de ses la- 
cunes, de l'enrichir même de chapitres entièrement neuls 
dont l'importance n'échappera à personne. 

Pour ce qui est des autres parties de notre œuvre , les 
lecteurs pourront s'assurer qu'elles ont été rédigées sur 
des documents pour la plupart inédits. On y signalera 
sans doute des lacunes, surtout pour l'époque du Désert ; 
toutefois la faute en est , non pas à nos recherches , mais à 
la rareté des matériaux relatifs à l'histoire des protestants 
de Provence. Le mouvement réformateur de ce pays, 
qui donna d'abord de si belles espérances, puisque, en 
l'année 1560, on y comptait jusqu'à soixante Eglises 
« dressées , » fut , en effet , comprimé dès son berceau 
par d'horribles massacres, qui glacèrent d'effroi ses 
adeptes et les empêchèrent de s'étendre. Les guerres 
de religion du seizième siècle , particulièrement meur- 
trières en Provence, qui furent témoins de la mort pré- 
coce des grands capitaines huguenots Paulon de Mau- 
vans et le baron d'Allemagne, firent le reste, sans parler 
des violences exceptionnelles du Parlement d'Aix et de 
la partialité excessive des derniers commissaires exé- 
cuteurs de l'édit de Nantes , qui supprimèrent presque 



AVANT-PROPOS VII 

toutes les Eglises réformées de Provence. Les lois 
barbares du dix-huitième siècle, qui ne tendaient à rien 
moins qu'à l'entière destruction du « petit troupeau, » 
ne purent que l'affaiblir considérablement. 

Néanmoins, il reste encore à cette heure, dans les 
trois départements formés de l'ancienne Provence, douze 
Eglises réformées reconnues par l'Etat, sans compter 
leurs annexes, et les Eglises indépendantes du Httoral 
de la Méditerranée. 

En terminant, c'est pour nous un devoir aussi doux 
qu'impérieux de remercier les obligeants bibliophiles 
qui ont mis à notre disposition les trésors de leurs 
bibliothèques (i), et les amis des études historiques qui 
ont bien voulu collationner pour nous des documents 
imprimés ou manuscrits qui n'étaient pas à notre por- 
tée (2). 



(1) MM. de Gallier, de Tain; Vallentin, de Montélimar; Brun-Durand, 
deCrest; Rattier , de Saint-Laurent-du-Pape ; et le marquis de Clapier, 
de Marseille. 

(2) MM. Mireur, archiviste du Var ; Arnaud, juge honoraire à Forcal- 
quier; Ch. Sagnier, de Nîmes; Jules Bonnet, de Courbevoie ; Léon Feer , 
de Paris'; MM. les pasteurs Gaussen , de Cabrières-d'Aigues ; Gounon, de 
Lourmarin ; Weiss, de Boulogne-sur-Seine ; Théod. Claparède, de Genève; 
et bien d'autres érudits également serviables. 




SOURCES PRINCIPALES 



DE 



LHISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE 



l. IMPRIMES. 

1° HISTOIRES DE FRANCE. 

Crespin , Recueil des choses faictes durant les troubles adve- 
nus en France sous le Roy Françoys II. et Charles IX.; 
dans l'Estat de l'Eglise , dez le temps des apostres ; Strasbourg, 
1 565, in-i2. 

[Jean de Serres], Commentariorum de statu religionis et reipu- 
blicae in regno Gallise , I. partis libri très, 4» éd., 1577, in-8" ' 
— II. Partis Commentariorum de statu religionis et reipubiicœ in 
regno Galliae, libri très, 4^ éd., 1577, in-S»; — III. Partis Com- 
mentariorum de statu religionis et reipubiicœ in regno Gallise , 
emedati et varié locupletati, 1595, in-8° ; — II II. Partis Com- 
mentariorum de statu religionis et reipublicse in regno Gallise , 
2a éd., 1577, in-8°. 

[La PopeUnière] , L'histoire de France enrichie des plus nota- 
bles occurances survenues ez provinces de l'Europe et pays voi- 
sins ; [La Rochelle], 1581, 2 tom. in-fol. 

[Régnier de La Planche], Histoire de l'Estat de France tant de 
la République que de la Religion, sous le règne de François II ; 
éd. de Paris, 1836, 2 t. in-80. 



X SOURCES PRINCIPALES 

Recueil des choses mémorables avenues en France sous le 
règne de Henri II. François II. Charles IX. Henri III. et 
Henri IV., 2" éd., 1598, in-12. 

De Thou , Histoire universelle... Traduit sur la nouvelle édi- 
tion latine de Londres ; Basle, 1742, 11 vol. in-40 

D'Aiibigné , Histoire universelle et particulièrement des affai- 
res de France depuis l'an 1^50 jusqu'en 1601...; Amsterdam, 
1626, 3 t. in-fo. 

2" MÉMOIRES, BIOGRAPHIES, LETTRES. 

Mémoires de Condé , ou Recueil pour servir à l'histoire de 
France..., sous le règne de François II et sous une partie de ce- 
lui de Charles IX; La Haye, 1743, 6 vol. in-40. 

Mémoires de l'Estatde France sous Charles neufviesme, 2"^ éd., 
Meildebourg, 1578, 3 vol, in-12. 

Mémoires de la Ligue , contenant les événemens les plus re- 
marquables depuis 1576...; nouv. édit., Amsterdam, 1758, 6 tom. 
in-40. 

Brantôme , Vie des grands capitaines étrangers et François , 
dans les Œuvres complètes, éd. Buchon ; Paris, 1848, t. I. 

Girard, Histoire de la vie du duc d'Epernon ; Rouen , et se 
vend à Paris, 1663, 3 vol. in-12. 

Mauroy, Mémoire pour la vie de Bernard de Nogaret, seigneur 
de La Valette; Metz, 1624, in-40. 

Videl , Histoire du connestable de Lesdiguières ; Grenoble, 
1649, in- 16. 

Videl, Vie et poésies de Soffrey de Calignon, chancelier de 
Navarre, publiées par le comte Douglas; Grenoble , 1874, in-4''. 

Actes et correspondance du Connétable de Lesdiguières, publiés 
sur les manuscrits originaux par le comte Douglas et J. Roman ; 
Grenoble, t. I, 1878; t. II, 1881, in-4°. 

Depping , Correspondance administrative sous le règne de 
Louis XIV ; Paris, 1850-1855, 4 vol. in 40. 

Bouchitté , Négociations, lettres et pièces relatives à la confé- 
rence de Loudun ; Paris, 1862, in-4". 



DE L HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. XI 

50 HISTOIRES GÉNÉRALES DE PROVENCE. 

Nostradamus, L'Histoire et chronique de Provence ; Lyon, 1614, 
in-foL 

Honoré Bouche , La Chorographie ou Description de Provence 
et l'Histoire chronologique du mesme pays; Aix , 1664- 166 5 , 
2 tom. in-fol. 

Gaufridi , Histoire de Provence; Aix, 1684- 1694, 2 vol. 
in-fol. 

Papon, Histoire générale de Provence; Paris, 1786,4 vol. 
in-4°. 

François Bouche, Essai sur l'Histoire générale de Provence, 
suivie d'une Notice des Provençaux célèbres; Marseille, 1785, 
2 vol. in-4°. 

Augustin Fabre, Histoire de Provence; Marseille, 1833-1835, 
4 vol. in-8". 

4° HISTOIRES PARTIELLES DE PROVENCE ET MÉMOIRES. 

N. R. p. (Nicolas Regnault Provençal), Discours véritable 
des guerres et troubles avenus au pays de Provence ; Lyon , 
ii;64 (3 éditions), et dans les Mémoires de Condé, t. \U. 

Claude de Cormis , Mémoires, dans Louvet , Additions, cité 
plus loin. 

Pierre de Cormis, Mémoires, dans le même ouvrage. 

Antoine du Puget , sieur de Saint-Marc , Mémoires de 1561 à 
1596, dans Michaud et Poujoulat ; collection de Mémoires pour 
servir à l'histoire de France, t. VL 

Pierre Louvet, de Beauvais, Histoire des troubles de Provence ; 
Aix, 1679, in-i8, 2 parties ou 2 tomes. 

Pierre Louvet , Additions et illustrations sur les deux tomes de 
l'Histoire des troubles de Provence ; Aix, 1680, in-i8, deux par- 
ties ou deux tomes. C'est la reproduction partielle, mais sans in- 
dication de source , des Mémoires de Caïus du Virailh, sieur de 
La Vallée. 



XII SOURCES PRINCIPALES 

Honorât Me/nier , Le principe et progrez de la guerre civile 
opposée aux gouverneurs de la Provence; Paris, 1617, in-8°. 

Prosper Cubasse , Essai historique sur le Parlement de Pro- 
vence ; Paris, 1826, 3 vol. in-80. 

Hyacinthe de Boniface , Suite d'arrests notables de la Cour de 
Parlement de Provence ; Lyon, 1689, 3 vol. in-fol. 

Achard, Dictionnaire des hommes illustres de Provence ; Aix, 
1787, in-4*' , dans le Dictionnaire de la Provence et du comtat 
Venaissin. 

Artefeuille, Histoire héroïque et universelle de la noblesse de 
Provence ; Avignon, 1757, 2 vol. in-40; 

Gustave Lambert, Histoire des guerres de religion en Provence, 
Toulon, 1870, 2 tom. in-8^ 

5" MONOGRAPHIES DE VILLES PROVENÇALES (l). 

a. ViGUERiE d"Apt. 

Bo:{e, Histoire d'Apt ; Apt, 1813, in-S". 

Gay , Histoire du village , du château et du fort de Buoux ; 
Forcalquier, 1866, in-80. 

Charles Rolland, Cadenet historique et pittoresque; Paris, 
1837, in-i2. 

b. ViGUERiE d'Aix. 

Ruffi (Antoine de), Histoire de Marseille , 1692, 2 vol. in-fol. 
Fabre, Histoire de Marseille ; Marseille, 1829, 2 vol. in-8'>. 
Pitton, Histoire de la ville d'Aix; Aix, 1666, in-fol. 
Octave Teissier, Histoire de Bandol ; Marseille, 1868, in- 12. 

c. ViGUERiE d'Arles. 

Gilles Duport, Histoire de l'Eglise d'Arles ; Paris, 1690, in- 12. 

(i) Il existe plusieurs autres monographies de villes provençales; nous 
n'indiquons que celles qui renferment des documents sur notre sujet. 



DE L HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. XIII 

De La Lau\ière , Abrégé chronologique de l'Histoire d'Arles ; 
Arles, 1808, in-40. 

Trichaudy Histoire de la sainte Eglise d'Arles ; Arles, Nîmes 
et Paris, i8';8, 4 vol. in-S". 

d. ViGUERIE DE TaRASCON. 

Me/er , Inventaire sommaire des archives communales de Ta- 
rascon ; Paris, 1864, in-4°. 

e. ViGUERIE DE Digne. 

Esmieu, Notice historique et statistique sur la ville des Mées ; 
Digne, an XI, in-80. 

f. ViGUERIE DE FORCALQUIER. 

Féraud, Histoire civile, politique et religieuse de Manosque ; 
Digne, 1848, in-8°. 

C. Arnaud, Les protestants de Forcalquier, dans le Journal 
de Forcalquier, année 1881, nos 1 1^ 12, 1 5, 19 et 20. 

C. Arnaud, L'abbé de la Jeunesse, ou le Gach de Saint-Mari, 
• Histoire du temps d'Henri III ; Marseille, 1859, in-12. 

g. ViGUERIE DE SiSTERON. 

De La Plane , Histoire de Sisteron tirée de ses archives ; Di- 
gne, 1843, 2 vol. in-8''. 

Lettre pastorale de Monseigneur l'Illustrissime et Révéren- 
dissime Evesque de Sisteron aux Nouveaux Convertis de son dio- 
cèse (14 février 1585, in-4°). 

h. ViGUERIE DE CaSTELLANE. 

(Lamenei, abbé), Histoire de Castellane; Castellane, 1775 » 
in-12. 

Gras-Bourguet, Antiquités de l'arrondissement de Castellane , 
1842, in-i 2. 



XIV SOURCES PRINCIPALES 

i. ViGUERIE DE DrAGUIGNAN. 

Sau:{ède , Histoire religieuse de Bargemon ; Marseille, 1868. 
in-80. 

Mireur, Rapport sur la situation des archives départementales 
[du Var] ; Draguignan, 1878, in-8°. 

Girardin, Histoire de la ville et de l'église de Fréjus ; Paris, 
1729, 2 parties ou tomes, in-8°. 

j. ViGUERIE d'Aups. 

De Bresc , Episode des guerres de religion en Provence. 
Massacre d'Aups (octobre M74): Draguignan, 1877, in-80. 

k. ViGUERIE DE BriGNOLES. 

Raynouard, Notice sur Brignoles ; Brignoles, 1829, in- 16. 

1. ViGUERIE DE BaRJOLS. 

Barbe, Inventaire de documents historiques. Extrait des ar- 
chives de la ville de Barjols dans le Bulletin de la Société d'étu- 
des scientifiques et archéologiques de Draguignan, année 1857, 
t. I, in-8». 

m. ViGUERIE DE Saint-Paul, 

Tisserand, Histoire de Vence, cité, évêché, etc. Paris, 1860. 
in-8°. 

Tisserand, Histoire d'Antibes ; Antibes, 1876, in-8". 

n. Terres adjacentes de Provence. 

Louis Giinond, Chroniques de la ville de Salon, depuis son 
origine jusqu'en 1792: Aix, 1882, in-Ho. 



DE l'histoire des PROTESTANTS DE PROVENCE. XV 

o. Supplément. Comté de Nice et vicariat (i) de Barcelonne. 

Tisserand, Histoire civile et religieuse de Nice et du départe- 
ment des Alpes-Maritimes ; Nice, 1862, 2 vol. in- 12. 
Muston, L'Israël des Alpes, Paris, 185 1, in-12, t. I. 

6° PLAQUETTES PROVENÇALES. 

Cantique sur le siège des infidèles et séditieux de Provence, 
devant la ville de Sisteron : où est manifestée l'assistance et 
grande bonté de Dieu, lequel maudit et rejette les œuvres des 
meschans, et benist les faits de ses serviteurs et enfans : Sur le 
chant du Psaume loi , etc.; Lyon, 1562, in-S" (réimprimé dans 
Poésies huguenotes du seizième siècle; Strasbourg, 1882, in-12, 
publiées par C. Schmidt). 

Histoire véritable de la prinse de Marseille par ceulx de la 
Ligue et la reprinse par les bons serviteurs du Roy, confirmée par 
les lettres de Sa Majesté au sieur de Lude et aultres y ajoutées. 
Imprimé novellement, MDLXXV, in-12, 16 pag. Inséré égale- 
ment dans les Mémoires de la Ligue, t. I. 

Lettres écrites de Marseille contenant au vray les choses qui 
s'y sont passées le 8. 9. et 10. du mois d'apvril, 1585, in-80. 

Lettres du roy envoyées à monsieur Du Bouchaige, chevalier 
de son ordre du Saint-Esprit... sur l'entreprise de la ville de 
Marseille, en Provence, 158^, in-12 (réimprimé par Louis Perrin, 
Lyon, 1874, in-12). 

Ordonnance faicte par Ms"" de Vieilleville,mareschal de France 
et lieutenant général pour le Roy es pays de Lyonnois, Daulphiné, 
Provence et Languedoc , touchant la réduction des temples ; 
Lyon, 1563, in-80. 

Deflfences de par le Roy et Mg"" de Vieilleville, mareschal de 
France, à toutes personnes, de quelque qualité et condition 

(1) Ou comté. Appelé encore Terres Neuves, aujourd'hui vallée de Barce. 
lonnette. 



XVI SOURCES PRINCIPALES 

qu'ilz soyent, de ne se injurier, ouitrager et provoquer à aulcunes 
injures, appeler papiste ne huguenot, à peine d'estre declairez 
rebelles à Sa Majesté ; Lyon, in-8 (s. d.). 

Règlement pour les procès de Provence; Paris, xvi juin 1601, 
in-8». 

La conversion de dix notables personnes à la foy et religion 
catholique, apostolique et romaine en la ville de Grasse en Pro- 
vence, confirmée par un évident miracle; Paris,- 161 2, in-12. Réim- 
primé par Perrin, Lyon, 1874, in-12. 

Histoire nouvelle et espouvantable d'un jeune homme d'Aix- 
en-Provence emporté par le Diable et pendu à un amandier pour 
avoir impiement blasphémé le Sainct nom de Dieu et mesprisé 
la Saincte Messe , deux siens compagnons estant demeurez sans 
aucun mal, arrivé le douziesme janvier de la présente année. 
Paris, s. d., vers 1615 (réimprimé par Perrin, Lyon, 1874, in-12). 

Histoire espouvantable et véritable arrivée en la ville de So- 
liers en Provence d'un homme qui s'étoit voué pour estre à l'Es- 
glise et qui n'ayant accomply son vœu le diable lui a couppe les 
parties honteuses et couppe encore la gorge à une petite fille 
aagée de deux ans ou environs ; Paris, 1619, in-i 2. Réimprimé par 
Perrin, Lyon, 1875, in-12. 

Le petit chien de l'Evangile abboyant contre les erreurs de 
Luther et de Calvin, par les Religieux de N.-D. de la Mercy, du 
couvent de Tolon ; Marseille, 1675, in-8''. 

Baltha\ar de Rie\, La vérité catholique victorieuse contre 
l'impiété de Calvin, qui nie que Jésus-Christ soit mort pour tous 
les hommes généralement ; Aix, 1675, in-40. 

7" SOURCES PROTESTANTES. 

[Bè\e\ Histoire ecclésiastique des églises réformées au royaume 
de France; éd. Marzials, Lille, 1841, 3 vol. in-80. 

[Crespin] , Histoire des martyrs persécutez et mis à mort pour 
la vérité de l'Evangile ; Genève, 1619, in-f». 

Correspondance de Calvin, dans Calvini opéra, éd. de Bruns- 
wig, vol. X-XXL 



DE L HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. XVII 

Herminjard, Correspondance des réformateurs dans les pays 
de langue française, t. I-VI (se continue). 

Eug. et Em. Haag, La France protestante; Paris, 1846-1859, 
10 vol. in-80. 

Bordier, La France protestante, 2" édit. Paris, 1876 et suiv., 
4 vol. (se continue). 

Bulletin de la Société de l'Histoire du protestantisme français; 
Paris, 1853 et suiv., 32 vol. (se continue). 

A/mon, Tous les synodes nationaux des églises réformées de 
France ; La Haye, 1710, 2 vol. in-4''. 

[Elle Benoît], Histoire de l'édit de Nantes ; Delft, 1693-1695 ; 
} tomes en 5 parties, in-40. 

P. D. B., Recueil des édits de pacification; Genève, 1626, 
in-i8. 

Ch. Coquerel, Histoire des églises du Désert; Paris, 1842, 
2 vol. in-80. 

Drion, Histoire chronologique de l'Eglise protestante de 
France ; Paris et Strasbourg, 1855, 2 tomes in-12. 

Anque:{, Histoire des assemblées politiques des réformés de 
France; Paris, 1859, in-8°. 

Anque:^, Un nouveau chapitre de l'histoire des réformés de 
France; Paris, 1865, in-80. 

Anqiie:{, De l'état civil des réformés de France ; Paris, 1868, 
in-80. 

f/M^u^s (Edmond), Antoine Court; Paris, 1872, 2 vol. in-S». 

Antoine Court, Le patriote françois et impartial; Villefranche 
[Genève], 1753, 2 vol. in-12. 

Adolphe Michel, Louvois et les protestants ; Paris (sans date), 
in-8«. 

Athanase Coquerel (le fils), Les forçats pour la foi; Paris, 
1866, in-i 2-. 

J. A. M. D. L. P. D. D., Décisions royales sur les principa- 
les difficultés de l'édit de Nantes, in-12. 

Le Fèvre, Discours de ce qui s'est passé pour et contre les 
protestants; Paris, 1696, 2 vol. in-4" (catholique). 

[Filleau]. Décisions catholiques, ou Recueil général des arrêts 



XVIII SOURCES PRINCIPALES 

rendus en toutes les cours souveraines de France , en exécution 
ou interprétation des édits qui concernent l'exécution de la R. 
P. R. ; Poitiers, 1668, in-fol. (catholique). 

A^. Wciss, Provence (le protestantisme en), dans l'Encyclopédie 
des sciences religieuses, t. XI (supplément). 

E. Arnaud, Documents protestants inédits du XVI^ siècle, 
Paris, 1872, in-8°. 

8" SUR LES RÉFUGIÉS PROVENÇAUX. 

Guillebert, Le refuge dans le pays de Neuchâtel (Bulletin déjà 
cité, vol. IX). 

Jules Chavannes , Les réfugiés français dans le pays de Vaud ; 
Lausanne, 1874, in-12. 

Erman et Réclam , Mémoires pour servir à l'histoire des réfu- 
giés français dans les Etats du roi ; Berlin, 1 782- 1 799, 9 vol. in-80. 

Crottet , Histoire et Annales d'Yverdon ; Yverdon, Lausanne 
et Genève, 1859, in-8". 

9*' SOURCES SPÉCIALES SUR LES VAUDOIS DE PROVENCE. 

Sleidan, Histoire de l'Estat de la Religion et République sous 
l'empereur Charles V, 1557, in-8''. Traduction de l'ouvrage latin 
paru à Strasbourg, 1555, in-fol (i). 

Crespin, Histoire des martyrs (déjà cité). 

Histoire mémorable de la persécution et saccagemët du peu- 
ple de Merindol et de Cabrières et autres circôvoisins, appelez 
Vaudois...; 1556, in-12. Tirage à part de l'Histoire des martyrs, 
éd. de 1 5 56, in-12 (2). 



(i) Sleidan paraît avoir travaillé sur des notes de Calvin pour la partie de 
son histoire qui regarde les Vaudois. Voy. Cahini opéra, vol. XIV, n"» 1797 
et 1881. 

(2) Cette <i Histoire mémorable, » attribuée très à tort à Guillaume Du Bel- 
lay, seigneur de Langey , avait déjà paru in extenso dans l'édition de Cres- 



DE l'histoire des PROTESTANTS DE PROVENCE. XIX 

Bè^e, Histoire ecclésiastique (déjà cité). 

Pantaleon, Martyrum historia, 1563, in-fol. 

Ludopicus Camerarius , De excidio reliquiarum Valdensium et 
Albigensium Merindolii et in vicinis locis Provinciae... , lugubris 
narratio, dans Joachim Camerarius, Historica narratio de fratrum 
orthodoxorum ecclesiis in Bohemia... , chap. X; Heidelberg 
(1605), m-8\ 

D. Petrus Wesenbeciits , Oratio de Waldensibus et Albigensi- 
bus christianis, dans l'ouvrage précédent, chap. XI (i). 

Jacques Auhery, Histoire de l'exécution de Cabrières et de Mé- 
rindol et d'autres lieux de Provence... Paris, 1645, in-40 (2). 

Abraham Scaltetiis , Annalium Evangelii passim per Europam 
decimo quinto saluLis partae seculo renovati decas prima; Heidel- 
berg, i6i8,in-8o. — Idem, Decas secunda, 1620, in-S". 

Perrin, Histoire des Vaudois; Genève, 1619, in-12. 

Gilles, Histoire ecclésiastique des Eglises réformées recueillies 
en quelques vallées de Piedmont et circonvoisines, autrefois ap- 
pelées vaudoises; Genève, 1644, in-4". 

Léger, Histoire générale des églises évangéliques des vallées 
du Piémont ou Vaudoises; Leyde, 1669, in-fol. 

Muston, l'Israël des Alpes (déjà cité). 

Correspondance de Calvin (déjà cité). 

Herminjard, Correspondance des réformateurs (déjà cité). 

De Serres, Commentarii ; La Popelinière, l'Histoire de France ; 
De Thon, Histoire universelle ; D'Aubigné, Histoire universelle 
(déjà cités). 

Nostradamus, Honoré Bouche., Gaufridi, Histoires de Provence; 



pin, 15^5, 72 fol. non chiffrés, et fort abrégée dans l'éditon princeps de I5?4, 
p. 656 à 666, où Crespin dit qu'il n'a touché qu'en passant à ce sujet « jus- 
qu'à ce que, plus amplement, toute l'histoire en soit rédigée par écrit, comme 
elle en est très digne. » 

(i) Pantaleon, Camerarius et Wesenbecius se sont bornés à traduire et 
abréger Crespin. 

(2) La première partie de cet ouvrage parut en latin sous ce titre : Viri cl. 
Jac. Aiiberii pro Merindoliis ac Caprariensibus adio; Lugduni Batavorum (1619), 
in-fol., 24 pag. Introuvable. 



XX SOURCES PRINCIPALES 

Loiivcl, Lambert, Histoire des guerres de religion ; Cabasse, Es- 
sai (déjà cités). 

Bo:{e, Histoire d'Apt ; Pitton, Histoire d'Aix (déjà cités). 

Roman, Essai historique sur les Vaudois de Provence ; Stras- 
bourg, 1839, in-40. 

Louis Frossard , Les Vaudois de Provence; Avignon, 1848, 
in-80. 

Emile Schlœsing , Les Vaudois de Provence; Marseille, 1877, 
in-i6. 

II. MANUSCRITS. 

Livre des deniers du ministère pour l'église réformée de Lour- 
marin, 1774- 1808 (Arch. du Consist. de Lourmarin). 

Divers registres de baptêmes , mariages et mortuaires des habi- 
tants de Lourmarin (XV I'', XV H'^ et XV HP siècles) faisant pro- 
fession de la religion réformée (Arch. du consist. et de la com- 
mune de Lourmarin). 

Divers registres de baptêmes et mariages et autres pièces 
relatifs à l'Eglise réformée de Cabrières-d'Aigues (Arch. commu- 
nales). 

Actes des synodes nationaux du Désert. 

Manuscrits d'Antoine Court , à la bibliothèque publique de 
Genève, n» i, t. X, XV, XX (F'' partie); n° 17, Q; no 28 ; n° 39, 
t. 1 ; n° 42 , t. I ; — Manuscrits français, nos 197», 1973», 
portef. I. 

Papiers Rabaut , à la Bibliothèque de l'histoire du protestan- 
tisme français, I, E, G, H ; III, B, G, D, E, F, G ; IV, B. 

Papiers Coquerel (idem), vol. 28, 30. 

Papiers du consistoire de l'Eglise réformée de Riez, Romolles 
et annexes (idem). 

Haberey et Boulet , Notice historique sur l'Eglise réformée de 
Marseille (composée vers 1853). 

Archives de famille du baron Maurice, de Genève. 

Correspondance historique d'Etienne et d'Abraham Chiron 
(Archives Sérusclat. Copie chez l'auteur). 



DE l'histoire des PROTESTANTS DE PROVENCE. XXI 



Arresté et délibérations de la cour de Parlement de Provence, 
colligées par monsieur Maistre Honoré d'Agut, conseiller du Roy 
en ladi^te cour, 1643 (Bibl. nation., fonds français, n° I20';7). 

Arrêtés et délibérations des registres secrets de la cour de Par- 
lement d'Aix (Bibl. d'Aix, ms. 907). 

Pièces relatives à la Provence sous le gouvernement du duc 
d'Epernon (Bibl. nation., fonds franc., n® 24168). 

Mémoires et autres pièces concernant les affaires de Provence 
dans les seizième et dix-septième siècles [idem, n» 4598). 

Recueil de pièces sur la Provence {idem, n» 18976). 

Archives nationales, série TT, cartons 232 , 233 , 235 A , 236- 
238, 247, 258, 261, 284, 285, 287, 288 B, 289, 317. 

Collection de pièces sur l'administration de la Provence pen- 
dant l'intendance de M. Lebret (Biblioth. nation., fonds français, 
nos 8820-8952). 

Archives de la ville d'Aix. Reg. des délibérations communales. 

J. F. Re mer ville , Hist. de la ville d'Apt (depuis sa fondation 
jusqu'en 1660) ; bibl. de Carpentras , ms. 531 , et bibl. d'Aix, 
ms. 742. 

J. J. Giberti , Histoire de la ville de Pernes (Bibl. de Carpen- 
tras, ms. 532 et bibl. d'Avignon). 

Huguenots, depuis 1560 jusqu'en 1629 (Bibl. de Carpentras, 
ms. Peiresc, xxxi), vol. I et H. 

Sobolis (Foulquet) , Histoire en forme de journal de ce qui 
s'est passé en Provence depuis l'an 1562 jusqu'en 1607 (idem, 
ms. 525 bis et ms. Peiresc LXXI). 

Mémoires de Caïus du Virailh , sieur de la Vallée , 1 585-1 586 
[idem, ms. 526, et bibl. d'Aix, ms. 542). 

Diverses pièces dans les additions aux manuscrits Peiresc n» 9 
et dans le ms. 540 (Bibl. de Carpentras). 

Inventaire sommaire des Archives départementales des Bou- 
ches-du-Rhône, série B, n°* 225, 229, 230, 235, 250. 



XXII SOURCES PRINCIPALES DE L HISTOIRE DES PROTESTANTS. 



SUR LES VAUDOIS. 



Affaire de Mérindol (bibl. d'Aix, n° 796). 

Procès-verbal de l'expédition et autres pièces (idem , n" 798). 

Pièces sur le Parlement {idem, n° 929-931). 




HISTOIRE 



DES 



PROTESTANTS DE PROVENCE 



PREMIERE PERIODE 

ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE 
(1525-1562) 



LIMITES DE LA PROVENCE. CARACTERE DE SES 
HABITANTS. 




'ÉTENDUE de la Provence était de 
44 lieues de pays en longueur du levant 
au couchant, et de 32 depuis les îles 
d'Hyères jusqu'au village dauphinois 
des Crottes, avoisinant ses frontières. 
Ses limites étaient : au nord , une partie du cours supé- 
rieur du Verdon, le comté de Barcelonne (ou Barcelon- 
nette), la Durance et le Dauphiné ; — au sud, la mer 
Méditerranée , depuis l'embouchure du Rhône jusqu'à 
celle du Var; — à l'est, le Var, le comté de Nice et 

I 



2 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

les Alpes-Maritimes; — à l'ouest , le comtat Venaissin 
et le Rhône. 

(( Les Provençaux, » dit Boulainvilliers (i) d'après 
les rapports des intendants , « sont naturellement so- 
bres , surtout lorsqu'ils vivent à leurs dépens ; ils ont 
assez de courage , mais ils sont inconstants et dou- 
bles. On ne doit que rarement se fier à leur bonne foi. 
Ils sont tous grands parleurs, aimant à débiter des fa- 
bles de leur composition, fort entêtés en leur propre 
mérite et arrogants singulièrement dans leur terrain. Ils 
haïssent la dépendance , au point que les seigneurs des 
lieux et tous ceux qui ont le droit de supériorité y sont 
sujets à des mortifications sensibles , encore est-ce le 
moindre cas oij ils puissent tomber, y ayant eu sou- 
vent de massacrés ou indignement traités. Cette dispo- 
sition les a fait regarder à la cour comme des sujets 
très disposés à la révolte... Les Provençaux aiment fort 
les ajustements et les beaux habits ; mais ce qu'il y a 
de singulier dans le pays est l'élégance naturelle et le 
bon sens ordinaire du paysan , qui paraît toujours si 
bien instruit des matières dont il s'agit que l'on a peine 
à comprendre comment il a pu acquérir ces talents 
sans éducation. La religion catholique a toujours été la 
seule reçue dans la Provence; toutes les fois que les 
hérétiques ont voulu s'y établir, ils en ont toujours été 
repoussés et punis sévèrement quand ils ont dogmatisé. 
On en peut donner pour témoin le massacre de Mérin- 
dol et de Cabrières dans le seizième siècle, ainsi que 
la résistance du Parlement à l'établissement d'une cham- 
bre de l'Edit au temps de Henri IV, quelque profit 
que le Parlement et le roi lui-nlême en eussent pu es- 
pérer. » 

(i) Etat de la France, édit. 1727-1728, in-fol., t. Il , p. 447. 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉl-ORME EN PROVENCE. } 

LES VAUDOIS DE PROVENCE PRÉCURSEURS ET PRE- 
MIERS ADEPTES DE LA RÉFORME DANS CETTE PRO- 
VINCE. PERSÉCUTIONS PRÉCOCES ( I 5 2 5 - I 5 3 I ). 

La Réformation religieuse du seizième siècle recruta 
ses premiers adhérents en Provence parmi les Vaudois 
établis dans les montagnes du grand et petit Léberon , 
situées sur la rive droite de la Durance. « De temps 
immémorial , » dit de Bèze, « les Vaudois s'étant oppo- 
sés aux abus de l'Eglise romaine, ont été tellement 
poursuivis, non point par le glaive de la Parole de 
Dieu, mais par toute espèce de violences et cruautés, 
jointes à un million de calomnies et fausses accusations, 
que force leur a été de se répandre partout où ils ont 
pu , errants par les déserts comme pauvres bêtes sau- 
vages ; ayant toutefois le Seigneur conservé les demeu- 
rants, que, nonobstant la rage de tout le monde, ils se 
sont maintenus, comme ils se maintiennent encore en 
trois contrées bien éloignées les unes des autres, étant 
les uns en Calabre , les autres en Bohême et pays cir- 
convoisins, les autres aux vallées du Piémont, dont ils 
se sont épars des quartiers de Provence depuis envi- 
ron deux cent soixante et dix ans , principalement à 
Mérindol, Cabrières , Lourmarin et quartiers d'alen- 
tour (i). Et combien que les lieux où ils se retirèrent 
fussent tous déserts, tant à cause des guerres que pour 

(i) Nous n'en dirons pas plus que de Bèze sur l'origine des Vaudois de 
Provence , vu qu'on ne possède aucun document certain sur les causes qui 
les amenèrent dans ce pays. Ajoutons toutefois que les auteurs ont générale- 
ment adopté l'opinion d'Honoré Bouche , le plus savant historien de Pro- 
vence qui dit que les Bouliers , seigneurs de Centallo , Roccaspavera et 
Démonte dans le marquisat de Saluées, en Piémont, les firent venir des Val- 
lées vaudoises de cette contrée pour cultiver les terres en friche qu'ils avaient 
achetées diins '.es montagnes du Léberon. 



4 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

l'âpreté du pays , si est-ce que Dieu a tellement béni 
leur labeur assiduel , qu'ils les ont rendus abondants en 
blé, vin, huile, miel, amandes et grand bétail, jusques 
à en soulager tout le pays. Leur vie, par l'attestation et 
voix publique, a toujours été paisible : ce qui les a 
rendus agréables à leurs voisins , ayant acquis la répu- 
tation d'être gens loyaux, charitables à merveille, payant 
leurs dettes sans plaidoyer, et en général ennemis des 
vices. Quant à leur religion, ils n'ont jamais adhéré aux 
superstitions papales ; mais par longue succession de 
temps, la pureté de la doctrine s'étant grandement 
abâtardie entre leurs ministres, qu'ils appellent en leur 
langage barbes , qui vaut autant à dire que oncles , ainsi 
comme en l'Eglise romaine on appelle les pères et 
beaux-pères. » 

Si les Vaudois du seizième siècle ne professaient plus 
le pur Evangile , ils étaient vivement désireux de le 
connaître et n'épargnèrent rien pour y parvenir. Ils se 
procurèrent des exemplaires de la Bible et firent donner 
de l'instruction aux plus sages d'entre eux. Mais à 
peine eurent-ils fait éclater plus ostensiblement leur sé- 
paration d'avec l'Eglise romaine qu'ils furent persécu- 
tés, notamment par le moine jacobin Jean de Roma, 
revêtu dans ce but de la charge d'inquisiteur de la foi. 
C'était un homme d'une violence extrême, qui, dans 
un entretien qu'il eut avec le célèbre Farel, en 1523, à 
Paris ou à Meaux , et oia ce dernier exprimait l'espoir 
que « l'Evangile aurait lieu au royaume de France, » 
répondit : « Moi et autres comme moi lèverons une 
cruciade (croisade) de gens, et ferons chasser le roi de 
son royaume par ses sujets propres , s'il permet que 
l'Evangile soit prêché (i). » C'est vraisemblablement 

(i) Herminjard, t. I, p. 48;. 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. ^ 

après les arrêts du parlement de Paris (20 et 29 mars 
1524) et le bref du pape Clément VII (17 mai 1525) 
rendus contre les luthériens , et les lettres patentes de 
la régente (10 juin 1525) ordonnant l'exécution de cette 
bulle, que Jean de Roma commença ses informations 
contre les Vaudois comtadins et provençaux. « En 
Provence , » écrivait en 1528 le fameux Erasme au 
comte de Neuenar (i) , <c deux personnes ont été arrê- 
tées qui risquent de perdre la vie, parce que, contrain- 
tes par la maladie , elles ont mangé pendant deux jours 
de la viande en carême. Un troisième aurait été brûlé, 
si le roi ne fût venu à son secours en évoquant son pro- 
cès à Paris. Il avait dit que les dépenses immodérées 
consacrées à l'érection d'un certain couvent auraient pu 
être mieux employées peut-être au soulagement des 
veuves et des pauvres. Ce sont les commencements ; 
vous devinez le reste. » 

Au fur et à mesure que la Cour se prononçait plus 
sévèrement contre les doctrines luthériennes, la persé- 
cution sévissait en France avec plus d'intensité. Jean 
de Roma, secondé par Jean de Grossi, juge à Apt, et 
Pierre de Sade, coseigneur d'Agouh, son parent, rem- 
plissait de graisse bouillante des bottines armées d'un 
éperon et les faisait chausser aux malheureux Vaudois , 
après les avoir attachés sur un banc à la renverse ; et , 
prenant plaisir à les contempler dans ce triste état, il 
leur demandait en riant s'ils étaient bien équipés pour 
se mettre en voyage. Allant de village en village et de 
maison en maison, accompagné de gens armés , il se 
saisissait de l'or, de l'argent et des meubles précieux 
qu'il pouvait rencontrer, faisait condamner ses victimes, 
les unes au feu, les autres au bannissement, d'autres à 

(1) Erasini epistolœ , éd. de Bàle, 1^-40, p. 746. 



6 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

la prison, et les ruinait toutes par de fortes amendes. 
Dénoncé enfin à François 1", Jean de Roma, qui se 
livra à son cruel métier jusqu'en 1531 , fut décrété de 
prise de corps, sur l'ordre du roi, par le Parlement de 
Provence ; mais averti à temps du danger qui le mena- 
çait , il s'enfuit à Avignon, a où, s'il fut en sûreté, » 
dit de Thou, « contre ce qu'il avait à craindre des 
hommes, il ne put échapper du moins à la vengeance 
divine. Ayant été volé par ses domestiques, il fut réduit 
à la dernière indigence, et son corps se couvrit d'ulcè- 
res qui lui firent souhaiter la mort à tous moments , 
quoiqu'elle ne vint que bien tard et après qu'il eut es- 
suyé longtemps des douleurs insupportables. » 

Nous mentionnerons, parmi les victimes de ces pre- 
mières persécutions : Antoine et Poncet Mesnier, du 
village d'Oppède ; Michelet Serre dit Marre, de Ca- 
brières ; Guillaume Mély, Jacques Agiton, Etienne et 
François Féraud (1531). 

DÉPUTATION DES VAUDOIS AUPRÈS DES RÉFORMATEURS' 
DE LA SUISSE ET DE l'aLLEMAGNE (153O-I535). 

Ces violences n'arrêtèrent pas le mouvement qui 
poussait les Vaudois à embrasser la Réforme ; car ayant 
appris les progrès considérables qu'elle faisait en Suisse 
et en Allemagne, ils envoyèrent, en octobre 1 530, deux 
de leurs barbes, Georges Maurel, de Freissinières en 
Dauphiné, qui avait été élevé à leurs frais, et Pierre 
JVIasson , de Bourgogne, auprès de Farel à Neuchâ- 
tel , de Berthold Haller à Berne , d'Œcolampade à 
Bâle, et de Bucer et Capiton à Strasbourg. Les deux 
députés, qui avaient pour mission de conférer avec ces 
réformateurs , leur présentèrent un long mémoire où ils 
faisaient connaître leur discipline ecclésiastique , leur 



ETABLISSEMENT DE LA REFORME EN PROVENCE. 7 

culte , leurs mœurs et leur doctrine , et demandaient 
des éclaircissements sur divers articles obscurs. 

Cet exposé attestait une connaissance de l'Evangile 
inférieure à celle que possédaient leurs ancêtres. De 
là l'incertitude qu'on y rencontre sur quelques points 
de la doctrine biblique, et la nécessité, pour les com- 
munautés vaudoises, de se réformer sous le double rap- 
port de la foi et de la discipline chrétienne (i). 

La réponse d'Œcolampade , datée du 1 3 octobre 
1530, a été publiée avec le Mémoire des Vaudois ; 
celle de Bucer est restée inédite (2). Indépendamment 
de ces deux consultations doctrinales, Œcolampade et 
Bucer remirent encore aux députés vaudois des lettres 
particulières pour leurs frères de Provence. En voici le 
texte : 

Lettre d'Œcolampade : « Nous avons entendu avec 
beaucoup de contentement , par votre fidèle pasteur 
Georges Morel, quelle est votre foi et religion, et en 
quels termes vous parlez d'icelle. Or nous rendons 
grâce à notre Père très bénin , lequel vous a appelés à 
une si grande lumière en ce siècle et parmi les ténèbres 
obscures qui sont épandues par tout le monde , et la 
puissance désordonnée de l'Antéchrist. Et pourtant 
nous reconnaissons que Christ est en vous. Par quoi 
nous vous aimons comme frères. Et plût à Dieu que 
nous pussions vous faire sentir par effet ce que nous 
serions prêts de faire pour vous, quand même ce serait 
chose très difficile à faire. Au reste, nous ne voudrions 
point qu'on prît ce que nous écrivons comme si par or- 

(i) Le récit de l'ambassade vaudoise se trouve tout au long dans Abrah 
Scultet, Annalium Evangclil passiin pcr Earopain decimo quinto salutis partœ 
seciilo reiiovati; dccas sccunda , Heidelberg, 1620, in-8°, t. II, p. 294-5.16; et 
a été reproduit par Abrah. Ruchat, Histoire de la Réformation de la Suisse 
édit. Vulliemin , t. II, p. 319-530. 

(2) Minute originale aux archives du Séminaire protestant de Strasbourg. 



8 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

gueil nous nous attribuions quelque supériorité , mais 
comme des propos tenus à nos frères en charité et fra- 
ternelle amitié. Le Père de notre Seigneur Jésus-Christ 
vous a départi une excellente connaissance de sa vérité 
plus qu'à beaucoup d'autres peuples et vous a bénis de 
bénédiction spirituelle. Que si vous persistez sous sa 
grâce, il a encore des plus grands trésors, desquels il 
vous peut enrichir et vous peut rendre parfaits , à ce 
que vous croissiez en la mesure de l'héritage de 
Christ. » 

Lettre de Bucer : « Le Seigneur Dieu et Père soit 
béni , lequel vous a conservé jusqu'à présent en si 
grande connaissance de la vérité, et lequel vous a main- 
tenant inspirés à la recherche d'icelle, vous ayant ren- 
dus capables de ce faire. Or voici quel est le naturel de 
la vraie foi : c'est que dès aussitôt qu'elle reconnaît en 
quelque part quelque étincelle de la clarté divine , elle 
conserve soigneusement les choses qui lui sont données 
de Dieu. Saint Paul nous est pour exemple , lequel par 
toutes ses épîtres fait paraître le soin qu'il a eu de pro- 
curer la gloire de Dieu. Et certes, si nous prions de 
bon cœur que le nom de Dieu soit sanctifié et que son 
règne advienne , nous ne poursuivrons jamais aucune 
chose avec tant de diligence, comme de faire en sorte 
que la vérité soit établie là oij elle n'est point , et qu'il 
y ait de l'avancement là où elle est plantée. Une seule 
chose nous contriste principalement : c'est que nous 
sommes maintenant occupés en plusieurs autres affaires. 
Et pourtant nous n'aurons loisir de vous répondre si au 
long comme nous eussions bien désiré, etc. » 

Il existe aussi une lettre de remontrance d'Œcolam- 
pade « écrite aux Vaudois de Provence, qui estimaient 
pouvoir servir à Dieu en prostituant leurs corps devant 
les idoles papistiques. » Cette lettre avait pour but de 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 9 

réagir contre la réserve que les Vaudois de ce pays 
avaient gardée jusque-là dans l'observation de leur culte 
et qui ressemblait à de la dissimulation (i). 

Quand les deux députés eurent rempli leur mission , 
ils revinrent sur leur pas ; mais Masson fut arrêté et 
brûlé vif à Dijon comme hérétique. Maurel , assez heu- 
reux pour s'échapper avec ses lettres et ses papiers, 
exposa à son retour « devant tous les frères, » dit 
Crespin , « les points de sa commission , et déclara pu- 
bliquement qu'en plusieurs sortes et façons ils erraient, 
et que leurs anciens et ministres... ne les enseignaient 
en telle pureté qu'il appartenait. » L'assemblée, vive- 
ment émue de cette révélation, décida qu'on convoque- 
rait les plus anciens frères de la Fouille et de la Cala- 
bre pour les informer des faits , et qu'on ferait venir 
« gens doctes pour aviser à une sainte réformation. » 
Poursuivie avec ardeur et sincérité , cette œuvre fut 
menée à bonne fin. Le 12 septembre 1532 eut lieu au 
val d'Angrogne, en Piémont, une assemblée générale 
et solennelle de tous les barbes et des principaux mem- 
bres des Eglises vaudoises , et l'on y arrêta un certain 
nombre d'articles relatifs à la doctrine et à la discipline. 
Trois ans après (1535), les Vaudois publiaient à leurs 
frais la première version protestante française de la 
Bible, due aux labeurs persévérants de Robert Olivé- 
tan, aidé de Calvin, son parent. Elle fut imprimée à 
Serrières, près Neuchâtel , et coûta 1,500 écus d'or. 

suite des persécutions. expéditions armées 
d'eustache marron (1532-153 5). 

Les violences exercées contre les Vaudois amenè- 

(i) Perrin, Histoire des Vaudois, Genève, 1619, in-12, p. 46-48, 210-216. 



10 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

rent quelquefois de coupables représailles. C'est ainsi 
qu'en 1532 les soldats du pape, ayant enlevé de vive 
force, près de Cabrières-du-Comtat, des filles vaudoi- 
ses, les pères de ces infortunés, ne pouvant supporter 
une séparation si douloureuse, tentèrent de les délivrer 
les armes à la main ; mais ils furent eux-mêmes pris et 
incarcérés. Un homme entreprenant et sanguinaire de 
Cabrières, Eustache Marron (en provençal, lou Mar- 
roiil), dont le nom reviendra plusieurs fois dans la suite, 
réunissant quelques hommes déterminés comme lui , 
délivra les uns et les autres de leur captivité. En 1535, 
le même Marron, à la tête de cinquante hommes, mit à 
mort Antoine Bermond, sieur d'Agouh, et Nicolas Lau- 
tier, d'Apt, qu'il surprit chargés de la mission d'arrêter, 
à Roussillon , un certain nombre de Vaudois. Mais 
c'étaient là des faits isolés ,, Marron n'agissait que sous 
sa propre inspiration, et le peuple vaudois, qui opposa 
toujours la plus entière résignation aux violences dont 
il fut l'objet , ne saurait être rendu responsable des 
violences d'un homme qui ne reçut jamais de mandat 
de sa part. 

Cependant le pape Clément VII, informé des progrès 
que les doctrines luthériennes faisaient parmi les Vau- 
dois, promit une indulgence plénière à tous ceux d'en- 
tre eux qui les abjureraient dans les deux mois; mais 
aucun n'ayant voulu en profiter, les juges ecclésiasti- 
ques se mirent à poursuivre les Vaudois et condamnè- 
rent à mort le barbe Guillaume Serre et sept de ses 
compagnons. Le pape, sur ces entrefaites, s'étant plaint 
au roi de France de l'obstination des Vaudois, ce der- 
nier écrivit au Parlement pour stimuler son zèle, et 
celui-ci rendit un arrêt (1532) pour faire exécuter à 
mort, par les juges séculiers ordinaires, les sept compa- 
gnons de Serre, et cela « sans voir les condamnés et 



ETABLISSEMENT DE LA REFORME EN PROVENCE. I I 

leur procès. » Par le même arrêt , il enjoignit aux no- 
bles du pays, sous peine de perdre leurs fiels, de prê- 
ter main-forte aux juges d'églises et inquisiteurs de la 
foi; mais comme les gentilshommes, qui n'avaient qu'à 
se louer des Vaudois , ne se montraient pas disposés à 
exécuter l'arrêt, le Parlement leur ordonna, sous la 
même peine, par un second arrêt, de s'enquérir dans 
leurs terres et juridictions des Vaudois suspects d'hé- 
résie, et ordonna à ces derniers de ne tenir aucune as- 
semblée (1533). 

Un contemporain, Jean Montaigne, ancien profes- 
seur de droit à l'université d'Avignon, qui avait dû se 
réfugier à Noves à cause de la peste, écrivait à ce 
propos, à la date du 6 mai 1533, à Amerbach, son an- 
cien pensionnaire : « Les Vaudois, qui suivent depuis 
longtemps la secte de Luther, sont maltraités ici. Plu- 
sieurs ont été brûlés vifs, et, chaque jour, on en arrête 
d'autres. Plus de six mille hommes appartiennent, dit-on, 
à cette secte. On les poursuit parce qu'ils ne croient 
pas qu'il y ait un purgatoire , ne prient pas les saints , 
disent même qu'il ne faut pas les prier, estiment qu'on 
ne doit pas payer les dîmes aux prêtres et autres cho- 
ses de ce genre. C'est pour cette raison seulement 
qu'on les brûle vifs, et qu'on confisque leurs biens (i). » 

L'année suivante (1534), les évêques de Sisteron , 
d'Apt, de Cavaillon et d'ailleurs firent rechercher acti- 
vement les luthériens dans leurs diocèses et en rempli- 
rent les prisons. Antoine Pasquet , de Saint-Second, 
prés Rocheplate en Piémont, et douze autres, condam- 
nés à être brûlés vifs par les juges ecclésiastiques , fu- 
rent livrés aux juges séculiers et exécutés le 5 avril, à 
l'exception de Pierre Chalvet, de Rocheplate, mort en 

(i) Herminjard, t, III, p. 4J, note 21. 



12 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

prison, et de Jean Bernard, de Saint-Barthélemy, qui 
fut relâché sous caution pour cause de maladie. Les 
prélats, en faisant leurs informations, reconnurent que 
ces Vaudois étaient, en partie, Piémontais, et en écri- 
virent à l'archevêque et à l'inquisiteur de la foi de Tu- 
rin, lesquels « en avertirent incontinent le duc Charles, 
dit Gilles (i), et l'importunèrent tant contre les sujets 
de la religion qu'il constitua un commissaire contre eux, 
le sieur Pantaléon Bersour, gentilhomme de Roche- 
plate. » Bersour vint en Provence pour compléter ces 
informations, et obtint de Claude de Savoie, comte de 
Tende, lieutenant du roi dans cette province et grand 
sénéchal, la permission d'assister « à l'examen des pri- 
sonniers, qui se ferait par le conseiller Sauveti, à ce 
député par le Parlement, et que, moyennant la due ré- 
compense aux greffiers, on lui donnerait copie de toutes 
les dépositions... Par ce moyen, il eut les informations 
quasi de toutes les familles et personnes de la religion 
habitant en Piémont et autres terres de S. A. de Sa- 
voie... Car il y avait des prisonniers quasi de tous les 
quartiers du pays (12 juin 1435)- " ^^ apprit aussi les 
noms des barbes vaudois qui avaient instruit et visité 
leurs frères de Provence et qui, pour la plupart, étaient 
originaires du Piémont, savoir : Martin Gonin , d' An- 
grogne , Boinet, Laurens , Jeannet, Georges Janon , 
Louis, Etienne,- Daniel^ Luc et autres. Les quatre der- 
niers, 'en 'qualité de barbes plus âgés, avaient présidé 
les synodes tenus en Provence. 

Vers le même temps (19 juin 1535), une troupe de 
soldats , munis d'instructions communes du Parlement 
d'Aix et du légat d'Avignon et avides des biens des 



(i) Histoire ecclésiastique des Eglises réformées recueillies en quelques vallées 
de Piedmont, etc. Genève, 1644, in-4'', p. 56-42. 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. H 

Vaudois , se ruèrent violemment, en vertu d'un arrêt 
dudit Parlement, sur quelques-un? de leurs bourgs, pil- 
lèrent les maisons, emmenèrent les troupeaux, empor- 
tèrent tous les meubles ; et, comme tous les hommes 
valides s'étaient enfuis, ils détruisirent le reste du mo- 
bilier, qui ne pouvait se transporter que difficilement, 
et incendièrent quelques maisons. 

ZÈLE MISSIONNAIRE DES VAUDOIS. 

De leur alliance avec la Réforme, dont ils embrassè- 
rent entièrement les dogmes (i), les Vaudois de Pro- 
vence reçurent comme un nouveau baptême. Leur foi 
prit une force d'expansion remarquable et ils devinrent 
missionnaires. Leurs assemblées religieuses, qui avaient 
lieu la nuit , se tinrent de jour. Beaucoup de catholi- 
ques se convertirent, notamment le curé de Mérindol , 
maître François, et celui de Murs, et, au dire d'un 
Vaudois fait prisonnier en 1538, on comptait alors dix 
mille maisons vaudoises ou tout au moins luthériennes, 
tant en Provence que dans le comtat Venaissin et la 
principauté d'Orange , réparties dans les villages , villes 
et hameaux suivants : 

Viguerie d'Apt : Apt, Gargas, Murs, Gordes, Goult, 
Roussillon, Lacoste, Rustrel, Gignac, Viens, Peypin- 
d'Aigues, Saint-Martin-d'Aigues, Grambois, La Motte- 
d' Aiguës, Sivergues, Cabrières-d'Aigues , Lourmarin, 
Mérindol, Cadenet, Villelaure, Trés-Emines, Pertuis, 
Caseneuve, Buoux, La Tour-d'Aigues, Pierrevert ; 

Viguerie d Arles : Arles ; 

Viguerie de Tarascon : Tarascon ; 

(i) « Nostra dogmata receperunt '> {Cahini opéra, vol. XII, n» 642), 



14 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

VigLierie d'Aix : Aix, Joucques, La Roque-d'Anthe- 
ron, Velaux, Janson, Mallemort, Marseille ; 

Viguerie de Forcalquier : Forcalquier , Manosque , 
Oppédette, Saumane, Sainte-Tulle, Saint-Etienne ; 

Vi guéries de Digne , de Sisteron , de Casteiiane , de 
Brignoles : Villes de même nom ; 

Viguerie de Barjels : Tavernes ; 

yio;uerie de Drap-idznan : Gonfaron : 

viguerie de Saint-Maximin : Tourves ; 

Comtat Venaissin : Cavaillon, Oppède, Sainte-Cécile. 

INTERCESSION DES SUISSES ET DES ALLEMANDS EN FA- 
VEUR DES VAUDOIS. ÉDIT DE COUCY (1535-I536). 

En présence des persécutions violentes dont ils étaient 
les victimes, et vingt-huit de leurs frères ayant déjà 
péri soit sur les bûchers, soit en prison, les Vaudois 
adressèrent, en Juillet 1535, une supplique aux protestants 
d'Allemagne pour réclamer leur intervention , et l'ac- 
compagnèrent d'une copie de leur confession de foi (i). 
Farel et Viret y joignirent une lettre de recommanda- 
tion , datée de Genève 4 août 1535, à l'adresse des 
évangéliques de la Suisse allemande et de l'Allemagne. 
« La cause des Vaudois est la nôtre à tous, » disaient- 
ils en substance. « Voyez s'il serait possible de leur 
procurer un asile dans le pays d'un prince pieux, oij il 
y ait des terres à défricher. Il ne leur reste plus d'autre 
chance de salut que d'émigrer sous la garde de Dieu 
en affrontant tous les périls. Nous vous conjurons, au 
nom de Christ, de vous souvenir de ces malheureux 
frères, de les assister de vos conseils et de vos prières 

(i) Celle sans doute qui fut dressée au Synode d'Angrogne du 12 septem- 
bre 1552, et que rapportent Gilles (liv. cité) et Abrah. Ruchat (liv. cité), t. III) 
p. ÎÇ6-?fQ. 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. I 5 

et de nous communiquer vos idées sur les moyens de 
leur venir en aide. » 

En passant à Bâle , le barbe vaudois porteur de la 
lettre de Farel vit Bucer et Capiton, qui décidèrent de 
solliciter du duc de Wurtemberg, du Landgrave de 
Hesse et des villes évangéliques de la Suisse, des let- 
tres en faveur de leurs frères vaudois à l'adresse de 
François I^^ Bucer devait, en outre, tenter la même 
démarche auprès de la diète des villes impériales d'Alle- 
magne. Mais, peu confiant dans le résultat. Capiton dit 
au barbe qu'il fallait être prudent, ne concevoir que des 
espérances modérées et graver si vivement l'image de 
Christ dans le cœur des Vaudois qu'ils fussent toujours 
en état de légitimer leur aversion pour les abus du pa- 
pisme. 

Luther, en apprenant, vraisemblablement par Bucer, 
la triste condition des Vaudois de Provence, en fut at- 
terré et, prié de s'intéresser à eux, il écrivit à Georges 
Sailer le 5 octobre 1535 : « J'ai grandement compas- 
sion du malheur et de la tribulation de ces habitants de 
Provence en France, et plût à Dieu que je pusse y 
pourvoir comme j'en suis prié ! S'ils prenaient la fuite , 
peut-être trouveraient-ils quelque part des lieux où 
ils pourraient vivre. Que Christ aie pitié d'eux et les 
délivre en visitant enfin tous ceux qui pratiquent l'ini- 
quité! ■) 

Un frère de Farel , ou bien un pasteur de la Suisse 
normande, peut-être Viret, qui était à Berne le 10 sep- 
tembre 1535, se rendit en Allemagne pour poursuivre 
l'œuvre commencée et obtint des princes protestants de 
ce pays qu'ils adresseraient une suppUque au roi de 
France pour le prier de faire cesser les persécutions 
dont souffraient ses sujets de Provence. La confession 
de foi des Vaudois, vraisemblablement la même dont 



l6 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

le barbe vaudois était porteur, paraît avoir été jointe à 
la supplique (i). 

François I" n'avait pas attendu ces démarches pour 
se montrer plus tolérant ; car, dès le 16 juillet 1535, il 
rendait l'édit de Coucy, qui faisait grâce aux hérétiques 
qui abjureraient leurs erreurs dans les six mois et or- 
donnait l'élargissement des prisonniers et la restitution 
des biens confisqués. Les sacramentaires seuls et les 
relaps étaient exceptés. De nouvelles lettres plus clé- 
mentes encore, du 31 mai et du 16 juillet 1536, furent 
publiées, qui pardonnaient à tout adepte des nouvelles 
doctrines , quel qu'il fût , sacramentaire ou non , pourvu 
qu'il renonçât à ses erreurs dans le délai de six mois , 
et portaient que ceux qui étaient déjà en prison ne se- 
raient pas poursuivis. Le parlement d'Aix enregistra 
ces lettres le 31 juillet suivant (2). 

Pendant ce ralentissement de persécution , les Vau- 
dois reçurent la visite de Savigné , d'Alençon, converti 
au luthéranisme par François de Cologne, et qui visita 
successivement Saint-Paul-lès-Durance, Apt, 011 il s'en- 
tretint avec le libraire et le maître d'école du lieu , 
Murs, Gargas et Mérindol. C'est vers le même temps 
que le barbe Mihan prêchait à Mérindol et les lieux 
voisins. 

PREMIERS ORDRES DE RÉPRESSION DU ROI. ARRÊT DE 
CONTUMACE. DÉMARCHES DE FAREL EN FAVEUR DES 
VAUDOIS. EPISTRE DE VIRET {1537-1540). 

Les Vaudois , comme on pouvait l'attendre de leur 
constance , n'obtempérèrent point aux lettres patentes 

(i) Herminjard, t. III, p. 527-352, 55Ç-559, 356-56.2, et les notes. 
(2) Arrêtes et délibérations des registres secrets de la Cour de parlement d'Aix 
(Bibl. d'Aix, ms. 907). 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE, 17 

de François I^*" du i6 juillet 1535, de telle sorte que ce 
monarque, se sentant atteint dans son autorité royale et 
poussé par le procureur général d'Aix, Thomas de Pio- 
lenc, qui, se faisant l'écho des calomnies dirigées con- 
tre les Vaudois, lui écrivit (1537) que ceux-ci « se met- 
toient en armes et assemblées, se rebelloient contre sa 
justice, se retirant en places et châteaux limithrophes es 
montagnes et faisoient lieux malaisés à avoir, » et que 
l'erreur se multipliait, ordonna au parlement, par lettres 
patentes datées de Fontainebleau, 2 mars 1538, de pu- 
nir à toute rigueur les hérétiques et ceux qui leur avaient 
prêté secours, de les décréter d'arrestation, de bannir 
ceux qui ne pourraient être appréhendés et de confis- 
quer les biens de tous « jusques à abolition et ruine » 
des lieux « où ils seroient forts si besoin est. » 

Là-dessus le Parlement fit des informations et dressa 
une liste de deux mille cinq cents Provençaux réputés 
hérétiques qu'il adressa au roi. Celui-ci, après en avoir 
pris connaissance , ordonna au comte de Tende , gou- 
verneur de Provence, de leur courir sus. De son côté, 
le Parlement les cita à comparaître dans les trois jours, 
faute de quoi ils seraient appréhendés au corps ; mais, 
comme le comte ne disposait pas d'assez de soldats 
pour exécuter l'arrêt du Parlement et que les mesures 
de violence répugnaient d'ailleurs à son caractère doux 
et conciliant, les choses en restèrent là pour cette 
année. 

L'année suivante, en mai et juin 1539, parurent de 
nouvelles lettres patentes , les premières défendant aux 
Vaudois d'aller en armes, sous peine de confiscation 
de corps et de biens, et les secondes, d'un intérêt gé- 
néral, ordonnant aus Parlements de France d'informer, 
conjointement avec les juges ordinaires, contre les hé- 
rétiques et ceux qui leur donnaient asile, de prêter main 



l8 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

forte aux juges d'église et inquisiteurs de la foi pour 
l'exécution de leurs sentences sans attendre les appel- 
lations, et stipulant que les jugements des baillis et sé- 
néchaux seraient également exécutés aux frais des pré- 
lats nonobstant appel. Une lettre spéciale fut adressée 
à l'archevêque d'Aix pour qu'il eût à faire son devoir. 
En suite de ces nouveaux ordres , Antoine Garbille , 
ancien prêtre, converti au luthéranisme, fut incarcéré, 
ainsi que le prédicateur Jean Serre dit Bérard. Ils dé- 
posèrent , en apostasiant , que les luthériens de Mérin- 
dol, Cabrières et Lourmarin faisaient des amas d'armes 
et de poudre ; qu'ils espéraient la venue du comte de 
Fiirstemberg pour se ranger sous ses armes ; qu'il y 
avait, en Provence et dans le comtat Venaissin, dix 
mille maisons vaudoises ou luthériennes et à Paris plus 
de cinquante mille hérétiques; que les Vaudois, à la suite 
de diverses assemblées , avaient décidé d'envoyer une 
députation au roi, composée de Claude Favery, de 
Tourves, et Florimond Serre, de Cadenet, et que Fran- 
çois, curé converti de Mérindol , se rendrait, de son 
côté, auprès de François I®^ C'est sur la déposition de 
ces deux hommes, plus que suspects, que le Parlement 
décréta d'arrestation de cent cinquante-quatre Vaudois, 
au nombre desquels le prédicateur Hélion Barbaroux de 
Tourves, sept membres de la famille Meynard, plusieurs 
de la famille Pallenc, Claude Favery et le maître d'école 
Jacques, et qu'ils dressèrent une liste de quinze mille 
suspects. 

François Rousset , natif du diocèse de Turin , arrêté 
en octobre 1539, et Jean Balle Gomati , ancien prêtre 
de Buzel, arrêté en janvier de la même année, abjurè- 
rent aussi le luthéranisme comme Garbille et Serre et 
déposèrent, le premier, qu'il avait entendu un Vaudois 
conseiller la résistance à main armée , et le second , 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 19 

qu'il avait fait le voyage de Genève, où il avait vu 
quinze mille Provençaux. 

Dès que les Vaudois eurent connaissance des décrets 
d'arrestation, ils se réfugièrent dans les bois et les ca- 
vernes, et c'est à l'occasion de leur triste sort que Cal- 
vin écrivait à Viret, le 19 mars 1540 : « La plus grande 
partie de ta lettre (où Viret donnait à Calvin des détails 
sur la situation douloureuse des Vaudois), m'a d'autant 
plus affligé que je conjecture assez que l'inhumanité des 
bourreaux grandit au delà des bornes, comme c'est 
l'habitude lorsqu'elle commence une fois de sévir. Au- 
cune occasion de porter secours ne nous est offerte. 
J'ai écrit à Farel que l'espoir qui nous a tenus long- 
temps en suspens s'est évanoui. C'est pourquoi , si 
Dieu n'ouvre quelque nouvelle issue, nous ne pourrons 
secourir autrement nos malheureux frères que par des 
prières et des exhortations. Ces dernières même sont 
si dangereuses pour leurs vies qu'il est plus prudent de 
s'abstenir. Il ne nous reste presque qu'une seule chose : 
c'est de recommander à Dieu leur salut (i). » 

Une année après, François I«' publia de nouvelles 
lettres patentes relatives aux Vaudois (31 mai 1540) et 
l'édit de Fontainebleau du !«•■ juin suivant. Les premiè- 
res, déclarant que l'hérésie pullulait en Provence et 
qu'il fallait la comprimer, ordonnaient au Parlement, vu 
que les juges inférieurs n'avaient pas fait leur devoir, 
d'envoyer sur les lieux cinq ou six officiers royaux, qui 
lui rapporteraient leurs informations pour en juger. Elles 
l'autorisaient également à déléguer ses pouvoirs aux 
juges du pays, ou à se transporter en masse sur les 
lieux, ou encore à se subdiviser en commissions qui 
jugeraient sommairement les causes. Quant à l'édit de 

(i) Calvini opéra , vol. XI, n" 35. 



20 HISTOIRL' DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

Fontainebleau, il ordonnait à tous baillis, sénéchaux, 
procureurs, avocats du roi et autres, sous peine de 
suspension et privation de leurs offices , de rechercher 
et poursuivre les luthériens et de les livrer au jugement 
des cours souveraines. 

La conséquence de ces lettres royales fut l'arresta- 
tion, par ordre du Parlement, d'un certain nombre de 
Vaudois, leur condamnation au dernier supplice et l'en- 
voi contre les habitants de Mérindol de la compagnie 
d'hommes d'armes du comte de Tende. Celle-ci passa 
par Cadenet ; mais comme elle était peu nombreuse et 
qu'elle rencontra en route un rassemblement de huit 
cents Vaudois, elle fut obligée de rétrograder sans rien 
entreprendre (i). 

Le juge d'Apt, Jean de Grossi, jugea bon, de son 
côté, de se servir de l'édit de Fontainebleau pour satis- 
faire sa cupidité. Convoitant le moulin du plan d'Apt, 
qui appartenait au vaudois CoUin Pallenc, il fit empri- 
sonner ce dernier comme hérétique , le condamna à 
être brûlé vif et, après l'exécution, confisqua son mou- 
lin. Exaspérés de cette iniquité, cent vingt à cent qua- 
rante Mérindoliens , dont la conduite ne peut qu'être 
blâmée, se rendirent en armes au moulin, le brisèrent, 
battirent le nouveau meunier et le menacèrent, lui et 
tous ceux qui deviendraient détenteurs des biens confis- 
qués à leurs coreligionnaires. 

La chambre des vacations du Parlement, ayant eu 
connaissance de l'attentat, assigna à comparaître, le 27 
et 28 juillet, les habitants de Mérindol dans la personne 
de dix-neuf d'entre eux, dont sept avec leurs femmes et 
leurs enfants, comme si les Mérindoliens, pris en masse, 
étaient responsables de la faute de quelques-uns d'eux. 

(i) Octave Teissier, Cadenet historique et pittoresque , p. 120. 



ÉTABLISSEMENT DE LA REFORME EN PROVENCE. 21 

Plusieurs des inculpés, qui étaient étrangers à l'affaire 
du moulin, se hasardèrent à venir à Aix, mais, prévoyant, 
par les supplices de divers luthériens dont ils furent 
témoins , qu'ils seraient condamnés au feu comme ces 
derniers , ils se retirèrent bien déterminés à ne pas ré- 
pondre à l'assignation. 

Là-dessus, le Parlement envoya à Mérindol (août), 
pour exécuter son décret d'ajournement, un huissier et 
un greffier qui ne trouvèrent aucun des assignés et se 
bornèrent à se saisir des biens immeubles du bailli An- 
dré Meynard et de Philippe Meynard, les seuls d'entre 
eux qui possédassent quelque maison ou terre. Après 
leur départ, les Mérindoliens rédigèrent une requête 
(2 septembre), oij ils protestaient de leur soumission 
aux ordres du Parlement et de leur fidélité au roi, et 
priaient le premier de ne pas ajouter foi aux dénoncia- 
tions mensongères dont ils étaient l'objet. Comme 
preuve à l'appui de leur dire , ils relevaient de graves 
erreurs de personne renfermées dans l'arrêt de compa- 
rution, et ils demandaient, en outre, que deux conseil- 
lers du Parlement vinssent sur les lieux pour s'informer 
de la vérité. Sans s'arrêter à cette requête, et après les 
trois sommations requises et diverses informations an- 
térieures des 4 et 19 septembre et deux plus récentes 
du mois de novembre , le Parlement prononça, le 
18 novembre 1540, son célèbre arrêt de contumace 
ou de défaut , qui visait l'affaire du moulin de Pal- 
lenc et le refus des Vaudois d'obéir aux diverses 
lettres patentes du roi leur enjoignant d'abjurer leurs 
hérésies. 

Ces deux causes n'avaient aucun rapport entre elles 
et auraient dû être instruites et jugées séparément en 
bonne justice; mais elles furent perfidement rapprochées 
pour perdre plus sûrement les Vaudois. Quoi qu'il en 



22 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

soit, l'arrêt condamnait dix-neuf Mérindoliens (i) à être 
brûlés vifs dans trois lieux différents , savoir : deux à 
Tourves, un à Apt et les autres à Aix. Leurs « femmes, 
enfants, serviteurs ou famille » étaient « abandonnés à 
tous pouf les prendre et représenter en justice, afin 
de procéder contre eux à l'exécution des rigueurs et 
peines de droit , » et , au cas oia ils ne pourraient être 
appréhendés au corps, ils étaient condamnés au bannis- 
sement du royaume et leurs biens confisqués. Les per- 
sonnes qui leur donneraient asile et assistance seraient 
également bannies. Quant au lieu de Mérindol, il devait 
être détruit et « rendu inhabitable , » et son château , 
situé dans les bois, rasé et les bois eux-mêmes coupés 
à deux cents pas à l'entour. Enfin , défense était faite 
« de bailler à ferme ou arrentement, ni autrement, les 
héritages dudit lieu à aucun de surnom et lignée des 
susdits condamnés (2). » 

Dès que Farel eut connaissance de cet arrêt, il se 
rendit sur-le-champ à Berne pour demander aux sei- 
gneurs du Conseil d'intervenir auprès du roi François I*" 
en faveur des Vaudois. Il se présenta, le 14 décem- 
bre 1540, devant le Conseil, dont les registres portent 
ce qui suit : « Sur la relation que Farel a faite au sujet 
de la persécution ordonnée par le roi contre les chré- 
tiens de Provence, on décide que Farel doit s'informer 
auprès des évangéliques de Worms s'ils seraient dispo- 
sés à envoyer, comme il le demande lui-même, une am- 
bassade au roi pour implorer sa miséricorde en faveur 
des chrétiens persécutés ; et , dans le cas oij Farel 
trouverait les Etats évangéliques disposés à entrepren- 



(i) Parmi ces dix-neuf condamnés on remarque des noms de familles exis- 
tant encore de nos jours, comme les Meynard et les Pallenc. 

(2) Crespin, fol. 141 et 142, et L. Frossard , p. 55-58, donnent l'arrêt en 
entier. 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 2} 

dre une pareille démarche, nos seigneurs veulent bien 
s'y associer ; sinon, ils estiment que leur intervention 
isolée aurait peu d'effet, vu l'écrit méprisant que le roi 
leur a jadis adressé à propos d'une semblable requête; 
écrit dans lequel il répond qu'il ne souffrira plus qu'on 
lui parle de ces choses-là. » 

Viret, qui s'était déjà intéressé aux Vaudois en 1535, 
comme on l'a vu plus haut (p. 14), leur adressa, de son 
côté , une touchante Epistre consolatoire , qui circula 
d'abord en manuscrit et fut imprimé l'année suivante à 
Genève. Il était, en effet, devenu « leur principal avo- 
cat auprès des évangéliques de la Suisse et des protes- 
tants d'Allemiagne depuis que Farel , Calvin, Saunier, 
Mathurin Cordier et autres Français réfugiés à Genève 
avaient été successivement expulsés de cette ville. C'est 
à lui que les messagers vaudois apportaient les nouvel- 
les alarmantes et les suppliques des communautés per- 
sécutées (i). » 

valeur morale des conseillers au parlement 

d'aix. 

Quelle était donc la moralité et les mérites profes- 
sionnels de ce Parlement qui s'acharnait à de pauvres 
laboureurs, honnêtes et paisibles s'il en fut, et préten- 
dait venger l'honneur du roi et de la religion en les 
condamnant au feu , en confisquant leurs biens et en 
détruisant de fond en comble le lieu de leur habitation ? 
C'est ce que les faits les mieux avérés vont nous ap- 
prendre. 

En 1535, le roi, « apprenant les malversations qui se 
commettaient, en Provence, dans la fonction de la jus- 

(i) Herminjard, t. VI, p. 597, 428-458. 



24 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

tice, » avait chargé quatre présidents des parlements de 
Paris, Bordeaux, Toulouse et Grenoble d'informer sur 
les abus des officiers de justice. Le résultat de leur en- 
quête fut la révocation de deux conseillers du Parle- 
ment. En 1551, l'avocat du roi, Aubery, parle, dans 
son célèbre plaidoyer en faveur des Vaudois, du « très 
mauvais ordre de justice » qui règne à la Cour d'Aix ; 
des (( exactions ^) et « emparements des biens des pau- 
vres, » dont les conseillers se rendaient coupables. Le 
2 novembre 1553 le roi se plaint, dans les lettres de 
réintégration du trop fameux Jean Maynier, seigneur 
d'Oppède, dont nous allons nous occuper, de ce que 
l'ordre et la discipline requise selon les ordonnances 
ne sont pas observés. En 1 562^ le comte Antoine de 
Crussol, envoyé par le roi pour pacifier la Provence et 
surveiller le Parlement, déclare nettement qu'il a reçu la 
mission de mettre un terme aux concussions des magis- 
trats. En 1586, le duc d'Epernon, gouverneur de Pro- 
vence, écrit que « le Parlement laisse beaucoup à dési- 
rer par deçà, chacun criant contre cette Cour, non 
moins en ce qui est de sa fonction ordinaire que des 
autres choses de l'Etat. » La comédie et la poésie po- 
pulaire s'attaquèrent même à la vénalité des juges 
d'Aix et à leurs exigences de toutes sortes, et c'était un 
dicton fort répandu en Provence que le Parlement , le 
Mistral et la Durance étaient les trois fléaux de cette 
province. 

Calomniait-on cette cour souveraine ? Les Mercuriales 
et remontrances [\)^ restées manuscrites, nous apprennent 
le contraire. Elles renferment, en effet, les accusations 
suivantes : 

Divers présidents et conseillers s'absentent souvent 

(i) Bibliothèque d'Aix, n" 900. 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 25 

et pour longtemps sans la permission du roi (i 568). En 
temps de peste, plusieurs d'entre eux ont déserté Aix, 
et la justice est restée suspendue (1536). La plupart ne 
portent l'uniforme consacré qu'à l'audience (1560). Ces 
magistrats et leurs enfants fréquentent les banquets , 
jeux, masques, danses et autres divertissements, et mè- 
nent une vie dissolue (1570). L'office religieux se ter- 
mine par des scènes bruyantes et scandaleuses, oij l'on 
se dispute les requêtes. Les magistrats en sont venus à 
ne plus assister à la messe qui se dit au commencement 
des audiences , de telle sorte que celle-ci a été sup- 
primée (1598). Des voies de fait se commettent même 
en pleine audience à la suite de paroles violentes (i 560, 
1565, 1566). Il ne se dit ni ne se fait aucune chose en 
la chambre du Conseil qui ne soit rapportée aux parties. 
Les magistrats changent souvent de place pour pres- 
sentir les opinions. Quand on opine, ils font connaître 
leur avis par signe et vont jusqu'à révéler les opinions 
aux prisonniers, désignant ainsi les juges à leurs ven- 
geances. Plusieurs magistrats ont été, de la sorte, en 
danger de mort, et l'un d'eux a été massacré aux portes 
du palais. D'autres n'osent plus opiner ou opinent con- 
tre leur conscience (1537, 1546, 1560, 1570). L'in- 
struction des affaires est incomplète, les interrogatoires 
mal faits , avec de grandes pertes de temps et d'argent 
(1560, 1566). Les magistrats ne sont pas assez dili- 
gents à s'informer des gens malfaisants et condamnés 
par défaut et contumaces qui sont au pays. A l'au- 
dience , le désordre est au comble. On ne fait plus de 
rôle des causes et des procès qui sont à juger au Con- 
seil et en la Chambre des requêtes. Des audiences sont 
supprimées ou tenues à d'autres heures que celles qui 
ont été indiquées. Des affaires civiles se présentent à 
des audiences criminelles. Parfois, il paraît d'autres 



26 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

affaires que celles, qui sont portées sur les rôles , 
etc., etc. (1537, 1560, 1565, 1566). 

Mal étudiées, les causes ne sont pas mieux enten- 
dues. Les magistrats n'écoutent pas jusqu'au bout les 
pièces du procès, et quelquefois les pièces les plus es- 
sentielles (1560, 1583). Ils n'obéissent pas au prési- 
dent , partent avant lui de la salle d'audience , se don- 
nent mutuellement des démentis, opinent en vociférant. 
Les rapporteurs ne sont pas suffisamment prêts et ne 
font en rapportant que deviser et caqueter , etc. , etc. 
(1566, 1568). 

Les juges sont accusés de partialité et de vénalité , 
au point de se faire les conseils soldés de certains per- 
sonnages importants , de soustraire des pièces, d'enle- 
ver des jugements par « des complots, bandes et prati- 
ques, » de vendre leurs suffrages, de se dérober les 
uns aux autres les causes fructueuses , de faire profit 
des commissions (1546, 15 51, 1554, 1560, 1564, 1565, 

1570)- 

D'autre part, les conseillers ne visitent point les pri- 
sons au plus grand détriment de ceux qui y sont renfer- 
més. Les concierges , n'étant pas surveillés , laissent 
évader les plus grands criminels moyennant salaire. 
Ceux-ci , bien souvent , ne sont pas poursuivis , s'ils 
trouvent de puissants protecteurs. Les gens du roi 
eux-mêmes se rendent coupables des mêmes excès 
qu'ils reprochent aux membres du Parlement, qui leur 
renvoient leurs accusations ; d'oia naissent des rapports 
tendus et quelquefois aigres. 

Les greffiers, de leur côté, sont fort négligents et 
commettent des exactions. Les lieutenants de justice et 
leurs commis augmentent leurs frais quand ils vont en 
commission. 

Quant aux avocats et aux procureurs , on les accuse 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 27 

d'insolence envers les magistrats et de tentatives de 
corruption. 

Les justices ecclésiastiques ne sont pas mieux admi- 
nistrées et deviennent un objet de trafic , etc. , etc. 

(.564). 

Le savant auteur qui s'est donné la peine de colla- 
tionner toutes ces Mercuriales et remontrances du Par- 
lement de Provence, d'où ces tristes détails sont tirés, 
conclut sa consciencieuse étude par ces réflexions , que 
justifiera du reste la suite de notre récit : « Si ces hommes, 
en condamnant les Vaudois, ont manqué aux lois de la 
charité, aux plus simples préceptes de l'humanité, ils 
n'ont pas moins manqué aux devoirs de leur profession. 
Toutes les fautes s'y trouvent : négligence, avidité, mé- 
pris de toutes les notions de la justice. La condamna- 
tion des Vaudois ne fut pas le fait de l'égarement 
d'hommes de bien entraînés par l'exaltation religieuse. 
Ni la justice ni la religion ne doivent être mises en 
cause à ce sujet. Ce fut, avant tout, une immense pré- 
varication d'hommes habitués à n'écouter trop souvent 
que leurs passions (i). » 

SURSIS DANS l'exécution DE l'aRRÊT (i540)- 

Cependant, l'exécution de la sentence de contumace 
du 18 novembre 1540 « fut commise, » dit de Thou , 
<( aux juges ordinaires d'Aix, de Tourves , de Saint- 
Maximin et d'Apt. Plusieurs étaient d'avis qu'elle fût 
suspendue et qu'on la différât jusqu'à ce qu'un juge- 
ment si sévère, porté contre des absents, par contu- 
mace, et qui , suivant les lois et les usages, n'était pas 



(I) A. Joly, Les juges des Vaudois (dans le Bulletin, historique et littéraire , 
187c, octobre-décembre). 



28 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

définitif, eût acquis avec le temps ce qu'il fallait pour 
le devenir. Au contraire , les autres voulaient qu'il fût 
promptement exécuté , par Taversion pour le crime 
qu'on avait condamné et par la crainte que cette peste 
n'eût le temps de prendre de nouvelles forces. Les ar- 
chevêques d'Aix et d'Arles étaient les plus ardents à 
solliciter le premier président et à presser qu'on prît 
les armes contre les rebelles , promettant , de leur part 
et de celle des autres ecclésiastiques , une grosse 
somme d'argent pour les frais de cette guerre. » 

Mais le président Barthélémy Chassanée , caractère 
doux et conciliant, en même temps que jurisconsulte 
distingué , n'était pas disposé à charger sa conscience 
d'une pareille exécution. Crespin raconte une violente 
discussion qui s'éleva à ce propos à Aix dans un grand 
dîner , où assistaient les principaux personnages de la 
ville, notamment le président, plusieurs conseillers du 
Parlement, les archevêques d'Aix et d'Arles, des gen- 
tilshommes et des dames de qualité. L'une d'elles qui, 
selon le bruit public, avait des relations criminelles 
avec l'archevêque d'Aix, demanda à table, à Chassa- 
née , quand il ferait exécuter l'arrêt rendu contre les 
luthériens de Mérindol. Le président ne répondit pas; 
et comme une des personnes présentes demandait ce 
qu'était cet arrêt , la dame se mit à le réciter tout au 
long de mémoire. Jacques Reynaud, sieur d'Alleins (i), 
et le jeune seigneur de Beaujeu (2) , présents au ban- 
quet , ne voulant pas croire à l'existence d'un pareil 
arrêt, « que les Turcs et les hommes les plus cruels, » 
disait ce dernier, « jugeront inhumain et détestable , » 
la dame les traita presque de luthériens, d'où s'ensuivit 

(i) Sur ce personnage, voyez Pièces justificatives , n* i. 
(2) Sans doute le neveu du comte de Tende. Son nom reviendra dans la 
^uite. 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 29 

l'échange de propos fort aigres, dans lesquels Beaujeu 
lança à son interlocutrice l'épithète d'Hérodias, cette 
princesse incestueuse qui avait demandé à Hérode la 
tête de Jean-Baptiste. L'altercation dura longtemps 
encore, faisant sourire les uns , notamment Chassanée , 
et mettant fort mal à l'aise les autres , surtout l'arche- 
vêque d'Aix, qui en « perdait le boire et le manger. » 
Néanmoins, « ces propos, » dit Crespin , « engendrè- 
rent grands troubles et plusieurs menaces qui seraient 
trop longues à décrire. Donc le président Chassanée 
et les conseillers se départirent , et les gentilshommes 
s'en allèrent d'autre part. » 

L'exécution de l'arrêt paraissait ainsi indéfiniment 
ajourné, d'autant plus que le comte de Tende, gouver- 
neur et grand sénéchal de Provence , chargé , par une 
ordonnance du roi du 14 décembre 1540, de faire exé- 
cuter la sentence , avait député son lieutenant de Mol- 
lins à François I^*", pour lui représenter qu'il fallait pour 
cela deux mille hommes au moins et qu'il ne savait où 
les prendre. De son côté , le Parlement se plaignit au 
roi du mauvais vouloir du gouverneur, et l'affaire en 
demeura là pour le moment. 

CONCILIABULES DE PRÉLATS A AIX ET A AVIGNON 

(1540). 

Mécontents de ces retards , les archevêques d'Aix 
et d'Arles tinrent un grand conseil à Aix , oii assistè- 
rent, outre ces deux prélats, quelques abbés et prieurs, 
le prévôt du chapitre et plusieurs chanoines d'Aix, 
pour délibérer sur la situation présente de l'Eglise et 
les moyens de faire exécuter l'arrêt de contumace. 
« Ce serait peu, » disaient-ils, « si nous n'avions affaire 
qu'aux gens de Mérindol et autres paysans semblables ; 



30 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

mais des docteurs en théologie, des religieux, des con- 
seillers et avocats des cours souveraines, des gentils- 
hommes en nombre considérable , des grands même 
commencent à nous mépriser. Si nous n'y pourvoyons , 
il est à craindre que nous ne perdions nos bénéfices et 
que tout l'ordre ecclésiastique ne périsse avec nous. « 

L'archevêque d'Arles , « usant de ses finesses natu- 
relles d'Espagne, » opina pour qu'on n'entreprît rien 
contre la noblesse; c car c'est notre bras et notre pro- 
tection , » dit-il , « et nous faut donner garde de dispu- 
ter ni contredire à de tels personnages , de les blâmer 
et encore moins de les accuser, mais- plutôt de les adou- 
cir par présents et dons ; car c'est chose certaine que 
si nous entreprenons contre la noblesse , finalement les 
juges séculiers en auront connaissance , et nous n'y ga- 
gnerons rien , comme déjà nous avons assez expéri- 
menté. » 

L'archevêque d'Aix se rangea à cette manière de 
voir, et dit qu'il fallait « faire telle tuerie de ceux de 
Mérindol et semblables paysans, » que personne, fût-il 
même de sang royal , n'osât à l'avenir ouvrir la bou- 
che contre le clergé ; et il conclut en invitant ses amis 
à se rendre à Avignon , où ils trouveraient plusieurs 
évêques et abbés qui s'emploieraient à leur service. 

Cet avis fut adopté, et les prélats et autres gens 
d'Eglise, réunis à Aix, allèrent en hâte à Avignon. 
L'archevêque d'Aix, chargé de prendre la parole, fit 
un tableau lamentable de la situation de l'Eglise et des 
dangers que courait la nacelle de Jésus-Christ. « Les 
offrandes cessent, » dit-il; « les pèlerinages et dévo- 
tions se refroidissent , la charité est quasi gelée , et , 
qui pis est , notre autorité est fort abaissée , notre juri- 
diction abattue, les ordonnances de l'Eglise mépri- 
sées. » Il opina donc pour que lui et ses amis usassent 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 3 1 

de tout leur pouvoir pour faire exécuter l'arrêt rendu 
contre les Vaudois, et ne craignissent pas de s'imposer 
dans ce but des sacrifices pécuniaires. « De ma part, » 
s'écriait-il en terminant , « j'offre et promets de sou- 
doyer, de mon argent propre , cent hommes bien équi- 
pés et bien en ordre, voire jusqu'à ce que la destruction 
de ces misérables soit faite. » 

Cette proposition eut l'agrément de toute l'assem- 
blée, sauf celui d'un docteur en théologie, de l'ordre 
des Jacobins, nommé Bassinet, qui opina de la sorte : 
« Suis contraint de vous déclarer (mais c'est en con- 
fession seulement), que j'ai signé bien légèrement plu- 
sieurs procès de ceux qui ont été accusés d'être héréti- 
ques ; toutefois je puis dire vraiment devant Dieu, qui voit 
et qui connaît nos coeurs, que je n'ai point eu de repos 
en ma conscience depuis que j'ai vu l'effet de mes si- 
gnatures , à savoir que les juges séculiers , à mon rap- 
port et jugement , et des autres docteurs mes sembla- 
bles, ont condamné à mort ceux que nous avons jugés 
hérétiques. Et la cause pourquoi je suis ainsi troublé 
en moi-même, c'est que depuis quelque temps en ça, 
je me suis adonné à regarder de près les Ecritures, et 
ai trouvé que la plupart des propos que maintiennent 
ceux qu'on appelle luthériens sont assez conformes à 
l'Ecriture sainte. » 

Après quelques observations des archevêques d'Aix 
et d'Arles, Bassinet, devenant plus explicite, s'écria : 
« Ceux qui tâchent d'enfondrer la nacelle de Jésus- 
Christ... ce sont ceux qui se disent le sel de la terre et 
n'ont aucune vertu ni saveur. Ils s'appellent pasteurs et 
ne baillent la vraie pâture... Et si j'osais dire, n'esti- 
merait-on pas aujourd'hui aussi grand miracle , si on 
voyait un évêque prêcher que de voir un âne voler... Et 
puisqu'il faut dire la vérité..., je veux maintenant tenir 



32 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

par les saintes Ecritures que le grand pilote et patron , 
notre Saint Père le Pape , et ses évoques matelots , et 
tous semblables bateliers , qui ont délaissé la nacelle de 
Jésus-Christ pour s'embarquer sur esquifs et brigantins, 
sont pirates et écumeurs de mer, faux prophètes et 
abuseurs, et non point pasteurs de l'Eglise de Jésus- 
Christ. » 

A peine Bassinet eut-il prononcé ces paroles , que 
toute l'assemblée grinça des dents contre lui , et l'ar- 
chevêque d'Aix , au nom de tous , lui dit : « Vide de- 
hors, méchant apostat; tu n'es pas digne d'être en cette 
compagnie. On en a brûlé plusieurs qui ne l'ont pas si 
bien mérité que toi. Ces besaciers et coquins de moi- 
nes gâtent tout. » Les docteurs mendiants présents à 
l'assemblée s'étant montrés fort offensés de ce propos 
de l'archevêque, une grande discussion suivit, et l'on 
se sépara sans prendre de décision. 

Après dîner , les prélats se réunirent de nouveau 
pour délibérer , mais seuls, et ils tombèrent bien vite 
d'accord. Il fut décidé que chacun d'eux contribuerait 
selon ses moyens aux frais de l'expédition contre les 
Vaudois , et que l'archevêque et le prévôt des chanoi- 
nes d'Aix poursuivraient leurs instances à frais com- 
muns , et s'efforceraient de persuader au Parlement de 
ne pas craindre de faire exécuter son arrêt « avec tam- 
bourin et enseignes déployées et artillerie. » 

Ces deux personnages, de retour à Aix, se hâtèrent 
de remplir leur mandat auprès de Chassanée ; mais le 
président leur objecta , dit de Bèze , « que cet arrêt 
n'était proprement définitif, et que partant les lois et 
ordonnances du royaume n'en permettaient l'exécution 
sans autre procédure , joint qu'il pourrait advenir de 
grands maux d'une telle exécution , outre le méconten- 
tement qu'en aurait le roi. Ce néanmoins , par autorité 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 33 

de la Cour , le tambourin sonna en Provence et furent 
ordonnés capitaines avec nombre de gens de pied et de 
cheval , qui commençaient à marcher tous armés et 
équipés, quand le sieur d'AUeins, muni de la connais- 
sance du droit humain et divin, usa de telles et si vives 
remontrances envers ledit président, que soudain il ré- 
voqua la commission et fut cette entreprise rompue. » 

ENQUÊTE ORDONNÉE PAR LE ROI (1540). 

u Ceux de Mérindol cependant, » continue de Bèze, 
(( sans se préparer à aucune résistance, hommes, fem- 
mes , enfants, maîtres et serviteurs, n'attendant que 
d'être menés comme brebis à la boucherie, criaient à 
Dieu , lequel toucha tellement le cœur du roi que , 
ayant ouï le bruit de cette affaire , au lieu de le trouver 
bon, il manda lettres au sieur de Langey, son lieute- 
nant pour lors au pays de Piémont , de s'enquérir dili- 
gemment et au vrai de tout ce fait, » 

Guillaume du Bellay, sieur de Langey, « trouva par 
d'exactes informations , » raconte de Thou , a que ceux 
qu'on appelle Vaudois étaient des gens qui , depuis en- 
viron trois siècles , avaient reçu de quelques seigneurs 
des terres en friche , à condition de payer certains 
droits à ceux qui en étaient les maîtres ; que , par un 
travail infatigable et une culture continuelle , ils les 
avaient rendues fertiles en blé et propres à nourrir des 
troupeaux ; qu'ils savaient souff'rir avec patience et le 
travail et la nécessité ; qu'ils abhorraient les querelles 
et les procès ; qu'ils étaient doux à l'égard des pau- 
vres ; qu'ils payaient avec beaucoup d'exactitude et de 
fidélité les tributs au roi et les droits à leur seigneur; 
que leurs prières continuelles et l'innocence de leurs 
mœurs faisaient voir assez qu'ils honoraient Dieu sincè- 



^4 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

rement ; mais qu'on les voyait rarement dans les tem- 
ples , excepté lorsqu'ils étaient obligés par leurs affai- 
res d'aller aux places voisines de leur demeure; qu'étant 
à l'église , ils ne fléchissaient point les genoux devant 
les images de Dieu ou des saints , et ne leur présen- 
taient ni chandelles ni d'autres offrandes ; qu'ils ne 
priaient point des prêtres de célébrer des messes pour 
eux ou pour l'âme de leurs parents trépassés ; qu'ils ne 
faisaient point le signe de la croix sur leur front, selon 
l'usage ordinaire , et qu'ils ne prenaient point d'eau bé- 
nite quand ils entendaient le tonnerre ; qu'ils ne fai- 
saient point de pèlerinages ; qu'ils ne se découvraient 
point la tête quand ils rencontraient une croix dans leur 
chemin ; que leur liturgie était en langue vulgaire et 
n'était point conforme à l'usage romain ; enfin , qu'ils 
ne rendaient aucun honneur au pape et aux évoques , 
mais qu'ils choisissaient quelques-uns d'entre eux pour 
leur servir de pasteurs et de ministres. » 

LETTRES DE GR'ACE CONDITIONNELLES DU ROI. CON- 
FESSION DE FOI ET REQUÊTE DES VAUDOIS ADRES- 
SÉES AU PARLEMENT (1541). 

François l^^ , ayant reçu l'enquête de son lieutenant 
et la copie de l'arrêt qu'il lui avait demandée, publia, le 
8 février 1541, des lettres patentes adressées au parle- 
ment de Provence (i). Elles étaient conçues dans le 
même esprit que l'édit de Coucy du 15 juillet 1535 et 
des lettres patentes du 31 mai 1536 déjà citées. Elles 
faisaient « grâce , pardon et rémission » aux Vaudois , 
pourvu que dans trois mois ils fissent « abjuration et 



(i) Insérées in extenso dans Crespin, fol. 14J et 146, et dans L. Fros- 
sârd , p. 95-96. 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 35 

renonciation solennelle » de leurs erreurs; elles don- 
naient à cette fin pouvoir au Parlement de faire compa- 
raître devant lui, mais « en pleine sûreté, » tel nombre 
de Vaudois qu'il jugerait nécessaire , et , au cas où ces 
derniers refuseraient de se présenter, d'en « faire telle 
punition qu'il verrait au cas appartenir. » 

Les Vaudois ayant continué leurs assemblées reli- 
gieuses nonobstant ces lettres , le roi , avant la fin des 
trois mois de délai qu'il leur avait fixés pour abjurer, 
leur donna l'ordre de les cesser et de ne pas se réunir 
au delà de vingt personnes. Il écrivit en même temps 
au comte de Tende, son gouverneur, et au Parlement, 
de leur « courir sus comme à ses ennemis, » en cas de 
désobéissance. 

Il faut dire que les lettres de grâce du 8 février 
avaient été tenues secrètes par le Parlement , « jusqu'à 
ce qu'enfin , » dit de Bèze , « par importunité et après 
plusieurs requêtes, le Parlement en fit la publication, 
ajoutant que tous ceux, tant hommes, femmes, qu'en- 
fants qui seraient soupçonnés d'être luthériens , eussent 

à se représenter par-devers ladite Cour Ceux-là de 

Mérindol, sur cela, ayant remontré par requête quel tra- 
vail et coût ce serait de venir tous en personne , obtin- 
rent qu'ils feraient cela par procureur ; et de fait , huit 
jours après , François Chaix et Guillaume Armand, fai- 
sant foi de leur procuration , comparurent , requérant 
qu'on leur fît voir de leurs erreurs et hérésies, pour, 
après en être convaincus par la Parole de Dieu , les 
abjurer selon l'intention du roi. » 

De Bèze fait observer, à ce propos, que les Vaudois 
n'avaient jamais pu obtenir « copie ni double d'aucun 
acte ni procédures faites contre eux; même avaient été 
défenses faites à tous greffiers, notaires, sergents et 
tous officiers de ne reconnaître aucun acte, opposition 



^6 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

OU protestation, ni de leur expédier doubles de leurs 
exécutions ; de sorte qu'ils furent contraints d'avoir re- 
cours au roi , lequel commanda leur être baillé le dou- 
ble de toutes les procédures, avec mandement à tous 
notaires et d'officiers d'exécuter tous actes, nonobstant 
l'arrêt de la Cour donné au contraire , lequel en cet 
endroit était révoqué. » 

Pour en revenir aux deux députés vaudois , Chassa- 
née les prit à part , et , en présence des gens du roi 
seulement, il s'efforça de leur faire comprendre que 
leurs erreurs étaient manifestes , et les engagea à les 
reconnaître pour que les juges ne fussent pas contraints 
de les traiter avec plus de rigueur qu'ils ne le vou- 
draient ; mais Chaix et Armand ayant persisté à de- 
mander qu'on leur prouvât par les Ecritures en quoi 
ils erraient, le président les autorisa à présenter par 
écrit au Parlement les articles de leur croyance. 

En conséquence , les Vaudois firent rédiger par un 
notaire de Mallemort une supplique , accompagnée 
d'une brève confession de leur foi (i), qu'ils adressè- 
rent au Parlement. Les deux pièces étaient datées de 
Mérindol, 6 avril 1541. Peu après, ils envoyèrent éga- 
lement .leur confession de foi , mais dans des termes 
plus amples (2), aux syndics d'Avignon, à l'évêque de 



(i) Insérée tout au long dans Crespin, fol. 146 et 147; De Bèze, t. I, p. 25 
et 26; Papon , t. IV, p. 98-110; Frossard, p. 101-105. Quant à la supplique, 
elle est donnée en entier par Crespin et Papon , résumée par de Bèze , et , 
avec quelques lacunes , par Frossard , qui , quoi qu'il dise , a eu une copie 
imparfaite sous les yeux. 

(2) Cette confession, en termes plus amples, se trouve seulement, croyons- 
nous dans VHistoire mémorable de la persécution et saccagemet du peuple de 
Mérindol et Cabrieres et autres circovoisins, appelé^ Vaudois, M.D.LVI, in-i6, 
p. Ç5-72, extraite de l'édition de Crespin, publiée cette même année. Henri 
Pantaléon {Martyrum historia , Bàle, 1Ç65, in-fol., p. 130-156) l'a traduite 
en latin, et Léger {Histoire générale des Eglises évangéliques des Vallées du Pié- 
mont ou paudoises, Leyde, 1669, in-fol., p. 107 et 108) en donne une analyse. 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 37 

Cavaillon qui les en avait requis , à l'évêque de Car- 
pentras , le célèbre Jacques de Sadolet , au Parlement 
de Grenoble, aux princes protestants d'Allemagne et à 
d'autres. Plus tard, ils adressèrent aussi à François I*"" 
une confession de foi (i), en le suppliant, dit Sleidan, 
de ne pas croire autre chose que ce qu'elle disait si on 
lui avait fait d'autres rapports, et s'offrant à prouver, 
dans le cas oij on leur donnerait audience, que ces rap- 
ports étaient faux. Le roi se fit lire la confession vau- 
doise par Pierre du Châtel , évêque de Tulle (2), son 
lecteur ordinaire , et n'y trouva rien à reprendre, si bien 
que ceux qui assistaient à la lecture, ayant été interpel- 
lés par François I®*" sur les points du document qu'ils 
trouvaient erronés , n'osèrent ouvrir la bouche pour y 
contredire. Le roi, néanmoins, chargea Du Châtel de 
l'examiner ; mais nous ignorons le sentiment qu'émit le 
prélat. 

SADOLET ET LES VAUDOIS (154I, I 542). 

En adressant leur confession de foi à Sadolet par 
messagers exprès , les Vaudois l'accompagnèrent d'une 



(i) On pense que c'est en 1545 , car, ainsi qu'on le verra plus loin, les 
Vaudois envoyèrent à cette époque une députation à François I^'. Cette con- 
fession de foi, qui fut lue au Parlement de Paris en 155 Ç, se trouve, avec 
des variantes peu importantes : en latin, dans Ch. Dumoulin, Prima pars 
tractatus de origine, progressa et excellentia Regni et Monarchice Francopum et 
coronce Francice , p. 95-101, Lugduni, 1564, in-4°; — en français, dans Perrin, 
p. 87-90; Léger, p. 109 et 110; le Bulletin de la Société de l'histoire du pro- 
testantisme français , t. VIII, p. 500-Ç09 , d'après un manuscrit du seizième 
siècle; Ch. Schmidt, Zeitschrift fur die historische Théologie, t. XXII, année 
1852, p. 2Ç6-2?8, d'après une copie du temps. — Il se pourrait toutefois, 
nonobstant l'hypothèse que nous émettons dans cette note, que les Vaudois 
eussent envoyé deux confessions de foi à François I"' : en 1J41, celle que 
donne V Histoire mémorable; en 1J43 , celle que Dumoulin a publiée pour la 
première fois. 

(2) De Mâcon en 1544, et d'Orléans en 1550. 



38 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

requête où ils suppliaient le prélat d'en prendre con- 
naissance et de leur marquer les points qu'il trouverait 
contraires aux saintes Ecritures, ajoutant que, dans le 
cas où il les convaincrait d'erreur , « non seulement ils 
se soumettraient à abjuration , mais à telle peine qu'on 
les voudrait condamner. » Ils disaient , en outre , que 
si un juge quelconque du comtat Venaissin pouvait éta- 
blir, « par bonnes informations, qu'ils eussent tenu 
doctrine scandaleuse » ou pratiqué une autre religion 
que celle qui était coutume dans leur confession de foi, 
il lui plût de le leur faire savoir, s'offrant à obéir en 
tout ce qui serait juste et raisonnable. 

Sadolet était un homme vertueux, docte, et le bien- 
faiteur de son diocèse. Il jouissait , en cour de Rome 
et ailleurs, d'un grand crédit et pratiquait le principe de 
la tolérance. Il aurait voulu éviter le schisme et écrivit 
plusieurs lettres à ce propos à Georges, duc de Saxe (i), 
et aux Genevois (2). Dans cette dernière, il appelle les 
habitants de Genève ses « très chers frères en Christ. » 
En 1 539, le pape lui envoya des pouvoirs pour recher- 
cher et châtier les luthériens de son diocèse ; mais il 
répondit (3) à Alexandre Farnèse , archevêque et légat 



(i) Le 21 septembre, le 27 octobre et le 50 novembre 1558 (Herminjard, 
t. V, p. 26, note 24). 

(2) Le 18 mars 1539 (Herminjard, t. V, p. 261). 

{5) Le 29 juillet 1J39 (Herminjard, t. V, p. 561-565 ; Sadolet, Epist. 779). 
Il paraît que Sadolet se départit quelques années après de sa mansuétude 
ordinaire, car le cardinal Cartésius lui écrivait de Rome le 1" juillet 1J44 : 
« Vous employez presque tout votre temps à comprimer et détruire l'impiété 
des hommes corrompus. » Calvin écrivait également à Myconius le 20 juillet 
1546 : (i J'apprends aussi que Sadolet se comporte très cruellement en Pro- 
vence envers le Seigneur ; je n'attendais pas cela d'un homme humain » {Cal- 
vini opcra, t. XII, p. 565). L'évèque de Carpentras sollicita même du pape et 
obtint des mesures répressives contre les Juifs de son diocèse et composa un 
traité contre eux (Granget , Histoire du diocèse d'Avignon , Avignon , 1862 , 
in-8°, t. II, p. 47). Ce qu'on ignore également , c'est que Sadolet avait mené 
une vie licencieuse à Rome dans sa jeunesse. Voyez Philippe Beroald, lib. I 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 39 

d'Avignon, qui les lui transmit : « J'userai de ces pou- 
voirs si c'est nécessaire ; mais je m'appliquerai à ce 
que ce ne soit pas nécessaire... Ce n'est pas la crainte 
et le châtiment, mais la vérité même et surtout la dou- 
ceur chrétienne, qui arrachent aux méchants la confes- 
sion d'une erreur, qui est plutôt dans le cœur que sur 
les lèvres... Le pape pourra-t-il faire croire qu'il per- 
sécute les luthériens dans ses Etats par amour de la 
religion, lui qui favorise si fort les juifs dans ces mêmes 
Etats?... Je suis le pasteur de mon peuple et non pas 
un mercenaire. » 

Sadolet reçut avec bonté les messagers vaudois et 
leur répondit en substance : « J'ai lu votre requête et 
les articles de votre confession. Il y a beaucoup de 
matière , et je n'ai pas entendu que vous soyez accusé 
d^autre doctrine que celle même que vous confessez. Il 
est vrai qu'aucuns ont fait bruit et vous imposent choses 
qui étaient grandement à reprendre ; mais quand on a 
fait diligente inquisition , on a trouvé que c'était tout 
calomnie et faux rapport. Au reste de vos articles , il 
me semble y avoir quelques mots qu'on pourrait bien 
changer sans préjudice de votre confession , et sembla- 
blement il me semble qu'il n'était pas besoin de parler 
si manifestement contre les pasteurs de l'Eglise. Quant 
à moi, je désire votre bien et serai marri si on vous 
détruit comme on l'a entrepris. » 

La confession de foi étendue que les Vaudois adres- 
sèrent à Sadolet , aussi bien que celle plus concise 
qu'ils présentèrent au Parlement , reconnaît , comme 
tous les autres formulaires protestants de cette nature 
du seizième siècle, l'autorité souveraine de la Bible, le 



Carminum, ode à Jules de Médicis , et Menagiana , t. II, p. 128, 129 (De 
Cambis de Velleron, Annales de la ville d'Avignon, t. IV, fol. 277). 



40 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

péché originel , la régénération par le Saint-Esprit , la 
justification par la foi agissant par les bonnes œuvres, 
la rédemption par Jésus-Christ, seul médiateur, les 
sacrements du baptême et de la sainte Cène. 

L'évèque de Cavaillon , animé d'un tout autre esprit 
que celui de Carpentras et mécontent de ce que l'exé- 
cution de l'arrêt de Mérindol était constamment différée, 
requit le vice-légat d'Avignon de donner suite à la sen- 
tence rendue dans cette ville contre les Vaudois de 
Cabrières du Comtat , et portant que ce village serait 
détruit et tous ses habitants passés au fil de l'épée. Les 
troupes se mirent donc en marche et n'étaient même 
plus qu'à une lieue de Cabrières, quand Sadolet, se 
rendant en hâte auprès du vice-légat, lui montra la re- 
quête et la confession de foi des Vaudois , et obtint 
que l'armée se retirerait sans faire de mal aux habitants 
de Cabrières (1542). Il partit ensuite pour Rome, mais 
non sans avoir mandé auparavant auprès de lui quel- 
ques-uns de ses fermiers vaudois (il n'en voulait pas 
d'autres pour ses terres), et plusieurs habitants de Ca- 
brières, auxquels il déclara qu'il communiquerait leurs 
articles de foi aux cardinaux, et espérait qu'un concile 
serait convoqué pour la réformation des abus de l'Eglise. 
Il leur recommanda , en terminant , d'être prudents , 
parce qu'ils avaient beaucoup d'ennemis. 

A son retour de Rome, les Vaudois furent bien cha- 
grins d'apprendre de Sadolet qu'on songeait moins , 
dans la cité papale, à une réformation de l'Eglise qu'à 
la continuation de la lutte contre tous ceux qui ne vou- 
draient pas vivre selon les ordonnances de l'Eglise ro- 
maine. Le cardinal ajoutait, néanmoins, qu'à son sens 
les abus ne pouvaient durer encore longtemps, en pré- 
sence du grand nombre de nations qui connaissaient les 
saintes Ecritures. Le trésorier de Carpentras, celui-là 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME E^f PROVENCE. 4I 

même qui avait été chargé de payer les troupes desti- 
nées à opérer contre les Vaudois, tenait à ces derniers 
le même langage et les favorisait de tout son pouvoir. 
Aussi fut-il obligé de résigner ses fonctions. 

DÉCLARATIONS DES VAUDOIS AU PARLEMENT (l540- 

Mais revenons aux rapports des Vaudois de Mérin- 
dol avec le Parlement. Dans la supplique qu'ils lui 
adressèrent conjointement avec leur confession de foi , 
ils énumèrent les persécutions diverses qu'ils ont eu à 
subir , font remarquer que le chancelier de France , 
Guillaume Poyet, et le Parlement refusèrent d'envoyer 
des commissaires chez eux pour s'enquérir de leur vie, 
de leurs mœurs et de leur foi , et ils se disculpent des 
accusations dont ils ont été l'objet. Ainsi , ils n'ont 
point désobéi à la justice pour avoir refusé de compa- 
raître devant le Parlement , puisque tous ceux qui se 
sont rendus à Aix n'en sont point revenus et ont été 
condamnés au feu, à la prison, au bannissement ou à la 
confiscation de leurs biens , sans qu'il leur ait été per- 
mis de se faire défendre par des avocats ou de se dé- 
fendre eux-mêmes ; ils n'ont jamais enlevé des prison- 
niers des mains des officiers de la Cour; ils ne se sont 
point retirés dans des villes fortes ou des châteaux , 
lorsqu'on est venu pour se saisir d'eux ou qu'ils ont 
appris qu'on s'apprêtait à raser leur village et à les brû- 
ler tout vifs ; mais ils se sont simplement enfuis dans 
des cavernes, des rochers et des bois pour se sous- 
traire à une mort inévitable ; ils n'ont jamais eu chez 
eux de gens d'armes , de lansquenets et de soldats pié- 
montais. En terminant, ils supplient le Parlement de 
donner des ordres pour qu'ils ne soient plus molestés 
tant en leurs personnes qu'en leurs biens, attendu qu'ils 



42 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

veulent vivre selon la foi de Dieu et de l'Eglise : ce 
que le roi désire seulement d'eux. 

Le procureur général d'Aix, Piolenc, répondit à la 
supplique des Vaudois en requérant le Parlement de 
nommer deux commissaires , pour que les suppliants 
déclarassent devant eux s'ils voulaient bénéficier des let- 
tres de grâce du roi. Après les avoir nommés, le Par- 
lement autorisa dix Vaudois quelconques à venir en 
toute sûreté à Aix pour faire la déclaration |susmen- 
tionnée. A la suite d'une réunion générale tenue à 
Mérindol le lo avril 1541 , les Vaudois se bornèrent à 
députer à Aix un seul des leurs , nommé Jamme Es- 
tène , qui supplia le Parlement de faire jouir ses core- 
ligionnaires et compatriotes des lettres de grâce du roi, 
sans exiger d'eux aucune rétractation et en se conten- 
tant de la déclaration de foi qu'ils avaient précédemment 
déposée. 

Quatre mois après, en août, quelques-uns de ceux 
qui avaient été condamnés par l'arrêt de contumace en- 
voyèrent, de leur côté, une procuration au Parlement 
pour recueillir le bénéfice des lettres du roi, promettant 
de vivre en catholiques si on leur démontrait leurs er- 
reurs par la persuasion. 

Comme le Parlement , en présence de cette soumis- 
sion conditionnelle des Vaudois , hésitait à sévir , l'avo- 
cat général du roi , Guillaume Guérin , écrivit à Fran- 
çois l^^ pour se plaindre de ses lenteurs , et lui fit un 
tableau si chargé et si vif de la conduite des Vaudois , 
que le roi donna l'ordre à son lieutenant en Provence, 
Louis Adhémar de Monteil, comte de Grignan, d' « ex- 
tirper et du tout exterminer la secte des Vaudois, et, si 
besoin, d'assembler des forces pour les rompre et met- 
tre en pièces , en manière que la génération en puisse 
du tout faillir et que le pays en soit nettoyé. » 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 43 

INTERVENTION DES PRINCES PROTESTANTS d'aLLEMA- 
GNE EN FAVEUR DES VAUDOIS (1541). 

Pendant que ces événements s'accomplissaient , les 
Vaudois avaient prié les princes allemands de la confes- 
sion d'Augsbourg, alliés de François P"', d'intervenir 
en leur faveur auprès de ce monarque. Ceux-ci s'y prê- 
tèrent avec joie, et, le 23 mai 1 541 , ils écrivirent au 
roi de France la touchante lettre qui suit , due à la 
plume du célèbre Mélanchthon. Nous la traduisons lit- 
téralement du latin : 

« Roi sérénissime et très chrétien, Salut et Respect. 

» Puisque Votre Dignité Royale nous a toujours 
donné des marques de sa bienveillance, qui prouvent 
suffisamment qu'Elle est animée envers nous de dispo- 
sitions excellentes et très amicales ; puisque même nous 
avons quelquefois éprouvé que nos prières n'ont pas 
été sans valeur auprès de Votre Grandeur Royale ; 
nous avons jugé bon de lui écrire et d'intercéder auprès 
d'Elle pour sauver quelques particuliers, dont les uns 
sont retenus en prison dans divers lieux de votre 
royaume , surtout à Grenoble et dans d'autres villes de 
la Provence, et dont les autres ont abandonné leurs 
maisons avec leurs malheureax enfants et ont été obli- 
gés de se réfugier dans des cavernes , parce qu'ils pro- 
fessent, touchant la doctrine chrétienne, des sentiments 
identiques à ceux que professent nos Eglises. Nous 
sommes affectés d'une grande douleur , car bien qu'on 
ne puisse nier que beaucoup d'anciens abus ne se 
soient introduits dans l'EgHse, néanmoins les cœurs se 
sont enflammés de colère çà et là, au point que les 
saines idées sont étouffées , et que non seulement des 



44 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

particuliers , mais encore des peuples entiers , sont en 
péril. Puisque ceux-ci s'adressent en suppliants à Votre 
Grandeur Royale, qu'Elle considère que non seulement 
nous , mais l'Eglise de Christ elle-même est gisante en 
pleurs aux pieds des plus grands rois, implore du secours 
et demande que la lumière de l'Evangile naissant ne soit 
pas éteinte et que Votre Grandeur Royale épargne des 
hommes modestes et des membres de Christ. Nous 
savons que ceux qui sont en butte à la haine à cause de 
la pieuse doctrine sont chargés pendant ce temps d'au- 
tres crimes et qu'on les appelle séditieux ; mais nous 
avons vu la confession de ces affligés présentée au 
Parlement de Grenoble et la justification des crimes 
qui leur sont imputés. C'est pourquoi nous avons pensé 
qu'il fallait prier davantage pour eux , parce que leur 
confession de foi est pieuse et sans aucun doute la 
pure doctrine de l'Eglise catholique de Christ, que 
nous professons nous-mêmes. Nous prions donc Votre 
Grandeur Royale d'épargner la vie soit de ces prison- 
niers soit des autres , s'il en est qui courent des dan- 
gers pour les mêmes motifs. Nous avons appris , il est 
vrai, qu'on pardonnerait à quelques-uns d'eux s'ils re- 
nonçaient à la profession d'une doctrine qu'ils ne dou- 
tent point être pieuse; mais comme l'accomplissement 
de cet acte serait plus dur que la mort même, nous 
prions Votre Grandeur Royale d'adoucir aussi pour 
Dieu cette condition. Votre Majesté Royale n'ignore 
point combien il est grave , surtout en religion , d'ap- 
prouver quelque chose contre sa conscience. Cette 
clémence sera asrréable à Dieu et recevra une récom- 

o 

pense divine , selon ce que dit le Psalmiste : « Heu- 
reux celui qui est indulgent pour le pauvre et le misé- 
rable ! dans les jours mauvais Dieu le délivrera. » C'est 
pourquoi nous prions instamment Votre Majesté Royale 



ÉTABLISSEMENT DE LA REFORME EN PROVENCE. 45 

de se montrer clémente en cette occurence envers ces 
malheureux , quelque part qu'ils soient. Ce sera un 
grand bienfait, tant pour nous que pour tous ceux qui 
professent la même religion que nous, surtout si nous 
voyons que ces malheureux ont dû leur délivrance à 
notre intercession ; et la clémence et la modération de 
Votre Dignité Royale ne seront pas l'objet d'une 
louange ordinaire de la part de tous les gens de bien. 
Si nous obtenons cela, comme nous en avons le bon 
espoir, nous nous efforcerons , à notre tour , de mon- 
trer des cœurs non oublieux et reconnaissants pour 
tous les services qui dépendront de nous; désirant que 
le Dieu tout bon et tout grand conserve longtemps 
Votre Grandeur saine et sauve et florissante. 

» Donné à Ratisbonne le XXIII mai de l'année 
M.D.XLI du Salut de Christ. 

» Les Princes , Députés , Etats et Ordres alliés de 
la Confession d'Augsbourg, réunis à Ratisbonne (i). » 

Cette lettre paraît avoir exercé une certaine influence 
sur le cœur de François I®"", car, pour le moment, les 
poursuites contre les Vaudois furent suspendues , mal- 
gré les ordres contraires qui avaient été donnés au 
comte de Grignan. 

TENTATIVE DE CONVERSION DES VAUDOIS (1542). 

Cependant Jean Maynier, seigneur d'Oppède (2), 
venait d'être nommé second président du Parlement 
d'Aix. a Retenu, » dit Papon , « hors de la Provence 
depuis près de deux ans pour les affaires du roi , il 

(i) Calvini opéra, vol. XI , n° 311. 

(2) C'est à tort que les historiens lui donnent, dès cette époque, le titre de 
baron. Sa terre d'Oppède ne fut érigée en baronnie que plus tard. 



46 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

n'avait eu aucune part au fameux arrêt de Mérindol ni 
aux procédures qu'on avait faites. Ayant appris à Avi- 
gnon , lorsqu'il s'en retournait à Aix , l'état de crise où 
se trouvait sa patrie, il engagea l'évêque de Cavaillon, 
dans le diocèse duquel Mérindol est situé, à faire un 
dernier effort pour ramener les hérétiques au sein de 
l'Eglise par la persuasion. » 

Arrivé à Aix , Maynier informa le Parlement de la 
démarche qu'il venait de faire, et, sur son avis, la 
Cour décida, le 6 mars 1542, qu'avant de procéder 
plus avant contre les Vaudois qui ne voudraient pas 
abjurer, elle s'assurerait si les curés résidant au milieu 
d'eux avaient publié les lettres de grâce du 8 février 
1541, et que, dans l'affirmative, elle leur enverrait 
l'évêque de Cavaillon , un docteur en théologie et le 
conseiller au Parlement, Georges de Durand, seigneur 
du Peynier, pour les ramener dans le giron de l'Eglise 
par la voie de la persuasion. Dans le cas oij les Vau- 
dois , « étant convaincus par la Parole de Dieu d'avoir 
suivi et vécu en erreurs et hérésies, ils ne voudraient 
faire abjuration , » procès-verbal serait dressé de leur 
refus « pour y procéder comme par la Cour serait 
avisé. » Le Parlement était pour lors présidé par Guil- 
laume Garçonnet , successeur de Chassanée depuis le 
i8 juin 1 541 , et animé du même esprit de tolérance et 
de douceur que lui. 

L'évêque de Cavaillon, trop impatient pour attendre 
l'époque fixée par l'ordonnance de la Cour et peut- 
être aussi plein du vaniteux espoir de confondre, par 
son autorité épiscopale , des paysans illettrés , s'em- 
pressa de se rendre à Mérindol accompagné d'un doc- 
teur en théologie. Les habitants lui firent remarquer 
que , par sa démarche , il entreprenait sur l'autorité du 
Parlement, mais ils n'insistèrent pas sur l'assurance que 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 47 

leur donna l'évêque qu'il agissait ainsi pour les préser- 
ver du pillage et des mauvais traitements. 

Ce dernier réclama tout d'abord des habitants 
une abjuration générale ; mais comme les Mérindo- 
liens désiraient savoir ce qu'ils devaient abjurer, ils 
demandèrent qu'on leur montrât, parles saintes Ecri- 
tures, les points sur lesquels ils étaient dans l'er- 
reur. Ici l'évêque se trouva fort embarrassé, car l'Evan- 
gile était pour lui un livre à peine connu. De son côté, 
le docteur, qui ne s'attendait pas à discuter sur le ter- 
rain de la Bible , demanda un délai de quelques jours 
et, s'étant convaincu, après ce temps, de la conformité 
de la doctrine vaudoise avec les enseignements de la 
Bible, il <c confessa tout hautement qu'il n'avait pas 
tant appris des saintes Ecritures tout le temps de sa 
vie qu'il n'avait fait en huit jours. » 

L'évêque de Cavaillon, qui était rentré dans son pa- 
lais, s'apercevant qu'il n'avait aucun espoir de succès 
à fonder sur les arguments de son docteur, tenta sans lui 
une nouvelle démarche auprès des habitants de Mérindol. 
Il se rendit donc une seconde fois au miHeu d'eux et, 
ayant réuni les enfants du village , il les pria de lui ré- 
citer en latin Notre père et Je crois en Dieu. 

Les enfants : « Nous savons bien le Pater et le Credo 
en latin, mais nous ne saurions l'expliquer que dans 
notre langue. » — L'évêque : « Vous n'avez pas be- 
soin d'être tant savants ; car il y a beaucoup d'évêques 
et de curés, voire de docteurs en théologie, qui seraient 
bien empêchés d'exposer le Pater et le Credo. » — 
André Meynard, bailli de Mérindol : « A quoi servi- 
rait-il, monsieur, de savoir réciter de bouche le Credo 
et le Pater, si l'on n'entendait point ce qu'ils signifient? 
Que si on ne les entend point, on ment et on se moque 
de Dieu en les récitant... » — Uévêque : « Entendez- 



48 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

VOUS bien ce que signifie : Je crois en Dieu^ » — Mey- 
nard : « Je m'estimerais bien misérable si je ne l'enten- 
dais point. Le moindre enfant de ceux que vous voyez 
ici devant vous l'entend bien, et je n'aurais pas honte 
de déclarer ma foi et ma croyance selon qu'il a plu à 
Dieu m'en donner l'intelligence. » — Lévêqiie^ après 
que Meynard eut rendu raison de sa foi avec beaucoup 
de netteté : « Je n'eusse point pensé qu'il y eût de si 
grands clercs à Mérindol. » — Meynard : « Le moin- 
dre des habitants de Mérindol pourra vous rendre rai- 
son de sa foi encore plus nettement que moi ; mais, 
monsieur, je vous prie d'interroger ces enfants ou l'un 
d'eux, afin que vous sachiez s'ils sont bien ou mal in- 
struits.. » 

L'évêque, aussi embarrassé de questionner que de 
répondre, s'y étant refusé, le syndic de Mérindol, Per- 
ron Rey, avec sa permission, dit aux enfants de se po- 
ser mutuellement des questions. « L'un commença, » 
dit Crespin, « à interroger les autres de si bonne grâce 
qu'on eût proprement dit que c'était un inquisiteur de 
la foi; et les enfants, l'un après l'autre, répondirent tant 
bien à propos que c'était merveille que de les ouïr. 
Or, cela se fit en présence de plusieurs gens et même- 
ment de quatre religieux , lesquels tout fraîchement ve- 
naient de l'Université de Paris. L'un d'iceux dit à 
Tévêque : « Il faut que je confesse ici que j'ai été sou- 
vent à la Sorbonne , à Paris , oyant les disputes qui se 
faisaient en théologie ; mais je n'ai jamais tant appris 
de bien que j'ai fait en oyant ces petits enfants. » A 
quoi un Vaudois, qui était présent-, Guillaume Armand, 
répondit : « Vous avez bien lu ce qui est écrit en saint 
Matthieu : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je te 
rends grâce que tu as caché ces choses aux sages et 
prudents et les as révélées aux petits. » 



ÉTABLISSEMENT DE LA REFORME EN PROVENCE. 49 

L'évêque, ne sachant plus à quel expédient recourir 
pour en venir à ses fins, employa les caresses. Ayant 
lait retirer les étrangers qui l'avaient accompagné, il 
reconnut devant les Vaudois qu'on les avait calomniés 
et les supplia, au nom de leur intérêt, de faire entre ses 
mains seules , sans notaire ni témoins , une abjuration 
générale , qu'ils pourraient toujours nier si on leur fai- 
sait des reproches ou qu'on voulût s'en servir contre 
eux. Mais ces hommes, au cœur droit et sincère, ne 
consentirent pas à se prêter à un mensonge et l'évêque 
s'en alla a aussi mécontent que confus. » 

Le 4 avril 1542, la commission, nommée par le Par- 
lement d'Aix pour représenter aux Vaudois leurs héré- 
sies et les persuader de les abjurer, se rendit à Mérin- 
dol. L'évêque de Cavaillon, qui en faisait partie, comme 
on l'a dit plus haut, prêcha dans l'égHse ; mais dix-neuf 
Vaudois seulement y assistèrent. Après le sermon, Miche- 
lin Meynard et Jean Romane, syndics, André Meynard, 
bailli, Jean Palenc, ancien de l'église, et Jean Bernard, 
lieutenant du bailli, furent successivement entendus et 
demandèrent qu'on leur signalât les erreurs et hérésies 
dont ils étaient accusés. Mais au lieu de leur répondre, 
l'évêque de Cavaillon parla tout bas à l'oreille du com- 
missaire Durand , et après qu'on leur eut donné lecture 
des confessions de foi qu'ils avaient adressées au Par- 
lement et au susdit évêque , ils déclarèrent que telles 
étaient bien leurs doctrines et demandèrent une nouvelle 
fois qu'on leur montrât en quoi elles étaient contraires 
à l'Ecriture sainte. Pour toute réponse, le docteur en 
théologie prononça un discours en latin ; sur quoi 
André Meynard pria le commissaire de faire coucher 
sur son procès-verbal le refus que, tant lui que l'évê- 
que, avaient fait de les convaincre d'hérésie, a Ceux 
qui étaient là venus, » dit Crespin, « pensant qu'on dût 

4 



50 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

montrer les erreurs auxdits de Mérindol , furent ébahis 
de voir l'évêque et le docteur ainsi vaincus et confus. 
Par quoi plusieurs furent émus de demander le double 
des articles de la confession des habitants de Mérin- 
dol, estimant que c'était la vraie doctrine de Dieu. » 
De ce nombre furent trois docteurs qui étaient ve- 
nus à diverses fois catéchiser les Vaudois et qui se 
convertirent à l'Evangile, dont ils devinrent de zélés 
ministres dans la Suisse française. Il est regrettable que 
l'histoire n'ait pas conservé leurs noms. 

EXPÉDITION A MAIN ARMÉE DE l'ÉVÊQUE DE CAVAIL- 
LON A CABRIÈRES. REPRÉSAILLES d'eUSTACHE MAR- 
RON (1543). 

Très mécontent du résultat infructueux de ses trois 
conférences avec les Vaudois de Mérindol, Tévêque de 
Cavaillon, oubliant tous ses devoirs et exécutant un 
projet plusieurs fois avorté, se mit, le 10 août de l'an- 
née suivante (1542), à la tête de gens armés et entra 
dans Cabrières du Comtat , oij il se saisit de plusieurs 
Vaudois qu'il fit conduire à Cavaillon et à Avignon , 
après avoir saccagé les biens des habitants , coupé les 
bourses des femmes, effondré les meubles', percé les 
maisons pour passer de l'une à l'autre et enlevé le bé- 
tail. Eustache Marron, toujours prêt à répondre à la 
violence par la violence et sans considérer que ses en- 
treprises, contraires à l'esprit de l'Evangile, ne pou- 
vaient que compromettre la cause de ses coreligionnai- 
res , se rendit aussitôt en armes à Cabrières avec des 
Vaudois de Provence et du comtat Venaissin pour 
secourir ses habitants, mais quand il arriva, l'évêque 
était déjà parti avec sa troupe. 

Le comte de Grignan, lieutenant du roi en Provence, 



ÉTABLISSEMENT DE LA REFORME EN PROVENCE. 51 

ayant été informé de l'expédition de Marron, chargea 
maître Pierre Johannis, lieutenant du juge d'Aix, de 
faire une information contre les coupables. Il visita suc- 
cessivement Apt, Gargas, Roussillon, Murs, Joucas, 
Gordes et , en dernier lieu , Cabrières , oîi il somma 
ceux qui avaient pris part à l'expédition de se déclarer. 
Marron comparut aussitôt devant lui et les consuls peu 
après. Le juge leur ordonna de ne pas molester l'évê- 
que de Cavaillon et de respecter le territoire papal, en 
même temps qu'il enjoignit aux Provençaux qui accom- 
pagnaient Marron de rentrer dans leurs foyers. Les uns 
et les autres promirent, mais, séance tenante, ils dépo- 
sèrent entre les mains de Johannis une plainte en forme, 
signée par Marron et les deux consuls de Cabrières , 
contre l'agression inique de l'évêque. De Cabrières, le 
juge se rendit successivement à Lacoste, Lourmarin , 
Lauris, Mérindol, Sénas, Cadenet, Villelaure et Per- 
tuis , dont les habitants vaudois avaient fui à son ap- 
proche. 

Le comte de Grignan , peu satisfait de ses informa- 
tions , l'obligea à repartir pour en faire de nouvelles. 
Johannis parcourut tout le Comtat ; mais, arrivé à Ca- 
brières, il en trouva les portes fermées. Ayant mandé 
les syndics. Marron comparut, et le juge lui dit que s'il 
voulait lui livrer leur prêcheur, maître Jean, tout s'ar- 
rangerait pour le mieux. Jean était un ancien domestique 
de l'évêque de Cavaillon et le curé converti de Cabriè- 
res. Marron répondit qu'il en conférerait avec les siens 
et ferait réponse au comte de Grignan. De là, Johannis 
se rendit à Lacoste et à Lourmarin, oii il s'aboucha avec 
maître Jean, qui le traita d^idolâtre parce qu'il adorait un 
morceau de pâte. Dans cette dernière localité, il se saisit 
du Vaudois Chausse-de-Cuir , qui était occupé à jeter 
dans l'eau des livres luthériens ; mais Marron délivra le 



52 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

prisonnier et, sur l'heure, arrivèrent des renforts vaudois 
de Mérindol, Cabrières d'Aiguës, La Motte d'Aiguës 
et d'ailleurs, qui venaient au secours de leurs coreligion- 
naires de Lourmarin. Johannis finit par revenir à Aix, 
où il rédigea un procès-verbal, dans lequel il demandait 
l'arrestation d'un certain nombre de Vaudois. Le roi, 
informé des faits par le vice-légat d'Avignon, qui dési- 
rait poursuivre activement les coupables , écrivit au 
comte de Grignan de lui prêter main-forte pour exter- 
miner ces derniers. 

DÉPUTATION DES VAUDOIS AU ROI. NOUVELLES LET- 
TRES DE GRACE (1543, 1544). 

De nouvelles lettres patentes de François I^"", de 
mars 1543 (i), ordonnant l'exécution de l'arrêt de 
contumace parce que les Vaudois n'avaient point voulu 
abjurer, déterminèrent ces derniers à envoyer au roi, au 
mois d'avril suivant, des députés, qui trouvèrent de forts 
appuis à Paris, notamment auprès des ambassadeurs des 
princes protestants allemands accrédités à la Cour. 

Ils exposèrent, dans la requête qu'ils firent présenter, 
à cette occasion, à François I", qu'ils voulaient vivre 
en chrétiens sous l'obéissance des magistrats séculiers 
et ecclésiastiques, que depuis treize ans on les accusait 
d'hérésie parce qu'on en voulait à leurs biens, que plu- 
sieurs d'entre eux avaient été déjà pillés, saccagés, 
rançonnés et tués , et qu'ils avaient pris la fuite au lieu 
de se présenter devant le Parlement parce qu'on les 



(i) Avant la publication de ces lettres, et encore après, François I"' en avait 
édicté deux autres d'un caractère général qui enjoignaient : les premières 
(50 août 1542) aux parlements du royaume, les secondes (25 juillet 1545) aux 
inquisiteurs de la foi, de rechercher et de punir les luthériens à toute rigueur, 
de façon à exterminer <( la racine de cette peste. » 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 53 

avait retenus en prison ou fait mourir, et qu'alors était 
intervenu l'arrêt de contumace du i8 novembre 1540. Ils 
ajoutaient que plusieurs personnage de l'entourage du 
roi et des officiers du Parlement avaient obtenu, pour 
eux ou pour leurs parents, les biens confisqués sur eux; 
que certaines gens, qui avaient des Vaudois sous leur 
dépendance et même des gentilshommes, s'étaient éga- 
lement saisis de leurs biens; que les juges des évoques 
avaient, de leur côté, pillé, saccagé et mis à mort des 
Vaudois ; ils affirmaient, en terminant, que tout ce qui 
avait été fait contre eux « ne procédait que d'avarice et 
cupidité et non du zèle de les réduire à la voie des 
vrais chrétiens, » et ils demandaient des juges. 

Emu de cette requête hardie, le roi ordonna qu'un de 
ses maîtres des requêtes irait en Provence avec un 
docteur en théologie pour informer sur la vie et les 
mœurs des suppliants, en même temps que sur les abus, 
malversations, exactions et pilleries des officiers royaux 
et des gentilshommes (i). En conséquence, il donna le 
mois suivant, le 17 mai 1543, d'autres lettres patentes 
pour surseoir à celle de mars aussi longtemps que 
son maître des requêtes et le docteur en théologie 
n'auraient pas fait leur rapport. Néanmoins, ces lettres 
ne donnaient que deux mois aux Vaudois pour abjurer 
entre les mains d'un conseiller au Parlement et de l'ar- 
chevêque d'Aix, après que la Cour les aurait convain- 
cus d'erreur par informations dijment faites. 

L'année snivante, le 14 juin 1544, le roi, par de nou- 



(i) Les personnages particulièrement visés étaient d'Oppède, qui avait pour- 
suivi en justice plusieurs de ses vassaux, notamment les Calliers et les Serre, 
et s'était enrichi à leurs dépens ; — Gaspard de Forbin , sieur de Janson et 
de Villelaure , son neveu , qui courait sus à ses vassaux ; — François de Pé- 
russis, sieur de Lauris , son gendre, qui convoitait plusieurs terres vau- 
doises ; — et Esprit Etienne, sieur de Venelles, qui avait eu part à une con- 
fiscation. 



54 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

velles lettres, ordonna au Parlement et au comte de 
Grignan de surseoir encore à l'exécution des patentes 
de mars parce qu'il n'avait pu faire partir pour la Pro- 
vence ses deux commissaires, savoir, son maître des 
requêtes, Jean du Pré , et le dominicain Jean le Chat, 
et il déclara qu'il évoquait à sa personne la cause des 
Vaudois, défendant à la Cour d'en prendre connaissance 
et lui donnant l'ordre de relâcher tous les prisonniers. 
La guerre avec l'empereur Charles-Quint empêcha 
malheureusement les deux commissaires d'accomplir 
leur mission. 

d'oppède et autres font révoquer les lettres 

DE GRACE (l 544, I 545). 

Les lettres d'évocation du 14 juin 1544 furent signi- 
fiées le 25 octobre suivant par le Vaudois Florimond au 
Parlement, qui se vit contraint sur l'heure d'abandonner 
ses poursuites et de relâcher ses prisonniers ; mais, 
sans tarder aussi, il mit tout en œuvre, de concert avec 
les évêques , le comte de Grignan et le nonce du pape 
à Paris, pour obtenir la révocation des lettres du roi. 

(( Les évêques, » écrivait Calvin à ce propos à Bul- 
linger, de Zurich, le 25 novembre 1544 (i), « les gou- 
verneurs et le Parlement lui-même s'opposent de toutes 
leurs forces à ce que les lettres patentes du roi suivent 
leurs cours. Si elles ne sont pas acceptées, les frères 
de Provence seront exposés aux lions et aux loups, qui 
déploieront contre eux une rage cruelle , car ce qu'ils 
cherchent c'est de pouvoir attaquer impunément ces 
malheureux ; si elles sont acceptées, ils n'échapperont 
pas pour cela au péril, car dans trois petites villes et 

(i) Calvini opcra , vol. XI, n" 586. 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. J^ 

dans plusieurs villages, ils professent la pure doctrine 
évangélique. Dans une de ces petites villes, ils ont 
purgé l'Eglise de toutes ses souillures et y célèbrent la 
cène et le baptême à notre manière. Plus le péril les 
menace présentement de ces deux côtés, plus grand 
doit être notre zèle à leur venir en aide , surtout dans 
leur admirable constance, à laquelle nous ne répon- 
drions pas sans nous couvrir d'une grande honte. 
Ajoutons qu'ils ne s'agit pas ici seulement de leur 
cause, car, ou bien leur ruine ouvrira la voie aux impies 
■ dans tout le royaume, ou bien l'Evangile y fera irruption 
par ce moyen. Que nous reste-t-il donc? Si ce n'est de 
faire tous nos efforts, de peur que, si nous nous arrê- 
tions, ces pieux frères ne soient opprimés et que la porte 
ne soit fermée à Christ pour longtemps. J'ai voulu te 
prévenir de cette affaire, afin que, si ces pieux frères cher- 
chaient un refugeauprès de vous, vous teniez les cœurs des 
vôtres prêts à leur porter secours. Autrement, il faudra 
demander au roi de faire l'une ou l'autre de ces deux 
choses : ou bien qu'il permette aux frères de Provence 
de jouir de la grâce qu'il leur a accordée une première 
fois ou bien qu'il modère sa fureur, si elle s'allume 
contre eux. » 

D'Oppède, qui avait été nommé premier président 
du Parlement d'Aix le 20 décembre 1543 à la place de 
Garçonnet, décédé cette même année d'une manière 
subite qui fit croire à un empoisonnement, envoya au 
roi, par l'huissier Philippe Courtin, des instructions 
« par lesquelles, » dit de Bèze, « il donnait à entendre 
que ceux de Mérindol et autres, leurs voisins, jusqu'au 
nombre de quinze mille hommes , s'étaient mis aux 
champs , à enseignes déployées , en délibération de 
prendre la ville de Marseille et d'en faire comme un 
canton suisse. » L'avocat général Guérin, de son côté, 



HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

adressa une requête au roi pour qu'il révoquât ses let- 
tres de grâce, et les Etats de la province, réunis à Aix 
le 15 décembre 1544, émirent le même vœu. Quant au 
comte de Grignan, qui « avait feint d'aimer l'Evangile, » 
dit Farel (i), et « promis aux Vaudois de plaider fidè- 
lement leur cause, » ajoute Calvin (2), il changea com- 
plètement de dispositions et, par ses faux rapports, 
il « enflamma l'esprit du roi d'une fureur inouïe jus- 
que-là, » parce que, briguant une députation auprès de 
l'Empereur et des princes allemands, qui devaient se 
réunir à Worms pour l'assemblée des Etats , et ayant 
besoin du haut appui de son oncle, François' Juste de 
Tournon, archevêque d'Aix, cardinal et ministre du roi, 
il s'était mis entièrement à sa dévotion. Pour ce qui est 
de ce dernier, sa haine contre les luthériens est connue, 
et ce fut surtout lui qui, avec l'appui du nonce du pape, 
décida le roi à publier, le i^' janvier 1 545, de nouvelles 
lettres patentes, oi^i il avait le triste courage de déclarer 
que ses lettres de grâce du 14 juin 1 544 lui avaient été 
arrachées par surprise et ordonnait au comte de Grignan 
de prêter main-forte au Parlement pour dépeupler entiè- 
rement le pays des Vaudois et le nettoyer de tous les 
hérétiques qu'il renfermait. 

Une lettre écrite à cette époque (6 janvier 1545) à 
Calvin (3) par le célèbre humaniste Claude Baduel , 
pour lors recteur du collège de Carpentras , nous ap- 
prend que lés Vaudois, naturellement désireux d'aug- 
menter le nombre de leurs amis , accordaient trop fa- 
cilement l'hospitalité aux gens qui se réfugiaient dans 
leurs montagnes et dont la vie n'était pas toujours en 



(1) Lettre à Calvin du 4 avril 1545 {Cabini opéra, vol. XII , n» 629). 

(2) Lettre à Bullinger du 24 juillet 1545 [Cabini opéra , vol. XII , n° 664V 
(5) Cabini opéra, vol. XX, 11° 4141. 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 57 

harmonie avec le zèle qu'ils déployaient. Leur présence 
au milieu des persécutés et l'influence qu'ils exerçaient 
sur eux pouvaient causer à ceux-ci un dommage réel. 
C'est du moins ce que Baduel semble vouloir donner à 
entendre par ces lignes un peu énigmatiques qu'il 
adresse à Calvin : « Ecris aussi à ces hommes de bien, 
nos voisins (les Vaudois), et exhorte les à être retenus 
et prudents. J'apprends en effet qu'ils se conduisent 
avec peu de prévoyance dans l'accueil qu'ils font aux 
gens qui se réfugient auprès d'eux et dont plusieurs 
passent pour ne pas mener une vie suffisamment hon- 
nête et chrétienne. La vie et les mœurs de ceux-ci font 
plus de tort à ces hommes de bien que leur bonne vo- 
lonté leur procure d'avantages. C'est pourquoi tu feras 
bien de les exhorter à agir avec quelque discernement 
et à éprouver la vie de ces hommes avant de les ac- 
cueilhr ; car il y a des hommes droits , auxquels la mé- 
chanceté des autres peut causer du préjudice et du 
déshonneur. Or , comme je suis ici leur voisin et leur 
ami, je m'enquerrai plus exactement de toute leur ma- 
nière de faire et d'agir, et je t'en informerai. » Baduel 
fait peut-être allusion à Eustache Marron et à ses parti- 
sans, toujours prêts à détourner les Vaudois de la ligne 
de modération qu'ils avaient suivie et à leur con- 
seiller la résistance armée. 

LES EXÉCUTEURS DE l'aRRÊT. 

Au moment de décrire le traitement effroyable infligé 
aux Vaudois de Mérindol , Cabrières du Comtat et 
autres lieux , il est bon de faire connaître les hommes 
qui, dans cette circonstance, trempèrent leurs mains 
dans le sang innocent, tache profonde que le temps 



58 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

n'a pu encore effacer et qui demeure attachée comme 
une honte à leur mémoire. 

Le premier à mentionner, parce que ce fut le plus 
coupable et le plus cruel , est Jean Maynier, seigneur 
d'Oppède , au Comtat. C'était le fils de Guillaume 
Maynier, privé de ses états et offices de président au 
Parlement d'Aix à cause de ses rapines, et qui dépensa 
presque tout son bien pour sauver sa vie. Jean , » vrai 
successeur de l'ambition et mauvaise conscience de son 
père, » dit de Bèze , « besogna si bien que première- 
ment il fut fait viguier du pape en la ville de Cavaillon , 
au Comté de Venisse. » Il devint ensuite , grâce à la 
souplesse de son caractère , conseiller au Parlement 
d'Aix en 1522, second président en 1542 et premier 
en 1543. Il avait l'esprit vif et bouillant, était très versé 
dans le droit et le palais et ne manquait pas d'une cer- 
taine fermeté dans l'administration de la justice ; mais il 
était cupide , dur et cruel, et il refit sa fortune aux dé- 
pens de ses vassaux. « Voyant que son père, » dit Cres- 
pin , « ne lui avait laissé pour tout bien que le titre de 
la seigneurie d'Oppède , qui , pour lors , était bien pe- 
tit cas , il s'avisa de faire accuser par subtil moyen 
quelques riches laboureurs d'Oppède comme hérétiques 
et luthériens. Il les tint bien longtemps en extrêmes mi- 
sères de prison et se saisit de leurs biens meubles et 
immeubles sans en laisser aucune part ni à leurs femmes 
ni à leurs enfants , lesquels , abandonnant tout , se reti- 
rèrent à Cabrières , distant d'Oppède d'environ une 
lieue. » Et comme ces derniers, réduits à la plus grande 
misère, se croyaient en droit de venir chaque année, à 
l'époque de la moisson et des vendanges , recueillir 
une partie des fruits de leurs anciennes terres , d'Op- 
pède avait conçu contre eux une haine mortelle et dé- 
sirait avec ardeur trouver l'occasion de se venger. 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 59 

A côté de lui se place Antoine Escalin des Aimars , 
baron de la Garde, dit le capitaine Poulin (i) , homme 
de moeurs dissolues , dur et a de si basse lignée , » dit 
de Bèze, « qu'à grand'peine sut-on son père ni sa mère 
et encore plus bas de cœur. » Le Laboureur (2) ajoute 
qu'il « acheta, quand il fut élevé, la baronnie de La 
Garde, où il était né. » Ce fut le 28 juillet 1543, et le 
comte de Grignan lui donna l'investiture. Sa maxime favo- 
rite était qu'on ne doit pas garder la foi aux hérétiques, 
et il la pratiqua à diverses reprises , comme on le verra 
par la suite. Il se montra d'autant plus cruel dans l'ex- 
pédition de Mérindol et de Cabrières qu'il avait à se 
purger d'une accusation de mahométisme dirigée contre 
lui. Il était général des galères du roi depuis une an- 
née, mais ses malversations le mirent en danger plu- 
sieurs fois de perdre sa charge , qui lui fut enfin re- 
tirée. 

On a l'habitude de joindre à d'Oppède et à La Garde 
l'avocat général au Parlement de Provence, Guillaume 
Guérin , qui , par ses plaintes continuelles contre les 
Vaudois et ses requêtes réitérées, contribua pour beau- 
coup à animer l'esprit du roi contre ces derniers ; mais 
il ressort d'une pièce catholique du temps, insérée dans 
Crespin , que , pour une raison qui n'est pas connue , 
il se tint à l'écart le plus qu'il put pendant l'expédition. 
De là vient que plus tard il ne fut pas tout d'abord dé- 
crété d'arrestation. Mais c'était un homme vénal , plu- 
sieurs fois convaincu de faux , de concussion et de 
péculat. 

(i) Ce surnom lui fut donné dans sa jeunesse à cause de la fougue de son 
caractère ; mais on l'appelait plus souvent Paulin par corruption du mot 
Poulin. 

(2) Additions aux Mémoires de Mcssire Michel de Castelnau; éd. de Bruxel- 
les, 1751, } vol. in-fol., t. II, p. ç. Voyez aussi Brantôme, Œuvres complètes, 
éd. Buchon, Paris, 1848, t. I, p. 399 à 400. 



6o HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

EXÉCUTION DE l'aRRÊT DE CONTUMACE (1545). 

Les lettres patentes du i**' janvier 1545 portant or- 
dre d'exécution de l'arrêt de contumace furent expé- 
diées à d'Oppède ce même mois par l'huissier Courtin. 

11 les garda cachées jusqu'au 1 2 avril suivant parce qu'il 
attendait le départ du comte de Grignan pour la diète 
de Worms ; départ qui , suivant l'usage du royaume , 
devait lui conférer les pouvoirs de Heutenant du roi en 
Provence pendant l'absence du titulaire. Sa nomination 
fut signée le 26 février et enregistrée à Aix le 1 2 mars 
suivant. D'Oppède attendit encore un mois pour donner 
le temps d'arriver aux troupes de Piémont qui devaient 
s'embarquer à Marseille à destination de Boulogne 
pour faire la guerre aux Anglais. Lorsqu'elles furent sous 
sa main, il convoqua le Parlement (c'était le dimanche, 

12 avril) et lui communiqua les lettres du roi. La Cour, 
sans désemparer, les entérina et, requise par l'avocat 
général Guérin de procéder « à l'exécution des arrêts 
donnés contre ceux de Mérindol, et à leur totale extir- 
pation, » elle nomma, comme commissaires exécuteurs, 
François de Lafond , second président au Parlement , 
Honoré de Tributiis , sieur de Sainte-Marguerite, et 
Bernard de Badet , conseillers , et Guérin en rempla- 
cement du procureur général , Thomas de Piollenc , 
absent. D'Oppède fut également requis, en sa qualité de 
lieutenant du roi, de prendre le commandement des 
troupes. 

Ces formalités une fois remplies , le nouveau lieute- 
nant du roi fît publier dans toute la Provence que a tout 
homme de qualité prît les armes pour faire escorte à 
ladite exécution. » Il s'adjoignit ensuite comme aides 
de camp ses deux gendres , le sieur de Lauris et de 



ÉTABLISSEMENT DE LA REFORME EN PROVENCE. 6l 

Pourrières , et donna le commandement général des 
troupes à Lagarde, arrivé à Marseille depuis le 6 avril. 

Le 1 3 avril les commissaires se mirent en route , 
mais, au lieu d'aller droit à Mérindol , ils se rendirent 
à Pertuis , oii le capitaine de Vaugines, depuis un mois 
déjà, sur l'ordre de d'Oppède, pillait le bétail et les 
biens de quelques hameaux des environs de Pertuis, oij 
habitaient, disait-il, des luthériens. 

Le 14 ils étaient à Cadenet, oia ils rejoignirent La- 
garde, qui avait sous ses ordres six régiments d'infan- 
terie et une cornette de cavalerie. Le lendemain ils 
tinrent un conseil de guerre, où il fut décidé qu'on in- 
cendierait Cabrières-d'Aigues , La Motte-d'Aigues et 
Lourmarin, bien que leurs habitants ne fussent pas com- 
pris dans l'arrêt de contumace et qu'ils n'eussent été 
ni entendus ni condamnés. Tributiis n'avait pas voulu 
assister à ce conseil pour dégager sa responsabilité et , 
à dater de ce moment , il se retira de l'expédition. 

Quant à d'Oppéde, il partit d'Aix seulement le 15. 
Il sortit à la tète de ses gens d'armes et de quatre cents 
pionniers et, divisant sa troupe en deux bandes, il fit 
prendre à l'une la gauche à destination de Cadenet, et 
à l'autre la droite à destination de Pertuis. Il prit lui- 
même cette dernière direction et poussa par Pertuis 
jusqu'à Cadenet, où il présida le conseil de guerre dont 
nous venons de parler. 

Dès le lendemain, 16 avril, le pillage, l'incendie et 
la tuerie commencèrent. Lagarde , à la tête de ses 
vieilles bandes du Piémont, mit le feu à Cabrières-d'Ai- 
gues , Peypin-d'Aigues , La Motte-d'Aigues et Saint- 
Martin-de-la-Brasque. Ces quatre villages appartenaient 
au jeune Jean-Louis-Nicolas de Bouliers , sieur de 
Cental, qui était encore sous la tutelle de sa mère, 
veuve, Françoise de Bouliers , dame ou baronne de La 



62 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

Tour-d' Aiguës. La belle ferme de cette dernière, qui 
avait trois cents cannes de long , ses fours et ses mou- 
lins furent aussi détruits, malgré les remontrances de la 
baronne, qui demandait des juges et non des sol- 
dats (i). « La plupart des pauvres laboureurs , sans ré- 
sistance , » dit un témoin oculaire catholique cité par 
Crespin , « furent tués et meurtris , femmes et filles 
violées, femmes grosses et petits enfants nés et à naître 
tués et meurtris ; les mamelles à plusieurs femmes cou- 
pées. On voyait les petits enfants mourant de faim au- 
près des mamelles de leurs mères qui étaient mortes. 
Tout y fut brûlé et saccagé et ne furent sauvés que 
ceux que Poulin choisit pour ses galères. » 

D'Oppède , de son côté , à la tête des troupes pro- 
vinciales , fît brûler, le i8, Lourmarin , Villelaure et 
Très-Emines, dont tous les habitants s'étaient enfuis à 
son approche. Pendant ce temps , La Roque-d'Anthe- 
ron et Saint-Estève-de-Janson , sur la rive gauche de la 
Durance , étaient incendiés par le sieur de La Roque, 
parent de d'Oppède, assisté de plusieurs personnes 
d'Arles. Les habitants de ces villages s'étaient égale- 
ment enfuis. 

Blanche de Lévis, mère de François d'Agoult, comte 
de Sault , et dame de Lourmarin , et Gaspard de For- 
bin-Janson, seigneur de Villelaure, Trés-Emines et La 
Roque-d'Antheron, qui s'étaient réfugiés à Cadenet 
quand ils avaient vu la désertion en masse de leurs vas- 
saux, ayant eu connaissance des desseins de d'Oppède, 
s'étaient rendus auprès des fugitifs pour leur persuader 



(i) Certains historiens assurent que d'Oppède lui en voulait parce qu'elle 
avait refusé sa main ; mais le témoin catholique bien informé que cite Cres- 
pin dit qu'il s'agissait non pas de la baronne, mais de sa fille, qu'elle avait 
refusée à un parent du président. Elle-même confirme le fait dans la plainte 
qu'elle déposa après les événements (Voyez plus loin). 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 6} 

de regagner leurs demeures; mais ils n'avaient pas été 
écoutés, et ils revinrent à Cadenet, où défense fut 
faite à Forbin-Janson de laisser rentrer ses vassaux 
dans ses terres, sous peine de voir celles-ci confis- 
quées (i). 

Ce même jour, i8 avril, d'Oppède, faisant sa jonction 
à Lauris avec Lagarde et précédé d'une colonne 
d'éclaireurs, commandée par de Vaugines et Redortier, 
se dirigea sur Mérindol. où il ne trouva qu'un « jeune 
garçon , nommé Maurice Blanc , » dit de Bèze , 
a homme fort simple , lequel s'étant rendu prisonnier à 
un soldat avec promesse de deux écus pour sa rançon, 
d'Oppède ne trouvant aucun autre sur lequel il pût exé- 
cuter sa rage , paya ces deux écus au soldat et, l'ayant 
fait attacher à un arbre , le fit tuer à coups d'arque- 
buse. » Les dernières paroles de ce malheureux sont à 
rappeler. « Seigneur Dieu, » dit-il, « les hommes m'ôtent 
cette vie pleine de misères , mais tu me bailleras celle 
qui est éternelle par le moyen de mon Seigneur Jésus- 
Christ , auquel soit gloire! » Mérindol, comme les au- 
tres lieux , fut également pillé et incendié. Il comptait 
deux cents maisons. 

Quand Maynier eut accompli son œuvre de destruc- 
tion en Provence , il entra sur le territoire du comtat 
Venaissin à la tête de l'armée. Il avait préalablement 
donné avis de son expédition et rendez-vous au légat du 
pape Antonio Trivulcio , qui réunit mille fantassins et 
trois canons doubles sous le commandement du capi- 
taine de Miolans et se mit en route le 19 avril. Dès le 
lendemain, il faisait sa jonction avec d'Oppède sous les 
murs de Cabrières. 

Ce village , qui était entouré de murailles et dont les 

\i) Octave Teissier, Cadenet historique, p. ij-iy. 



64 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

habitants n'avaient pas fui, fut canonné les 20 et 21 avril 
jusqu'à 7 heures du matin. Soixante paysans , comman- 
dés par le trop célèbre Marron , défendaient seuls la 
place , aidés de trente femmes qui les servaient. Ils 
avaient pratiqué des meurtrières dans les murailles et 
tiraient sur l'armée, mais sans lui faire grand mal. Les 
autres habitants s'étaient réfugiés dans les caves du châ- 
teau et les femmes et les enfants dans l'église. Une 
brèche suffisante ayant ^té faite aux remparts , le sei- 
gneur du lieu , qui suivait l'armée , parlementa avec ses 
vassaux, qui répondirent qu'ils étaient prêts à ouvrir 
leurs portes pourvu qu'on leur permît de se retirer sains 
et saufs en Allemagne ou bien qu'on leur donnât des ju- 
ges. Ils consentaient , du reste , à ne rien emporter de 
ce qui pouvait leur appartenir. Ledit seigneur, d'Oppéde, 
l'évêque de Cavaillon et Lagarde acceptèrent la seconde 
proposition , et leur assurèrent qu'on examinerait leur 
cause en justice et qu'on n'exercerait contre eux aucune 
violence. 

Là-dessus , Marron , ses compagnons et les femmes 
qui les servaient, sortirent sans méfiance et sans armes, 
mais, quand ils furent à une certaine distance de la place, 
d'Oppéde, ses deux gendres et d'autres gens de sa suite 
se précipitèrent sur eux, et en prirent dix-huit (i), qu'ils 
menèrent dans un pré voisin, oij ils les massacrèrent sans 
pitié. Le premier coup fut porté par de Fourrières. On 
conduisit leurs compagnons à Avignon , à Aix ou aux 
galères de Marseille. Marron, dirigé sur la première de 
ces villes, y fut brûlé vif avec le pasteur Guillaume Serre 
et plusieurs de ses compatriotes. Quant aux femmes, on 
les enferma, sur l'ordre d'Oppéde, dans un grenier à 
foin, où l'on mit le feu. Quelques-unes d'elles, voulant 

(i) Selon d'autres trente. 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 65 

s'échapper par les fenêtres , furent reçues sur des per- 
tuisanes , mises à mort et leurs têtes portées en triom- 
phe. 

Pendant que s'accomplissaient ces horreurs, les sol- 
dats comtadins entrèrent dans la place pour la piller, 
et mirent à mort tous les hommes qu'ils rencontrèrent, 
suivant le jugement rendu à Avignon , portant que tous 
les habitants de Cabrières seraient exterminés. Pour 
ce qui est des femmes, filles et enfants, qui s'étaient ré- 
fugiés dans l'église, leur sort fut épouvantable. Plusieurs 
personnes du sexe furent déshonorées dans l'église 
même; d'autres, qui étaient enceintes, éventrées ; d'au- 
tres, précipitées du haut du clocher ; toutes massacrées 
au nombre de quatre à cinq cents , à l'exception de 
quelques jeunes filles et de quelques enfants que l'on 
vendit à Lisle. Cette affreuse tuerie fut ordonnée par 
d'Oppède. Le capitaine Jean de Gaye, qui reçut la mis- 
sion de l'accomplir, avait hasardé quelques observations, 
mais il fut menacé par le président d'être traité comme 
rebelle au roi s'il refusait d'obéir. Huit ou neuf cents 
habitants , hommes , femmes ou enfants périrent ainsi à 
Cabrières. On vendit les survivants aux particuliers et 
les plus robustes aux capitaines des galères. Le village 
fut démantelé , rasé et on éleva sur ses ruines une co- 
lonne où l'on inscrivit « l'an et jour que Cabrières»fut 
prise et ruinée par Jean Maynier , seigneur d'Oppède 
et premier président au Parlement de Provence. » 

Cette expédition des troupes papales dans le Comtat 
fut suivie de plusieurs autres, ayant le même but, et du- 
rèrent plusieurs mois. « Chaque jour, écrivait Calvin à 
Bullinger, à la date du 24 juillet (i), du comté d'Avignon 
sont faites des expéditions contre ceux qui ont survécu. » 

(i) Calvini opéra, vol. XII, n° 664. 



66 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

En rentrant en Provence, d'Oppède donna ordre aux 
commissaires de l'exécution, aux capitaines et aux sol- 
dats , sujets du roi, qui avaient charge et commission, 
tant de lui que d'autres, de « dévaliser , ruiner et saisir 
les personnes et les biens des sectes vaudoise et luthé- 
rienne et leurs complices atteints dudit crime. » Il ex- 
cepta, toutefois de l'exécution son parent, le sieur de 
Faucon , qui était luthérien , mais qui avait promis de 
livrer à la justice ses vassaux suspects. 

A ce moment, le sieur de Lacoste, également parent 
de d'Oppède , le supplia d'épargner le village de La- 
coste, moyennant quoi il démolirait des remparts de la 
place toute l'étendue qu'il pourrait désirer, désarmerait 
lui-même les habitants et ferait conduire à Aix ceux 
d'entre eux que le président lui désignerait. D'Oppède 
promit , les remparts furent démolis , mais il donna or- 
dre , sous main , à trois enseignes de soldats d'aller se 
saisir du village. Elles « pillèrent, » dit de Bèze, « ce que 
bon leur sembla, brûlèrent une partie du village, violè- 
rent femmes et filles et y tuèrent quelques paysans sans 
y avoir trouvé aucune résistance. » Aubery ajoute que 
des mères , au milieu de ces scènes affreuses , donnè- 
rent des couteaux à leurs filles pour qu'elles se tuassent 
plutôt que d'être déshonorées ; que celles-ci criaient 
qtj'on les mît à mort, et qu'une malheureuse, qui s'était 
précipitée du haut des remparts pour échapper au der- 
nier outrage, le subit quand même à demi morte. D'Op- 
pède , il est vrai , décréta d'arrestation les capitaines 
Beaudoin et Labbé qui avaient laissé consommer ces 
horreurs, mais ce ne fut que pour la forme, et le pre- 
mier reçut même plus tard de l'avancement (i). 



(i) C'est vraisemblablement à la suite de ces faits que d'Oppède publia 
une ordonnance pour « défendre aux soudards en garnison en Provence de 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 67 

A Murs de sanglants excès furent commis. Vingt-cinq 
femmes ou enfants s'étant réfugiés dans une caverne 
pour sauver leurs vies, une compagnie comtadine , qui 
avait pénétré en Provence , essaya de faire sortir ces 
malheureux à coups d'arquebuse et, n'ayant pu y réussir, 
les asphyxia en allumant des broussailles à l'entrée de 
la grotte. 

D'Oppède et ses complices n'étaient pas seuls à être 
animés de la soif du pillage. Les catholiques, voisins des 
villages vaudois maltraités, voulant avoir aussi part à la 
curée générale, se mirent à courir le pays et ne respec- 
tèrent pas même les églises. Cloches, croix, calices et 
autres ornements furent volés. Les seigneurs d'Ansouis 
et de Cucuron se signalèrent dans ce pillage, étrange 
pour des catholiques , ainsi que les paysans de Cucuron 
et de Pertuis. Des coureurs, sortis de la Bastide-des- 
Jourdans et conduits par le capitaine Pierre Martin, 
dévalisèrent l'église de Peypin-d'Aigues , et des 
paysans de Saint-Zacharie celle de La Motte-d'Aigues. 
Ils emportèrent jusqu'aux tuiles des maisons et aux clô- 
tures des champs. Une autre bande , partie de Gram- 
bois , Montjustin et Montfaron, se rendit coupable des 
mêmes excès. 

A ce moment, douze ou treize villages étaient incen- 
diés ou ruinés. Les hommes valides qu'on avait pu sai- 
sir furent conduits aux galères par bandes de trente , 
cinquante et deux cents, et les fuyards exposés à mou- 
rir de faim, car, le 24 avril , d'Oppède avait fait défen- 
dre , sous peine de confiscation de corps et de biens , 
de donner des vivres , munitions, aide ou asile aux ha- 



courir sus aux sujets de Sa Majesté et de les trousser, piller et maltraiter , 
sous prétexte qu'ils sont suspects d'hérésie » (21 avril 1545); mais on verra 
plus loin qu'elle n'arrêta pas les excès (Arch. des Bouch.-du-Rhône, B, 22 J). 



68 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

bitants de Mérindol et autres lieux, convaincus ou sus- 
pects d'hérésie (i). 

Le commissaire Lafond et le grand sénéchal de Pro- 
vence avaient fait faire les mêmes criées. Cette mesure 
barbare causa la mort d'un grand nombre de femmes , 
vieillards et enfants, qui périrent dans les champs ou le 
long des chemins. Près du château de la Tour-d'Ai- 
gues, il en mourut une si grande quantité que les cada- 
vres engendrèrent une sorte de peste, dont furent victi- 
mes plus de cent cinquante habitants. On trouva dans 
un pré un homme mort qui avait rongé l'herbe autour de 
lui. 

REQUÊTE DES VAUDOIS. LEUR ASSEMBLÉE AU DÉSERT 

(M45)- 

Nous avons dit qu'à l'approche de d'Oppède les ha- 
bitants de Mérindol avaient tous fui. Ils se retirèrent 
d'abord dans les bois voisins, « ce qui formait, » dit de 
Thou, « le plus triste spectacle du monde, car on voyait 
marcher pêle-mêle, à travers les champs , les vieillards 
avec les enfants et les femmes qui emportaient des pe- 
tits , les uns dans des berceaux , d'autres entre leurs 
bras ou dans leur sein en poussant des cris pitoyables. » 
Le lendemain , la troupe s'avança plus avant dans les 
bois et apprenant que d'Oppède qui se dirigeait à ce 
moment vers Cabrières, passait non loin de là, les hom- 
mes se séparèrent des femmes et des enfants, que leurs 
ennemis, pensaient-ils, n'oseraient pas massacrer et ga- 



(i) Cette défense ne fut pas lettre morte, et, près d'un mois après, le 
15 mai 1545, on faisait un enquête sur des transports de vivres, qui avaient 
été effectués de IVIallemort à IVIérindol et l'on menaçait « de confiscation de 
corps et de biens » ceux qui ne voudraient pas en témoigner (Archives des 
Bouch.-du-Rhône, B, 225). 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 69 

gnèrent le sommet du petit Léberon , d'où, apercevant 
les villages de la contrée tout en feu, ils prirent !e che- 
min de Murs, situé plus au nord dans la chaîne de Vau- 
cluse, où toute la troupe se réunit. 

Cependant d'Oppède, dès qu'il avait été informé que 
les habitants de Mérindol s'étaient enfuis, et avant même 
qu'il eût incendié ce lieu , avait lancé une partie de ses 
gens à leur poursuite. Arrivés dans les environs de 
Murs, un soldat se détacha furtivement de. ses compa- 
gnons , courut bien au-devant d'eux et jeta , du haut 
d'un rocher, deux pierres dans un lieu où il pensait 
que les Vaudois s'étaient réfugiés , en même temps 
qu'il criait de toutes ses forces que le danger était pres- 
sant et qu'il fallait se hâter de fuir. Quelques personnes 
de Murs sortirent de leur côté pour presser de partir 
les femmes et les enfants vaudois, campés dans le voi- 
sinage avec Jean Perrier, pasteur de Mérindol, et leurs 
guides, et ils leur indiquèrent, au milieu des broussailles, 
un ciiemin inconnu , qui pouvait favoriser leur retraite. 
Mais au même moment arrivèrent, l'épée à la main, 
les gens de d'Oppède, qui, ne respirant que le sang et 
le carnage, auraient massacré toute cette troupe inof- 
fensive, si les menaces de leurs officiers ne les eussent 
arrêtés. Ils se contentèrent de les dépouiller de leurs 
effets et de leur enlever leurs bestiaux. 

Délivrés de cette nouvelle épreuve par l'effet d'une 
générosité que nous sommes heureux d'applaudir, et qui 
nous repose un peu de toutes les scènes d'horreur aux- 
quelles nous venons d'assister, les Mérindoliens, réfu- 
giés dans les montagnes, « ayant fait présenter requête 
au président d'Oppède, » dit Crespin', « le suppliaient 
qu'il lui plût octroyer passage pour se retirer aux villes 
d'Allemagne, où on avait églises réformées selon la doc- 
trine de l'Evangile, se soumettant de quitter et aban- 



70 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

donner tous leurs biens, meubles et immeubles, moyen- 
nant qu'il leur fût permis de se retirer avec leurs 
femmes et leurs enfants au pays des anciens amis et 
alliés de la France, n'ayant que leur chemise pour cou- 
vrir leur chair. D'Oppède, ayant entendu le contenu 
de cette requête, répondit : « Je sais ce que j'ai à faire 
de ceux de Mérindol et de leurs semblables ; je veux 
les prendre tous sans qu'aucun puisse échapper de mes 
mains, et les enverrai habiter au pays d'enfer avec tous 
les diables, et eux, et leurs femmes et leurs enfants, et en 
ferai telle destruction que j'en ôterai la mémoire à ja- 
mais. » Les Mérindoliens avaient adressé la même re- 
quête à Lagarde, qui, tout cruel qu'il fût, paraissait dis- 
posé à y donner suite, mais d'Oppède eut bientôt arrêté 
ce bon mouvement. 

Apprenant l'inutilité de leur demande, les Vaudois se 
réunirent en assemblée générale pour prendre un parti. 
Après les exhortations et les prières des pasteurs et 
des anciens, chacun fut appelé à donner son avis. Voici 
quelques extraits des paroles remarquables qui furent 
prononcées à cette occasion : 

Un premier vieillard : « La moindre sollicitude que 
nous devons avoir, c'est de notre bien et de notre vie; 
mais la plus grande et principale crainte qui doit nous 
émouvoir, c'est que par tourmients et par infirmités nous 
ne défaillions en la confession de notre Seigneur Jésus- 
Christ et de son saint Evangile... Qu'il n'y ait ni feu, ni 
flammes, ni glaive, ni famine, pour grande qu'elle soit, 
ni bombardes ou canons, qui puisse ébranler notre foi. 
Mes amis, crions à Dieu, et le Seigneur aura pitié de 
nous. » 

Un deuxième vieillard : « Les hommes aveugles se 
sont élevés contre nous pour nous affliger par injures, 
par outrages, par blâmes, destructions, fausses accusa- 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 71 

lions, pour nous mettre à mort, pour nous tenailler, pour 
nous démembrer et exécuter sur nous toutes manières 
de tourments et les plus cruels dont ils se pourront avi- 
ser; mais mourons en notre simplicité, et le ciel et la 
terre seront témoins qu'ils nous détruiront injustement. 
Comme la volonté de Dieu sera, ainsi soit-il fait... Mou- 
rons plutôt tous que de laisser la loi et les ordonnances 
de Dieu et la doctrine du saint Evangile. » 

Un troisième vieillard : « Nous voyons souvent que 
Dieu se moque des entreprises des hommes , de leurs 
conseils et déterminations... Nous sommes plusieurs 
anciens que le Seigneur a par plusieurs fois délivrés de 
grands périls... Et maintenant, que devons-nous de- 
mander au Seigneur Dieu , sinon qu'il lui plaise nous 
donner à tous le cœur de l'honorer et le craindre de 
tout notre cœur, et de mettre toute notre confiance en 
lui ? » 

Un quatrième vieillard : « Le Seigneur, qui seul peut 
tout ce qu'il veut, ne permettra point qu'un seul cheveu 
de notre tête tombe en terre sans sa volonté... S'il a 
ordonné de nous délivrer tous ou aucun de nous , nul 
ne lui pourra résister. S'il lui plaît que nous mourions 
tous, ne craignons point, car il a plu à notre Père de 
nous donner une autre habitation , qui est le royaume 
céleste... Réjouissons-nous en nos tribulations , sachant 
que notre tristesse sera tournée en joie. » 

Un cinquième vieillard : a Au livre de Judith, il est 
dit que tous les fidèles qui ont plu à Dieu sont ainsi 
passés par plusieurs tribulations. Si ainsi est donc que 
par icelles tribulations il nous faut entrer au royaume 
de Dieu, le Seigneur montre bien qu'il a le soin de 
nous... Mettons-nous donc en sa sauvegarde et pro- 
tection, et nous ne craindrons point chose que l'homme 
nous puisse faire. » 



72 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

Plusieurs jeunes gens parlèrent après les vieillards. 
« Le Seigneur, » dirent-ils, « nous envoie les afflictions 
pour nous humilier et éprouver notre patience, pour nous 
faire connaître nos péchés et lui demander merci , afin 
qu'il ait pitié de tous... Nous avons besoin de prières 
ardentes pour demander merci et miséricorde, pour ob- 
tenir grâce que nous puissions plier notre col sous le 
joug de Dieu. » 

D'autres jeunes gens s'exprimèrent ainsi : « S'il plaît 
à Dieu nous retirer à soi , que ce soit sans regret des 
biens de ce monde... Si c'est son bon plaisir de nous 
délivrer de la sentence de mort donnée contre nous, 
que ce soit pour servir à son honneur et gloire. » 

« En cette sorte, » dit Crespin , qui nous a con- 
servé le récit de cette assemblée émouvante, « le résidu 
de la dispersion de Mérindol se fortifiait et avec telle 
ferveur de zèle embrassait les promesses du Seigneur, 
qu'il n'y eut personne en la compagnie qui ne donnât 
consentement aux exhortations des anciens, avec propos 
et délibération d'endurer plutôt les horribles menaces 
des ennemis et toute cruauté et dernière oppression , 
que donner semblant d'abjuration ou renoncement de la 
vérité. » 

CONTINUATION DES VIOLENCES. BILAN DE l'eXÉCUTION 

(1545)- 

On aurait pu croire que les persécuteurs des Vaudois 
seraient enfin rassasiés de tous les actes de sauvagerie 
qu'ils venaient de commettre : il n'en fut rien. Les vio- 
lences continuèrent en Provence comme dans le comtat 
Venaissin. 

Au moment de rentrer à Aix (3 mai) , d'Oppède, qui 
feignait de redouter des représailles de la part des fugi- 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 73 

tifs, donna commission aux capitaines de Vaugines, 
Redortier et Joseph d'Agoult, sieur de Rougon, de 
surveiller les montagnes du Léberon qui servaient de 
retraite aux Vaudois. Au lieu de remplir leur mission, 
les trois capitaines et leurs bandes se comportaient en 
véritables brigands, « pillant et ravageant les sujets du 
roi, bons et fidèles ; n'ayant égard à personne , forçant 
et violant les femmes , » vendant les jeunes filles et 
les enfants. 

Peu après, d'Oppède, pour protéger, disait-il encore, 
la petite ville de Saint-Saturnin, voisine d'Apt, que per- 
sonne ne songeait à attaquer, forma une quatrième co- 
lonne volante aux ordres du viguier d'Apt, qui suivit les 
traces de ses collègues. 

Les troupes chargées en deux fois par les commis- 
saires, le 17 avril et le 2 mai, de garder le butin consi- 
dérable fait pendant l'expédition (i), se livrèrent aux 
mêmes excès. Elles étaient commandées par Valéry 
Passaire, de Simiane, et Antoine Bot, sieur de Saignon, 
juge royal du vicomte des Martigues. 

Le sieur de Faucon, parent de d'Oppède, et à qui ce 
dernier avait confié la mission de rechercher ses vassaux 
luthériens, se rendit coupable des mêmes pilleries. 

Vers le même temps, on procéda à la vente des ré- 
coltes en terre des Vaudois. Neuf villages avaient été 
détruits par l'incendie ; on vendit les récoltes de dix- 
huit. Le conseiller Lafond, qui présida l'opération, eut 
soin d'écarter les enchérisseurs pour favoriser ses créa- 
tures , et donna pour 13,325 écus ce qui en valait 



(i) Le procès-verbal de la tournée que fit le bailli de Lambesc aux lieux 
de Rogues, Mallemort, Mérindol, La Roque-d'Antheron, Saint-Estève-de- 
Janson , d'Alleins, etc., à l'effet de procéder à l'inventaire des biens et meu- 
bles provenant des luthériens et des Vaudois, est du 21 avril 154J (Arch. des 
Bouch.-du-Rhône , B, 22c). 



74 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

100,000 (i). Cet argent servit à payer les commissaires 
et les autres frais de l'expédition. Quant aux meubles et 
au bétail, il resta la propriété des gens de guerre, qui 
s'en étaient saisis. 

Après trois semaines d'excès de toutes sortes, les 
commissaires rentrèrent à Aix avec les prisonniers. 
C'était le 4 mai. Dès le lendemain, ils rendirent compte 
de leur conduite au Parlement, qui l'approuva de tous 
points et rendit un arrêt portant que tous les crimes 
commis par les capitaines et les soldats de d'Oppède 
l'avaient été par les Vaudois retirés dans les montagnes ; 
que l'exécution ordonnée par le roi et commencée 
contre les hérétiques s'étendrait à toute la Provence, 
pour l'entière extirpation des sectes vaudoise et luthé- 
rienne ; que des commissaires seraient désignés pour 
informer contre eux sur les lieux, que ceux de ces der- 
niers qui abjureraient seraient envoyés aux galères, leurs 
femmes et leurs enfants enfermés dans des maisons pour 
être instruits dans la religion catholique, et leurs biens 
vendus. 

Cet arrêt, paraît-il, ne fut pas rendu conformément 
aux procédures ordinaires, et quelques conseillers s'en 
plaignirent. C'est pourquoi trois semaines après (20 mai), 
d'Oppède assembla le Parlement, qui rendit un nouvel 
arrêt portant que les Vaudois habitant des lieux sus- 
pects , ceux qu'on aurait trouvés en armes et ceux qui 
seraient soupçonnés d'hérésie seraient envoyés aux ga- 
lères, et que, quant aux Vaudois qui n'étaient ni rebelles 
ni suspects, ils seraient mis en liberté. 



(i) Il en fut de même pour les biens meubles; vendus à l'encan public 
dans les lieux de Lambesc, Rogues, Maliemort , Le-Puy-Sainte-Réparade , 
Orgon, Aileins, et Saint-Cannat (25 juin i54?-ii août). On vendit une jument 
ij livres, une mule 25 1. 5 sols, un âne 15 1. 4 s., un bœuf 7 1. 19 s., etc. 
(Idem, B, 250). 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 75 

Cependant les commissaires, nommés par l'arrêt du 
5 mai pour informer contre les hérétiques vaudois et 
luthériens, se mirent en route. C'étaient les conseillers 
Antoine Rolland, seigneur de Reillannette, et François 
de Gêna, seigneur d'Eguilles. Ils avaient reçu l'ordre 
de laisser partir pour l'étranger les Vaudois qui en ma- 
nifesteraient l'intention. C'était afin qu'on pût se saisir 
plus facilement de leurs biens. Arrivés sur les lieux, ils 
furent témoins des souffrances des Vaudois dépossédés 
et leur firent distribuer des vivres à Murs, Roussillon, 
Beaumettes et Saignon. D'autre part, ils reçurent des 
plaintes sans fin sur les excès de tout genre commis par 
d'Oppède , Lafond et les divers capitaines chargés de 
surveiller les Vaudois ou de garder le butin. Quant à 
leur mission d'informer, ils ne purent la remplir, attendu 
que ni le procureur général du roi ni le promoteur de 
l'évêque ne purent leur fournir des témoins. D'Oppède, 
du reste, les rappela bientôt lorsqu'il apprit qu'on les 
accablait de révélations sur les crimes qu'il avait commis 
ou laissé commettre pendant l'expédition. 

Le Parlement fit après cela le procès des Vaudois 
prisonniers ou fugitifs et en condamna à mort 255 pour 
crime d'hérésie et 16 pour crimes de droit commun (i) ; 
460 furent relâchés parce qu'on ne trouva aucune charge 
contre eux, et on fit grâce à 47, qui abjurèrent. C'étaient 
des vassaux de M™^ de Cental. 666 Vaudois ayant été 
envoyés aux galères de Marseille depuis le commence- 
ment de l'expédition, le Parlement chargea le conseiller 
Gaspard d'Arcussis, sieur d'Esparron, de les visiter. Il 
trouva parmi eux des enfants de treize, quatorze et quinze 



(i) Il s'agit sans doute ici des Vaudois qui avaient pris part à l'affaire du 
Plan d'Apt et de ceux qui avaient accompagné Marron dans son expédition 
contre Cabrières. 



76 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

ans et des vieillards de quatre-vingts. Les uns et les au- 
tres souffraient du froid et étaient soumis à un régime 
alimentaire plus qu'insuffisant. Il leur fit donner des cou- 
vertures. 200 d'entre eux avaient déjà succombé. 

Lorsqu'on fit plus tard le bilan général de l'expédi- 
tion, on trouva qu'en Provence seulement 1840 per- 
sonnes de tout âge et de tout sexe avaient été tuées, 
et que 1000 autres étaient mortes de faim, de fatigue ou 
de frayeur, c'est-à-dire près de 3000, et, en comptant 
les 900 victimes de Cabrières du Comtat, environ 4000 ( i ) . 

D'un autre côté, on compta 764 maisons, 89 étables, 
31 jas (écuries en rase campagne) et 22 villages incen- 
diés ou ruinés en partie ou en totalité. M""^ de Cental 
perdit, pour sa part seule, 1,200 florins de revenus an- 
nuels (7,200 fr.). Quelques-uns de ces villages ne furent 
pas rebâtis, notamment Trés-Emines, dont on voit encore 
des vestiges au bas de la montagne qui porte ce nom 
et qui domine Villelaure au nord (2). 



EMIGRATION DES VAUDOIS (1545)- 

Les Vaudois , réfugiés dans les montagnes du Lébe- 
ron ou de Vaucluse, et composés surtout des habitants 



(1) « Est chose très assurée qu'il y eut plus de quatre mille personnes mises 
à mort, lesquelles, sans faire aucune résistance , requéraient miséricorde » 
(Sarpi, Histoire du Concile de Trente, 2' éd., 1635, p. 156). 

(2) L'expédition contre les Vaudois ne faisait pas oublier au Parlement les 
autres luthériens de Provence, car nous le voyons condamner à la prison , 
par son arrêt du 29 janvier 1545, un religieux de l'ordre de Saint-Dominique, 
nommé Mutonis, accusé d'hérésie (Arrêtés... des registres secrets... du Parle- 
ment d'Aix, bibl. d'Aix, mss. 907). Il déclara coupable d'hérésie, par un 
autre arrêt, Etienne Boniface, citoyen de Marseille, qui paraît avoir été un 
maître artisan , et confisqua ses biens. Sa maison fut adjugée au prix de 
820 écus d'or , une autre maison 140 écus , son établi 191 écus , etc. , le tout 
2640 livres, 19 sols tournois (Arch. des Bouch.-du-Rhône, B, 229; 14 juil- 
let IÇ4Î). 



ÉTABLISSEMENT DE LA REFORME EN PROVENCE. 77 

de Mérindol, durent prendre un parti, car depuis l'or- 
donnance de d'Oppède du 24 avril, ils ne trouvaient ni 
vivres ni abri. Plusieurs, pressés par la faim, se vendi- 
rent ; (( d'autres se cachèrent chez de braves gens qui 
n'hésitèrent point à exposer leur propre vie pour les 
arracher à la mort (i); » mais le plus grand nombre 
cherchèrent un refuge auprès de leurs frères du Piémont 
ou à Genève. 

Dans cette dernière ville, on les reçut avec beaucoup 
d'humanité. Jean Perrier, leur pasteur, raconta comment 
il avait été contraint de se sauver en chemise et, le 
14 mai 1 545 , il lui fut alloué par le Conseil un secours 
de 4 écus. On le nomma ensuite pasteur à Bossey- 
Neydans. Le Conseil vota aussi 10 écus pour soulager 
ses compagnons d'infortune, indépendamment d'une col- 
lecte générale qui fut ordonnée à cette occasion (2). Un 
autre pasteur réfugié , nommé Nicolas, que le réforma- 
teur Viret estimait fort, fut nommé, semble-t-il , dans 
une égh'se du canton de Vaud (3). 

Pour donner aux Vaudois les moyens de gagner ho- 
norablement leur vie , on les fit travailler aux fortifica- 
tions de Genève. « Environ ce temps, » dit curieuse- 
ment Michel Roset (4), « furent mis en oeuvre à faire les 
fosseaux (fossés) de la ville les pauvres de Mérindol et 
de Cabrières, qu'on avait logés à l'hôpital pestilentiel : 
Dieu bénissant leur labeur, car ils étaient nourris et se 
voyait-on crokre l'ouvrage qui leur était mis en main , 
sur lequel ils invoquaient Dieu de soir et de matin et 



(i) Lettre de Calvin à Bullinger du 24 juillet 1545 {Cabini opéra, t. XII , 
n» 664) . 

(2) Reg. du Conseil, vol. XL, fol. 114. 

(5) Calvini opéra, t. XII, n»' 692 et 706. 

(4) Chroniques de Genève, chap. J9 (mss. des archiv. de l'Hôtel-de-Ville de 
Genève) ; — Reg. du Conseil, vol. XLVIII, fol. 51, 55. 



y8 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

à leur réfection (repas). Ils introduisirent la façon du 
pays, chacun selon son œuvre, et non à journées, par 
le moyen de petits marreaux (jetons) de plomb qu'on 
livrait pour chaque voyage ; tellement que celui qui était 
las de travail se pouvait retirer à quelle heure qu'il vou- 
lait, et, si était payé, rendait les marreaux. » 

Neuf ans plus tard , les Vaudois réfugiés prièrent le 
Conseil de leur alberger les terres incultes qui se trou- 
vaient dans les mandements de Jussy, de Peney et d'ail- 
leurs; ce qui leur fut accordé par décision du lo mai 1 5 54 
du conseil des Deux Cents. 

Les Vaudois qui se retirèrent auprès de leurs frères 
des Vallées vaudoises du Piémont furent également 
« reçus avec toutes sortes d'assistances possibles, » dit 
l'historien Gilles (i). 



PLAINTES INUTILES DE M™^ DE CENTAL AU ROI , QUI 
APPROUVE l'expédition (1545). 

Cependant M™® de Cental, dont la fortune avait subi un 
grave dommage de l'expédition contre les Vaudois , se 
plaignit à François 1^"" des excès de d'Oppède qui , 
d'après elle, n'avait agi que par ambition et cupidité, et 
parce qu'il n'avait pu obtenir la main de sa fille pour 
un de ses parents. Comme cette dame avait rendu 
de grands services à la France en laissant passer 
librement les troupes royales par ses terres de De- 
monte, Roqua Sparvera et Centalo dans le marquisat 
de Saluées, sur le revers oriental des Alpes, François I^"" 
demanda, le lo juin 1 545, au Parlement d'Aix le procès- 
verbal de l'exécution et une copie de l'arrêt de contu- 

(i) Pages 49 et 50. 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 7g 

mace, malgré les instances de de Fourrières, que d'Op- 
pède avait envoyé à la cour pour contre-balancer l'effet 
de la plainte de M"'^ de Cental, et qui, dès le 26 avril, 
avait été félicité de ses exploits par le cardinal de Tour- 
non , l'implacable ennemi des Vaudois et des luthé- 
riens. 

La reine de Navarre, la célèbre Marguerite, ne fut 
pas étrangère sans doute à la détermination de son 
royal frère. Farel écrivait à Calvin , dans une lettre du 
1 5 mai 1 545 (i), que de Fourrières s'étant rendu auprès 
d'elle pour lui raconter le massacre des Vaudois, « elle 
versa beaucoup de larmes sur le malheureux sort des 
pieux, accueillit durement le messager et menaça le pré- 
sident d'Oppède en disant : a Votre beau-père a ar- 
rangé tout cela; mais moi je m'efforcerai de faire en 
sorte que celui qui a fait le mal prenne la fuite plutôt 
que les autres ; d et Fourrières étant tombé sur l'heure 
à ses genoux , elle ne lui dit point de se relever. 
Quant à François I®"", après avoir ouï le récit de 
Fourrières , il dit cyniquement : « C'est une belle dé- 
faite. » 

Le Farlement ayant répondu à la demande du roi que 
c'était aux exécuteurs de l'arrêt à rendre compte de 
leur commission, Lafond rédigea un procès-verbal chargé 
des plus odieuses calomnies contre les Vaudois, auquel 
de Tributiis ne voulut pas apposer sa signature. De 
Badet seul y mit la sienne. Lafond porta lui-même le 
procès-verbal au roi et le procureur général de Fiol- 
lenc adressa de son côté une requête à François I^' 
pour le prier de renvoyer M'"^ de Cental des fins de sa 
plainte et d'ordonner au Farlement de détruire entière- 
ment les Vaudois, ou tout au moins de les expulser en 

(i) Cahini opéra, vol. XII, n" 64?. 



8o HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

masse, sous peine du feu pour ceux qui se refuseraient 
à partir. Dans une seconde requête, conçue à peu près 
dans les mêmes termes , de Piollenc priait le roi de 
décharger les conseillers commissaires de la responsa- 
bilité de l'exécution de l'arrêt. Ces deux pièces furent 
rédigées par d'Oppède lui-même. 

Lafond eut la triste audace d'affirmer au roi que tous 
les habitants des villages brûlés ou saccagés étaient 
connus et avaient été jugés comme hérétiques, et, sou- 
tenu par le cardinal de Tournon , il obtint du roi des 
lettres patentes d'approbation. 

Ces lettres, datées du i8 août 1545 (i), pardonnaient 
aux Vaudois prisonniers qui abjureraient leurs erreurs , 
ordonnaient l'extermination de ceux qui, étant en fuite, 
ne se présenteraient pas devant le Parlement pour faire 
leur soumission , et mandaient au comte de Grignan et 
à d'Oppède, qui le remplaçait provisoirement comme 
lieutenant général , de prêter main-forte au Parlement , 
si besoin était. 

Fort de ces nouveaux ordres, d'Oppède leva quatre 
cents hommes , et le Parlement ratifia de son côté les 
arrêts précédemment rendus. Lagarde, qui avait besoin 
de forçats pour ses galères, écrivit à d'Oppède d'activer 
le jugement des prisonniers, de telle sorte que, sur 
l'ordre du président , tous les procès touchant les 
Vaudois furent vidés avant qu'aucune autre affaire cri- 
minelle vînt en délibération. Feignant ensuite des sen- 
timents d'humanité, il se rendit à Marseille pour visiter 
les forçats , et leur fit donner un médecin. Le roi 
le félicita de son bon ordre , et le pape de la manière 
habile et énergique dont il avait mené l'expédi- 
tion. 

(i) Frossard les donne in extenso, p. 195 à 200. 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 8l 

DÉMARCHE DES ALLEMANDS ET DES SUISSES EN FAVEUR 
DES VAUDOIS (l). RÉPONSES DE FRANÇOIS I^^ DÉVOUE- 
MENT DE CALVIN (1545, 1546). 

La nouvelle du massacre des Vaudois et du saccage- 
ment de leurs villages fut apportée à Genève par un 
messager à la fin d'avril (2) . Calvin en fut atterré. « La 
chose a été si atroce, » écrit-il à Farel (3), « que j'en 
suis stupéfait en y pensant. Tant s'en faut que je puisse 
l'exprimer par des mots. » Mais, sans se laisser aller à 
des regrets stériles, le grand Réformateur songea immé- 
diatement aux moyens de venir en aide à ses frères 
malheureux. Après en avoir délibéré avec le Conseil le 
4 mai , il fut convenu qu'il se rendrait immédiatement , 
au nom de ce dernier, à Berne, Bâle et Zurich, auprès 
des églises helvétiques, et à Strasbourg « pour obtenir 
quelque subvention en faveur des Vaudois et afin de 
disposer lesdites villes à envoyer des ambassadeurs au 
roi pour le prier de faire cesser cette persécution (4). » 

Il donna rendez-vous à Farel à Berne pour remplir 
sa mission avec lui et partit le 5 mai (5). Le 12 il était 
à Zurich, où il exposa en détail aux seigneurs du Con- 
seil le massacre immense qui avait été commis et les 
noms des bourgs et villages incendiés ou saccagés. 
Profondément émus de son récit , les seigneurs convo- 
quèrent pour le 21 à Aarau une assemblée générale des 
cantons de Berne, Bâle, Schafîouse, Saint-Gall, Zurich 

(t) Ruchat (t. V, p. 253), qui rapporte quelques-unes de ces démarches, 
se trompe en affirmant qu'elles eurent lieu avant le massacre. 
(2) Cabini opéra, vol. XII, n° 636. 
(5) Idem, n° 659. 

(4) Extraits des reg. publics de la Rép. de Genèue, t. I , p. 162 (mss. de 
l'Hôtel-de-Ville). 

(5) Cabini opéra , vol. XII, n" 659. 

6 



82 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

et autres à l'effet de délibérer sur l'envoi d'un message 
au roi de France en faveur des Vaudois. De Zurich, 
Calvin se rendit à Bâle , et, de là, à Strasbourg, pour 
persuader au conseil de cette ville d'adresser, de son 
côté , des remontrances à François P'" au nom des 
princes et des villes de l'Empire germanique (i). Il re- 
vint ensuite à Aarau pour assister à la diète. 

Tous les députés ne se montrèrent pas également 
disposés à agir. Quelques-uns objectèrent à Calvin que 
le bruit s'était répandu que le roi avait sévi contre les 
Vaudois parce qu'ils avaient refusé de payer les dîmes 
ecclésiastiques. Calvin leur assura que c'était « une fa- 
ble impudente , » que les ennemis des Vaudois ne leur 
avaient jamais adressé un pareil reproche et qu'il était 
connu de tous que, bien que les prêtres établis au mi- 
lieu d'eux n'exerçassent de fait aucune fonction de leur 
ministère, ceux-ci n'avaient jamais cessé d'être rémuné- 
rés, a Ils ont toujours eu, » ajouta le Réformateur, 
« des hommes prudents et modestes, aux sages conseils 
desquels ils déféraient. » Puissamment secondé par 
Bullinger, pasteur à Zurich, Calvin obtint de la diète 
qu'elle enverrait une députation au roi (2). 

Les Strasbourgeois furent les premiers à mettre la 
main à l'œuvre et écrivirent à François P"" une lettre 
assez ferme pour le prier de faire cesser les persécu- 
tions dont souffraient les Vaudois; mais ce dernier leur 
opposa un refus sévère et fier, comme le prouve la ré- 
ponse suivante (3) : 

ft A nos chers et particulièrement bons amis et con- 
seil de la ville de Strasbourg, 

•) Chers et particulièrement bons amis, nous avons reçu 

(i) Cabiiii opéra, vol. XII , n° 642. 

(2) Idem, n°' 664 et 667. 

(5) Nous )a traduisons de l'allemand, car l'original français est perdu. 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 8^ 

votre lettre, où vous nous exposez que c'est avec beau- 
coup de peine et d'affliction que vous avez appris la per- 
sécution tyrannique et horrible qui a été dirigée contre 
les Vaudois, par la considération que ce sont des gens 
innocents et qu'ils professent la religion chrétienne. 

» Chers et particulièrement bons amis, nous vous avons 
souvent fait savoir que jamais nous ne nous sommes 
occupé, en quoi que ce soit, des coutumes et manières 
de voir de vos sujets ; mais, qu'au contraire, nous nous 
sommes montré votre bon ami dans tout ce que nous 
avons pu faire. En outre , nous ne nous sommes dé- 
parti en rien de l'administration et du gouvernement qui 
conviennent à un roi pieux à l'égard de ses sujets. Nous 
sommes donc bien étonné de voir que vous voulez in- 
tervenir dans les disputes de nos sujets et vous en mê- 
ler, ainsi que des punitions et instructions que nous 
donnons contre eux; de même de ce que vous appelez 
tyrannie le châtiment que nous infligeons à ceux qui ont 
excité contre nous des révoltes et des désobéissances, 
tandis que, contrairement aux lois que nous observons 
et que nous tenons à observer dans notre royaume, ils 
sont intervenus activement et hostilement dans les affai- 
res d'un des principaux Etats de notre frontière. 11 nous 
est tout à fait impossible de reconnaître qu'ils aient 
suivi en cela les préceptes de l'Evangile, quoique vous 
disiez qu'ils l'ont accepté et le pratiquent. Du reste , 
nous ne vous cacherons pas que lesdits Vaudois pro- 
fessaient de telles erreurs que, d'après notre conviction, 
aucun prince et aucun Etat de la nation allemande ne 
les tolérerait dans son pays et territoire. De même 
nous ne sommes pas disposé à tolérer pareille chose 
dans notre pays, et nous vous prions, si vous nous 
écrivez dans la suite, de vous abstenir de termes si ab- 
surdes, tels que tyrannie et punitions atroces, de peur 



84 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

que nous ne soyons obligé de vous répondre dure- 
ment. Du reste, en considérant votre prudence connue 
de longue date , nous sommes étonné que vous ayez 
écrit cette lettre tellement à la légère. Là-dessus nous 
prions notre Créateur de vous garder en sa grâce, vous, 
nos chers et particulièrement bons amis. 

» Fait à Touques le 27 juin de l'an 1 545. 

» Signé : François. Contresigné : Bayard (i). » 

Le mois suivant, François I^"" usa néanmoins de quel- 
que modération. « Pour contenter les Allemands, » 
comme dit Calvin (2), il envoya un commissaire pour 
informer sur le massacre. « Mais que peut-on espérer 
de là , » ajoute le Réformateur ; « il n'y a personne à 
cette heure qui ose ouvrir la bouche pour soulager les 
misérables frères ; » et ailleurs : « aucun d'eux n'ose 
prétendre à voir sa famille (3). » 

Deux mois et demi après, lorsque ce fut l'intérêt des 
princes allemands de se concilier la faveur de Fran- 
çois I" et également l'intérêt de celui-ci d'avoir les 
premiers pour alliés , ils lui envoyèrent une députatlon 
dont Jean Sturm, de Strasbourg, fit partie ; mais elle 
n'obtint aucun succès (10 septembre) (4). 

Voyant toutefois les proportions que prenait la sym- 
pathie de l'Europe protestante pour les Vaudois, le roi 
fit dire à ses agents à l'étranger qu'il enverrait un com- 
missaire en Provence pour faire des informations, et, 
d'autre part, il fit répandre le bruit déjà connu que les 
Vaudois avaient été châtiés, non point à cause de leur 



(i) Cabini opcra, vol. XII, n« 66ç, note. 

(2) Idem, n° 664. 

(5) Idem, n° 665. 

(4) Idem, n" 692, note. 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 85 

attachement à l'Evangile, mais parce qu'ils avaient re- 
fusé de payer la dîme aux évoques. Il ajoutait qu'ils 
n'étaient nullement dignes de l'intérêt qu'on leur portait. 
Or, l'accusation était si peu fondée que le comte de 
Grignan, qui avait le plus agi sur l'esprit du roi pour le 
pousser à exterminer les Vaudois et qui avait été député 
à la diète de Worms pour engager les princes protes- 
tants d'Allemagne à reconnaître le concile de Trente 
et à y envoyer des députés, n'osa pas reproduire ce 
mensonge à la diète pour expliquer le massacre (i). 

Les calomnies débitées par les agents du roi produi- 
sirent néanmoins leur effet. La députation des cantons 
helvétiques ne se pressait pas de partir. Berne et Bâle 
s'étaient considérablement refroidies. Calvin qui , dans 
toute cette affaire, montra le dévouement d'une grande 
âme, était obligé d'écrire lettres sur lettres pour stimuler 
la sympathie et le zèle des confédérés. « Est-ce que le 
sang innocent, » disait-il, « sera répandu sous nos yeux 
pendant que nous demeurerons en repos? La rage des 
impies contre nos frères marchera-t-elle impunément à 
grands pas ? Christ sera-t-il un objet de dérision ? » D'un 
autre côté , il prodiguait ses encouragements aux can- 
tons qui persévéraient dans leur première ardeur, no- 
tamment au canton de Schaffouse , et dictait à ses 
pasteurs la ligne de conduite qu'ils devaient tenir. 
(( Déployez, » leur écrivait-il le 24 juillet, « la plus grande 
ardeur que vous pourrez, afin qu'on envoie au roi une 
députation sérieuse qui lui demande la libération des 
prisonniers , la restitution de leurs biens aux fugitifs et 
l'ordre d'informer sur la foi et les mœurs des fidèles. » 
Calvin tenait le même langage à Joachin Vadian, bourg- 
mestre de Bâle. Il se fondait sur ce que la persécution 

(i) Calvini opéra, vol. XII, n«' 664 et 665. 



86 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

continuait à sévir dans la Provence et le comtat Ve- 
naissin (i). 

A défaut d'une députation , les Suisses adressèrent 
des remontrances au roi, qui leur répondit sur le même 
ton qu'il avait écrit à Strasbourg. Par l'analyse que Viret 
donne de sa réponse à Calvin en août (2) et le résumé 
qu'on en trouve dans Sleidan (3), on est même en droit 
de penser que François I" se borna à envoyer aux 
Suisses une copie de la lettre qu'il avait écrite à ses 
alliés d'Alsace. 

Les amis des Vaudois ne se laissèrent pas décourager 
par ces réponses du roi et furent, plus que jamais, d'avis 
qu'il était nécessaire que les cantons helvétiques lui 
envoyassent des députés, » car, » écrivait Farel, « les 
hommes corrompus qui se tiennent auprès du roi disent 
que les lettres qu'on lui adresse sont mal rédigées et 
qu'il est nécessaire de les revoir avant de les lui com- 
muniquer, et, pendant ce temps, le roi s'occupe d'au- 
tre chose ; ensuite, si ces mêmes hommes lui lisent 
lesdites lettres, ils dénaturent tout, cachent ou changent 
les faits, de sorte que des lettres ainsi envoyées nuisent 
plus qu'elles ne servent (4). » 

Comme c'était la ville de Berne qui s'était le plus 
refroidie , Viret jugea nécessaire de s'y rendre vers la 
fin du mois de juillet en compagnie de Farel, qui était 
à Neuchâtel. « Nous avons trouvé quelques esprits, » 
écrit-il à Calvin à ce propos,, « très irrités de la réponse 
du roi et d'autres considérablement refroidis. Nous nous 
sommes efforcés d'enflammer les cœurs autant que nous 
avons pu, prenant avec ardeur la défense de nos frères 

(i) Calvini opcra, vol. XII, n°^ 664, 66 j et 677. 

(2) Idem, n" 677. 

(5) Histoire de V estât de la religion, etc. 

(4) Calvini opéra, vol. XII, n° 5J2. 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 87 

et réfutant les calomnies de leurs ennemis. » Le bailli 
de Berne, de Vatteville, se montrait fort peu disposé à 
seconder Viret et Farel (i), parce qu'il craignait qu'une 
députation n'attirât sur les Suisses le courroux du roi ; 
mais d'autres personnages assurèrent aux deux réforma- 
teurs que le sénat « n'oublierait rien de ce qui regar- 
dait la cause des Vaudois, » et leur donnèrent le ferme 
espoir que non seulement on enverrait une députation 
au roi , mais encore qu'on ferait circuler sa lettre pour 
que chacun pût juger par lui-même si elle provenait 
bien de son initiative personnelle, car elle était « tout à 
fait verte (2). » 

Malgré les instances réitérées des réformateurs de la 
Suisse française, la députation n'était pas encore partie 
au commencement de septembre. Il était pourtant né- 
cessaire qu'elle se mît en route au plus tôt pour que ses 
démarches pussent coïncider avec celles que feraient 
les princes allemands qui, dans quelques jours, allaient 
se rencontrer à Metz. Farel espérait que le roi de 
France , « interpellé dans le même moment par tant et 
tant de députations, » finirait par céder (3). 

Vers ce temps , une troupe de Vaudois fugitifs étant 
arrivée à Genève, Calvin en députa deux auprès de Vi- 
ret pour essayer de ranimer le zèle des Suisses en fa- 
veur de leur cause ; mais il paraissait perdre tout es- 
■ poir. « Satan, » disait-il à Viret à ce propos, « machine 
toutes choses pour détourner les esprits de la pensée 
de soulager les Vaudois , et il aiguillonne plus encore 
l'inhumanité du roi et de ses courtisans, déjà si excitée. 
Non seulement les Suisses qui sont les obligés du rqi , 



(i) Cabirii opéra, vol. XII, n° 697, 
(2) Idem, n° 677. 
(5) Idem, n° 692. 



88 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

mais encore tous ceux d'entre eux qui sentent l'épicu- 
réisme me déchirent parce que j'entraîne leur nation à 
haïr le roi (i). » 

Voyant que personne n'osait se mettre en avant pour 
la députation à envoyer auprès de François I^"", Calvin, 
dit Ruchat (2), voulut, l'année suivante, « aller lui-même 
se jeter aux pieds de ce monarque demander grâce 
pour les Vaudois , mais étant tombé malade dans le 
temps qu'il fallait partir et Farel se trouvant trop appe- 
santi par l'âge pour entreprendre ce voyage , on en 
chargea Viret, qui porta des lettres de recommandation, 
non seulement de la part des Etats réformés de la Suisse, 
mais aussi des Etats protestants de la ligue de Smal- 
kalde. » 

Cette nouvelle démarche n'amollit pas le cœur de 
François I^"" qui , jusqu'à sa fin , laissa martyriser les 
luthériens sur toute l'étendue de son royaume. Crespin 
affirme toutefois qu'en ce qui concerne les Vaudois , 
« le roi François I®"", à l'article de la mort, pressé de 
remords et de regrets [de ce], qu'il ne pouvait avant de 
mourir, faire une punition exemplaire de ceux qui, sous 
son nom et autorité , avaient fait ce dur esclandre ci- 
dessus décrit contre ses sujets de Provence , chargea 
son fils avec grandes obtestations de ne différer ladite 
punition ; qu'autrement Dieu , qui ne laisse telles con- 
cussions et saccagements impunis, en ferait la ven- 
geance. Et d'autant, disait-il, que cette affaire touche 
notre honneur envers toutes nations , on ne le saurait 
mieux réparer qu'en faisant le procès à tous ceux qui 
ont en telle cruauté abusé du devoir de leur charge , 
sans épargner ni grand ni petit, ni faible ni fort; qu'en 



(i) Calvini opéra, vol. XII, n° 695. 
(2) Tome V, p. 2J5. 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 89 

ce faisant seraient tenus ceux qui, à l'avenir, voudraient 
entreprendre telles ou semblables choses. » 

Ces regrets de François I®"" furent bien tardifs et ne 
sauraient laver la tache de sang qui souille sa mémoire. 

REVISION DE l'arrêt DE CONTUMACE. ARRESTATION 
DES COUPABLES (1547-1550). 

Sa mort survenue bientôt après, le 31 mars 1 547 , 
changea la face des choses. Le cardinal de Tournon 
fut écarté du gouvernement. Le connétable Anne de 
Montmorency et le duc de Guise , François de Lor- 
raine , reprirent faveur à la cour ; le comte de Tende 
fut nommé lieutenant pour le roi en Provence à la place 
du comte de Grignan , et Guérin appelé au poste de 
procureur général en remplacement de de Piolenc. 

Guérin qui, depuis l'exécution de Mérindol et de Ca- 
briéres , avait été poursuivi comme faussaire , concus- 
sionnaire et même comme faux-monnayeur , était parti- 
culièrement irrité contre d'Oppède , qui avait témoigné 
contre lui. Le président s'était aussi attiré le res- 
sentiment du conseiller de Tributiis , l'un des com- 
missaires exécuteurs de l'arrêt de contumace , parce 
qu'il avait fait emprisonner comme hérétiques son oncle 
François d'Albenas (i) et son précepteur Rolland de 
Murs dit Bérangiers. La dame de Cental , de son côté, 
n'entendait pas renoncer à ses revendications, non plus 
que les Vaudois à leurs justes plaintes , de telle sorte 
que d'Oppède se vit tout à coup exposé à mille atta- 
ques. Le comte de Grignan lui-même, accusé par 
Montmorency d'avoir poussé à l'extermination des Vau- 
dois uniquement pour se venger de ce qu'ils lui avaient 

(1) Ou Albertas, 



90 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

causé quelque dommage dans ses terres et par Guérin 
d'avoir eu, ainsi que Lagarde, des intelligences avec les 
gens de l'empereur d'Allemagne pendant les dernières 
guerres, n'échappa à une poursuite judiciaire qu'en don- 
nant ou vendant sa terre de Grignan au duc de Guise , 
qui s'était tout d'abord déclaré le protecteur des Vau- 
dois. Les princes protestants d'Allemagne, dont Henri II 
recherchait l'alliance, firent aussi entendre leurs voix en 
faveur des victimes , de telle sorte que tous ces motifs 
réunis, bien plus que la tolérance et l'humanité, amenè- 
rent la revision de l'arrêt de Mérindol. 

D'Oppède fut arrêté le premier (octobre 1 547) et 
enfermé successivement à Vincennes, Melun et Paris. Sa 
captivité dura trois années et on le traita fort durement. 
Après lui vint le tour de Lafond , de Lagarde et des 
conseillers Badet et Tributiis. Ce dernier, toutefois , 
obtint d'être élargi provisoirement parce qu'il avait re- 
fusé de prendre part au conseil de guerre de Cadenet , 
comme on l'a vu plus haut. 

Le procès de d'Oppède et de ses complices fut 
confié à un tribunal d'exception, siégeant à Melun, qui 
prit le nom de Chambre de la Reine et qui se montra 
dès l'abord favorable aux accusés, car, lorsque le pro- 
cureur du roi demanda que ceux-ci fussent requis de 
rendre raison par procureur ou par syndic des crimes qui 
leur étaient imputés, le tribunal refusa et passa outre. 

Voyant cela et craignant un acquittement , le procu- 
reur du roi déposa une requête tendant à être reçu 
comme appelant (plaignant) de l'arrêt de Mérindol et de 
son exécution; mais d'Oppède et ses coaccusés oppo- 
sèrent à cette requête une fin de non-recevoir, en se 
fondant sur ce que ledit arrêt émanait d'une Cour sou- 
veraine et que son exécution avait été approuvée par 
le roi. 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 9I 

Débouté de sa plainte, le procureur du roi déposa 
une nouvelle requête pour se porter comme appelant 
d'un arrêt qui avait été rendu sans qu'on eût entendu 
les accusés et qui renfermait des inhumanités et des er- 
reurs. C'est là-dessus que Henri II , considérant que 
la Chambre de Melun n'avait pas une autorité suffisante 
pour juger et au besoin reviser un arrêt rendu par un 
Parlement, c'est-à-dire par une Cour souveraine, dé- 
cida, par lettres patentes du 17 mars 1550(1), d'évoquer 
le procès à soi et d'attribuer à la grand'Chambre du 
Parlement de Paris la connaissance du fond de la cause 
et des requêtes et appellations déposées par son pro- 
cureur devant la Chambre de la Reine, en interdisant à 
celle-ci « toute Cour, Juridiction et connaissance. » 

Dans ses lettres (2), le roi se dit irrité (3) de ce que 
les catholiques, pour dégager leur responsabilité du 
massacre, la rejettent tout entière sur son père ; déclare 
que l'arrêt de Mérindol est « chose notoirement inique 
contre tout droit et raison; » qu'il ne fut pas exécuté 
fidèlement; que Lafond extorqua l'approbation du feu 
roi au moyen de mensonges ; que « sans distinction des 
coupables et des innocents , contre toute force et ordre 
de justice et sans jugement ni condamnation qui eût été 
donnée auparavant contre les Vaudois, on avait pro- 
cédé par voie de fait et de force ; » et que « furent 
brûlés et pillés vingt-deux villages sans aucune inquisi- 
tion ni connaissance de cause de ceux qui étaient cou- 
pables ou innocents et sans qu'il y eût de la part des- 



(i) Le roi avait déjà renvoyé l'affaire au Parlement de Paris par lettres 
patentes du 28 janvier précédent , mais comme celles-ci étaient intervenues 
le jour même où son procureur plaidait sa première appellation , il jugea 
nécessaire de publier les secondes lettres patentes du 17 mars. 

(2) Données in extenso par Crespin, fol. 19J-197, et de Bèze, 1. 1, p. 45-50. 
Frossard, qui les reproduit, les présente donc à tort comme inédites. 

(3) Ch. Dumoulin, p. 95-101. 



92 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

dits habitants, aucune résistance ni aucun bastion. » En 
conséquence , le roi assigna les gens du Parlement de 
Provence par procureur, puis Maynier, Lafond, Badet 
et Tributiis, et autres qu'il appartiendra, de venir se 
purger devant la grand'Chambre du Parlement de Paris 
des crimes qui leur sont imputés. 

PLAIDOIRIES. ACQUITTEMENT DES COUPABLES (155O- 
1552). NOMS DE QUELQUES BARBES VAUDOIS. 

Le procès eut lieu le 20 mai comme le stipulaient les 
lettres du roi , mais les plaidoiries ne commencèrent 
que le 18 septembre de l'année suivante (15 51). Douze 
parties intervinrent dans la cause : 1° Les gens du roi, 
qui furent représentés par le lieutenant civil de la pré- 
vôté de Paris, Jacques Aubery du Maurier, remplis- 
sant les fonctions d'avocat général à la place des avo- 
cats généraux , Pierre Séguier et Denis de Rians , 
récusés pour avoir été conseil des parties; 2° le procu- 
reur général Brulard ; 3° le Parlement d'Aix; 4° les 
gens des trois états de Provence, qu'on voulait rendre 
responsables des dommages et intérêts réclamés par 
M*"^ de Cental ; 5° le vice-légat d'Avignon , cardinal 
Alexandre Farnèse, et la Chambre apostolique; 6** d'Op- 
pède; 7° Lafond; 8° Badet; 9° Tributiis; lo** Guérin ; 
11° Lagarde; i2« M"« de Cental. 

L'intervention des Vaudois fut récusée parce que les 
gens du roi avaient appelé eux-mêmes de l'arrêt porté 
contre eux par le Parlement de Provence et de tous 
les mauvais traitements qu'on leur avait fait subir. De 
la sorte, Aubery, qui parlait au nom du roi, devenait 
indirectement l'avocat des Vaudois. Il avait demandé 
un an pour se préparer. 

Le procès commença au moment oij Henri II venait 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 93 

de déclarer la guerre à l'empereur Charles-Quint et au 
Pape, et il disait ouvertement qu'il n'approuvait pas les 
canons du concile de Trente (i). 

Les plaidoiries furent fort solennelles et remplirent 
cinquante audiences, du i8 septembre 1551 au 29 oc- 
tobre 1552, en présence des plus grands personnages 
et d'un grand nombre d'auditeurs. Aubery parla sept 
journées entières et reprocha à d'Oppède d'avoir : 
I® souvent écrit au roi pour l'indisposer contre les Vau- 
dois; 2° retenu les bandes du Piémont en Provence 
quand elles étaient nécessaires ailleurs; 3° excédé les 
ordres de François I^"" dans l'exécution de l'arrêt; 
4° laissé commettre les atrocités de Lacoste; et 5° dé- 
fendu de fournir des vivres aux fugitifs. 

Jacquelot, avocat de M"^ de Cental , occupa deux 
journées; Millet, avocat de Guérin, une journée; La- 
porte, avocat du Parlement, trois journées. Ce dernier 
soutint que l'appel de l'avocat général n'était pas rece- 
vable. 

Pierre Robert, avocat de d'Oppède, plaida neuf 
matinées; il demanda, tout en défendant son client, que 
M™« de Cental, par les calomnies qu'elle avait fait débi- 
ter par son avocat contre d'Oppède , fût condamnée à 
faire amende honorable à la discrétion de la Cour et à 
une amende envers les pauvres. 

Rochefort, avocat de Lafond , parla trois matinées, 
et Christophe de Thou , avocat de Badet , autant. 

Danquechin , avocat de Lagarde , demanda que son 
client fût mis hors de Cour et de procès ; et Cousin , 
avocat de Tributiis , soutint que ce dernier était folle- 
ment intimé puisqu'il n'avait pas assisté au conseil de 
Cadenet, pris part à l'exécution, non plus que signé le 

(i) Ch. Dumoulin, p. 95-101. 



94 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

rapport mensonger de Lafond. Du Mesnil, avocat des 
trois Etats de Provence , opina pour que le Parlement 
d' Aix fut conservé dans son intégrité et que le Parlement 
de Paris mît ses officiers d'accord. Quant à Regnard , 
avocat du vice-légat d'Avignon, Aubery demanda et 
obtint qu'il ne fût pas admis à plaider, à moins qu'il ne 
voulût accepter la juridiction du Parlement de Paris et 
s'exposer à voir son client condamné : ce qui ne se 
pouvait , vu que les difficultés survenant entre princes 
souverains se traitaient par l'entremise de leurs ambas- 
sadeurs. 

Ajoutons que d'Oppède parla pendant deux audien- 
ces et que, reprenant les cinq accusations d' Aubery, il 
répondit qu'il était de son devoir d'informer le roi de 
ce qui se passait dans sa province ; qu'il n'avait retenu 
les troupes de Lagarde que pour exécuter des ordres 
royaux réitérés; qu'il s'en était tenu aux termes de l'ar- 
rêt et avait reçu l'approbation du monarque ; que la res- 
ponsabilité des excès commis à Cabrières du Comtat 
devait incomber aux officiers du pape ; qu'il n'avait pu 
ordonner les violences commises à Lacoste , puisqu'il 
était pour lors à Cavaillon ; enfin, que les lois du 
royaume défendaient de donner du secours aux ennemis 
de l'Etat et celles de Dieu d'avoir communication avec 
les méchants. 

Les répliques présentèrent quelques incidents. Ro- 
bert, avocat de d'Oppède, ayant lu un ancien jugement 
qui condamnait par contumace Guérin comme concus- 
sionnaire, et celui-ci ayant déclaré que cette accusation 
avait été réduite à néant, le procureur général de Rians 
requit que Guérin fût tenu d'en fournir la preuve. Son 
avocat. Millet, déclara qu'il était détenteur de l'arrêt 
par lequel la contumace de son client était mise à 
néant. Danquechin, de son côté, fit remarquer qu'Au- 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 91; 

bery n'avait pris aucune conclusion contre Lagarde, son 
client , que ce dernier n'avait fait qu'obéir aux ordres 
du roi, et que, pour les injures que M°»e de Cental avait 
adressées à son client par la bouche de son avocat il 
en demandait réparation. 

Les conclusions que prit Aubery, après les révéla- 
tions accablantes qu'il avait faites , sont étrano-es et té- 
moignent de l'intolérance des meilleurs esprits de cette 
époque. Il se borna à demander que le Parlement dé- 
clarât a qu'il a été mal , nullement et incompétemment 
délibéré et conclu à Cadenet; mal et outrageusement 
exécuté ladite délibération...; mal inhibé et défendu 
de bailler vivres , aides ni secours quelconque aux hé- 
rétiques ou suspects de l'être. » Passant ensuite à l'ar- 
ticle des doctrines religieuses des Vaudois, il se montra 
aussi dur que les persécuteurs , car il requit a que , 
pour exterminer les hérésies et les hérétiques du pays , 
il soit procédé par voie de justice contre eux par le 
Parlement [de Provence] et les juges y ressortissant , 
selon les édits et ordonnances de François I""", le der- 
nier édit de son successeur , les lois du royaume , le 
plus tôt possible; surtout contre les barbes; que le 
Parlement supplie le roi de tenir la main et la force 
contre ceux qui s'élèvent en armes ou assemblées con- 
tre les exécutions et arrêts de la Cour touchant la pu- 
nition des hérétiques ; que l'arrêt soit publié dans tous 
les lieux de Provence. » 

Ces conclusions et la mise en liberté anticipée de La- 
garde , déclaré innocent par un arrêt du conseil du roi 
du 15 février 1552, et celle de d'Oppède, qui demanda 
et obtint la même faveur, faisaient entrevoir l'issue finale 
d'un procès qui passionna la Provence, où le Parle- 
ment s'était divisé en deux camps, l'un pour d'Oppède, 
l'autre pour Guérin , regardé comme le chef des ac- 



96 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

cusateurs de ce dernier , et qui avait eu également du 
retentissement dans toute la France et même en Europe. 
Quand les plaidoiries pour et contre furent terminées, 
la grand'Chambre du Parlement de Paris retint la 
cause après de longs retards et appointa les parties 
au conseil du roi, c'est-à-dire les renvoya devant cette 
juridiction suprême pour que la cause y fût jugée sur de 
simples mémoires. Ainsi procédait-on lorsque les juges 
voulaient favoriser une cause douteuse ou qu'elle était 
trop embrouillée. Ce jugement équivalait à l'acquitte- 
ment de tous les prévenus , en faveur desquels le duc 
de Guise, qui avait changé complètement de sentiments, 
et le comte de Grignan, laissé en liberté, firent les plus 
grandes instances auprès du roi. 

On pensa , du reste , que le Parlement , retenu par 
l'esprit de corps , ne voulut pas condamner des collè- 
gues et infliger un blâme indirect aux autres Parle- 
ments et à lui-même , qui faisaient mourir chaque jour 
des luthériens. Le seul bien qui résulta de ce grand 
procès fut que tous ceux qui le suivirent entendirent la 
lecture de la confession de foi des Vaudois et purent 
se convaincre du caractère évangélique de leurs doctri- 
nes. Charles Dumoulin, qui a rapporté le fait, raconte (i) 
que c'est à ses pressantes sollicitations que cette lec- 
ture eut lieu. 

Pendant que le procès de d'Oppède et des autres 
exécuteurs s'instruisait , les réformateurs de la Suisse 
française agirent à Paris pour que les coupables ne pus- 
sent échapper au châtiment qu'ils méritaient. Viret écri- 
vait à ce propos à Calvin, à la date du 18 mai 1550 (2). 
« Le messager nous a raconté oia en est l'affaire des 



(i) Pages 95-101. 

(2) Cabini opéra, vol. XIII, n» 1574. 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 97 

tyrans qui ont été les auteurs de la ruine des Mérindo- 
liens , et ce que ces derniers demandent de nous qui 
avons leur cause en main. 11 nous a laissé la note qui 
contient la substance de la requête que vous entendrez 
de sa bouche. Vous voudrez bien tenir toute cette affaire 
pour recommandée. Quant à moi , si je puis quelque 
chose, j'agirai et j'exhorterai mes autres frères à donner 
aussi leurs soins à cette affaire^ pour que nous ne man- 
quions pas d'hommes de bien en face de ces tyrans 
sanguinaires. Je voudrais savoir positivement de vous 
ce que vous pensez que nous pourrions faire. » Ces 
démarches des réformateurs furent impuissantes, comme 
le prouva l'issue du procès. 

Guérin seul, arrêté au cours des débats, sur la dénon- 
ciation de Robert, avocat de d'Oppède, qui l'accusa de 
concussion, fut retenu sous les verroux, puis condamné 
à être pendu pour ce crime et d'autres tout aussi gra- 
ves, dont il fut dûment convaincu. L'arrêt lui fut signifié 
le 20 avril 1554 et rendu, non pas par la grand'chambre 
du Parlement qui venait de s'occuper du procès des 
Vaudois , mais par des commissaires spéciaux chargés 
de connaître des crimes de faux, l'un de ceux dont Guérin 
s'était rendu coupable. Il fut pendu le même jour à Paris, 
place des Halles, et sa tête, suivant l'arrêt, portée à 
Aix et exposée sur la grande place de la ville, lieu ac- 
coutumé des exécutions. 

Ajoutons, pour compléter ce récit, que les diverses 
procédures et enquêtes dont les Vaudois de Prpvence 
et du Comtat furent l'objet firent découvrir les noms 
d'un assez grand nombre de leurs barbes, prêcheurs ou 
pasteurs de cette époque. Voici les noms de quelques- 
uns d'eux : 

Pasteurs: Nicolas, natif de Mérindol; Guillaume Serre, 
cordeher normand, converti à Cabrières en 1545, con- 

7 



98 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

damné à mort en 1533 , brûlé vif à Avignon en 1545 ; 
Jean Péréri (pour Périer) , à Mérindol en 1545. — 
Prêcheurs : M""® Angelin ; M'"« Hélion Barbaroux, natif 
de Tourves, à Mérindol en 1540; M""^ François, curé 
converti de Mérindol en 1543 ; M" Jean, curé converti 
de Cabrières en 1 543 , ancien domestique de l'évêque 
de Cavaillon ; Mihan, à Mérindol et ailleurs en 1536; 
un cordelier converti, à Mérindol; Jean Serre dit Bé- 
rard, à Cadenet et ailleurs, prisonnier, apostat et dénon- 
ciateur des Vaudois en 1545. 

Il manque encore treize noms à cette liste, car Aubéry 
(p. 215) assure qu'au moment du massacre de 1545 les 
Vaudois avaient vingt-trois barbes ou pasteurs. 

RÉINTÉGRATION DE d'oPPÈDE. SON TRIOMPHE ET SA 
MORT (1553-1558). 

D'Oppède fut réintégré dans sa charge par lettres 
patentes du 2 novembre 1553, et reçut des lettres flat- 
teuses de Montmorency, alors premier ministre, et de 
Jean Bertrand, garde des sceaux du royaume (18 dé- 
cembre 1553). Trois ans après, le pape Paul IV le créa 
chevalier de l'ordre de Saint-Jean de Latran , comte 
palatin, et attacha ce titre à sa baronnie d'Oppède. 
Le roi approuva la décoration par lettres patentes du 
28 août 1556. Ainsi fut traité par la justice humaine celui 
qui avait trempé ses mains dans le sang de quatre mille 
innocents et incendié ou ruiné vingt-deux bourgs ou 
villages*! 

Pendant sa détention , le clergé d'Aix n'avait pas 
cessé d'ordonner des prières pour sa délivrance, et son 
retour fut salué par des fêtes extraordinaires. En repre- 
nant ses fonctions, il déclara au Parlement, toutes 
chambres réunies, le 4 février 1554, que le roi recevait 



ÉTABLISSEMENT DE LA REFORME EN PROVENCE. 99 

tous les jours des plaintes sur le peu de soin que les 
conseillers du Parlement apportaient à rendre bonne 
justice , qu'il y avait dans la Cour de la partialité et de 
l'avarice, et que plusieurs juges étaient infectés du poison 
de l'erreur. Les conseillers répondirent qu'ils avaient 
toujours fait leur devoir et qu'ils désiraient continuer de 
le faire. « Mais on s'en souvint si peu, » dit Gaufridy, 
qu'on vit toujours la même conduite ; on vit toujours la 
passion régner partout. » La suite de cette histoire le 
montrera surabondamment. 

L'épreuve par laquelle avait passé d'Oppède n'adou- 
cit pas sa haine contre les luthériens. Avant de quitter 
la capitale , il promit à ses protecteurs de purger entiè- 
rement la Provence des sectaires et de se venger du 
danger qu'ils lui avaient fait courir de perdre ses biens 
et sa vie. Un de ses premiers exploits fut, en effet, dit 
Crespin , « contre un [avocat] nommé Gaulteri (i), du 
diocèse de Digne, homme de lettres, lequel s'étant re- 
tiré à Aix pour avoir quitté la pédagogie chez Du Vernet, 
fut cruellement martyrisé en ladite ville et brûlé à la 
poursuite dudit Maynier. Item Barthélémy Audouin dit 
de Besse , à raison qu'il était dudit lieu, près de Bri- 
gnoles. » 

Ces supplices, qui ne furent sans doute pas les seuls, 
jetèrent l'alarme parmi les protestants provençaux, dont 
un grand nombre se réfugièrent à l'étranger. Nous en 
avons compté jusqu'à soixante et dix-neuf qui s'établi- 
rent à Genève depuis le retour de d'Oppède jusqu'à 
sa mort (2). 

Ce dernier ne survécut que cinq ans à son triomphe, 
car il succomba le 29 juillet 1 5 58 des suites d'une grave 



(i) Ou Gauthery. 

(2) Voy. Pièces justificatives, n" III, i° et 2°. 



100 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

maladie des voies urinaires , qui le fît cruellement souf- 
frir. Il « mourut, » dit Crespin, « avec cris et dépite- 
ments horribles,» «atteint d'un feu sacré dans le corps, 
au vu et au su de la Provence, » ajoute de Serres. Son 
tombeau fut orné de fastueuses inscriptions, et un moine 
de Lérins composa des vers à son honneur. Gaufridy 
dit qu'il était devenu affable, patient, et que sa fierté et 
sa fougue se changèrent en une conduite douce et mo- 
dérée. Nous acceptons ce jugement d'un historien aussi 
grave que Gaufridy, mais en faisant remarquer que la 
passion profonde qu'il nourrissait contre les luthériens 
ne s'éteignit qu'avec son souffle. Il est vrai que l'Eglise 
en faisait alors une vertu (i). 

RENTRÉE DES VAUDOIS DANS LEUR PAYS {1556). 

Après la dévastation des contrées habitées par les Vau- 
dois, leur pays serait resté en partie désert « si les pros- 
crits, » dit Frossard, « que rappelèrent des moments 
plus tranquilles et l'amour de la patrie, n'étaient revenus 
des retraites oii ils s'étaient cachés ou des pays lointains 



(i) La chronique d'un notaire d'Orange, p. 39; Aubery, Histoire de l'exécution , 
etc. ; — Sleidan, Histoire de l'estat delà religion, p. 260-262 ; — Crespin, His- 
toire des martyrs, fol. 141-15^, 195-197; — De Bèze , Histoire ecclésiastique , 
t. I, p. 22-50, 45-50; — La Popelinière, Histoire de France, t. I, fol. 24-29 ; 

— Recueil des choses mémorables, p. lo-ij ; — De Thou , Histoire universelle, 
t. I, p. 552-546; — d'Aubigné, Histoire universelle, t. I, col. 100, ni, 112; — 
Nostradamus, p, 711 et suiv. ; — Honoré Bouche, t. H, p. 609, 62} ; — 
Gaufridy, t. II, 457-494; — Papon , t. IV, p. 90-108, 114-127, 155-14? ; — 
Louvet, Histoire des troubles, t. I, p. 96-153 ; — Lambert, t. I , p. 25-83', — 
Cabasse, Essai historique sur le parlement de Provence, t. I , p. 85-161; — 
Pitton, Histoire de la ville d'Aix, p. 276-285 ; — Boze, Histoire d'Apt, p. 237 
et suiv.; — L. Frossard, Les Vaudois de Provence, etc., etc. — Manuscrits de 
la bibliothèque publique d'Aix: Pièces sur le Parlement d'Aix (n°» 929-931); 

— Pièces concernant l'affaire de Mérindol (n°' 796 et 798) ; — Plaidoyers, 
etc., sur le fait de ceux de Cabrières et de Mérindol (n- 204) ; — Manus- 
crits de la bibliothèque publique de Carpentras : Remerville, Histoire de la 
ville d'Apt ; — Giberti, Histoire de la ville de Pernes; etc. 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. lOI 

pour reprendre possession de leurs terres dévastées. 
Profitant de la confusion dans laquelle la peste de 1556 
avait jeté la population au milieu de laquelle elle faisait 
des ravages, ils rentrèrent en nombre assez considé- 
rable. » 

Ce furent surtout les Vaudois réfugiés chez leurs frè- 
res des Vallées du Piémont, d'oij leurs ancêtres étaient 
sortis, qui revinrent en Provence. Ils usèrent de la gé- 
néreuse hospitalité qu'ils avaient reçue « jusques à ce 
que, avec le temps, » dit Gilles (i), « ils eurent la com- 
modité de retourner en leurs maisons , Dieu ayant fait 
périr misérablement la plus grande partie des auteurs 
et exécuteurs desdites cruautés, avec des manifestes 
témoignages de sa fureur contre eux. Quelques-uns de 
ces réfugiés désirèrent de continuer leur demeure es 
Vallées, surtout quelques filles qui s'y marièrent. Et les 
autres, retournés en leurs maisons, y ont rempli leur 
lieu., continuant en la profession de la vraie religion. » 
Ils rebâtirent Mérindol et les autres lieux incendiés, et 
redevinrent prospères (2). 

MARTYRE DE ROMYEN A DRAGUIGNAN (l^ÇS). 

Les souffrances inouïes endurées par les Vaudois 
n'arrêtèrent pas le mouvement de la Réforme. Les lu- 
thériens multiplièrent leurs prêches et étabHrent des lieux 
de culte partout où ils étaient les plus forts. Personne 
n'y pouvait rien. Le Parlement avait perdu son crédit 
par ses excès mêmes ; les gentilshommes catholiques 
étaient impuissants, les villes divisées de sentiments, le 



(i) Pages 49, 50. 
(2) Gaufridy, t. II, p. 



102 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

comte de Tende , lieutenant pour le roi en Provence , 
hésitant entre les deux partis (i). 

Henri II seul n'hésitait pas et rendait édit sur édit 
contre les luthériens. Le 24 juillet 1 557, il en publia un 
fort sévère qui portait peine de mort contre ceux qui, 
publiquement ou en secret, professeraient une religion 
différente de la religion catholique. Un malheureux col- 
porteur, qui parcourait la Provence vers ce temps, en 
fut la victime. 

Benoît Romyen (ou Rémy), natif de Villard-d'Arènes 
en Dauphiné, avait conduit sa femme et ses enfants à 
Genève pour qu'ils pussent y pratiquer librement la re- 
ligion réformée, et lui-même, professant l'état de mer- 
cier-colporteur, voyageait pour vendre sa marchandise. 
Passant en avril 1558 à Draguignan pour se rendre à 
Marseille , il offrit deux beaux ouvrages de corail à un 
de ses confrères, nommé Lantheaume Blanc, qui, n'ayant 
pu les acquérir à cause du prix élevé qu'en demandait 
Romyen, le dénonça par envie comme luthérien au baron 
de Lauris, conseiller au Parlement et gendre de d'Op- 
pède, comme on sait, qui était pour lors à Draguignan. 
Lauris feignant, pour gagner du temps, de vouloir ache- 
ter lui-même ces ouvrages de corail, le dénonça à son 
tour au viguier du lieu. Ce dernier, se saisissant aussitôt 
de la marchandise du colporteur, le jeta en prison, aver- 
tit l'avocat du roi et les consuls de la ville, et tous en- 
semble lui firent subir un interrogatoire. Romyen con- 
fessa courageusement sa foi et, en suite de ses aveux, 
fut jeté, les fers aux pieds, dans un cachot infect. Lauris 
avertit ensuite Antoine du Revest, lieutenant du séné- 
chal, qui, lui reprochant d'avoir empiété sur sa juridic- 
tion, refusa de l'accompagner à la prison. Il n'en donna 

(i) Gaufridy, t. II, p. 495. 



ETABLISSEMENT DE LA REFORME EN PROVENCE. IO5 

pas moins l'ordre de transférer le colporteur à la con- 
ciergerie, et là le soumit à un second interrogatoire, 
qui aboutit au même résultat que le premier. 

Le lendemain , du Revest lui adressa de nouvelles 
questions dans le but de s'assurer s'il n'était pas venu 
dans le pays pour répandre ses doctrines, et ne portait 
pas avec lui quelques livres de la nouvelle religion : à 
quoi le prisonnier répondit négativement. 

Prévoyant la fatale issue qu'aurait son procès , quel- 
ques luthériens de la ville lui proposèrent divers moyens 
de défense, qu'il repoussa comme contraires à sa loyauté, 
et leur déclara qu'il était résolu à mourir pour sa foi. 
Sa constance ayant fait du bruit dans Draguignan , le 
juge du lieu, nommé Barbosi, homme ignorant et gros- 
sier, désira le voir et lui demanda si ceux de Genève 
croyaient en Dieu et le priaient : ce qui lui valut une 
verte réponse du colporteur. 

Du Revest l'ayant interrogé une seconde fois, Ro- 
myen demanda la permission de faire sa prière, et la 
prononça avec un tel accent de conviction que le lieu- 
tenant en fut touché ; mais il n'en fut pas de même de 
Barbosi, qui dit dans toute la ville que le colporteur 
n'échapperait pas et qu'on en prendrait bien d'autres. 
Les évangéliques, effrayés de ces paroles, conseillèrent 
alors à Romyen d'en appeler aux seigneurs de Genève, 
et, à leur défaut, au grand conseil du roi, et il y con- 
sentit pour leur être agréable, car il ne redoutait pas la 
mort et paraissait même la désirer. 

De son côté, un moine observantin, qui avait prêché 
le carême à Draguignan et demandait à grands cris le 
supplice de Romyen , gagna à sa cause les consuls 
Gavai et Cavalieri, et tous ensemble menacèrent le lieu- 
tenant du roi de le dénoncer au Parlement s'il ne faisait 
brûler le prisonnier. Le lieutenant assembla donc les 



104 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

juges le 15 avril, et leur adjoignit le nombre d'avocats 
voulus par les ordonnances royales. L'un de ces der- 
niers , plus humain que les autres, se fondant sur ce 
que Romyen n'avait pas dogmatisé, n'était porteur d'au- 
cun livre hérétique et n'avait fait connaître ses doctrines 
que parce qu'il y avait été contraint par voie de justice, 
opina pour qu'il fût renvoyé à Genève, puisqu'il y avait 
établi son domicile. L'assemblée se divisa là-dessus en 
deux camps d'un nombre égal de voix, à l'exception de 
du Revest, qui n'avait pas fait connaître son avis. C'est 
pourquoi les ennemis de Romyen, craignant qu'il ne se 
prononçât en faveur du prisonnrer, firent lever la séance. 

Informé de ce qui s'était passé, le moine, l'official de 
l'évêque et les prêtres ameutèrent au son de cloche le 
peuple , qui se rendit tour à tour auprès du lieutenant , 
des juges et des avocats pour demander le supplice du 
colporteur. Et comme le lieutenant ne voulait pas s'ad- 
joindre d'autres juges que les premiers, ils décidèrent 
le conseil de ville à faire les frais d'un procès au Par- 
lement, qui, sur l'heure, requit le lieutenant de lui expé- 
dier le prisonnier. Barbosi porta le dossier à Aix, mais, 
comme il désirait que Romyen fût brûlé à Draguignan, 
il obtint que son procès serait fait dans cette ville. Le 
lieutenant reçut donc l'ordre de s'adjoindre les plus 
anciens avocats de Draguignan et de rendre son arrêt. 
Ainsi composé, le tribunal condamna Romyen à être 
brûlé vif comme hérétique ou , s'il se rétractait , à être 
pendu. 

Ayant fait appel de ce jugement à la Cour d'Aix, 
Romyen y fut conduit, mais non sans être témoin des 
regrets du lieutenant qui, le voyant passer de sa fenêtre, 
demanda pardon à Dieu de l'avoir condamné à mort. 
Le Parlement, ayant fait interroger Romyen par un 
moine, qui discuta avec lui pendant trois heures, con- 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. I05 

firma la sentence des premiers juges. Ramené à Dra- 
guignan , le colporteur fut mis à la torture pour qu'il 
dénonçât ses complices s'il en avait et reniât sa foi. 
Mais il demeura ferme et endura de si grandes souf- 
frances qu'on le conduisit au bûcher presque mort. Les 
consuls avaient fait convoquer par les curés les habi- 
tants des paroisses voisines. Romyen ayant prononcé une 
prière à haute voix près de son bûcher, un des prêtres 
qui étaient là en grand nombre lui dit de réciter VAve 
Maria, et, sur son refus, plusieurs de ces derniers lui 
tirèrent la barbe et l'injurièrent. Un lourdeau d'entre la 
troupe monta sur le bois pour l'admonester, mais il lui 
dit : « Laisse-moi en paix. » Là-dessus , le père gar- 
dien d'un couvent s'écriant qu'il avait blasphémé, Bar- 
bosi donna ordre de Uii mettre un bâillon, et le peuple 
demanda, de son côté, qu'on le brûlât sans tarder. 
(( Lors le bourreau, » dit Crespin, a mit feu à la paille 
et au menu bois qui était à l'entour, en sorte qu'ils fu- 
rent incontinent usés. Romyen demeura pendu en l'air 
avant de mourir. Etait presque tout brûlé par le bas , 
qu'on le voyait remuant les lèvres sans faire aucun bruit 
et rendit l'esprit à Dieu. » 

Les avis furent partagés dans la foule au sujet de 
ce supplice, qui eut lieu le i6 mai 1558. Les uns blâ- 
maient les moines et les prêtres de s'être acharnés à la 
personne du martyr, disant que si l'on l'avait entouré de 
gens de bien, « tout fût allé pour les mieux. » Les au- 
tres ne se cachaient point pour avouer « qu'on lui avait 
fait tort. » D'autres s'entretenaient avec surprise de la 
cause de son supplice et de sa doctrine (i). 

Cet autodafé fut le prélude d'événements plus graves 
qui se passèrent à Draguignan même, comme on va le voir. 

(i) Crespin, fol. 460-462; — De Bèze, t. I, p. 99- 



I06 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

ANTOINE ET PAULON DE MAUVANS EMBRASSENT LA RÉ- 
FORME. ASSAUT DE LEUR MAISON. ASSASSINAT d'aN- 
TOINE DE MAUVANS. MARTYRE d'aULDOL ( I 5 59 , 
1560). 

Les seigneurs Richieud de Mauvans (i), Antoine et 
Paulon, issus d'une petite et humble famille (2), dont les 
ancêtres, de père en fils, dirigeaient les affaires publi- 
ques dans la haute Provence, « au grand contentement 
des gens de bien, » et qui eux-mêmes avaient signalé 
leur courage dans les guerres du Piémont, s'étaient reti- 
rés chez eux et passaient une partie de leur temps à Cas- 
tellane,'oij ils possédaient une maison. Ayant embrassé 
les doctrines nouvelles qui avaietit été introduites secrè- 
tement dans la ville dès 1557 par le seigneur de Caille, 
de la famille Brun, ils devinrent l'instrument de la con- 
version de plusieurs gentilshommes de leurs parents et 
amis et de beaucoup de gens du peuple qui se réunis- 
saient chez eux de nuit malgré la rigueur de l'hiver, et 
souvent de loin , si bien qu'ils appelèrent , pour les in- 
struire, un ministre de Genève, qui arriva à Castellane 
en janvier 1 5 59. 

Les catholiques, émus de ses succès, firent venir un 
cordelier « à la grande manche » pour prêcher le ca- 



(i) Richieud et Mauvans sont les vrais noms, au lieu de Richiend et 
Mouvans, comme écrivent beaucoup d'auteurs. Le premier est un nom de 
famille, le second un nom de terre. Mauvans, mieux Malvans {Castrum de 
Malvinis) , était une commune, déserte à cette heure, qui garda son nom 
jusqu'en 1792, époque où elle fut réunie à Vence (Tisserand, Histoire de 
Vence, p. 286 et 287). Quand au nom de Paulon, qu'on va rencontrer, 
c'était un sobriquet pour Paul. 

(2) Leur père s'appelait Antoine Richieud et leur frère aîné Elzéar. 
Celui-ci était resté dans sa famille pour en soutenir le rang, et ses deux frères 
avaient embrassé le parti des armes (L'abbé Lamenei, Histoire de Castellane, 
p. 271). 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 107 

rême. Ne se contentant pas de remplir sa mission reli- 
gieuse, le cordelier attaqua violemment, en chaire, les 
évangéliques , se prétendit injurié par le ministre et 
menacé par Antoine de Mauvans, puis, s'alliant avec les 
consuls et la populace, il excita une sédition au son du 
tocsin. Cinq ou six cents personnes assiégèrent la mai- 
son des Mauvans en criant : Foro (dehors), luthériens! 
foro, huguenauts! rompirent les vitres, les fenêtres et la 
porte. Mais les frères Mauvans, qui étaient de vaillants 
soldats, se barricadèrent chez eux avec cent des leurs, 
firent une décharge de mousqueterie qui tua trois sédi- 
tieux, en blessa plusieurs et mit les autres en fuite. 
Puis, le lendemain, ils sortirent de la ville sans que 
personne osât les attaquer. 

Antoine , malheureusement , n'écoutant que la ven- 
geance, se mit à la tête de trois cents hommes déter- 
minés de Castellane et des environs, saccagea le fau- 
bourg de cette ville et le couvent des Augustins qui y 
était bâti et continua son œuvre de destruction par les 
éghses de Senez, Digne, Barjols et autres, maltraitant, 
tuant même ceux qui lui opposaient de la résistance ; 
après quoi, il se rendit dans son château de Mauvans, 
oij il se fortifia avec ses hommes. 

Paulon, de son côté, partit secrètement pour déposer 
une plainte entre les mains du Parlement d'Aix. Le 
comte de Tende, gouverneur de Provence et heutenant 
général pour le roi , homme naturellement doux et mo- 
déré, le reçut dans sa maison et servit ses intérêts de 
tout son pouvoir. 

Les séditieux, ayant appris cette démarche de Paulon, 
envoyèrent des députés à Aix, qui se concertèrent avec 
un conseiller à la Cour, nommé François Rascas, sieur 
de Bagaris, et Girard Ambrois, ancien viguier, très mal 
disposés l'un et l'autre pour les Mauvans à cause 



I08 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

de rivalités d'influence, et, tous ensemble, dénoncèrent 
les assemblées nocturnes des luthériens de Castellane. 
Le Parlement délibéra longtemps sur le parti qu'il de- 
vait prendre , car il était divisé d'opinion. Enfin , non- 
obstant l'opposition que firent plusieurs conseillers, il 
décida qu'on informerait contre les Mauvans comme 
hérétiques. 

Vétéris (ou Victoris) et Esprit Vitalis, jeunes conseil- 
lers, chargés de l'instruction, prirent dès d'abord parti 
contre les accusés en faisant relâcher, à Riez, les deux 
principaux auteurs de la sédition, que le lieutenant du 
sénéchal de Draguignan, Antoine du Revest, avait déjà 
fait emprisonner. Ce déni de justice enhardit tellement 
les habitants de Castellane qu'ils mirent aussitôt à sac 
la maison des Mauvans, en chassèrent leurs femmes et 
leurs enfants et brûlèrent leurs granges. Arrivés à Dra- 
guignan, les commissaires décrétèrent de prise de corps 
comme hérétiques les deux frères Mauvans, ce qui dé- 
cida Paulon, qui avait passé quinze jours à Aix, chez le 
comte de Tende , à se rendre à la cour de France pour 
se pourvoir au conseil du roi contre l'arrêt du Parle- 
ment, qui avait ordonné des poursuites contre lui et 
son frère. Il vit Henri II, l'amiral Gaspard de Coligny, 
Michel de l'Hospital, chancelier de France, et Louis 
de Bourbon, prince de Condé, leur dénonça les con- 
cussions du Parlement de Provence et ses infractions 
aux lois du royaume et obtint du roi que son procès 
serait jugé par le Parlement de Grenoble ; mais la Cour 
d'Aix refusa de se soumettre à l'ordre du roi, et, grâce 
à la protection du cardinal Charles de Lorraine, frère du 
duc François de Guise, obtint des lettres de cachet qui 
lui enjoignirent de ne point se dessaisir de la cause. Les 
juges du conseil, de leur côté, retinrent, par ordre du 
même cardinal , les pièces des Mauvans pour les em- 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 1 09 

pêcher de poursuivre leurs procès ; mais ceux-ci ne se 
laissèrent point arrêter pour cela et , comme « ceux de 
la religion de divers lieux de Provence, » dit de Bèze, 
(( se sentant pareillement oppressés d'une infinité d'in- 
justices, leur baillèrent force mémoires et instructions 
contenant une infinité de concussions, larcins et crimes 
énormes commis par leurs adversaires du Parlement, » 
ils décidèrent de fonder une bourse commune pour 
subvenir aux frais de la poursuite de ces derniers auprès 
du roi, et ayant fait entendre plusieurs témoins et re- 
cueilli les pièces à l'appui, ils accusèrent au conseil du 
roi les juges du Parlement d'Aix de concussions et de 
brigandages. On peut juger par là de l'énergie et du 
courage des frères Mauvans. Le plus jeune , Paulon , 
était un gentilhomme particulièrement remarquable. 
Claude de Cormis , son contemporain , qui le connais- 
sait beaucoup, dit que c'était « un homme d'une grande 
âme et grand dessein et entreprenant, avec l'esprit pé- 
nétrant et bon entendement, autant savant en affaires 
qu'en guerre et bien capable d'être chef de parti, » et, 
ailleurs, que c'était un a grand personnage, ayant tête, 
cœur, main et langue; » à quoi Nostradamus ajoute 
qu'à l'extérieur, il était « robuste, de belle défaite et 
de gros de sang. » 

Quelque temps après, le lieutenant du Revest et 
Bruny, receveur à Draguignan, écrivirent à Antoine de 
Mauvans que Girard Ambrois, dont il a été parlé plus 
haut, avait des propositions d'accommodement à lui faire à 
Flayosc et qu'ils lui conseillaient de les accueillir favo- 
rablement. Antoine, confiant dans leur parole et accep- 
tant pour arbitres le viguier Martin et les seigneurs 
de Barrème, d'Espinouse et de Mandols, part avec ses 
neveux et Honorât Auldol dit Bramaire, maître de l'hô- 
tel du Cheval-Blanc à Castellane. N'ayant pas rencon- 



110 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

tré les arbitres à Fiayosc , il descendit jusqu'à Dragui- 
gnan pour y passer la nuit et logea à rhôtellerie des 
Trois-Rois. C'était le 23 octobre 1559. Peu après son 
arrivée, s'étant promené dans la ville, il fut reconnu par 
quelques prêtres ; désigné par eux à des enfants qui, 
excités par leurs paroles et par un conseiller au Parle- 
ment (i), se mirent à crier au luthérien et à sonner le 
tocsin pour ameuter la foule. Antoine se hâta de rega- 
gner son logis avec trois autres de ses compagnons de 
route ; mais la populace , comptant plus de trois mille 
personnes , se mit à faire le siège de l'hôtellerie et en 
força les portes. Quelques hommes de bien de la ville, 
ayant voulu l'apaiser, ne durent leur salut qu'à la fuite. 
Antoine , monté sur les toits pour gagner une maison 
voisine, reçut un coup d'arquebuse. Son neveu, qui le 
suivait, parvint à se cacher dans une cave. Pour lui, il 
alla s'enfermer dans une chambre. Les mutins, craignant 
qu'il ne leur échappât à cause de la nuit, allèrent cher- 
cher le viguier de la ville qui le somma de se rendre. Il 
ouvrit la porte et saisit, pour se protéger, le bout du 
bâton de justice que lui présenta le viguier ; mais deux 
muletiers survinrent qui retendirent à demi-mort de deux 
coups de bâton ferré. Lié par les pieds en cet état, on 
le traîna jusqu'à la conciergerie , oia il ne tarda pas à 
rendre le dernier soupir après avoir subi des outrages 
que la pudeur ne permet pas de nommer. 

Les mutins sans désemparer retournèrent à l'hôtel- 
lerie pour se saisir des compagnons d'Antoine, et, ne 
les ayant pas trouvés, quatre d'entre eux se rendirent 
en hâte à Castellane pour exciter le peuple à faire su- 
bir un semblable traitement à Paulon son frère , avant 
qu'il fût averti. 

(i) Probablement le baron de Lauris , qui avait fait arrêter Romyert 
l'année d'avant. 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. I I i 

Le lendemain, les séditieux arrachèrent les entrailles 
du cadavre d'Antoine, qu'on avait déposé dans la prison 
et que les enfants se mirent à traîner dans les rues. Ils 
coupèrent également son cœur et son foie en plusieurs 
morceaux, qu'ils fixèrent à des bâtons. L'un d'eux pré- 
senta un des morceaux à son chien qui, ayant détourné la 
tête, s'attira cette apostrophe de son maître : « Serais- 
tu luthérien comme Mauvans ? » Quelques personnes 
charitables voulurent inhumer le cadavre, mais les prê- 
tres s'y opposèrent et le corps fut de nouveau renfermé 
dans la prison. Pour les autres restes, ils furent re- 
cueillis avec soin par un huguenot secret, natif de Dra- 
guignan, nommé Giraud, qui les inhuma pendant la nuit. 
Muni d'un sauf-conduit , Paulon de Mauvans partit 
sans plus tarder pour Aix, raconta les faits au comte de 
Tende et requit le Parlement de faire justice d'un si 
horrible attentat. Celui-ci envoya à Draguigan les mêmes 
conseillers que précédemment, Vetéris et Vitahs, qui, 
au lieu de rechercher les meurtriers, donnèrent l'ordre 
de saler le corps d'Antoine, le firent porter à Aix par 
les assassins eux-mêmes, informèrent sur la vie, les 
mœurs et la conduite de la victime et dirent à quelques 
témoins de Castellane que « ceux de Draguignan leur 
avaient donné une leçon, leur signifiant qu'après le vieil 
tué, il ne restait plus que de dépêcher le jeune. » 
« Vous montrez bien, » ajoutaient-ils,» n'avoir aucun cou- 
rage; tuez, tuez cette racaille de luthériens. » a Ce 
peuple, » dit de Bèze, « qui de soi n'est que trop bouillant 
et acharné, se sentant encouragé par ceux mêmes 
qui devaient le retenir, devint si fier et orgueilleux. que 
rien plus. Et n'ayant pu attraper Paul, tuèrent grand 
nombre d'autres gens, sans qu'aucune punition ni per- 
quisition en fût faite ; en sorte que toutes choses étaient 
licites à ces insensés. » 



112 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

Honorât Auldol, qui avait été mis en prison, con- 
fessa courageusement sa foi devant les deux commis- 
saires du Parlement et fut emmené à Aix, en novembre 
1559. De son côté, le baron de Lagarde, qui avait reçu 
l'ordre secret du duc de Guise de prendre Paulon mort 
ou vif, continua ses poursuites contre lui et contre les 
autres fidèles de Provence; mais le Parlement, crai- 
gnant le bruit que pouvait faire, pour le moment, le pro- 
cès des deux frères et celui d'Auldol, les laissa som- 
meiller jusqu'au 5 février 1560, époque où il condamna 
le corps d'Antoine à être brûlé, de même qu' Auldol, 
sur la place des Jacobins. Le bienheureux martyr mon- 
tra la plus entière constance. Un homme de la foule lui 
ayant lancé une pierre qni le blessa grièvement et fit 
tomber le bâillon qu'on avait mis à sa bouche, il lui ré- 
pondit avec douceur : « Dieu veuille te pardonner! » 
Après quoi il rendit l'esprit (i). 

Le martyre de Romyen et d'Auldol, aussi bien que 
l'assassinat d'Antoine de Mauvans, n'était pas fait pour 
calmer les alarmes conçues précédemment par les pro- 
testants provençaux, de telle sorte qu'un assez grand 
nombre d'entre eux se réfugièrent à l'étranger. De la 
mort de d'Oppède (29 juillet 1558) jusqu'à la fin de 
l'année 1560, nous en trouvons jusqu'à soixante-deux 
établis à Genève (2). 

PROGRÈS DE LA RÉFORME EN PROVENCE. STATISTIQUE 



(i) Claude de Cormis , dans Louvet , Additions, t. I, p. çi6 et suiv. ; — 
De Serres, Comment, i^ pars, fol. 46; — La Popelinière, t. I, fol. 175-178; 
— Régnier de la Planche, t. I, p. 217-220 ; — Recueil des choses mémorables, 
p. 94; — Crespin, p. 542, Ç43 ; — De Bèze, t. I, p. 254, 255 ; — De Thou, 
t. II , p. 817, 818 ; — Honoré Bouche , t. II , p. 628 ; — Papon .t. IV , 
p. 144-147; — Lambert, t. I,p. 85-96; — L'abbé Lamenei , Histoire de Cas- 
tellane. 

(2) Voy. Pièces justificatives, n° III, 1° et 2». 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. II? 

DES EGLISES RÉFORMÉES ET DES LIEUX DE CE PAYS 
HABITÉS PAR DES PROTESTANTS (1560-1562). 

Le roi Henri II était mort le lo juillet 1559, avant 
les derniers événements que nous venons de rapporter, 
et avait eu pour successeur son fils François II. Les 
protestants, espérant qu'un changement de règne en 
amènerait un dans leur situation, reprirent courage et 
introduisirent en France une grande quantité de caté- 
chismes de. Calvin et de Psautiers. La Provence en fut 
remplie. Les airs des psaumes « résonnants et doux à 
l'oreille, » dit Nostradamus (i), charmaient tout le 
monde, de telle sorte, ajoute-t-il, qu'il n'y avait aucun 
homme d'honneur qui ne fût « tenu pour grossier et 
lourd, » s'il n'en achetait quelques exemplaires. 

On afficha aussi en Provence une foule de placards 
dès qu'on apprit que Henri II avait été blessé mortelle- 
ment. « Le loup est malade, » disaient-ils,- « les brebis ont 
bon temps, » et lorsqu'on apprit sa mort : « Le loup 
est mort, les brebis sont au-dessus et n'ont plus à 
craindre (2). » 

Le ministre Baussan , de Lourmarin , dans le 
Triomphe de l'Evangile, publié cette même année, disait 
également, en parlant de la mort de Henri II : 



Tu pensais, Papau (pape) séducteur 
Faire envahir nos brebietes (brebis) : 
Mais Dieu, qui est nostre pasteur, 
A pris l'une de ses sagettes (flèches) 
Et en a tué d'un seul coup 
Ton grand et famélique loup (Henri II). 
Nos brebis iront donc aux champs 
Faire le saut dessus Therbette. 



(i) Page 782» 

(2) Boze, Histoife de l'Eglise d'Apt, p. 295. 



114 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

Et vous mourrez, Papaux meschans, 
Sous la pâte de la grande beste. 

En Juin (i) il fit un Eédict 
Pour faire abolir l'Evangille 
Comme veut ton conseil maudit ; 
Mais en Juillet un seigneur habille (2), 
Conduict de Christ, a d'un seul coup 
Enterré votre avide loup. 



On s'enhardit même à bâtir des édifices consacrés 
au nouveau culte. C'est ainsi qu'à la date du 29 mai 
1 560 on travaillait à la construction d'un temple à La 
Roque-d'Antheron (3), Les sources de l'époque nous 
apprennent que ce mouvement s'étendit de proche en 
proche et gagna presque la moitié de la Provence. 
« Les Provençaux et plusieurs autres ont rejeté les 
idoles, » écrivait François Hotman à Calvin, à la date 
du 26 février 1560 (4), sur la foi de Rufin, prédicateur 
des églises de Provence et d'un autre témoin. Les au- 
teurs catholiques (5) sont d'accord avec de Bèze (6) pour 
affirmer, qu'en mars 1560, cette province comptait 
soixante églises. Ce dernier, malheureusement, ne 
donne les noms que de quelques-unes d'elles, et il est 
impossible, même avec les autres documents dont on 
dispose, de les énumérer toutes avec exactitude. Nous 
essaierons néamoins de le faire en utilisant les maté- 
riaux cités en notes (7). Les noms écrits en lettres itali- 



(i) Edit d'Escouan portant peine de mort contre tous les luthériens. 
(2) Gabriel de Montgomméry, capitaine de la garde écossaise. 
(5) Louvet, Histoire, t. I, p. 142. 

(4) Cabini opéra, t XVII I, n° 5165. 

(5) Nostradamus, p. 784; — Boule, Essay de l'hist. gènêr. des protestans , 
Paris, 1647, in-S», 2* éd., p. 75. 

(6) Tome I, p. 108. 

{7) Crespin , fol. 674 ; — De Bèze, t. III, p. 215 et suiv. ; — Bulletin de 
la Soc. de l'Hist. du prot. franc., VII, 22 et suiv. ; — Idem, VIII, 72 et suiv. ; 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. I I 5 

ques désignent les églises dressées, c'est-à-dire possé- 
dant des consistoires, et quelques-unes des pasteurs, 
et les noms en lettres ordinaires, les autres lieux ren- 
fermant des protestants. 

Apt^ Joucas, Gardes, Roussillon, La Bastide des Gros 
(hameau de Gordes), Lacoste, Glgnac, Saint-Martin-de 
Castillon, Peypin-d Aiguës, Saint-Martin-d Aiguës (i), 
Sannes, La Motte - d' Aiguës, Sivergues, Roquefure 
(hameau d'Apt), Cabrières-d Aiguës, Lourmarin, Mé- 
rindol, Lauris, Cadenet ; — Lagarde, Caseneuve, Saint- 
Quentin (hameau de Saignon), Pierrevert, Viens, Buoux, 
La Tour-d'Aigues , Puget, Simiane, Murs (viguerie 
d'Apt) (2); 

Arles, Les Baux, Mouriès, Salon (viguerie d'Arles) ; 

Tarascon, Eyguières, Sénas ; — Noves, Saint-Remy 
(viguerie de Tarascon) ; 

Aix, La Roque-d'Antheron, Saint-Paul-lès-Durance, 
Velaux, Saint-Savournin, Marseille ; — Jouques, Pey- 
rolles, Pertuis, Lambesc, Saint-Cannat, Lançon, Cor- 
nillon, Saint-Chamas, Berre, Saint-Mître, Les Marti- 
gnes, Mimet, Aubagne, Ollioules (viguerie d'Aix) ; 

Forcalquier, Ongles, Manosque, Oppedette; — Omer- 
gues, Revets-de-Bion, Saumane, Saint- Etienne, Banon, 
Sigonce, Lurs, Pierrerue, Mane, Saint-Quentin (hameau 
d'Oppedette, Céreste (viguerie de Forcalquier) ; 

Sisteron, Villosc, — Curban, La Motte-du-Caire, 
Volonne (viguerie de Sisteron) ; 

Se/ne, La Bréole ; — Selonnet (viguerie de Seyne) ; 

— Idem, IX, 295 et suiv. ; — les sources citées dans \'Hist. particul. des 
égl. de Prov. au seizième siècle racontée plus loin. 

(i) Aujourd'hui Saint-Martin-la-Brasque. 

(2) Nous suivons les délimitations de la carte du « Gouvernement général 
de Provence divisé en ses vigueries » par Robert de Vaugondy, le fils, 
géographe de réputation , mais nous rectifions l'orthographe des noms de 
lieu. 



I l6 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

Digne, Espinouse, Puimichel; — Thoard, Les Mées 
(viguerie de Digne) ; 

Rie^, Puimoisson; — Moustiers, Aiguines, Rou- 
moules, Valensole, Gréoux, Esparron-du-Verdon (vi- 
guerie de Moustier) ; 

Castellanc, Colmars; — Thorame haute, Saint-André- 
de-Meouilles (viguerie de Castellane) ; 

Barjols, Quinson, Vinon, Tavernes (viguerie de Bar- 

jols); 

Saint-Maximin, Pourcieu, Tourves (viguerie de Saint- 

Maximin) ; 

Sio-nes; — Brignoles, Cabasse, La Celle, Roque- 
brussane , Besse , Sainte-Anastasie (viguerie de Bri- 
gnoles) ; 

Toulon; — La Valette (viguerie de Toulon); 

Sol/iès; — Hyères, Pierrefeu, Cuers, Bormes (vi- 
guerie d'Hyères) ; 

Lorgnes (viguerie de ce nom); 

Draguignan, Tourettes. Le Luc, Fréjus; — Fayence, 
Seillans, Bargemon, Claviers, Montauroux, Le Muy, 
Gonfaron, Pignan, Grimaud, Saint-Tropez, Cogolin 
(viguerie de Draguignan) ; 

Grasse, Antibes ; — Saint-Auban, Cipières, Caille, 
Le Broc, Vence, La Colle, Gagnes, Mouans-Sartoux, 
La Napoule (viguerie de Saint-Paul). 

A ces soixante églises, nous ajouterons celles de Sault, 
Séderon, Barret-de-Lioure, Ferrasiéres, Montfroc, Eyga- 
layes sur la lisière du Dauphiné, et celles de La Charce 
et de Lenips, enclavées dans cette province. Ces églises 
furent longtemps adjointes au Synode du Dauphiné. 

Comme supplément, nous ajouterons encore les égli- 
ses de la vallée de Barcelonnette, savoir : Barcelonneite, 
Jausiers, Larc/ie et Meyronne; et les protestants dissé- 
minés dans le Comté de Nice. 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. II7 

On trouvera plus loin, à l'histoire particulière des 
Eglises réformées de Provence au seizeime siècle, tout 
ce que nous avons pu recueillir sur leurs annales, depuis 
leur origine jusqu'à l'édit de Nantes de 1 598. 

■ ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE MÉRINDOL. ARMEMENTS DE 
MAUVANS. SON TRAITÉ AVEC LE COMTE DE TENDE. 
SA FUITE A GENÈVE (1560). 

Tel était l'état de la Réforme en Provence, quand 
Godefroy de Barri, sieur de la Renaudie, et plusieurs 
autres gentilshommes, témoins de l'oppression exercée 
par les Guises sur le nouveau roi François II, exaspé- 
rés des exécutions sanglantes dont les religionnaires 
étaient victimes et de la conduite tenue par la cour 
envers les princes du sang (i), convoquèrent à Nantes, 
le I*' février 1560, les gentilshommes les plus entre- 
prenants du royaume et formèrent avec eux le projet 
d'enlever le jeune roi et la famille royale. Désireux de 
voir leur résolution adoptée par leurs coreligionnaires 
des diverses provinces de France, ils envoyèrent en 
Provence le capitaine de Châteauneuf, qui réunit immé- 
diatement à Mérindol (i 5 février 1 560) les représentants 
des soixante églises réformées de Provence et les invita 
à nommer un député pour participer à la conjuration et 
généralement pour prendre en main les intérêts des 
évangéliques. Il les engagea aussi à faire prêcher publi- 
quement l'Evangile dans toutes les églises de la province 
et son conseil fut suivi. 

Calvin n'approuva pas ces prêches au grand jour, 
qu'il trouvait trop hâtifs. Il écrivait à ce propos à Sturm 

(i) Antoine de Bourbon, duc de Vendôme et roi de Navarre; Charles de 
Bourbon, cardinal ; et Louis de Bourbon , prince de Condé, tous les trois 
fils de Charles de Bourbon-Vendôme. 



Il8 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

de Strasbourg (i) : « Dans quelques villes de Provence, 
les gens de bien ont plus de hardiesse que je ne vou- 
drais. Je leur conseille de ne pas se montrer en public 
avant l'épuration de l'entourage royal. Maintenant, leur 
précipitation engendrera de grands troubles. » 

Mauvans, de retour de Nantes, où il n'avait pas 
manqué de se rendre, et élu d'un commun accord chef 
militaire des protestants de Provence, s'assura du con- 
cours de deux mille soldats choisis dans les églises, sans 
parler d'un grand nombre de volontaires, et résolut de 
s'emparer tout d'abord de Pertuis. « La possession de 
cette ville, » dit Lambert, « lui importait beaucoup comme 
base d'opération ; située à peu de distance d'Aix et 
gardant un des passages de la Durance, elle présentait 
en outre le grand avantage de permettre des communi- 
cations faciles et sûres avec le territoire des anciens 
Vaudois, [la haute Provence et le Dauphiné, pays qui 
montraient de l'enthousiasme pour la Réforme. » Mau- 
vans tenta de s'emparer de la place en incendiant la 
porte principale ; mais il fut repoussé. Une mine qu'il 
fit pratiquer sous le rempart fut découverte, de telle 
sorte que, découragé, soit par cet insuccès, soit par 
l'avortement de la conjuration d'Amboise, qu'il venait 
d'apprendre, il se rapprocha du Dauphiné avec ses 
troupes ; mais l'édit de Romorantin qui suivit (mai 1 560) 
et qui attribuait aux prélats la connaissance du crime 
d'hérésie et la répression des assemblées secrètes, jeta 
un tel effroi parmi ses soldats, qu'ils se retirèrent pres- 
que tous dans leurs maisons. 

Deux mois après (15 juillet), les protestants proven- 
çaux reprirent courage et Mauvans, se mettant à la tète de 
cinq cents Vaudois, alla se ranger sous les drapeaux 

(i) Lettre du 25 mars 1560 {Cabini opéra, vol. XVIII, n" 5174). 



ETABLISSEMENT DE LA REFORME EN PROVENCE. no 

du célèbre chef protestant dauphinois Charles du Puy- 
Montbrun, qui s'apprêtait à envahir les états du Pape. 
En septembre, il rentra en Provence et, d'accord avec 
les gens de son conseil, il résolut de s'emparer d'Aix 
pour délivrer les nombreux religionnaires qui y étaient 
retenus prisonniers et d'y faire prêcher publiquement 
l'Evangile dans le but d'encourager les autres églises de 
Provence à faire de même et d'obliger le roi, par cette 
unanimité de démarches à accorder à tous ses sujets 
la ;liberté de conscience et de culte. 11 avait aussi la 
pensée de tirer vengeance des meurtriers de son frère 
et de toutes les violences dont il avait été lui-même 
l'objet. Il fut convenu que les protestants d'Aix s'em- 
pareraient de deux portes, savoir : le capitaine Antoine 
Marin de celle de Bellegarde, et Jean Ranc de celle 
de Notre-Dame, et que Mauvans, en pénétrant dans 
la ville, se saisirait des places de Saint-Sauveur et des 
Prêcheurs; mais le complot ayant été dénoncé par un 
faux frère, les conjurés perdirent courage et, quittant 
la ville, se retirèrent auprès de Mauvans. Les con- 
seillers protestants du Parlement, François de Gênas, 
seigneur d'Eguilles; Charles de Châteauneuf, sieur de 
Mollèges; André de Pena (i); Jean d'Arcussia, sieur 
de Gardanne; Honoré Somati, sieur du Castellard ; 
Jean Ferrier, seigneur de Sainte-Croix ; Jean Salomon 
(d'abord conseiller au Parlement de Toulouse), soup- 
çonnés d'avoir participé au complot, se cachèrent en 
lieu sûr, car on criait ouvertement dans les rues d'Aix 
qu'il fallait tuer tous les luthériens (i 5 décembre 1 560). 
Il y eut aussi des complots religionnaires à Forcal- 
quier, Castellane, Draguignan, Sisteron, Riez, Arles, 



(i) Un des plus grands hommes de son temps. Il était surtout savant en 
grec. 



120 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

Marseille, Salon et ailleurs ; mais ils avortèrent tous et 
les prisons se remplirent de conjurés. 

Mauvans, qui s'était approché jusqu'à trois ou quatre 
lieues d' Aix, fut obligé de rétrograder ; il échoua en per- 
sonne sur Apt et se dédommagea de ses insuccès en abat- 
tant les images des églises du plat pays et en se saisissant 
des reliques et autres ornements d'or et d'argent qu'il 
y rencontra. Il faisait fondre tous ces objets en présence 
des consuls et des syndics des lieux oia il passait, et 
en laissait le produit entre leurs mains, après avoir eu 
soin de se faire délivrer des quittances en règle pour mettre 
sa responsabilité à couvert. « Chose émerveillable, » dit 
de Bèze, « en ceux de cette nation (de Provence), qui 
ont accoutumé de se montrer les plus insolents de tous 
les gens de guerre français. » Il faut dire que, dans 
l'armée de Mauvans, le pillage était puni de mort et 
que les soldats, qui se seraient rendus coupables de ce 
crime , s'exposaient , s'ils parvenaient à fuir , à être 
excommuniés à leur retour dans leurs maisons et livrés 
aux magistrats (i). « Ce bon ordre, » ajoute de Bèze, 
« n'a pas toujours duré. » Mauvans se saisit ensuite de 
Draguignan, Castellane, Entrevaux, Saint-André-de- 
Meouilles, Colmars, Seyne, La Bréole, La Baume-de- 
Sisteron et autres places. 

Le Parlement d'Aix, à la première nouvelle de la 
levée de boucliers de Mauvans, avait mandé un exprès 
au comte de Tende, qui était pour lors à Marseille, et 
au baron de Lagarde, pour avoir du secours. Le comte 
convoqua aussitôt l'arrière-ban de la noblesse et, à la tête 
de six mille hommes, marcha contre Mauvans, qui s'était 
rendu en dernier lieu à Sisteron pour en faire ouvrir les 

(i) « Moventius mihi valdè placuit .. A sanguine, ubi Victoria prsesens erat, 
abstinuit et prorsus a praedà, quamvis alii indigne ferant » (Lettre de Farel à 
Calvin dans Calvini opéra, vol. XIX, n° 5851). 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 121 

portes aux membres de l'Eglise de cette ville, à qui 
elles avaient été fermées à leur retour du prêche, situé 
dans le faubourg. Mauvans, qui avait licencié ses trou- 
pes et gardé seulement auprès de lui cinq cents fantas- 
sins et autant de cavaliers, ne voulant pas hasarder une 
bataille avec si peu d'hommes, non plus que congédier 
ses gens, qui auraient été massacrés un à un, se forti- 
fia au haut pays, dans l'abbaye de Saint-André, sise 
sur le sommet d'une montagne, près Trevans, à six 
lieues de Digne. 

Le comte de Tende, apprenant le lieu de sa retraite, 
s'y porta avec ses hommes, et Mauvans, laissant une 
petite garnison dans l'abbaye, se jeta si résolument sur 
Lagarde, qui était venu pour le reconnaître, que celui-ci 
se hâta de revenir vers le gros de l'armée en informant 
le comte de Tende qu'on ne pourrait forcer Mauvans 
qu'en essuyant de grandes pertes. Le lieutenant du roi, 
qui avait Mauvans en grande estime et ne voulait pas 
répandre à la légère le sang de ses soldats, chargea 
Claude de Cormis, celui-là même qui a laissé des 
Mémoires, de proposer une entrevue au capitaine pro- 
vençal. Mauvans accepta et se rendit auprès du comte. 
Les gentilshommes de l'armée le reçurent avec beau- 
coup d'égards, à l'exception de Lagarde, de Jean de 
Pontevés, seigneur de Carcès (i), et de Durand de 
Pontevès, seigneur de Flassans, son frère, deux per- 
sonnages dont il sera beaucoup parlé par la suite. 

« Le comte lui ayant demandé, » dit de Thou, c par 
quel motif il excitait des troubles dans la province, il répon- 
dit que le meurtre barbare commis en la personne de 



(i) Un grand nombre d'auteurs se trompent en conférant à cette époque 
le titre de comte à Carcès , qui ne fut créé tel qu'en 1572, de même qu'en 
l'appelant Garces, au lieu de Carcès. Ce nom est celui d'un bourg des 
environs de Brignoles. 



122 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

son frère, lui avait mis les armes à la main ; qu'en ayant 
inutilement poursuivi la vengeance au Parlement, il avait 
été obligé de lever des troupes pour sa défense ; que, 
du reste, il ne demandait autre chose, sinon que les 
magistrats punissent les auteurs de la mort de son frère, 
et réprimassent l'insolence de ceux de Castellane, qui 
lui tendaient tous les jours des embûches et en vou- 
laient à sa vie ; et qu'il souhaitait qu'on lui accor- 
dât, à lui et aux siens, le libre exercice d'une religion 
qu'il croyait véritable ; qu'il serait toujours fidèle sujet 
du roi comme il l'avait été jusqu'alors, et qu'il ne serait 
pas moins soumis à ses ordres qu'il l'avait été à ceux 
du feu roi, de glorieuse mémoire. Il ajouta ces derniè- 
res paroles pour faire croire qu'il n'était point entré 
dans la conjuration d'Amboise, quoiqu'il en fût vérita- 
blement complice. On demeura d'accord que Mauvans 
congédierait ses soldats et qu'il n'en garderait que le 
nombre nécessaire pour la sûreté de sa personne. Le 
gouverneur lui promit qu'on ne ferait aucune insulte à 
ceux qui auraient servi sous sa main ; qu'il pourrait, lui 
et les siens, professer sa religion en toute liberté et que 
le Parlement lui ferait justice du meurtre de son frère. » , 
Le comte promit en outre à Mauvans d'obtenir du roi la 
ratification du traité. «■ Cet acte est tel, » dit de Bèze, 
« et si généreux que vraiment il doit recommander la 
mémoire de ce simple gentilhomme entre tous ceux de 
ce temps-là. » Il paraît même que le comte offrit à Mau- 
vans de gros appointements de la part du roi, mais 
que le vaillant capitaine, qui savait, par le prince de 
Condé, qu'on écrivait « des lettres doubles de la cour : 
au comte en sa faveur, au Parlement contre lui pour le 
tuer, » répondit : « Vos lettres. Monseigneur, portent 
récompense, mais celles du Parlement parlent supplice. » 
Lagarde seul ne fut pas satisfait. Il voulait qu'on ne 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. I23 

gardât pas la foi à Mauvans et qu'on le taillât en pièces 
dans quelque défilé. Ce projet criminel ayant été re- 
poussé par le comte, Lagarde résolut de surprendre 
lui-même Mauvans. Il espérait, par cette trahison, ren- 
trer dans les bonnes grâces des Guises , qui lui avaient 
ôté le commandement général des galères à cause de 
ses malversations, mais dont il avait, pour l'heure, l'or- 
dre secret de prendre Mauvans mort ou vif. Il ne re- 
cueillit que de la honte de son entreprise. Averti de 
son embûche, Mauvans coucha dans un autre lieu que 
celui où Lagarde l'attendait, et le lendemain, surpre- 
nant les coureurs de ce dernier dans un village , en tua 
seize et lui offrit à lui-même la bataille avec tant de ré- 
solution, que le traître, se voyant enveloppé de toutes 
parts, demanda à. parlementer et qu'il fût convenu que 
chacun se retirerait chez soi en bon ordre. Il devint 
ainsi la risée du comte, qui désavoua son action auprès 
de Mauvans, et de plusieurs autres grands seigneurs, 
et il fut longtemps sans oser se montrer en plublic. 

Calvin n'approuva pas les armements de Mauvans. 
Le 16 avril 1561 , il écrivait à Coligny (i) : « Il s'est 
fait des excès en Provence; aucuns ont pris les armes, 
quelques gens ont été tués ; mais il faut savoir si j'ai eu 
nulle intelligence avec les auteurs , si jamais je les ai 
vus ni connus, si nous avions communiqué ensemble 
par lettres ou messages. Or, on trouvera que je n'ai 
pas moins réprouvé tous leurs actes que ce qui s'était 
fait auparavant (2). » 

Cependant, Mauvans, qui s'était retiré dans sa mai- 
son, eut vent de divers côtés qu'on tramait sa perte et 
que le duc de Guise lui en voulait tout particulièrement 

(1) Caluini opéra, vol. XVIII, n» j574- 

(2) Allusion à la conjuration d'Amboise, à laquelle Calvin se défend avec 
raison d'avoir participé. 



124 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

parce qu'il avait, le premier, pris les armes dans le 
royaume et fait avorter plusieurs de ses desseins. Con- 
seillé par ses amis de quitter la France, il se rendit à 
Genève, en passant par Montbrun et Sisteron , avec 
quelques cavaliers fidèles. A peine y fut-il arrivé que le 
duc de Guise lui envoya un émissaire qui lui fit les plus 
belles promesses en louant sa valeur. Mauvans refusa 
des avances qu'il ne croyait pas sincères et fit répondre 
au duc que tant « qu'il le connaîtrait ennemi de sa reli- 
gion et du repos public et qu'il occuperait le rang des 
princes du sang, il se pouvait assurer d'avoir un ennemi 
en Mauvans, pauvre gentilhomme, mais qui avait tel 
crédit et faveur avec les bons sujets et serviteurs du roi 
et de la couronne et de la maison de France, qu'ils 
étaient cinquante mille, dont il était le moindre, qui em- 
ploieraient leurs vies et biens pour lui faire payer ce 
qu'il avait commis contre tant de bons sujets et servi- 
teurs de Sa Majesté, et se pouvait tenir pour tout as- 
suré que, tandis que l'un d'eux vivrait, il n'aurait ni 
repos ni vie assurés , ni pareillement toute sa race , 
puisqu'il avait tant irrité la noblesse de France. » 

Mauvans reçut aussi à Genève des lettres du roi et 
de la reine mère, qui approuvaient le traité qu'il avait 
conclu avec le comte de Tende , le déclaraient « l'un 
des plus loyaux et affectionnés serviteurs de Sa Ma- 
jesté » et lui promettaient de grandes récompenses ; 
mais il apprit en même temps que des lettres toutes 
contraires adressées au Parlement chargeaient ce der- 
nier de chercher à se défaire de lui par tous les moyens 
possibles, ainsi que du capitaine Châteauneuf, qui avait 
été, comme on l'a vu, l'agent de La Renaudie en Pro- 
vence. On agit aussi perfidement avec le comte de 
Tende. Le roi et la reine lui avaient donné l'ordre de 
ménager Mauvans et de l'attirer dans son parti, tandis 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. I25 

que les ministres poussaient le Parlement à lui faire son 
procès et à le condamner à mort. « Ces contradictions 
entre le roi et ses ministres, » dit Papon, « sont d'au- 
tant plus remarquables qu'elles n'arrivent que sous un 
gouvernement oij il n'y a plus d'autorité (i). » 

Mauvans fut reçu à Genève comme un héros. On 
le comparait volontiers à Judas Macabée et il accepta 
l'offre d'aller secourir les Vaudois de la vallée de Pra- 
gela, persécutés par le duc de Savoie. 

VIOLENCES EXERCÉES CONTRE LES PROTESTANTS A AIX 
ET DANS d'autres LIEUX (1561). 

Aussitôt après le départ de Mauvans pour Genève , 
les prêtres, à qui on avait persuadé que le chef protes- 
tant voulait les faire tous périr, commencèrent de res- 
pirer et, se croyant désormais à couvert de ses coups, 
excitèrent le peuple à massacrer tous ceux de la nou- 
velle religion, ce qui obligea un grand nombre d'entre 
eux de prendre la fuite. 

L'édit d'amnistie de juillet 1 561, inspiré au chancelier 
de l'Hospital par son esprit de tolérance et de justice, 
n'arrêta pas le cours des violences. Elles continuèrent 
jusqu'à la fin du colloque de Poissy (13 octobre) et 
même après, quand revinrent dans leurs diocèses les 
prélats provençaux qui y avaient assisté, parmi lesquels 

(i) Régnier de La Planche, t. I, p. 221-229; — De Bèze, t. I, p. 255-240; 

— Recueil des choses mémorables, p. 94-97; — De Thou, t. II, p. 817-820 ; 

— d'Aubigné, t. I, p. 124, 125, 153-155; — Claude de Cormis dans Loiivet, 
Additions, t. I , p. 516-528; — Nostradamus, p. 784; — Honoré Bouche*, 
t. II, p. 628; — Louvet, Histoire, t. I, p. 140-144; — Papon, t. IV, 
p. 147-149; — Lambert, t. 1, p. 97-116; — (Lamenei) , Hist. de Castellane, 
p. 280-286. 

' Cet historien se trompe en attribuant à Antoine de Mauvans, déjà mort, l'expédition 
de Paulon. 



ia6 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

révêque de Sisteron, « vrai boutefeu, » dit de Bèze, se 
montra particulièrement acharné. 

A Aix le parti catholique avait pour chef Flassans , 
dont il a été plus haut, « issu de très noble et très an- 
cienne famille, » dit Nostradamus, « mais homme rude 
et d'aspect menaçant et cruel... qui avait la peau et le 
poil de visage à demi maure... , outre qu'il avait dilapidé 
et consumé presque tout son patrimoine, qui n'était pas 
médiocre, en luxe et débauches désordonnées. » De 
Bèze et Gaufridi confirment ce jugement. Il avait pour 
compagnon le chevalier Glandevès , sieur de Cuges , 
« qui, » dit encore Nostradamus, « n'était guère de 
nature plus douce ni plus maniable, d'humeur turque et 
grossier. » Flassans se fit nommer premier consul d'Aix 
à Pentecôte (25 mai) et devint par là le maître absolu 
de la ville. Il se faisait appeler le chevalier de la Foi et 
portait une croix blanche à son chapeau. Ses partisans, 
au chant d'une chanson composée récemment à Fri- 
bourg contre les luthériens, couraient les rues, frappant 
aux portes des maisons des religionnaires , jetant des 
pierres à leurs fenêtres et criant qu'il fallait tous les tuer, 
à comrnencer par les officiers suspects du Parlement, 
qu'ils désignaient par leurs noms. 

Pour empêcher qu'aucun ministre ne vînt s'établir à 
Aix ou pour obliger de fuir ceux qui pouvaient s'y 
trouver, Flassans obtint du Parlement un arrêt qui or- 
donnait à tous les étrangers de quitter la ville ; mais le 
conseiller Salomon , luthérien de cœur , comme il a été 
dit plus haut, parvint à faire insérer dans l'arrêt la défense 
de proférer, de nuit, des cris de mort devant les mai- 
sons des religionnaires, de frapper à leurs portes et de 
jeter des pierres à leurs fenêtres, et il se fit attribuer la 
charge de poursuivre les délinquants. « La populace 
n'en fut que plus irritée, » dit Papon ; « elle s'assembla 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE, 127 

pendant la nuit autour de la maison de ce magistrat, 
sur laquelle on fit pleuvoir une grêle de pierres, tandis 
que l'air retentissait de toutes sortes d'injures. Le tu- 
multe fut plus fort autour de la maison où logeait le 
ministre luthérien [Chabrand] , arrivé depuis peu de 
Sisteron. C'est là que le peuple, furieux, criait de tou- 
tes ses forces et en jetant des pierres : Fouero,Lutheran! 
« Hors d'ici, Luthérien! » Le désordre durait encore le 
matin, lorsque le Parlement s'assembla, et de la salle 
d'audience on entendait les cris de ce fanatisme. La 
Cour ne vit pas d'autre moyen , pour calmer les sédi- 
tieux, que de donner un décret de prise de corps contre 
le ministre, contre l'habitant chez qui il était logé, et 
surtout contre ceux qui chanteraient à l'avenir les psau- 
mes de Marot ou qui tiendraient le prêche dans la ville. 
Cependant, comme c'eût été manifester un esprit de 
parti trop décidé que de se borner à prononcer des 
peines contre les hérétiques, la Cour défendit, le 17 
décembre 1561, sous peine de mort, les injures, les 
chansons diffamatoires, les masques, le port des armes 
pendant le jour et les attroupements des enfants pen- 
dant la nuit. Elle défendit aussi de frapper aux portes 
des maison et de jeter des pierres aux fenêtres ; on me- 
naça même de la prison ou de l'estrapade ceux qui se- 
raient surpris dans les rues après 8 heures du soir. » 

« Ces règlements furent rendus inutiles par le crédit 
des personnes intéressées à les violer. » Salomon dé- 
posa des plaintes réitérées contre ceux qui y contrevin- 
rent , mais le Parlement , soit par peur soit par compli- 
cité, n'en poursuivit aucun. Les violences continuèrent. 
Selon Régnault, qui a écrit l'histoire de ce temps, Flas- 
sans, Cuges et ses partisans « avaient conspiré la mort 
de cinq cents, voire de mille fidèles, qui étaient dedans 
la ville d'Aix ou aux environs. » « Ils ne laissèrent pas 



128 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

non plus , » dit encore Régnault , « de faire leur com- 
plot avec leurs voisins, ceux d'Avignon, qui, de tout 
temps, ont été grands persécuteurs de F Eglise de Dieu. . . 
Je sais qu'un président (i) de la ville d'Aix, que je ne 
nommerai pas, complotait tout ceci avec le vice-légat 
d'Avignon; même qu'ils avaient délibéré de faire un 
nouveau règne pour le pape et fermer les portes à 
Jésus-Christ (2). » 

Des violences analogues à celles d'Aix eurent lieu 
dans un grand nombre d'autres villes : à Manosque (3), 
à Sisteron (4) , à Valensole, à Arles et ailleurs. Partout 
des potences furent dressées dans les places publiques 
pour y pendre les religionnaires. Des bandes de paysans 
catholiques , auxquels on donna le nom de cabans à 
cause des grands manteaux qu'ils portaient, se mirent à 
parcourir les campagnes, à envahir les villages et les 
bourgs, pillant, saccageant et tuant tout sur leur pas- 
sage, même les magistrats et les consuls de leur reli- 
gion qui voulaient arrêter leur furie. Fos des Porcellets, 
à la tête de ses routiers, se rendit entre tous tristement 
célèbre, car il saccagea entièrement Salon et Saint- 
Chamas. 

A Marseille, les luthériens eurent particulièrement à 
souffrir : « Les uns, » dit Ruffi (5), « étaient tués dans 
leurs maisons , et les autres tramés par les rues , et la 
haine publique était si grande contre eux qu'on trouva 



(i) Vraisemblablement le baron de Lauris , dont la haine pour les luthé- 
riens était connue. 

(2) K Combien que ceux qui veulent atténuer les fautes des rebelles les 
pallient sous prétexte de la religion, si est-ce qu'il y a tant de particularités 
en ce fait que l'on ne peut dire que ce ait été autre chose que une vraie 
conspiration pratiquée de longue main. » (Lettre de Fumée et Ponnat au roi 
du II mars i|;62. Bibl. nat. mss. franc., n° 5186, p. 55). 

(5) Voyez plus loin à l'histoire particulière de cette ville. 

(4) Idem. 

(J) Ruffi, p. 228; — Fabre, Histoire de Marseille, t. II, p. 8ç. 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 1 29 

un jour un marchand de Montpellier pendu à un treillis 
de fer..., et peu après trois hommes pendus à un orme 
qui était au-devant du palais , qui avaient été tirés la 
nuit précédente des prisons, où le lieutenant Catin les 
avait fait mettre comme en un lieu de sûreté , sous pré- 
texte de les vouloir faire punir... Nonobstant l'exacte 
recherche qu'on faisait, il y en eut beaucoup qui furent 
sauvés secrètement par leurs parents et amis ; d'autres, 
que leur bourse rendait coupables plutôt que leur 
croyance, eurent assez de peine de se garantir, d'autant 
que le peuple se portait à toute sorte de licence sous 
le voile de la religion, la justice n'ayant pas assez de 
force pour arrêter ces mouvements. » 

MISSION DE CRUSSOL EN PROVENCE. ÉDIT DE JANVIER. 
ÉMEUTE SUSCITÉE PAR FLASSANS A AIX (l 561 , I 562). 

En présence de ces violences, « les fidèles de Pro- 
vence (ce peu qui y était), » dit Régnault , « s'assem- 
blèrent à Riez pour prendre conseil et adviser à ce qui 
serait nécessaire pour la conservation de l'Eglise de 
Dieu : ce qui atterra tellement messieurs les consuls et 
le gouverneur de la ville d'Aix, que peu s'en faut qu'ils 
ne fussent désespérés, car ils entendirent qu'il se faisait 
gros amas de fidèles et que beaucoup de gentilshommes 
du pays de Provence, et même M. de Varages, homme 
bien entendu au fait de la religion , s'était voulu trouver 
là pour délibérer de ces choses à la conservation de 
l'Eglise. V L'assemblée de Riez décida qu'on députerait 
au roi l'avocat Mutonis pour lui faire connaître les mal- 
heurs et lui exprimer les plaintes des fidèles de Pro- 
vence et implorer son intervention pour qu'il fît cesser 
les violences dont ils étaient l'objet. 

Charles IX, faisant droit à ces doléances, décida d'en- 

9 



no HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

voyer en Provence le comte Antoine de Crussol , qui 
jouissait d'une grande considération dans le royaume. 
(c II ne se souciait pas des prêches, » dit Pérussis, «. et 
allait tous les jours à la messe, » mais c'était un homme 
juste et modéré. Il avait pour mission de pacifier la Pro- 
vence, de connaître des excès qui avaient été commis 
et de s'enquérir des concussions du Parlement d'Aix. 
Le roi lui donna pour adjoints Antoine Fumée, membre 
de son grand conseil et rapporteur à la chancellerie de 
France, et A. de Ponnat , conseiller au Parlement de 
Grenoble. 

Dès que Flassans et ses adhérents eurent connais- 
sance de la mission de Crussol, « ils firent rassembler, » 
raconte Régnault, « toutes les communes de la Pro- 
vence dans la ville d'Aix, ayant délibéré d'empêcher de 
toutes leurs forces cette commission. Les communes 
s'assemblèrent à Aix environ la fin de novembre (i 561), 
un ou deux de chaque commune, et là fut délibéré de 
mettre garnison par toutes les villes et maintenir jusqu'à 
la mort la loi du pape , et changer de roi plutôt que de 
loi ; en signe de quoi ils se mirent un petit cordeau au 
cou , enfilé de patenôtres , et n'était si petit compagnon 
du pape qui ne voulût bien avoir ce signe à son cou... 
Les pauvres fidèles tremblaient dans Aix, et plusieurs 
furent contraints de s'enfuir. Je sais qu'ils prirent de ce 
temps une jeune damoiselle à Aix, et la battirent de telle 
sorte que c'était grande compassion, parce qu'elle chan- 
tait des psaumes. Ils jetaient des pierres aux fenêtres 
des fidèles ; ils rompaient leurs portes et les tenaient 
comme prisonniers dans la ville sans qu'ils pussent en- 
trer et sortir, tellement qu'ils espéraient de jour en jour 
qu'on leur coupât la gorge à tous. » 

Quand Flassans et ses acolytes apprirent la promul- 
gation de redit de janvier 1562, qui permettait le libre 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. I ? I 

exercice du nouveau culte en dehors des villes , ils re- 
doublèrent de fureur et d'audace. Ils s'opposèrent à 
l'enregistrement de l'édit par le Parlement, et excitèrent 
une sédition. Ils assemblent, dit Honoré Bouche, « un 
tas de peuple de toute condition, parmi lesquels étaient 
quelques bouchers, gens sanguinaires, et quelques moi- 
nes libertins et débauchés, » puis « vont courant la ville 
avec des croix blanches à leurs chapeaux , garnies de 
plumes de coq, excitant le peuple à sédition, au meurtre 
et au pillage des maisons de ces nouveaux religionnai- 
res, jetant des pierres contre les portes et les fenêtres 
des suspects , vomissant contre eux de grandes injures 
et opprobres et , rencontrant en leur chemin quelques- 
uns des véritablement atteints , ils les prenaient et les 
allaient pendre aux branches du pin sous lequel se fai- 
sait le prêche, donnant tous leurs biens au pillage de 
ceux qui les voulaient prendre. » Tous les matins, on 
voyait pendue à cet arbre quelque nouvelle victime ; 
de là cette plaisanterie cruelle que tous les jours le pin 
portait de nouveaux fruits. 

Les séditieux avaient l'approbation tacite du tiers- 
président sieur de Lauris , des conseillers Honoré de 
Tributiis, sieur de Sainte-Marguerite, Bagaris, Nicolas 
Ermenjaud, sieur de Barras, André d'Ardillon, sieur de 
Montmirail, Honoré Laugier, sieur de Colobrières, et de 
l'avocat général second-premier Jacques de Rabasse, 
qui plus tard furent tous révoqués. Le comte de Tende 
écrivit au comte de Carcès de persuader à Flassans de 
cesser ses désordres , à quoi il répondit que son frère 
avait « l'âge de se gouverner. » Il pria aussi un certain 
nombre de gentilshommes de Provence de venir lui 
prêter main-forte, mais seuls Mauvans, Balthazar de 
Gérente, seigneur de Sénas, Antoine d'Oraison, vicomte 
de Cadenet, Scipion de Villeneuve, sieur d'Espinouse, 



Ip HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

et Antoine de Marsch dit Tripoli, citoyen de Salon, 
répondirent à son appel. Les autres se dirent malades. 
Les consuls, invités également à faire cesser le désor- 
dre, répondirent qu'ils ne toléreraient point les prê- 
ches. Là-dessus Flassans introduisit dans la ville «■ trois 
ou quatre cents soldats des plus séditieux de tout le 
pays, ') dit un document contemporain (i), « et les logea 
dans les couvents, monastères, chapitres et autres gens 
d'Eglise. » Le comte de Tende fit entrer de son côté 
quatre cents hommes , reprocha aux gens du roi leur 
connivence avec les rebelles, et, entrant au Parlement, 
le rendit responsable de tous les désordres qui pour- 
raient' arriver. 

Cependant Flassans fait sonner le tocsin , et bientôt 
trois mille séditieux sont sur pied. Le comte convoque 
le premier président, les gens du roi et le viguier, or- 
donne à Flassans de quitter la ville, et somme les gens 
du roi de faire enregistrer l'édit de Janvier; mais ses 
ordres ne sont pas exécutés. Se voyant, dès lors, dans 
l'impuissance de maîtriser la sédition, il fait sortir ses 
soldats de la ville et sort lui-même en députant Claude 
de Cormis au roi pour l'informer des événements. Maî- 
tre absolu de la ville et désireux de s'y maintenir par la 
force, Flassans en fait aussitôt murer les portes. 

Dans cette sédition, dix-huit luthériens furent massa- 
crés et vingt autres pendus au pin, et les maisons de 
tous saccagées et pillées. 

Le comte de Crussol, parti de Paris le lo décembre 
1 561, était arrivé à Tarascon le 22 janvier suivant. Déjà 
à Avignon la reine mère lui avait envoyé l'ordre de se 
rendre en toute hâte en Provence, et de faire enregis- 



(i) Mém. et autres pièces Concernant les affaires de Prov. dans les sei\iïme 
et dix-septième siècle (Mss. de la bibl. nationale, fonds franc., n° 4598). 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 13:5 

trer l'édit de Janvier par le Parlement. Rejoint par le 
comte de Tende, il s'arrêta trois jours à Marignane, à 
cinq lieues d'Aix. De là il députa le vicomte de Cade- 
net aux consuls d'Aix pour les engager à recevoir ce 
dernier comme leur gouverneur avec cinq cents hommes 
de garde, et à consentir à l'établissement d'un prêche 
dans un faubourg d'Aix. Mais Flassans refusa au vi- 
comte l'entrée de la ville (i). Crussol ayant député ce 
dernier une seconde fois, le Parlement, qui savait que 
les deux comtes disposaient de forces considérables ti- 
rées du Dauphiné et de la Provence , soit quatre mille 
piétons et cinq cents chevaux, jugea prudent d'entrer 
dans la voie de la douceur, et députa à Crussol le pré- 
sident Louis du Puget, coseigneur de Fuveau, accom- 
pagné des gens du roi et des principaux conseillers de 
la Cour des comptes , qui accusèrent Flassans d'être 
la cause de tous les désordres. Deux consuls, députés 
par le conseil communal, qui se présentèrent à leur 
tour, dirent que c'était par crainte de ceux de la religion 
que les portes de la ville avaient été murées. Ces der- 
niers se plaignirent au contraire des violences et extor- 
sions innombrables dont ils avaient été victimes. Quant 
à Flassans, invité par deux fois sans succès de se 
rendre auprès de Crussol, il fut révoqué de ses fonc- 
tions et quitta Aix sur l'ordre du Parlement. Vingt-cinq 
ou trente mauvais garnements de la ville l'accompagnè- 
rent, « gens séditieux, » dit Régnault, « ivrognes, pail- 
lards, mutins et dutout désespérés, qui n'attendaient 
rien que le pillage des pauvres fidèles. » 



(i) Flassans terrorisait évidemment la cité et son conseil , car les 18 et 
50 janvier celui-ci décidait d'envoyer une députation au comte de Crussol 
pour l'assurer des intentions de la ville « d'obéir en tout et partout aux édits 
du roi et tenir main forte à la justice. » Il ne serait même pas surprenant que 
Flassans eût empêché la première députation de partir. 



n4 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

Crussol entra à Aix le 5 février avec deux cents hom- 
mes et du canon, donna ordre de dresser des potences 
en divers quartiers, surtout à Fontettes, pour intimider 
les mutins, fit vérifier sa commission par le Parlement et 
installa ses deux commisssires. Fumée et Ponnat. 
L'édit de Janvier fut enregistré le 10 et publié dans la 
ville, puis il désarma les habitants, fît pendre quelques 
mauvais sujets et révoqua de leurs fonctions les con- 
suls, les conseillers du Parlement et les gens du roi, 
qui étaient les complices de Flassans, et leur donna des 
successeurs. Tripoli eut le gouvernement de la place 
avec cinq cents hommes de garnison. C'était un « vaillant 
homme,» dit Nostradamus,» froid et sage en ses actions, 
éloigné de toute violence inconsidérée , pourvu et 
garni de bonnes lettres. » Les protestants choisirent 
pour lieu de culte le jardin du conseiller d'Eguilles, 
près la porte Saint-Jean, 011 était le pin trop célèbre, 
et un local, situé en dehors de la porte des Augustins, 
qu'ils abritèrent d'une tente mobile. Le culte fut célé- 
bré le lendemain même de l'entrée de Crussol. Le fils 
du comte de Tende, Honorât de Savoie, comte de 
Sommerive, et son gendre, Jacques de Saluées, sei- 
gneur de Cardé, y assistèrent, ainsi qu'un grand nombre 
d'autres gentilshommes. 

LEVÉE DE BOUCLIERS DE FLASSANS. SA DÉFAITE A BAR- 
JOLS. CRUELLES REPRÉSAILLES. ESSAI DE PACIFICA- 
TION DE LA PROVENCE (1562). 

Flassans, en quittant Aix, se dirigea vers Brignoles. 
En passant àTrets, il tomba àl'improviste sur une com- 
pagnie, que le capitaine Féraud avait levée à Grasse et 
à Fréjus pour le roi, sur l'ordre du comte de Tende, 
tua huit ou neuf soldats et dispersa le reste. Enhardi 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. I 3 5 

par ce succès, il appela à lui quatre ou cinq cents 
hommes des plus malintentionnés du pays, s'empara 
de Tourves, qui renfermait des luthériens, pilla et sac- 
cagea leurs maisons et massacra ceux qui n'avaient pas 
pris la fuite. De Tourves, il se transporta en divers lieux 
où il commit les mêmes excès : ce qui attira à lui tous 
les gens avides de meurtre et de pillage, si bien qu'en 
peu de jours il se vit à la tête de quinze cents hommes. 
Pendant ce temps, le Parlement procédait par voie de 
justice contre lui et, après trois sommations de com.pa- 
raître, auxquelles il ne répondit pas, il fut déclaré con- 
tumace, rebelle et coupable de lèse-majesté. 

De Bèze raconte ainsi sa marche : « Il sortit en cam- 
pagne avec enseignes déployées et peintes de deux 
clés du pape, ayant chaque soldat un chapelet pendu 
au cou, marchant devant eux un cordelier [Guillaume 
Taxil], portant un grand crucifix de bois, comme ils ont 
coutume d'en porter dans les cérémonies mortuaires. 
Après cela, ayant fait crier que chacun cherchât soi- 
gneusement ceux de la religion pour les faire mourir, 
ou autrement les garder selon la volonté de ceux qui 
les pourraient prendre, cela fut exploité de telle sorte, 
qu'autant qu'ils en purent attraper par tous les heux oij 
ils marchaient, autant en faisaient-ils mourir, les uns 
dès lors qu'ils les avaient pris, les autres après longue 
prison et grosse rançon. Et quant aux femmes et aux 
filles, la plupart étaient violées, les autres réservées 
pour être mariées à ceux de leur bande comme bon 
leur semblait; et afin que les mariages fussent plus ri- 
ches, les parents et autres qui pourraient faire partage 
avec elles, étaient forcés de leur donner en contrat 
de mariage tous leurs biens ou bien passés par le fil de 
l'épée. Entre autres cruautés, celle-ci n'est à oublier 
pour montrer le zèle de ces bons défenseurs de la foi 



136 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

catholique, c'est qu'un des principaux favoris de Flas- 
sans, lorsque les troupes entrèrent à Signes, y ayant 
trouvé sa soeur, qui était de la religion, la fît forcer en 
sa présence par le cordelier porteur du crucifix, qui n'en 
fît aucune conscience et de plus par cinq ou six au- 
tres. » 

Flassans , courant ainsi pour piller le pays et 
tuer les luthériens, tenant pour tels tous ceux qui 
avaient de l'argent, assiégea sans succès Besse, qui fut 
secouru par Mauvans. Le vaillant capitaine était, en 
effet, rentré en France après l'édit de Janvier et, su^" 
l'ordre de Crussol, avait levé une compagnie de sol- 
dats pour le roi dans les quartiers de la Durance. 

Cependant les deux comtes, désireux d'éviter l'effu- 
sion du sang, députèrent à Flassans le sieur de l'Es- 
trange, personnage fort poli et persuasif, pour l'engager à 
déposer les armes; mais il ne voulut écouter aucun avis. 
N'osant toutefois prendre sur eux d'allumer une guerre 
dont ils prévoyaient les suites funestes, Crussol et 
Tende voulurent prendre l'avis du Parlement. « La 
Cour, » dit Papon, « répondit que si le service du 
roi exigeait qu'elle s'expliquât, elle le ferait volontiers, 
mais que la matière n'étant pas de sa compétence, elle 
s'en rapportait à leur prudence, bien persuadée qu'ils 
ne feraient rien que d'avantageux pour le bien de 
l'Etat. » Après cette réponse les deux comtes résolu- 
rent d'en venir aux mains. 

Flassans, craignant d'être enveloppé par l'armée qui 
se formait à Saint-Maximin et considérant que Bri- 
gnoles, qui avait été son premier objectif, était un lieu 
de bien petite défense, se rendit à Barjols, situé dans 
la montagne. Avertis de son départ, les deux comtes 
envoyèrent à sa poursuite en avant-garde Mauvans et 
Sénas, avec leurs compagnies d'arquebusiers à cheval, 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 137 

mais les habitants de Barjols refusèrent de les recevoir, 
tandis qu'ils ouvrirent leurs portes à Flassans. Les deux 
capitaines s'étant repliés sur Varages, petite place à 
proximité, Flassans vint les y attaquer. Après avoir 
épuisé toutes leurs munitions et même combattu à coups 
de pierres, ils quittèrent la place à minuit, à la faveur 
d'un orage et rejoignirent l'armée royale à Saint-Maxi- 
min. Celle-ci se mit en marche. Elle disposait de quatre 
canons et de vingt enseignes de gens de pied, com- 
mandés par Gaspard Pape, seigneur de Saint-Auban, 
habile capitaine dauphinois, auquel s'adjoignit François 
de Beaumont, baron des Adrets, qui devint s'y triste- 
ment célèbre dans la suite. Perrinet Parpailie, président 
du Parlement d'Orange, avec quelques soldats de cette 
principauté, étaient aussi dans l'armée royale. Flassans 
avait quinze cents hommes sous ses ordres, comme on 
l'a déjà dit, et la place de Barjols, située dans une assez 
forte assiette, avait une muraille continue et un vieux 
château, ruiné en partie, où se réfugièrent les femmes 
et les enfants avec vingt-cinq ou trente soldats pour les 
garder. Les habitants y avaient aussi déposé leurs meu- 
bles les plus précieux. 

Après plusieurs escarmouches, Saint-Auban fit pos- 
ter ses canons sur un petit col proche de la ville, pen- 
dant que Flassans, de son côté, établissait sur une tour 
qui regardait l'infanterie de l'armée assiégeante, les 
quatre mauvais canons qu'il avait trouvés dans la ville. 
C'était le 5 mars. Sommés le même jour, par des trom- 
pettes, de se soumettre au roi et à ses lieutenants, les 
assiégés répondirent qu'ils voulaient que le roi leur 
donnât un lieu sûr où ils pourraient se retirer en atten- 
dant de recevoir leur grâce ; que Flassans fût réintégré 
dans ses fonctions de premier consul d'Aix et que les 
prêches demeurassent interdits en Provence. Ces con- 



I}8 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

ditions ayant été jugées inacceptables, il fut décidé 
qu'on ouvrirait le feu le lendemain. 

« Ledit jour, sixième du présent mois, » dit une 
lettre du temps (i), « le sieur de Saint-Auban, principal 
conducteur de l'infanterie, commença à faire dresser 
l'escarmouche et l'assaut, et, par ce même moyen, 
commanda que l'artillerie fasse son devoir d'abattre 
quelques tours qui les endommageaient... Je ne veux 
oublier à vous dire qu'avant d'entrer à l'escarmouche 
ni à l'assaut toute notre infanterie fit des prières et 
chanta quelques psaumes avec affection si grande que 
eussiez dit le ciel et la terre se devoir ouvrir. Et au 
contraire, leurs adversaires se moquaient et leur criaient 
mille saletés. 

» L'assaut fut commencé sur les huit heures du ma- 
tin, mais d'une telle raideur que eussiez dit que 
c'était foudre, tellement que les séditieux n'attendirent 
pas que Messieurs les comtes et la cavalerie fussent 
arrivés ; mais soudain qu'ils virent un peu de passage 
ouvert se jetèrent dedans le faubourg : à quoi ne se 
voulaient arrêter les protestants. Ainsi entrèrent à l'in- 
stant dans la ville et gagnent les portes, tellement que, 
sur les onze heures , ils furent maîtres des fau- 
bourgs et de la ville. Il est vrai que les séditieux, se 
voyant ainsi pressés et sentant la cavalerie non encore 
arrivée, gagnèrent une des portes par laquelle ils purent 
échapper quelques troupes, non tant toutefois qu'il n'en 
soit demeuré grande quantité de morts et de prison- 
niers. » 

Flassans, ignorant l'art de la guerre, n'avait rien su 
prévoir et, fuyant avec ses soldats aussi peu expéri- 
mentés que lui, il alla s'enfermer dans le fort de Por- 

(i) Biblioth. nation., fonds français, n° 4Ç98. 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. 139 

querolles, que le comte de Carcès, son frère, possé- 
dait dans les îles d'Hyères. Son compagnon, le cheva- 
lier de Cuges, s'enfuit dans la montagne. Les troupes 
royales passèrent au fil de l'épée ou tuèrent autrement 
trois cents hommes, notamment le fameux cordelier. 
« On y jetait, » dit Du Puget de Saint-Marc, « les 
hommes par les fenêtres, qui étaient reçus sur les poin- 
tes des hallebardes. » Elles brûlèrent ensuite l'église et 
le couvent des Augustins et les reliques renommées de 
saint Marcel. On fit deux cents prisonniers, et cent 
d'entre eux, qui avaient commis le plus de brigan- 
dages (i), furent pendus. L'armée royale ne perdit que 
deux hommes, dont l'un, le capitaine La Roquette, fut 
tué en parlementant. 

Les comtes accoururent pour faire cesser cette tuerie 
et Tende envoya tout exprès son gendre Cardé qui, au 
moment d'entrer dans la ville, fut témoin d'une scène 
touchante. Il rencontra, en dehors des murs, deux com- 
pagnies de Vaudois de Lourmarin et de Mérindol, qui 
remerciaient Dieu après la victoire, car ils étaient entrés 
les premiers par la brèche; mais, voyant commencer le 
pillage, ils avaient déserté la place et s'étaient retirés 
dans un champ pour prier. Cardé leur ayant demandé 
pourquoi ils avaient quitté leurs compagnons qui pil- 
laient la ville, ils répondirent « qu'étant venus pour la 
gloire de Dieu et le service du roi, ils ne s'étaient épar- 
gnés tandis qu'il avait fallu combattre, mais que, la vic- 
toire obtenue, n'étant convoiteux des biens d'autrui, ils 
s'étaient retirés pour rendre grâce à Dieu de la vic- 
toire et attendaient le commandement qui leur serait 
fait. » 



(i) « Nam hactenus latrunculorum more grassati sunt » (Lettre de Calvin 
à BuUinger, dans Cabini opéra, n» ^7^7 du vol. XIX. 



140 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

Quand les soldats, qui gardaient le château avec les 
femmes et les enfants, virent la défaite de leurs com- 
pagnons, ils tentèrent de fuir; mais, pressés par les 
soldats de Saint-Auban, ils furent obligés de rentrer. 
Du reste, manquant de vivres et de munitions, ils deman- 
dèrent à capituler moyennant la vie sauve et une caution 
de vingt-cinq mille écus ; mais on leur répondit « qu'il 
ne faut pas capituler avec son prince et qu'ils se ren- 
dissent à sa miséricorde et justice : » ce qu'ils firent 
la nuit suivante. Guillaume d'Entraigues et Laide, leurs 
chefs, ainsi que le viguier et les consuls de Barjols, 
qui avaient ouvert leurs portes à Flassans, furent con- 
duits à Aix, où les commissaires Fumée et Ponnat les 
condamnèrent à mort; mais les deux premiers « par 
faute de bonne garde, » dit une lettre du temps (i), par- 
vinrent à s'échapper. Quant à Annibal de Glandèves de 
Baudument, qui s'était réfugié au château, Mauvans le 
fit évader à la requête d'Espinouse. Dans la suite il n'en 
usa pas de même avec son généreux bienfaiteur , car il 
fut sans miséricorde pour lui. 

On laissa dans Barjols une compagnie de gens de 
pied, entretenue aux frais de la ville, dont Saint-Auban 
fut nommé gouverneur, et Mauvans, en récompense de 
ses services , reçut Tautorisation d'occuper Sisteron 
avec cent cavaliers. 

Dès le commencement de la révolte de Flassans, 
Jean de Quiqueran d'Arles dit Ventabren, s'était rendu 
dans la Camargue pour lever des troupes en faveur de 
son ami. Ayant fait main basse sur tous les chevaux 
d'Arles et des environs, il alla s'enfermer dans Saint- 
Remi, où, secondé par ses soldats, parmi lesquels se 
trouvaient quelques moines, il saccagea les habitations 

(i) Cabini opéra, vol. XIX, n" 5751. 



ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME EN PROVENCE. I4I 

des luthériens, en attendant les renforts qu'on lui avait 
promis d'Avignon. Barjols pris, les deux comtes déci- 
dèrent de le poursuivre; mais Ventabren, en ayant eu 
vent, se réfugia à Avignon. 

Les comtes établirent ensuite des garnisons dans 
chaque ville pour assurer l'exécution de l'édit de jan- 
vier. L'exercice du nouveau culte ne fut pas libre pour 
cela dans tous les lieux de Provence qui renfermaient 
des protestants. A Marseille, par exemple, l'exécution 
de l'édit « rencontra dans la ville, » dit Fabre (i), « une 
opposition presque générale et faillit y causer un soulè- 
vement des prêtres, qui, méconnaissant dans la chaire 
évangélique la sainteté de leur ministère de paix, en- 
flammèrent par des déclarations furibondes et des vœux 
sanguinaires, les passions déjà trop ardentes de la mul- 
titude égarée. Les monastères et les confréries des 
pénitents montraient surtout une exaltation fanatique. 
Le zèle religieux n'était presque plus que du délire. 
Malheur à celui qui eût voulu faire entendre la voix de 
la modération et de la douceur! Le conseil municipal 
partageait le fanatisme populaire; mais, intéressé à réta- 
blir le calme et à prévenir les malheurs dont on était 
menacé, il envoya des députés à Charles IX pour le prier 
de prendre en considération l'état alarmant de la ville 
et lui exprima avec respect, mais aussi avec énergie, 
les vœux des habitants, bien résolus à défendre jus- 
qu'à leur dernier souffle la religion de leurs pères et la 
sainte Eglise romaine contre des sectaires criminels, et 
à ne pas souffrir que leur culte impie souillât une cité 
fidèle au vrai Dieu. Les députés prièrent le roi de France 
d'interpréter l'édit en faveur des religionnaires d'une 
manière favorable aux vœux des Marseillais qui, jouis- 

(i) Hist. de Marseille, t. Il, p. 88-90. 



142 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

sant de privilèges particuliers, n'étaient pas soumis à 
toutes les lois générales du royaume. Charles IX, par 
faiblesse ou par politique, déclara qu'il n'avait jamais 
entendu que cet édit fût de point en point admis, « et 
il ordonna, » ajoute Ruffi (i), « que, dans Marseille 
et son détroit, il n'y aurait aucun exercice de la nouvelle 
religion et permit aux consuls de s'y opposer à force 
d'armes. » 

A leur retour de Paris, les députés furent reçus avec 
de grandes acclamations de joie et les prêtres célébrè- 
rent ce triste triomphe par des fêtes religieuses et des 
prières solennelles (2). 

(i) Page 228. 

(2) Lettres de Calvin, de La Place et de de Bèze, dans Calvini opéra, 
vol. XVIII, n"= 5379 et 5403 ; vol. XIX, n»" 5642, :i7:i7 , 5751 ; — Pérusiis, 
Discours des guerres, p. 13, 20, 21, 55; — Du Puget de Saint-Marc, dans 
la CoUeclion de Mémoires, da Michaud et Poujoulat, t. VI, p. 706-752; — 
Nicolas Régnault, Discours véritable dans les Mémoires de Condé, t. III, 
p. 636 et suiv.; — Claude de Cormis dans Louvet , Additions, p. J29- 
J5Ç. _ Mémoires de Condé, t. III, p. 590; — Crespin, Recueil des 
choses faites durant les troubles, p. 522; — De Serres, Comment., i» pars, 
fol. 68; — De Bèze, t. I, p. Ç61-J66; — De Thou , t. III, p. 234-257-, 
— d'Aubigné , t. I, p. iji; — Nostradamus , p. 789 et suiv.; — Honoré 
Bouche, t. II, p. 634, 635 ; — Louvet, Histoire, t. I, p. 144; — Gaufridi , 
t. II, p. 505-512; — Papon, t. IV, p. 150-158; — Pitton, Hist. de la pille 
d'Aix, p. 284, 285 ; — Lambert, t. I, p. 115-128 ; — etc., etc. 



^sm, 



^"C>.Si»* 




DEUXIÈME PÉRIODE 

LES GUERRES DE RELIGION 
(1*562-1598) 



HISTOIRE EXTÉRIEURE 



PREMIÈRE GUERRE DE RELIGION 

(avril 1562-19 MARS 1563) 



SOMMERIVE EMBRASSE LE PARTI DES GUISES CONTRE 
TENDE, SON PÈRE. JUGEMENT DES HISTORIENS SUR 
CETTE DIVISION (1562). 



A pacification de la Provence par les 
comtes de Crussol et de Tende fut de 
courte durée. Le i"*" mars 1562 avait 
lieu le massacre de Vassy par les pages 
et les domestiques du duc de Guise, 
qui s'était décidé à retourner à Paris pour se ressaisir 
du pouvoir. Reçu en triomphe par son parti, il arracha 
à la reine mère un ordre d'expulsion contre le prince 
de Condé, qui, quittant la capitale, réunit les gentils- 




144 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

hommes protestants , fut proclamé leur chef et prit les 
armes. 

En apprenant ces événements, Jean de Pontevès, 
seigneur de Carcès, envoya à Paris son gendre, Phili- 
bert de Castellane, seigneur de la Verdière, pour négo- 
cier avec les Guise le remplacement du comte de Tende 
par son fils Honorât de Savoie, comte de Sommerive, 
âgé de vingt-quatre ans environ. Le Parlement, de son 
côté, se hâta d'interdire l'exercice de la religion réfor- 
mée dans tout son ressort (26 mars 1 562). Enfin, les 
villes d'Aix et de Marseille députèrent en cour des 
hommes de marque pour se plaindre des prétendues 
rigueurs des deux comtes, de l'omnipotence des com- 
missaires du roi, Fumée et de Ponnat, qui prenaient 
leurs délibérations sans consulter le Parlement, et du 
danger qu'il y avait à accorder trop d'avantages aux 
huguenots. 

Sommerive, qui avait été lui-même envoyé à la cour 
par le comte de Tende pour lui rendre compte des 
derniers événements, fut tellement circonvenu par les 
Guises qu'il consentit à accepter le gouvernement de 
Provence à la place de son père (avril). Il était moins 
aimé de ce dernier que son frère cadet, René de Sa- 
voie, baron de Cipières (i), né d'un second mariage, 
et en avait conçu une secrète jalousie, que le comte 
de Carcès sut habilement exploiter. « Ce dernier était 
un homme, » dit de Bèze, « de très malin et très perni- 
cieux esprit, s'il y en a au monde (ce qui a été finale- 
ment l'occasion de la ruine entière de cette maison). » 
<( Il jouissait, » ajoute Gaufridi, « d'un grand crédit 
sur la noblesse et sur le peuple. Il était froid et sérieux; 

(i) Appelé souvent Son'è:{e , parce qu'il avait été titulaire de l'abbaye de 



LES GUERRES DE RELIGION. I4<; 

il parlait peu ; on l'appelait le Muet. Il n'en était pas 
moins très affable et d'un accès facile, mais il aimait 
fort le jeu, » Sommerive reçut de la cour la mission 
expresse de purger sa province et la principauté d'Orange 
de tous les protestants qu'elles pouvaient renfermer, et 
le comte de Tende celui de casser les garnisons qu'il 
^vait établies et de céder le gouvernement à son fils. Il 
le fit et se retira à' Salon. Quant à Crussol, la cour 
l'envoya en mission en Languedoc. 

La conduite de l'ancien et du nouveau gouverneur 
de Provence a été diversement expliquée par les histo- 
riens. Gaufridi croit que le comte de Tende se rangea 
du parti des protestants grâce à l'influence de sa seconde 
femme, Françoise de Foix, qui était protestante et qu'il 
aimait tendrement. Il en avait eu un fils, Cipières, qui 
ressemblait à son père par la douceur et que Françoise 
aurait voulu faire grandir au détriment de son frère, 
«jeune homme vif et turbulent. » Honoré Bouche pense 
au contraire que le père et le fils étaient secrètement 
d'accord et qu'ils s'étaient distribué les rôles de façon 
que, (( se communiquant entre eux les desseins des 
deux partis, ils pussent détourner les choses qui se- 
raient préjudiciables à la vraie religion et à l'Etat. » 
(( C'a été de tout temps, » ajoute-t-il, a la maxime de 
la maison de Savoie, de laquelle les comtes de Tende 
et de Sommerive étaient issus, de clocher des deux 
pieds et de marcher de deux endroits. » Nous préfé- 
rons à ces jugements celui d'un contemporain, Pierre 
de Cormis (i), qui était un familier du comte et à 
qui ce dernier dit un jour, en s'expliquant sur ce point 
délicat, qu'il soutenait les huguenots « par le vouloir de 
la reine mèrQ, qui les favorisait sous main pour régner; » 

(i) Mémoires, dans Louvet, Additions, t. I , p. Çi?. 

10 



146 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

à quoi Cormis ajoute que, même après la nomination 
de Sommerive au gouvernement de Provence, le comte 
reçut de Catherine de Médicis l'ordre secret « d'em- 
pêcher l'extermination des huguenots. » C'était, du 
reste, à son jugement, un « bon prince, droiturier, ai- 
mant justice et raison, ennemi d'oppression et tyrannie, 
fidèle serviteur du roi, ami du pauvre peuple, procuranjj^ 
de tout son pouvoir que justice fût faite, usant de repro- 
ches envers les mauvais juges, de plaintes au Parlement 
et remontrances au roi, aimé néanmoins du Parle- 
ment jusques à l'interdiction; mais toutefois le fit rétablir 
et fut sa plaige et caution. Il ne fut jamais protestant, 
ains franc catholique et s'opposa aux huguenots sédi- 
tieux et puis aux faux catholiques. » De Bèze représente 
aussi le comte comme « un seigneur de fort doux natu- 
rel et peu ennemi de ceux de la religion, qu'il voyait 
notoirement être opprimés par la violence. » Il recon- 
naît néanmoins que Jacques de Saluées, seigneur de 
Cardé, son gendre, et Cipières, son plus jeune fils, 
« favorisaient au parti de la religion et se rendaient plus 
sujets et aimables audit sieur comte. » Enfin Bran- 
tôme (i), qui connaissait très bien les hommes de son 
temps, fait également le plus grand éloge de Tende et 
met sur le compte de sa femme protestante la défaveur 
dont il jouit pendant quelque temps auprès des Proven- 
çaux, « gens bizarres, » dit-il, « fantastiques et mal 
aisés à ferrer, » qui prétendaient « que trois choses 
gâtaient la Provence : le vent, la comtesse et la Du- 
rance. » 

JOURNÉE DES ÉPINARDS. EXPULSION DE LA GARNISON 
d'aIX. les VIOLENCES CONTRE LES PROTESTANTS 

(I) Œui'n's complètes, édit. Buchon, Paris. 1848, t. I. p. :!4?. 



LES GUERRES DE RELIGION. I47 

RECOMMENCENT. MASSACRE DE LA FAMILLE DE 
MANDOLS (l 562). 

La garnison que les comtes de Crussol et de Tende 
avaient établie à Aix n'était pas assez mesurée dans ses 
rapports avec la population catholique et se laissait aller 
à la molester gratuitement. Au rapport de Papon , les 
soldats battaient du tambour pendant l'office, tiraient des 
coups de mousquet aux fenêtres de Téglise pour le trou- 
bler, fouillaient les femmes pour leur ôter leurs chapelets 
et maltraitaient, aux portes delà ville, les paysans qui al- 
laient à leur travail ou en revenaient. Le jour de la fête 
de saint Marc ils agirent très malicieusement à l'égard 
des habitants de la ville, qui se rendaient en pèlerinage, 
pieds nus, à la chapelle de ce saint, située à une lieue 
d'Aix. Ils semèrent, pendant la nuit, des grains d'épinards 
le long de la route (25 avril). La plupart des pèlerins 
rentrèrent chez eux les pieds ensanglantés au milieu des 
huées des soldats et sans avoir accomph leur pèleri- 
nage. Pour les autres, qui voulurent aller jusqu'au bout, 
ils rencontrèrent, prés de la chapelle, Carcès, à qui ils 
racontèrent leur mésaventure et qui , résolu d'en tirer 
vengeance , leur conseilla de rentrer dans la ville et 
d^attendre son retour, qui devait s'effectuer à la nuit 
tombante. A peine fut-il rentré que cinq cents personnes 
vinrent se plaindre à lui de l'injure qu'ils avaient reçue 
et généralement des vexations de tout genre dont ils 
étaient l'objet de la part de la garnison. Le jour des 
représailles fut fixé secrètement au 3 mai, « jour, » dit 
Papon, (( où les pénitents noirs avaient coutume d'aller 
en procession à un ermitage, bâti hors du faubourg... » 
Le nombre des pénitents fut, ce jour-là, plus nombreux 
qu'à l'ordinaire... Ils cachèrent sous leurs habits des 
armes et des carniers rempHs de pierres , et , dans cet 



148 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

équipage... ils sortirent en procession de fort grand 
matin par la porte des Cordeliers. Ceux qui défilaient 
les premiers firent volte-face avant que toute la proces- 
sion fût hors la ville et tombèrent sur le corps de garde 
qui, se trouvant attaqué par deux côtés à la fqis, fut ou 
massacré ou dispersé. De là, ils allèrent forcer l'autre 
corps de garde, qui était à la place des Fontettes, et 
pénétrèrent jusqu'à l'hôtel de ville dont ils se rendirent 
maîtres. Le capitaine Tripoli, qui commandait la garni- 
son, y accourut à la tête de ses compagnies ; mais 
ayant été repoussé après avoir perdu beaucoup de 
monde, il sortit par la porte Saint-Jean dont les siens 
n'avaient pas encore été chassés... Il n'en fallut pas 
davantage pour donner un nouveau degré de chaleur au 
zèle fanatique des habitants... Leur propos le plus or- 
dinaire était qu'en dépit des huguenots la messe ne serait 
jamais abandonnée. Ils le disaient en provençal, et le 
mot laîsado , dont ils servaient pour dire abandonnée , 
sio-nifiant en même temps une bêche^ ils imaginèrent une 
espèce d'écusson, dans lequel était représenté cet in- 
strument de labourage, et tout autour, il y avait ces mots 
provençaux : La messe ne sera jamais. La figure de la 
bêche annonçait le reste. » 

Durand de Pontevès, seigneur de Flassans, frère de 
Carcès, de son côté, ne restait pas inactif pour orga- 
niser la résistance, et il agit avec tant de zèle que, 
dans les premiers jours de mai (1562), il disposait de 
cent à cent vingt compagnies de gens de pied de trois 
cents hommes chacune, qu'il logea à Aix, à Marseille 
et dans les autres villes de la basse Provence, d'oii 
résultèrent d'affreux désordres et de cruels traitements 
à l'égard des protestants jusqu'à la fin du mois d'avril 
de Tannée suivante. Nous n'en rapporterons ici qu'un 
seul exemple. 



LES GUERRES DE RELIGION. I49 

Le sieur de Mandols, professant la religion réformée, 
gendre du baron de Bormes, était avec sa femme chez 
son beau-père, au château de Mouans, près Grasse, 
sur la fin de mai (i 562), quand le sieur de Briançonnet, 
qui habitait Grasse et se disait lieutenant du gouverneur 
de Provence en ces quartiers-là, sous prétexte que 
quelques religionnaires d'Hyères et de Bormes s'étaient 
réfugiés au château , en fit le siège et obtint de l'occu- 
per à la condition de respecter la liberté des personnes 
qui s'y trouvaient ; mais, au lieu de cela, il jeta dans 
une des caves du château, oij ils endurèrent les plus 
cruelles privations, les trente hommes qu'il rencontra, 
au nombre desquels étaient les ministres Mison et Vi- 
talis. Quant aux seigneurs de Bormes et de Mandols, 
il les fit enfermer dans sa maison de Grasse. 

Après cela, il résolut de se saisir également du châ- 
teau du sieur de Mandols père, à Demandols, près 
Castellane. Pour éviter un siège, ce dernier fit partir 
pour la Savoie ses gardes et ses serviteurs sous la con- 
duite de son frère , mais quand ceux-ci furent arrivés 
proche du village de Saint-Auban , à trois lieues plus 
loin, ils furent tous massacrés par les paysans, à l'insti- 
gation du seigneur et de la dame du lieu , qui assistè- 
rent à ce sanglant spectacle. Ils étaient dix-huit et 
avaient avec eux huit femmes et le pasteur Georges 
Cornelli. 

Cependant de Mandols père, voyant de son château 
arriver les gens de Briançonnet, conduits par un nommé 
Augustin Raupe et auxquels s'était jointe une autre 
troupe envoyée par Clausse, évêque de Senez, se sauva 
à une lieue de là, à Vergons, dans la montagne, avec sa 
femme, une jeune fille de douze ans, la femme de son 
frère, déjà massacré à Saint-Auban, et leur enfant, âgé 
de six mois, la femme de Michel Bougarel, de La- 



150 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

garde, et ses deux petits enfants, une femme de cham- 
bre, une domestique et trois jeunes laquais. Arrivés au 
château , Raupe et les siens l'incendièrent avec toutes 
ses dépendances et coupèrent les arbres et les vignes. 
Quant au seigneur, il fut nourri à Vergons par les soins 
de Bougarel; mais quelques jours après, ayant été attiré 
dans une embuscade par ses vassaux catholiques, qui 
feignirent de vouloir le ramener dans son château, il fut 
massacré avec toute sa suite , à l'exception des deux 
petits enfants de Bougarel , que leur père put cacher 
dans un buisson, à trois cents pas de là, et du nourris- 
son de la belle-soeur de de Mandols, que celle-ci avait 
caché sous son corps pendant, que les assassins lui 
portaient plusieurs coups, qui, heureusement, ne mirent 
pas sa vie en danger. 

Pour en revenir au sieur de Mandols le fils , il fut 
changé plusieurs fois de prison et réussit, après avoir 
enduré toutes sortes de maux , à s'évader et à gagner 
l'étranger. « Sa femme aussi et une sienne sœur, fina- 
lement sorties de prison, » dit Crespin , « furent reçues 
à sauveté à l'Espel en Terre-Neuve^ en la maison d'un 
vrai homme de bien , nommé Bernardin Richelme, jus- 
ques à ce que, en vertu de l'édit de pacification, ils 
revinrent en leur maison bien désolée (i). » 

TENDE SE MET A LA TÊTE DES PROTESTANTS. PRE- 
MIÈRES HOSTILITÉS. NOUVELLES VIOLENCES DE FLAS- 
SANS A AIX (l 562). 

Enveloppés de toutes parts, réduits à la plus aflfreuse 
misère et exposés à une mort certaine , les protestants 
provençaux se réfugièrent dans les villes et bourgs oii 

(1) Crespin, fol. 679, 680; — De Bèze, t. III, p. 259-241, 



LES GUERRES DE RELIGION. I^I 

ils étaient en nombre, notamment à Lourmarin, Cabriè- 
res-d' Aiguës , Mérindol, Cadenet, Sisteron , Riez et 
autres places. Le comte de Tende, voyant cela, se ren- 
dit à Manosque et fit prendre les armes tant aux fugitifs 
qu'à ceux du pays, et plaça à leur tête son fils Cipières 
et son gendre Cardé , le premier comme colonel de la 
cavalerie et le second comme colonel de l'infanterie. 
A eux se joignirent , avec d'autres troupes , Sénas , 
Mauvans , Claude de Grasse, seigneur du Bar, Henri 
de Grasse, sieur de Malijai, son frère, et Scipion de 
Villeneuve, sieur d'Espinouse, gentilshommes de la 
première noblese de Provence et protestants de cœur. 
Toutes les places de ce quartier de la Durance se dé- 
clarèrent pour eux, à l'exception de Pertuis, dont Som- 
merive s'était emparé pour s'assurer du passage de 
cette rivière. 

Disposant de quatre mille hommes de pied et de cinq 
cents chevaux , mais dépourvu de canons , le comte de 
Tende fit assiéger Pertuis pendant dix-huit jours, et il était 
sur le point de le prendre après l'heureux succès d'une 
mine qui avait fait sauter une partie considérable des 
murailles, quand il apprit que les troupes de son fils 
approchaient. Voulant empêcher l'effusion du sang, il 
donna au gros de l'armée Tordre de se retirer, par la 
Tour-d'Aigues et Manosque, dans Sisteron, qui était la 
plus forte place de la vallée de la Durance et même de 
la province, et, en passant à Manosque, y laissa une 
garnison très importante sous les ordres du capitaine 
Coloux, avec des vivres et des munitions en abon- 
dance , pendant que Cipières , Cardé , Sénas et Mau- 
vans allaient, sur ses ordres, demander du secours au 
baron des Adrets, commandant les troupes protestantes 
du Dauphiné. 

Sommerive, informé de la marche de l'armée de son 



152 HfSTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

père , s'apprêtait à faire le siège de Sisteron ; mais prié 
par Fabrice (i) Serbelloni, commandant des armées pa- 
pales du Comtat, de l'aider à s'emparer d'Orange, il 
rassembla ses hommes à Orgon sur la Durance, passa 
la rivière et campa à Cavaillon sur la rive droite. Après 
avoir dirigé quelques pointes sur Mérindol , que Mau- 
vans défendait encore avec des cavaliers huguenots et 
oij les succès furent partagés , il marcha sur Orange 
avec Fabrice et François de la Baume de Suze (2) , et, 
ayant ruiné de fond en comble avec eux la ville et mas- 
sacré un grand nombre de ses habitants inoffensifs 
(5 juin), il se saisit de Manosque, que Coloux lui livra 
sans coup férir, contre l'attente de tout le monde. C'est 
là qu'il réunit toutes ses forces , qui s'élevaient à cin- 
quante enseignes de gens de pied et sept canons, et 
auxquels s'étaient joints les principaux gentilshommes 
catholiques de la province, notamment Carcès et ses 
deux gendres, La Verdière et Bernard d'Ornezan , ba- 
ron de Montagut. 

A la faveur de l'épouvante que le sac d'Orange jeta 
parmi les protestants du pays, Flassans rentra dans Aix 
avec de Cuges, son compagnon; il reprit son consulat 
et les violences recommencèrent. Des pierres furent 
jetées aux fenêtres des protestants ; on en pendit au 
pin deux , puis quatre et beaucoup d'autres. Chaque 
jour quelque malheureux était mis à mort. Les assassins 
avaient à leur tête un paysan fort audacieux et de grande 
mine, nommé Sen Tarron, qui avait mis une croix blan- 
che à son chapeau, et qui, suivi des bouchers de la 
ville, d'un capucin et de plusieurs femmes, faisait main 
basse sur les protestants et les pendait. Les conseillers 

(i) Pour Fabricio, 

(2) C'est à tort que les historiens donnent à ce personnage le titre de 
comte, attendu qu'il ne fut créé tel qu'en 1^72. 



LES GUERRES DE RELIGION. 153 

au Parlement soupçonnés d'hérésie, craignant pour 
leurs jours , quittèrent la ville. C'étaient François de 
Gênas, sieur d'Eguilles; Charles de Châteauneuf, sieur 
de Molléges ; André de Pena; Jean Ferrier, seigneur 
de Sainte-Croix; Jean d'Arcussia, sieur de Gardanne ; 
Honoré Somati , sieur du Castellard (i), auquel il faut 
joindre l'avocat général Jean du Puget. Le conseiller 
Jean Salomon, également soupçonné d'être protestant, 
ne se hâta pas assez de sortir, et, s'étant caché dans le 
couvent des Prêcheurs, il fut découvert, mené au corps 
de garde et assassiné, a plus pour son argent que pour 
son Evangile , » dit un auteur du temps. Son corps fut 
traîné en chemise jusqu'à minuit , et déposé près de 
l'église de Saint-Sulpice. Jean-Augustin de Foresta , 
baron de Trets , second président au Parlement , vit 
son cadavre en rentrant au palais et ne put retenir ses 
larmes (22 juin). Le prévôt des maréchaux fut accusé 
de ce crime et mis en prison ; mais le conseiller Fran- 
çois de Rascas , sieur de Bagaris , ardent cathohque , 
le fit relâcher. 

Les bouchères , voulant suivre les traces de leurs 
maris , se saisirent de la femme d'un libraire , nommée 
Melchionne , qui s'était réfugiée dans la maison de 
Flassans pour sauver sa vie. Elles lui meurtrirent le vi- 
sage à coups de couteau , la traînèrent par les cheveux 
et la pendirent au pin encore vivante (26 août). Le Par- 
lement légiférait contre ces violences , mais ne sévis- 
sait pas , et quatre-vingts protestants étaient sous les 
verroux à Aix. 



(i) Somati retourna au catholicisme après la Saint-Barthélémy. En 1Ç78, 
il était du parti des rasats, et devint ensuite fougueux ligueur (Lambert, t. I, 
p. 529). 



I 54 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

SIÈGE DE SISTERON PAR SOMMERIVE (1O-28 juillet 

1562). 

Revenons à Sommerive. Le comte de Tende , son 
père, ne doutant plus qu'il ne se disposât à faire le 
siège de Sisteron , fit fortifier la place du mieux qu'il 
put et y laissa onze compagnies de soldats sous le com- 
mandement de Beaujeu , son neveu, fils de sa sœur, 
d'une illustre maison de Bourgogne et vaillant guerrier. 
Ce dernier avait sous ses ordres Espinouse, Du Bar et 
Malijai son frère , Antoine de Marsch dit Tripoli , et 
autres. Le comte installa ensuite dans un couvent, hors 
de la ville , les femmes et les enfants des fugitifs , qui 
s'étaient d'abord établis à Lourmarin , Cabrières, Mé- 
rindol et autres lieux des bords de la Durance. Quand 
on les vit arriver à Sisteron , escortés des compagnies 
vaudoises par le vaillant capitaine Henri Seguirani , on 
disait : « Voici le peuple d'Israël. » « La mère, » dit 
Nicolas Régnault, « portait le petit enfant entre ses 
bras , et les petits enfants de cinq ou six ans étaient 
contraints de se traîner parmi le bagage, sans souliers, 
sans habillements. On n'oyait que lamentations parmi 
ce peuple pour la faim qui les pressait. Plusieurs étaient 
tourmentés de fièvres : ce que voyant, les papistes les 
interrogeaient pourquoi ils pleuraient; mais ils ne sa- 
vaient que dire , sinon qu'ils étaient chassés pour la 
querelle de Dieu. » 

Ces préparatifs étant terminés , le comte se retira , 
avec le reste de ses soldats, sur le plateau d'Entraix, 
au delà du Buech; puis à huit ou dix lieues plus loin, 
derrière la montagne de la Baume , vers la vallée de 
Barcelonnette, afin de pouvoir alimenter en toute sûreté 
la place de vivres, ménager une retraite sûre aux assié- 



LES GUERRES DE RELIGION. 1^5 

gés en cas d'échec , et surtout faciliter l'entrée dans la 
place du secours en hommes que Cipières , Cardé , 
Sénas et Mauvans devaient amener du Dauphiné. 

Sommerive se mit en marche et aurait été arrêté long- 
temps au village de Lurs , assis sur une montagne , à 
trois lieues de Sisteron , au bord de la Durance , et 
commandant la route, fort étroite en ce lieu , sans la 
lâcheté de Châteauneuf, surnommé ne:^ de velours, qui 
lui livra le passage. 

Le 4 juillet il était à Château- Arnoux, et y demeura 
plusieurs jours pour délibérer sur les moyens de faire 
le siège de Sisteron , car la place était située dans une 
assiette assez forte et défendue au nord et à l'est par le 
Buech et la Durance, et à l'ouest par la montagne du 
Molard, à laquelle elle était adossée. Sommerive éta- 
blit son camp en rase campagne , avec l'espoir que la 
garnison se rendrait par composition sans attendre le 
canon , parce que les murailles de la ville n'étaient 
flanquées que de petites tours ; que les assiégés ne 
possédaient que dix ou douze mousquets ou petits ca- 
nons , et que leurs vivres seraient bientôt épuisés à 
cause de la grande quantité de fugitifs qui s'étaient re- 
tirés dans la place, a Mais, » dit de Bèze , « le bon 
courage des habitants et le peu ou point d'espérance 
qu'avaient les fugitifs de recevoir aucun bon traitement 
de leurs ennemis si cruels et si inhumains, avec l'assu- 
rance que Tende leur avait donnée de ne partir jamais 
d'auprès d'eux et de les aider de sa personne , de ses 
biens, nom, autorité et faveur jusques à toute extré- 
mité, les firent résoudre de se défendre moyennant 
l'aide de Dieu et la bonne diligence de Beaujeu , leur 
gouverneur, jusqu'à la dernière goutte de leur sang. 
En cela aussi les assura grandement la venue du capi- 
taine [Antoine Rambaud , seigneur de] Furmeyer , gen- 



156 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

tilhomme du Dauphiné , avec trois cents bons hommes 
et bien délibérés. Suivant donc cette résolution, Som- 
merive , le septième dudit mois, envoya pour reconnaî- 
tre toutes choses le capitaine [Puy-Saint-Martin dit! 
Bouquenègre , vieil et vaillant soldat , mais au reste 
aussi méchant et détestable en toute sa vie, comme sa 
naissance le portait... Celui-ci, après avoir fait son ex- 
ploit, se rafraîchissant en un petit village appelé Châ- 
teauneuf, fut pris prisonnier avec deux soldats corses 
et un sien valet... et peu après convaincu d'infinis 
meurtres et violements, fut pendu et étranglé en la place 
publique par les propres mains de son dit valet , mou- 
rant tout ainsi qu'il avait vécu. » On lui eut néanmoins 
fait grâce , comme on la lui avait déjà faite à Barjols ; 
mais les femmes et les filles réfugiées à Sisteron de- 
mandèrent à grands cris sa mort, comme un juste châ- 
timent des outrages sans nombre et sans nom qu'il avait 
fait subir à leur sexe (8 juillet). Sommerive , apprenant 
son exécution, écrivit aussitôt à Tarascon pour qu'on 
mît à mort par représailles le capitaine Coste , fait pri- 
sonnier à Orange (15 juillet). 

Le général en chef partit ensuite de Château-Arnoux 
(10 juillet) et avança sans résistance jusqu'à une demi- 
lieue de la ville, 011 il trouva les chemins rompus et 
deux compagnies de Cabrières et de Mérindol postées 
au pont du Jabron pour barrer le passage à l'artillerie. 
Ayant été bientôt culbutées, elles furent réduites, après 
avoir perdu trente des leurs au moins, l'une à se réfu- 
gier sur un coteau, l'autre à prendre la grande route qui 
conduisait à la ville. La dernière fut même poursuivie 
de si près par l'ennemi que celui-ci aurait pu pénétrer 
pêle-mêle avec elle dans la ville si le gros de l'armée 
ne s'était mis sur l'heure en devoir de rétablir les che- 
mins. Sommerive s'établit ensuite au sud de la place, 



LES GUERRES DE RELIGION. 157 

sur la rive droite de la Durance , à la portée approxi- 
mative d'une arquebuse, près des ruines de l'Eglise 
des Cordeliers , et y posta deux couleuvrines et deux 
moyennes ; puis il établit deux autres moyennes, qu'il 
entoura d'un retranchement, dans un chemin pratiqué 
sur le flanc de la montagne du Molard, d'oij l'on dé- 
couvrait l'intérieur de la ville, et posta un corps de 
garde sur le sommet de la montagne elle-même. Beau- 
jeu, de son côté, après avoir ordonné des prières pu- 
bliques, logea deux mousquets sur la plate-forme de la 
cathédrale; mais les canons de Sommerive, qui tirèrent 
depuis deux heures jusqu'à la nuit , en eurent facilement 
raison. 

Le lendemain, ii juillet, Sommerive fit dresser une 
autre batterie contre une vieille muraille située au levant 
du côté de la Durance, près de la porte de Sauve, et, 
après quelques volées de coups de canon , somma les 
habitants de se rendre , leur promettant vies et bagues 
sauves et la permission de quitter la Provence. Beaujeu 
répondit qu'ayant reçu la place de son oncle pour le 
service du roi, il la défendrait jusqu'à la mort, et que ce 
n'était pas l'habitude de sommer des assiégés de se 
rendre quand on les avait canonnés un seul jour. La 
batterie recommença donc et, lorsque la brèche eut une 
largeur décent pas, les assiége'ànts montèrent à l'assaut; 
« mais si la furie des assaillants était grande , » dit de 
Bèze , « la constance de ceux de dedans était grande à 
s'emparer et se présenter à tous dangers, jusques aux 
femmes et petits enfants, et se pouvait là remarquer une 
merveilleuse différence entre les uns et les autres, car 
ceux de dedans n'avaient que psaumes et cantiques en 
leur bouche, apportant, traînant et charriant tout ce qui 
était requis ; et ceux de dehors, au contraire, étaient du 
dessus de la montagne du Molard , dont ils voyaient 



158 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

toute la ville, leur disaient mille ordures et vilenies..., 
et conviant les habitants de leur apprêter leurs lits et 
leurs couches ; car, de fait, ils se tenaient tant assurés 
de souper dans la ville, qu'ayant serré tout leur bagage, 
sans avoir reconnu autrement la brèche , ils vinrent la 
tête baissée jusques à trois assauts l'un après l'autre. 
Mais ceux de dedans furent soutenus avec tel courage 
et si bon ordre que les assaillants n'y gagnèrent que 
des coups ; en quoi se montrèrent merveilleusement 
courageuses les femmes, rafraîchissant les unes de pain 
et de vin à toute heure les combattants et retirant les 
blessés avec extrême diligence et sans aucune crainte ; 
les autres faisant des balles qu'elles fournissaient à ceux 
qui tiraient ; les autres , avec les enfants et autres per- 
sonnes inhabiles aux armes, étant arrangées par les rues 
et combattant avec prières, les mains tendues au ciel, 
comme aussi Beaujeu , Furmeyer , Malijai et autres ca- 
pitaines firent un merveilleux devoir, » si bien que les 
assiégés ne perdirent que dix ou douze des leurs dans 
ce premier assaut. 

Le lendemain, 12 juillet, Sommerive trouvant la brè- 
che réparée et en bon état de défense essaya d'attirer, 
par ruse , les assiégés hors de la place , en feignant de 
lever le siège pour se porter à la rencontre de Cipières, 
Cardé, Sénas et Mauvans, qui amenaient du Dauphiné 
un secours de deux mille hommes après avoir aidé le 
baron des Adrets à prendre Grenoble ; mais personne 
ne bougea dans la ville. Sommerive eût mieux fait, sans 
doute , de recommencer l'assaut , car les assiégés 
n'avaient plus que vingt livres de poudre. Le jour sui- 
vant, 13 juillet, il se borna à donner un semblant d'as- 
saut et à tirer quelque coup de canon dans la ville ; 
puis, apprenant que Cardé, Cipières, Sénas et Mau- 
vans approchaient, il passa sur la rive gauche du Buech 



LES GUERRES DE RELIGION. 1 59 

pour les attendre. Il demeura là jusqu'au i8, mais se 
retira dès que leurs deux mille hommes parurent. 

Ce même jour, à lo heures du soir, trois cents as- 
siégés sortirent de la ville pour détruire le corps de 
garde posté sur le haut du Molard et enclouer les ca- 
nons de la batterie établie sur ses flancs. « L'alarme se 
donne au camp, » dit Du Puget, « et y fut envoyé 
secours; le combat dura longtemps; ledit fort fut quitté, 
et quand vint le point du jour, le combat recommença 
plus fort qu'auparavant; car il dura longtemps, et tantôt 
l'un était rembarré et tantôt l'autre. On vint jusques aux 
coups de pierre. Sur les huit heures du matin, chacun se 
retira et il y eut force tués et force blessés. » 

Le 22 juillet, Cipières, qui commandait le secours 
du Dauphiné , franchit la Durance et s'établit à La 
Baume, petit village situé en face de Sisteron, sur la rive 
gauche de la Durance. Sommerive tenta de lui barrer le 
passage, en abattant, avec son artillerie, le pont qui re- 
liait La Baume à la ville ; mais il n'y parvint point et 
refusa même la bataille que Cipières lui offrit. Il avait, 
en effet, déjà perdu beaucoup de monde pendant le 
siège, et ses troupes s'étaient débandées en partie en 
apprenant l'arrivée du renfort dauphinois. « Dans 
vingt et quatre heures, » dit Du Puget, u le camp s'af- 
faiblit de dix à douze mille hommes, de manière qu'il y 
avait telle compagnie de gens de pied oii il n'était de- 
meuré que les officiers. » 

LEVÉE DU SIÈGE DE SISTERON, ATTAQUE DU CAMP DE 
l'escale par la GARNISON. DES ADRETS EN PRO- 
VENCE (l 562). 

Le 28 juillet , Sommerive , apprenant que le baron 
des Adrets venait battre les troupes du comtat Venais- 



l6o HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

sin à Valréas (25 juillet), et craignant qu'il ne marchât 
contre lui , leva son camp de nuit , passa sur la rive 
gauche de la Durance à Volonne, prit l'Escale, prieuré 
fortement assis entre une montagne au levant, une pe- 
tite rivière au midi et la Durance au couchant, y établit 
une garnison et alla camper entre l'Escale et les Mées, 
dans une plaine « fertile en arbres fruitiers , » dit de 
Thou , « et abondant en toutes les choses nécessaires 
à la vie , par oij l'on pouvait aisément tirer de la basse 
Provence les vivres et les munitions dont on avait be- 
soin ; mais pour fermer de ce côté-là , comme des au- 
tres , l'entrée du camp, Sommerive fit faire trois fossés 
très profonds, laissant un chemin libre pour les vivres 
qu'on apportait de la basse Provence. » 

Après la levée du siège , qui inspira à un poète pro- 
testant un Cantique de circonstance que l'on retrouvera 
aux Pièces justificatives^ n° II , toutes les troupes de 
Sisteron vinrent camper devant l'Escale. Elles comp- 
taient vingt-neuf enseignes d'infanterie et quatre cornettes 
de cavalerie, grossies, à la fin de juillet, de neuf ensei- 
gnes de fantassins, faisant mille ou douze cents hommes, 
et de trois cents chevaux environ , tirés de la vallée 
vaudoise de Pragela , qui faisait alors partie du Dau- 
phiné, et commandés par André de Ponnat , gouver- 
neur de Grenoble. 

« Cependant, au camp de l'ennemi, » dit Nicolas 
Régnault, « arrivèrent quelques damoiselles , à savoir, 
la damoiselle de Sommerive , de Carcès , de La Ver- 
dière et autres , lesquelles furent recueillies des capi- 
taines du camp en grande pompe et liesse; entre autres 
le seigneur de La Verdière dit qu'il voulait, pour l'amour 
des dames, dresser l'escarmouche contre M. de Mau- 
vans : ce qu'il fit. Mais le seigneur de Mauvans, enten- 
dant le bruit, monte à cheval, ensemble le seigneur du 



LES GUERRES DE RELIGION. l6l 

Bar et autres qui les suivaient , lesquels , après s'être 
rencontrés , se saluèrent à coups de pistolades ; mais 
La Verdière , reconnaissant le seigneur du Bar , com- 
mença à crier : Au Bar! au Bar! Toutefois Le Bar fut 
secondé par le seigneur de Mauvans , et lors La Ver- 
dière courut sur Mauvans, et Mauvans le blessa d'une 
pistolade; puis Le Bar, le poursuivant de son couteau, 
le tua. » La Verdière, gendre de Carcès, était l'un des 
meilleurs et plus vaillants capitaines de l'armée catholi- 
que. Mauvans , toutefois , ne se retira pas sain et sauf 
de l'escarmouche , et reçut un coup d'arquebuse à la 
cuisse qui le blessa grièvement et dont il resta boiteux 
le reste de ses jours. 

Cependant l'armée protestante avait bien de la peine 
à se ravitailler, parce qu'elle n'avait derrière elle que 
des contrées montagneuses et pauvres. Le comte de 
Tende, qui était rentré à Sisteron , ne put, malgré son 
zèle , procurer suffisamment de vivres à la ville et au 
camp, de sorte que les soldats commençaient de se dé- 
bander. Voyant cela , Cardé résolut de tenter un grand 
coup pour forcer Sommerive à sortir de ses retranche- 
ments et à accepter la bataille. Le 4 août, Beaujeu , se 
mettant à la tête de la compagnie du capitaine Malijai 
et de celle du capitaine Seguirani, donna avec une telle 
furie dans les tranchées qu'il demeura maître de la pre- 
mière et passa outre. N'étant malheureusement pas 
suivi par le gros de l'armée, qui s'était mis en ordre de 
bataille pour attendre l'ennemi que, par cette pointe au- 
dacieuse , Cardé espérait attirer dans la campagne, 
Beaujeu fut obligé de rétrograder, au grand méconten- 
tement de ses soldats, qui blâmèrent le général en chef 
de ne pas avoir poursuivi sa pointe ; mais Cardé avait 
craint que l'artillerie de l'ennemi ne décimât ses trou- 
pes dans un assaut général. Ce fut un mauvais calcul, 

II 



l62 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

car Du Puget, qui servait dans le camp ennemi, recon- 
naît lui-même que, t. si ledit sieur comte de Tende n'eût 
arrêté la chaleur des siens , étant le camp si affaibli 
(comme dit a été) , il y eut danger de quelque inconvé- 
nient. » 

Le lendemain , 5 août , Ponnat , irrité de ce qui était 
arrivé, craignant surtout de manquer de vivres, quitta le 
camp, quoi qu'on pût lui représenter et donna par là le 
signe de la retraite. Quant au comte de Tende , il fit 
rentrer une partie des troupes à Sisteron , où il fut dé- 
libéré que, pour soulager la ville, on n'y laisserait que le 
nombre d'hommes nécessaires à sa défense. Du Bar et 
son frère Malijai partirent donc avec trois cornettes de 
cavalerie et une grande partie des fantassins pour re- 
joindre le baron des Adrets et revenir ensuite avec de 
grandes forces dans le but de combattre Sommerive. 

Le farouche capitaine était à Valence quand les pre- 
miers députés de Sisteron vinrent le prier de secourir 
la place. Comme il songeait déjà à trahir son parti et 
était jaloux de Mauvans , dont la bravoure lui portait 
ombrage, il ne se mit en marche qu'après beaucoup de 
supplications. Il fit passer le brave Montbrun, qui com- 
mandait l'artillerie, par Grenoble, Aspres, Serres et Or- 
pierre (i 5 août), et lui-même descendit dans le Comtat. 
Le i*"" septembre il était à Cavaillon et, au lieu de 
tirer droit sur Sisteron par la montagne, c'est-à-dire par 
Gordes, Saint-Saturnin et Sault, il prit le chemin de la 
plaine et alla assiéger Apt le 4 du même mois. Il battit 
en vain la place avec ses canons pendant quatre jours, 
pointant successivement les remparts de La Bouquerie et 
le parapet de la Tour de l'Horloge, et il allait se re- 
tirer, en présence de la résistance des habitants encou- 
ragés par leur évêque , Jean-Baptiste Rambaud de Si- 
miane de Gordes, quand un protestant, qui avait été 



LES GUERRES DE RELIGION. 163 

obligé de quitter la ville , lui promit de lui en faciliter 
l'entrée en l'introduisant par la fenêtre d'une tour atte- 
nant à la maison d'un de ses coreligionnaires et com- 
muniquant avec elle par une porte. Mais le complot fut 
découvert et Des Adrets dut lever le siège (i). Pen- 
dant ce temps et grâce à ces lenteurs calculées , Mont- 
brun était battu à Lagrand , comme on va le voir, et 
Sisteron succombait. 

REPRISE DU SIÈGE DE SISTERON (27 août-4 septem- 
bre). RETRAITE HÉROÏQUE DE LA GARNISON (1562). 

Sénas , nommé gouverneur de Sisteron à la place de 
Beaujeu , fortifia la ville le mieux qu'il put avec l'aide 
du seigneur de Brac et du capitaine Tholon , qui rem- 
plissait les fonctions de sergent-major. Mauvans , griè- 
vement blessé , ne pouvait les assister que de ses con- 
seils. Quant au comte de Tende, il se réfugia à la cour 
du duc de Savoie. 

Sommerive, se voyant débarrassé d'une bonne partie 
de l'armée protestante , ne songea plus qu'à reprendre 
le siège de Sisteron. Il recruta de nouveaux soldats à 
la place de ceux qui s'étaient débandés. Le comte An- 
toine de Terni lui amena deux compagnies italiennes 
(10 août), Flassans, mille soldats provençaux (i8 août), 
Nicolas de Beausset, Paul Imperialis et Guillaume 
Olive, cinq cents Marseillais (i8 août), et Suze , seize 
cents hommes du Comtat (24 août). Il se trouva de la 
sorte à la tête de cent deux enseignes d'infanterie, dont 
Sommerive donna le commandement général à Carcès, 
et de bon nombre de cavaliers. L'artillerie fut confiée à 
La Forest, maître de cette arme. 



(1) Boze, Hist. d'Apt, p. 261-264; — Remervllle, Idem, ms. ; — Barjavel , 
Le seizième siècle, p. 79. 



164 HISTOIRE^DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

Le 27 août, le général en chef était sous les murs de 
la place. Il fit aussitôt pratiquer une grande tranchée 
aboutissant aux coteaux de Saint-Jean et de Saint-Bran- 
çon pour faire passer à couvert son artillerie , car , en 
défilant par la route ordinaire , il eût été à portée de 
l'arquebuse. Diverses escarmouches eurent lieu, mais 
les assiégés demeurèrent maîtres des deux coteaux jus- 
qu'au moment oij ils les abandonnèrent pour occuper le 
pont du Buech, où devait passer le secours que Montbrun 
leur amenait du Dauphiné et qui comptait douze cents 
arquebusiers, deux canons, quelques pièces de campa- 
gne, deux cents cavaliers et trente charrettes de vivres 
et de munitions pour ravitailler la place. 

Sommerive , sans retard , fit pratiquer une autre tran- 
chée pour s'emparer de la montagne du Molard et 
donna l'ordre d'attaquer le pont du Buech, que les as- 
siégés abandonnèrent également en voyant que Mont- 
brun n'arrivait pas ; de la sorte , la ville se trouva atta- 
quée au nord, au levant et au midi. Peu après, 
Montbrun arrivait à Orpierre , mais trop tard. Somme- 
rive , qui était maître de la route du Dauphiné , envoya 
Suze à sa rencontre avec trois à quatre mille hommes 
et six cents chevaux. Le choc eut lieu à Lagrand. 
« Montbrun, » dit de La Plane, « se jeta sur Suze avec 
fureur, mais il éprouva une résistance qu'il avait cru sans 
doute prévenir par son impétuosité et dont l'effet inat- 
tendu ne fit alors que préparer sa défaite. Montbrun 
pliait déjà lorsque de la cavalerie arrivant lui fit un grand 
carnage et lui laissa à peine le temps de se sauver en 
toute hâte à Orpierre. » Il perdit environ cent cinquante 
hommes (i), son bagage, ses munitions, son artillerie et 
son convoi de vivres (2 septembre). L'effroi fut si grand 

(t) Nosiradamus dit 960, mais c'est exagéré. 



LES GUERRES DE RELIGION. 165 

parmi ses soldats que plusieurs d'entre eux se réfugiè- 
rent sur des arbres , où les ennemis les tuèrent sans 
pitié. 

Le lendemain , 3 septembre , Sommerive braqua sur 
les deux coteaux de Saint-Jean et de Saint-Brançon, 
abandonnés par les assiégés , deux grandes couleuvri- 
nes ou moyennes, et un fort gros canon, que Flassans 
et La Forest avaient amené de Marseille pour battre à 
fleur de terre la courtine de la ville et y faire une brè- 
che plus complète. Il posta en même temps deux 
moyennes aux ruines de l'église des Cordeliers et fit 
passer sur la rive droite de la Durance le sieur de Mi- 
rebel et quelques enseignes pour envelopper la ville de 
toutes parts. 

Le 4 septembre , le feu commença. Les canons des 
coteaux, qui tirèrent sept cent vingt-six coups, firent une 
brèche de cent quarante pas environ au plus haut point 
des murailles de la ville regardant le Dauphiné, pendant 
que ceux de l'église des Cordeliers battaient le chemin 
où devaient forcément passer les assiégés pour défen- 
dre la brèche. « Ce nonobstant, » dit de Bèze, « et bien 
que la plupart de ceux de dedans, tâchant de remparer 
la brèche , fussent emportés et volassent par pièces en 
l'air, hommes et femmes, passant les vifs par-dessus les 
morts , ils firent un étrange devoir d'apporter terres , 
coutres de lit, fascines et tout ce qui pouvait servir. Au 
même instant , étant donné l'assaut par trente-trois en- 
seignes d'infanterie et une cornette de cavalerie venant 
après eux, il y fut combattu, reprenant haleine par cinq 
fois, avec une telle furie que, la poudre étant faillie aux 
uns et aux autres , ils vinrent jusques aux épées , aux 
pierres et aux mains. Mais tant y a que les assaillants 
finalement furent contraints de se retirer. » L'action 
avait duré six ou sept heures, et Mauvans, qui ne pou- 



l66 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

vait marcher à cause de sa blessure , s'était fait porter 
à la brèche pour encourager les soldats de la voix et du 
geste. Le jeune François de Bonne des Diguières, qui 
devint si célèbre dans la suite, et n'avait alors que dix- 
neuf ans , combattit aussi avec une grande vaillance : 
ce qui donna lieu à Beaujeu de prononcer ces paroles 
qui s'accomplirent de tout point : a Si ce jeune homme 
vit, il fera parler de lui. » 

Malgré cette victoire, la situation des assiégés était 
devenue fort critique, car ils avaient perdu beaucoup 
de monde et dépensé presque toutes leurs munitions et 
leurs vivres, et ils ne pouvaient, après la défaite de 
Montbrun, compter sur aucun secours, tandis que leurs 
ennemis étaient forts et nombreux et ne manquaient de 
rien. C'est po urquoi Sénas, Mauvans et les autres capi- 
taines tinrent un conseil secret oiJ, après avoir imploré 
le secours des lumières célestes, la retraite fut décidée 
pour les raisons précédentes et également pour sauver 
la vie à une multitude de vieillards, de femmes et d'en- 
fants , que l'armée catholique aurait infailliblement mas- 
sacrés comme elle l'avait déjà fait à Orange." Il fut con- 
venu que, cette même nuit, à onze heures, on quitterait 
la ville par un petit sentier situé à l'une des issues 
du village de La Baume , et conduisant à des monta- 
gnes hautes et abruptes par Chardavoux, Saint-Geniès, 
Anton et Feissal. Sommerive qui, de son camp des 
Cordeliers, avait vue sur ce sentier, n'avait pas jugé 
nécessaire de le garder. Un traître, qui avait assisté au 
conseil de guerre , vint bien lui révéler le plan de Sénas 
et de Mauvans, mais Gabriel de Bouliers, sieur de Cen- 
tal , lui persuada que c'était une ruse des assiégés , qui 
faisaient courir ce bruit pour attirer l'armée sur un point, 
tandis qu'ils sortiraient pour enclouer les canons. Il 
remit donc au lendemain le soin de prendre un parti. 



LES GUERRES DE RELIGION. \bj 

« Cependant, » dit de Bèze, « dedans la ville étant dé- 
clarée la retraite, bien que tant les soldats que le peuple 
fussent merveilleusement harassés du travail si grand du 
jour précédent, chacun s'apprêta de sortir. Cela ne se 
pouvait faire sans grande confusion , chacun troussant 
ce qu'il pensait le plus aisé à porter ; les uns , qui 
avaient le moyen, chargeant sur ânes, mulets et chevaux 
les petits enfants, les blessés, les malades, les vieilles 
gens ne pouvant marcher ; les autres , tant pères que 
mères, portant leurs enfants sur leurs cous, entre leurs 
bras et aux mamelles , avec grands pleurs et lamenta- 
tions ; et se faisant tout cela à la vue de l'ennemi , qui 
les pouvait découvrir du camp de Mirebel, et de la ruine 
des Cordeliers pour la lumière, qui était aux fenêtres 
des maisons par toute la ville. » 

• La troupe, après avoir marché toute la nuit par une 
pluie torrentielle du 4 au 5 septembre et une partie du 
jour suivant, arriva, à quatre heures de l'après-midi, à 
Barles (canton de Seyne), et y fit une grande halte pour 
permettre aux blessés , aux malades et aux femmes de 
rejoindre le gros de la colonne. Ils se trouvèrent là réu- 
nis au nombre de quatre mille , dont deux mille seule- 
ment étaient en état de porter les armes. Plusieurs fem- 
mes avaient accouché en route. 

Nous n'avons pas à raconter en détail cette retraite ad- 
mirable qui, s'étant opérée parle Dauphiné, appartient à 
l'histoire de protestants de cette province ; nous nous 
bornerons à donner le nom de ses diverses étapes , sa 
voir : Barles, Selonnet (près Seyne), Ubaye, proche la 
Durance, Le Lauzet (vallée de Barcelonnette), Saint-Paul 
(idem), La Chenal, par le col de l'Autaret (aujourd'hui 
Ponte Chianale en Piémont), Molines (Dauphiné), par 
le col de l'Agnel, Ristolas (Dauphiné), Abriès (idem), 
Largentière (Piémont), par le col de la Mait, Sauze de 



l68 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

Césane (Piémont), Pragela [idem), Césane {idem), mont 
Genèvre , Briançon , Freissinières , Orcières , Saint- 
Bonnet, Mens, Gières, proche Grenoble, Moirans, Vi- 
rieu, Crémieu et Lyon. Partis de Sisteron le 4 septem- 
bre, ils arrivèrent dans cette dernière ville le 4 octobre 
après avoir enduré toutes sortes de fatigues, de priva- 
tions et de dangers ; traversé les contrées les plus sau- 
vages et les plus désertes et les chemins les plus inac- 
cessibles, et tenté par deux fois, sans succès, d'entrer 
en Dauphiné. Les fugitifs furent l'objet des soins les plus 
affectueux de la part de leurs coreligionnaires de Lyon, 
et demeurèrent dans cette ville jusqu'au mois de mai de 
l'année suivante, alors que le pays, pacifié pour un 
temps , leur permit de rentrer dans leurs foyers , mais 
non sans endurer de nouvelles épreuves le long de leur 
route, comme on le verra plus loin (i). 

Sommerive s'aperçut, au point du jour, du départ des 
fugitifs et les fit poursuivre par un certain nombre de 
fantassins et de cavaHers, qui réussirent seulement à se 
saisir de quelques femmes retardataires, dont les unes 
furent tuées, les autres violées, d'autres emmenées pri- 
sonnières. Aussi bien la colonne ne tenait pas à pousser 
loin sa poursuite , à cause du mauvais état des routes 
et surtout parce qu'elle voulait avoir sa part du butin de 
la ville, « où, » dit de Bèze, « ils trouvèrent fort peu de 
gens à tuer au prix de ceux qui étaient sortis, et fort 
peu de gens à piller. Si est-ce qu'ils y tuèrent de trois 
à quatre cents, que femmes, qu'enfants, sans aucun res- 
pect ni d'âge ni de religion, » Ces derniers n'avaient 
pas voulu suivre Sénas et Mauvans, et ceux d'entre eux 
qui étaient catholiques crurent qu'ils seraient épargnés. 



(0 Pour les détails circonstanciés de la retraite de Sisteron, voy. Arnaud, 
Hist. des prot. du Dauph., t. I, p. 145-148. 



LES GUERRES DE RELIGION. 1 6g 

Mais il n'en fut rien. Les soldats de Sommerive les 
égorgèrent sans pitié comme les autres. Un pareil fait 
s'était déjà produit à Orange. Les quelques soldats qui 
avaient été préposés à la garde de la brèche et qui ne 
furent pas avertis du départ de la garnison pour que 
l'attention de l'ennemi ne fût pas éveillée par un fait qui 
aurait paru extraordinaire , périrent également dans la 
tuerie. 

Après cet exploit , dont il ne retira que peu d'hon- 
neur, Sommerive laissa pour gouverneur dans la ville le 
baron de Montagut son gendre avec un régiment de 
sept compagnies , qui relevèrent les murailles renver- 
sées. (( Dans leur fuite, les protestants, » dit La Plane, 
« n'eurent ni le temps ni la faculté d'emporter de gros 
bagages. Ils abandonnèrent entre autres choses, dans 
Sisteron, leurs livres religieux et quantité de coins pour 
la fabrication des monnaies. Les coins furent brisés et 
les livres brûlés (i). » 

DÉFAITE DE SOMMERIVE ET DE SUZE A SAINT-GILLES. 
FAITS d'armes DIVERS (1562-1563). 

Après la prise de Sisteron, Suze et Sommerive déci- 
dèrent de marcher incessamment contre Montpellier, 

(i) Claude de Cormis dans Louvet, Additions, t. I, p. 557 et suiv,; — 
Pierre Cormis dans Louvet, Additions, t. I, p. 20Î et suiv. ; — Nicolas Re- 
gnault dans Mémoires de Condé , t. III, p. 656 et suiv. ; — Du Puget Saint- 
Marc dans la Collection des mémoires de Michaud et Poujoulat, t. VI, p. 714- 
716; — Pérussiis, Discours des guerres, p. 55-92 ; — Mémoires de Condé, t. II, 
p. 42, 45, j2, 76, 90; — Crespin, Recueil des choses faictes durant les troubles, 
p. J40, 541 ; — De Serres, Comment., i« pars, fol. 68, 69, 88; — De Bèze, 
t. III, p. 200-212; — Recueil des choses mémorables, p. 264, 270-276; 
— De Thou, t. III, p. 237-245; — d'Aubigné, t. I, p. 20J et suiv.; — Nos- 
tradamus, p. 789 et suiv.; — H. Bouche , t. II , p. 656-641 ; — Gaufridi, 
t. II, p. JI2-Ï2I; — Louvet, Histoire, t. I , p. 1Ç6-160; — Papon, t. IV, 
p. IJ9-162, 169-172, 175-179;— Lambert, t. I, p. 1 38-191; — De la Plane, 
Histoire de Sisteron, t. II, p. 43-69 ; — etc., etc. 



170 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

dont Jacques de Crussol , seigneur de Beaudinè, frère 
cadet du comte Antoine de Crussol, s'était emparé. Ils 
passèrent le Rhône le 17 septembre sur un pont de 
bateaux, entre Trinquetaille et La Camargue, et résolu- 
rent de prendre d'abord Saint-Gilles. Leur armée comp- 
tait trois mille fantassins , huit cornettes de cavalerie , 
dont quatre étaient composées uniquement de maîtres , 
trois pièces de canon , une couleuvrine et deux pièces 
de campagne. Ils se croyaient invincibles, mais, surpris 
par le capitaine Grille, ils furent mis dans une complète 
déroute près de Saint-Gilles. Nous n'avons pas à ra- 
conter en détail cette défaite mémorable, qui appartient 
à l'histoire du Languedoc ; nous nous bornerons à dire 
que Suze et Sommerive perdirent deux mille hommes (i), 
dix-sept enseignes ou drapeaux, deux gros canons et 
leurs armes et bagages , tandis que Grille n'eut qu'un 
seul des siens tués. « Le butin fut grand, » dit de Bèze, 
« d'autant que ces gens s'étaient équipés comme pour 
aller aux noces, de sorte qu'il s'y trouva une infinité de 
violons et de livres d'amour (2). » 

Pendant ce temps, les catholiques d'Apt et de Bo- 
nieux et autres lieux surprirent le bourg de Joucas, oc- 
cupé par les protestants, et tuèrent quarante-sept per- 
sonnes. Deux jours après, le chevalier d'Ansouis et le 
capitaine Pignolly sortirent^ le premier de Cucuron, le 
second de Lacoste, se saisirent de Lourmarin, tuèrent 
cinquante-cinq protestants et chassèrent les autres, qui 
se virent réduits à errer dans les bois, où ils eurent à 



(1) Selon d'autres i?oo et 2500. 

(2) Pérussis dans d'Aubais, t. I , p. 29; — De Bèze , t. III , p. 104-10J ; — 
H. Bouche, t. II, p. 641, 642 ; — Gaufridi, t. II, p. J21 ; — Dom Claude de 
Vie et Dom Vaissete, Hist. génér. du Languedoc, éd. de Toulouse, 1840-1846, 
t. VIII, p. 587, 588; — Père Justin, Hist. des guer-res , éd. de Carpentras , 
iSçS, p. 165-166 ; — etc. 



LES GUERRES DE RELIGION. I7I 

endurer toutes sortes de privations, surtout la faim (i). 
La mort du duc de Guise , assassiné par Poltrot de 
Méré, sous les murs d'Orléans (i8 février 1563), ra- 
nima le courage abattu de quelques protestants de Pro- 
vence. Un petit nombre d'entre eux, réunis dans le bois 
de Murs, s'emparèrent de Joucas, attaquèrent Goult 
sans succès, surprirent et pillèrent Lacoste; puis, tra- 
versant la montagne du Léberon, ils rejoignirent à Mé- 
rindol une troupe de cavaliers de leur parti, venue de la 
haute Provence. Formant avec eux un effectif de douze 
cents hommes, ils franchirent la Durance et saccagèrent 
Sénas et Lamanon. Pour arrêter leur marche, Somme- 
rive envoya contre eux, à Orgon, la compagnie de Flas- 
sans , et à Mallemort celle de Hubert de Garde, sieur 
de Vins, neveu de Carcès, qui devint célèbre dans la 
suite. Le premier, aidé des capitaines de Meyrargues 
et de Mouriès , qui avaient déjà tendu avec succès une 
embuscade à la nouvelle garnison de Joucas, s'empara 
du château de cette place , qu'il restitua à de Cuges, à 
qui il appartenait. On y trouva de grandes provisions de 
blé, qui furent distribuées aux soldats (2). 

MASSACRES DANS TOUTE LA PROVENCE (1561, I 562). 

La chute de Sisteron mit complètement les protestants 
de Provence à la merci de leurs ennemis, et on n'en- 
tendit plus parler, pendant plusieurs mois, que des vio- 
lences inouïes dont ils furent l'objet. Non seulement ils 
furent expulsés des villes et villages qu'ils habitaient, mais 
encore les passions les plus brutales se donnèrent libre 
carrière contre eux, et ils périrent en grand nombre. 



(i) Pérussis, dans d'Aubais, t. I, p. ji. 
(2) Id., ibid., p. 57-40. 



172 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

Crespin (i) et de Bèze (2), en nous donnant la longue 
et douloureuse nomenclature de tous ces martyrs de la loi 
évangélique, nous font connaître les détails horribles qui 
accompagnèrent la mort de plusieurs d'entre eux. Nous 
ne reproduirons pas cette liste lugubre, réimprimée de 
nos jours (3), et nous nous bornerons à indiquer le 
nombre des victimes, en les classant par genre de sup- 
plices , suivant le travail de Drion (4) , oij sont compris 
les protestants massacrés depuis le commencement de 
la première guerre de religion jusqu'à l'édit de pacifi- 
cation d'Amboise : 

Hommes tirés des prisons et tués sans jugement, 38 

— brûlés, 23 

— lapidés , 6 

— fendus et démembrés vifs, ^ 27 

— tués et précipités , 1 3 

— morts d'épouvante, 48 

— enterrés vifs, 6 

— déterrés et jetés aux chiens, 2 

— morts de faim, 2 

— noyés , 9 

— pendus et arquebuses, 449 
Femmes, filles et enfants assassinés par coups, 443 
Femmes et filles violées, et en partie tuées dans 

1 3 locaHtés diverses , nombre inconnu 

Femmes et filles tramées et tuées ensuite, , 12 



(i) Fol. 674-680. 

(2) Tome III, p. 215. — Voy. aussi de Serres, Comment., i^ pars, fol. 88; 
— Recueil des choses mémorables , p. 270; — De Thou , t. III, p. 248 ; — 
d'Aubigné, t. I, p. 204 ; etc. — Les historiens provençaux, des six-septième 
et dix-huitième siècle , généralement partiaux à l'endroit des protestants, ont 
Jugé à propos de passer ces massacres sous silence. 

(3) Haag. La France protestante, t. X, p. 469-472. 

(4) Hist. chronolog. de l'Eglise protest, de France. Paris et Strasbourg, iSjî, 
t. I, p, 99, 100. 



LES GUERRES DE RELIGION. 1 73 

Femmes et filles brûlées vives , 6 

— — pendues , 4 

— — noyées , 2 

— — percées avec un bâton ferré, 4 

— — couronnées d'épines et tuées, 2 

— — mortes d'épouvante , 10 

— ■ — préciptées , i 

— — fendues et démembrées vives, 

enceintes de jumeaux, i 

— — déterrées, i 

— — mortes de faim et de froid, 1 17 
Enfants tués , 42 
Enfants morts de faim en prison, 50 
En tout, plus de 1300 personnes. 

Nous ne comptons ici que les protestants massacrés 
de sang-froid et sans nécessité et le plus souvent dans 
leur propre pays, et nullement ceux qui furent tués à la 
guerre, où les adversaires combattaient loyalement et à 
armes égales. 

Parmi les personnages qui se signalèrent dans ces 
tueries, soit qu'ils les aient commises directement ou 
laissé commettre, on remarque les consuls de Marseille, 
de Bormes, du Luc, de Pignans et de Saint-Maximin ; 
les prêtres de Digne et de Saint-Martin-de-Castillon ; 
Hugues Frenel, viguier de Saint- Remy ; Jean Clavier, 
juge à Brignoles ; le lieutenant du bailli de Besse ; le 
viguier et les juges de Saint-Maximin ; les capitaines 
Héléon de Mirabel, de Thoard ; Louis Bras, du Luc; 
Marquet, de Mérindol; Pignolly, Luquin Joffret, Bou- 
quenègre, Montdragon et Flassans ; les quatre person- 
nes qui suivent de la famille Quiqueran : Jean de Qui- 
queran dit Ventabren ; Honoré de Quiqueran dit le 
Sacristain, son frère; Gaucher de Quiqueran dit Mé- 
janes ; Robert de Quiqueran dit Beaujeu, etc. 



174 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

Les personnages d'une position sociale plus élevée, 
qui commandèrent les massacres ou y poussèrent, sans 
oser toutefois les commettre eux-mêmes, furent Carcès, 
Mentin, et les conseillers au Parlement Tributiis, Chesne 
et Bagaris. 

l'édit de pacification d'amboise (19 mars 1565). 

VIEILLEVILLE, COMMISSAIRE EXÉCUTEUR DE l'ÉDIT 
EN PROVENCE. 

Pendant que ces excès se commettaient , Catherine 
de Médicis s'était rapprochée des huguenots et avait 
fait la paix avec eux. L'édit de pacification d'Amboise 
du 19 mars, qui en fut la conséquence, garantissait la 
liberté de culte aux nobles dans leurs châteaux, aux re- 
ligionnaires des villes qui jouissaient de l'exercice de la 
religion réformée au 7 mars 1563, et à ceux qui habi- 
taient les faubourgs des villes de bailliage. Les habitants 
des villages étaient sacrifiés. 

Cet édit fut apporté en Provence, le 19 avril, par 
Antoine de Ben^nt de Lubières , sieur de Villeneuve , 
gentilhomme de la chambre du roi, mais, peu après lui, 
arrivait Marc de Branges, porteur de lettres royales dé- 
fendant, au contraire, d'une façon absolue, l'exercice de 
la religion réformée en Provence. Le Parlement qui , 
dès la nouvelle du traité de paix, avait décidé de conti- 
nuer la guerre et rendu un arrêt (26 mars) portant in- 
terdiction de l'exercice de la nouvelle religion dans la 
province , refusa d'enregistrer l'édit. Le roi , se déju- 
geant une nouvelle fois , lui ordonna de le faire en lui 
dévoilant (6 mai) les motifs particuliers qui l'avaient en- 
gagé à se réconcilier avec les huguenots, lui disant, en- 
tre autres choses , que la ville de Lyon ne déposerait 
les armes que lorsque les justes réclamations des reli- 



LES GUERRES DE RELIGION. 17^ 

gionnaires de Provence seraient satisfaites. Mais rien 
ne put vaincre une obstination contre laquelle vinrent 
encore échouer une lettre de jussion de Charles IX du 
21 mai et des lettres du comte de Tende des i" et 

19 juin et de Sommerive du 20 du même mois. 

Sur ces entrefaites , le maréchal François de Sce- 
peaux de Vieilleville , l'un des commissaires institués 
par la reine mère le 18 juin pour faire exécuter l'édit 
d'Amboise dans le royaume , arriva en Provence. Il 
passait, au dire de Brantôme (i) , « pour être plus poli- 
tique que religieux, » et avait même favorisé la Réforme 
lorsqu'il était à Metz , « jusque-là , » ajoute le même 
auteur , « qu'il maria sa seconde fille avec le sieur de 
Lys de Lorraine, qui était fort de la religion ; ce que de 
ce temps fut trouvé fort étrange, car lors ces mariages 
n'étaient communs en France. » 

Vieilleville, accompagné de Jean Truchon, président 
du Parlement de Grenoble , arriva à Tarascon le 

20 juillet. Il y trouva le comte de Tende , qu'il réinté- 
gra dans ses fonctions de goijverneur de Provence. 
Sommerive était également venu attendre le maréchal 
et se réconcilia à cette occasion avec son père. Vieille- 
ville écrivit le même jour au Parlement pour lui faire 
connaître ses ordres (il l'avait déjà informé de sa mis- 
sion depuis Lyon) , et le pria de lui députer quelques- 
uns de ses membres pour conférer avec lui. Le prési- 
dent de Lauris et les conseillers Ermenjaud et Bagarris, 
fougueux catholiques, acceptèrent cette mission. Il par- 
tit ensuite pour Aix où il ne séjourna que deux jours , 
car il désirait visiter d'abord Marseille. Il était de re- 
tour dans la capitale de la Provence le i®"" août. Le 8 , 
il réunit le comte de Tende, un certain nombre de con- 

(i) Œuvres complètes, éd. Buchon, Paris, 1848, t. I, p. 49J. 



176 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

seillers du Parlement et les gentilshommes les plus 
marquants de la Province et prit avec eux les résolu- 
tions suivantes : 

<( Ceux de la religion prétendue réformée se retire- 
ront en leurs maisons, seront rétablis et réintégrés dans 
leurs biens, offices et états suivant l'édit du roi; 

» En la jouissance et entretenement d'iceux biens et 
états ne leur sera fait aucun reproche, ennui ou déplai- 
sir en quelque façon que ce soit ; ains vivront sûrement 
et en liberté de leurs consciences en leurs dites mai- 
sons sans y être aucunement recherchés ou contraints... 

» Est enjoint aux magistrats et consuls... de tenir la 
main à ce que chacun desdits de la religion puissent vi- 
vre en leurs dites maisons en toute sûreté et liberté de 
leurs dites consciences , sur peine d'en être responsa- 
bles en leurs propres et privés noms... 

» Et quant aux prêches et exercices de la religion , 
requis par ceux de la religion, cela, quant à présent, est 
mis en surséance et défendu jusques à ce qu'autre- 
ment en ait été ordonné par Sa Majesté, devers laquelle 
se pourront retirer pour y être pourvu selon son bon 
plaisir. » 

En vertu de ces ordonnances les conseillers protes- 
tants fugitifs (i) du Parlement durent être rétablis dans 
leurs fonctions. Quand ils se présentèrent le 30 août 
pour entrer en séance , on voulut leur faire prêter un 
serment de foi catholique , mais ils s'y refusèrent , se 
fondant sur ce que Tédit d'Amboise leur permettait de 
vivre en liberté quant à la religion. Le Parlement, em- 
barrassé, les ajourna, et lorsque Vieilleville revint à Aix, 
le 6 septembre, il déclara que le serment religieux était 



(i) Eguilles, Chateauneuf, Pena, Ferrier, Arcussia, Somati, et l'avocat 
généra Puget (Voy. page ijj). 



LES GUERRES DE RELIGION. 177 

inutile et, accompagné de Truchon , il introduisit lui- 
même les conseillers protestants dans le Parlement, où 
ils furent admis en prêtant le serment professionnel or- 
dinaire. 

Quant aux autres protestants fugitifs de Provence qui, 
après la chute de Sisteron, s'étaient retirés pour la plu- 
part à Lyon, comme on l'a vu plus haut, ils étaient des- 
cendus dans le comtat Venaissin après la publication 
de l'édit sous la conduite du comte de Tende, Cipières, 
Beaujeu, Sénas et Mauvans, et y attendaient l'autorisa- 
tion de rentrer dans leurs foyers (i). Vieilleville négocia 
leur rapatriement pour le 24 août, après avoir eu beau- 
coup de peine à triompher du refus des villes du Com- 
tat, de les laisser passer dans leurs murs. Au nombre 
de quinze cents hommes environ et de trois cents 
femmes ou enfants, ils traversèrent presque tout le Com- 
tat en passant par des chemins détournés pour ne pas 
éveiller l'attention de leurs ennemis. Le 27, ils franchi- 
rent la Durance à Orgon. Là ils se séparèrent selon la 
lettre des procureurs du pays, portant que ceux de la 
nouvelle religion de ce pays de Provence, qui viendraient 
pour se retirer en leurs maisons ne pourraient séjourner 
que pour un repas dans les lieux qu'ils traverseraient, et 
former des groupes de plus de quarante hommes, selon 
les articles qu'en avait faits le maréchal de Vieilleville (2). 
Le plus grand nombre des fugitifs se retirèrent chez eux, 
quelques autres s'établirent à Orgon, Sénas, Alleins et 
Mallemort, et voulurent y célébrer leur culte, contraire- 
ment aux ordonnances de Vieilleville, Le comte de 
Tende dut leur représenter les dangers auxquels ils s'ex- 
posaient et les menacer de châtiment s'ils persistaient 

(i) Sur le séjour de ces réfugiés dans le Comtat, voyez l'Histoire des pro- 
testants de cette province. 
(2) Meyer, Inventaire sommaire des arcli. commun, de Tarascon, AA, i}. 

I 2 



178 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

dans leurs prétentions : ce qui les décida à s'établir à 
Mérindol, où l'exercice de leur religion se pratiquait en 
toute liberté. 



SUSPENSION DU PARLEMENT ET SON REMPLACEMENT PAR 
UNE COMMISSION DE JUSTICE (1563-1564). 

Cependant le Parlement de Provence continuait à 
obéir aux mêmes passions. Comme auparavant, il s'abs- 
tenait de poursuivre les meurtriers des protestants, no- 
tamment ceux d'Antoine de Mauvans et du conseiller 
Jean Salomon ; il rendait partialement la justice, com- 
mettait des iniquités criantes et multipliait les concus- 
sions. Quant à l'édit d'Amboise, il ne se préoccupait 
en aucune sorte de son exécution. C'est ainsi qu'à 
Valensole on chassa tous les protestants de leurs mai- 
sons au son du tocsin et qu'on massacra Fosse l'un 
d'eux. Sommerive en écrivit au Parlement, qui ne pour- 
suivit pas les coupables, non plus qu'il ne fit réintégrer 
les exilés dans leurs foyers. 

Profitant de la déclaration de majorité de Charles IX, 
les protestants de Provence déléguèrent à la cour de 
France l'avocat Mutonis, leur coreligionnaire, pour lui 
exposer leurs nombreux griefs. Le roi, pour lors, se 
décida à sévir et écrivit au comte de Tende qu'il était 
contraint, « contre son vouloir et inclination naturelle » 
de suspendre le Parlement jusqu'à nouvel ordre, et le 
24 novembre 1563, il signa l'édit qui remplaçait cette 
Cour souveraine par une commission de justice, compo- 
sée de quatorze membres, dont un, président, douze con- 
seillers et un procureur général. A l'exception de ce der- 
nier, les membres de la commission furent tous choisis 
dans le Parlement de Paris, ou le grand conseil du roi 



â 



LES GUERRES DE RELIGION. 1 79 

(4 mars 1 564). Le comte de Tende reçut la mission de 
les installer. 

Quelques jours auparavant le roi lui avait déjà envoyé, 
pour pacifier la Provence, le capitaine seigneur de Biron, 
précédé de cinq cents hommes, commandés par le sieur 
de Romoles(22 février 1564), et les conseillers au grand 
Conseil de la Magdelaine, et Jausse (ou Joseph) de 
Beauquemare. 

Biron, arrivé à Aix au commencement de mars 1564, 
convoqua les Etats du pays à Manosque. Carcès, con- 
sidéré comme le chef de la noblesse catholique, ne s'y 
rendit point. L'assemblée fut peu nombreuse et ne con- 
sentit pas à accorder aux protestants des assemblées et 
des prêches ; elle décida néanmoins que la garnison 
catholique de Sisteron quitterait la ville et que le gou- 
verneur en serait changé. Biron alla à Sisteron le 4 avril, 
désarma les habitants et y installa comme gouverneur le 
neveu du comte de Tende, Beaujeu, qui permit l'exercice 
de la religion réformée dans les maisons particulières. 
L'artillerie fut conduite à Marseille. Divers travaux de 
défense furent rasés et les remparts eussent été égale- 
ment abattus, sans l'insistance des consuls, qui repré- 
sentèrent la dépense considérable qu'entraînerait cette 
démolition. Peu après, les catholiques s'étant plaints 
de Beaujeu, il fut remplacé par Urtys. 

Biron et les deux commissaires qui l'accompagnaient 
firent tous leurs efforts pour pacifier la Provence, mais 
le désordre était si grand partout qu'ils ne réussirent 
qu'en partie. Ainsi Crespin (i)raconte « qu'étant à Arles, 
où ils avaient fait exécuter trois brigands en effigie, la 
potence en fut arrachée ; et dedans Apt, le jour que l'édit 
de paix fut publié, les brigands allèrent chantant et dan- 

(i) Folio 680. 



l8o HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

sant par toute la ville, disant que, pour cela, ils ne se 
garderaient pas de faire à l'accoutumée ; comme de fait 
on ne laissa de tuer et massacrer là et ailleurs. » 

La commission de justice, destinée à remplacer le 
Parlement, arriva à Aix le 5 avril 1564. Le comte de 
Tende et Biron, qui avaient reçu de nouveaux ordres, 
l'installèrent sans opposition le 12. Elle avait pour pré- 
sident Bernard Prévost, seigneur de Morsan, président 
au Parlement de Paris. C'était un homme intègre, éclairé, 
et sage, qui s'acquitta de ses fonctions avec beaucoup 
d'impartialité. Les nouveaux conseillers châtièrent les 
protestants comme les catholiques quand leur culpabi- 
lité leur fut démontrée. Ils firent de sages règlements de 
police et dépêchèrent une infinité de procès et de causes 
pendues au croc depuis trente ou quarante ans. L'édit 
d'Amboisefut exécuté loyalement. Sommerive et Carcès 
reçurent l'ordre de se retirer dans leurs terres. Flas- 
sans quitta Aix avec de Cuges avant de se le faire dire. 
Gaspard de Garde, sieur de Vins, le père de Hubert, 
un des conseillers les plus passionnés de l'ancien Parle- 
ment, ayant refusé de quitter la ville, fut mis en prison 
et n'en sortit que plusieurs mois après. 

Voyant que la commission de justice était bien déci- 
dée à remplir son devoir, deux mille catholiques proven- 
çaux qui avaient commis des violences et des crimes de 
divers genres, avant et pendant la guerre, se réfugièrent 
dans le comtat Venaissin, mais le comte de Tende et 
Biron obtinrent l'extraction des plus criminels, qui fu- 
rent exécutés (i). Les églises réformées de la province 
renaquirent à l'espoir (2), et les Etats du pays, assem- 
blés à Tarascon le 21 octobre 1564, consentirent enfin 

(i) a Decrudelissimis aliquot latronibiissumptum est suppliciiim. » {Calvinl 
opéra, vol. XX, n° 4112.) 

(2) Calinni opcra, vol. XX, n" 41 12. 



LES GUERRES DE RELIGION. loi 

à accorder Mérindol aux protestants comme lieu de 
culte, sous le bon plaisir du roi, qui confirma la déci- 
sion des Etats le i6 novembre suivant. 

VOYAGE DE CHARLES IX EN PROVENCE. RÉINTÉGRATION 
DU PARLEMENT. INSTITUTION d'uNE CHAMBRE NEU- 
TRE (l 564-1567). 

Pendant son long voyage de pacification à travers le 
royaume, Charles IX visita la Provence, où on lui fit de 
grandes fêtes qui contrastèrent avec la misère publique. 
Le 20 octobre 1 564 il était à Aix. Il y demeura trois jours 
et, siégeant au Parlement, il rendit une ordonnance pour 
abattre le pin tristement célèbre du jardin du conseiller 
d'Eguilles. Après avoir parcouru diverses villes du pays, 
il était à Arles le 16 novembre, où il fut retenu trois se- 
maines par une inondation, et donna l'ordre d'exécuter 
à mort quatorze ou quinze brigands, qui avaient commis 
les plus grands excès pendant les troubles, et de con- 
damner à la prison quatre ou cinq autres mauvais gar- 
nements. Il ne voulut pas aller plus loin dans la voie de 
la répression et, à la demande des Etats de Provence 
et du comte de Tende lui-même, toujours porté à ou- 
blier les injures, il rappela, par lettres patentes datées 
d'Arles, 4 décembre 1564, enregistrées le 18, l'ancien 
Parlement, à l'exception des conseillers qui avaient 
montré le plus de passion pendant les troubles (i). La 
suspension avait duré huit mois. De Morsan fut maintenu 

(0 C'étaient Jean-Augustin de Foresta, baron de Trets, premier président 
Gaspard de Garde, sieur de Vins, quatrième président ; Jacques de Rabasse, 
procureur général; Honoré de Trébutiis, sieur de Sainte-Marguerite; André 
d'Ardillon, sieur de Montmirail ; Nicolas Ermenjaud, sieur de Barras ; Honoré 
Laugier, sieur de Colobrières ; François Rascas, sieur de Bagaris. — Le roj 
les réinté!,'ra plus tard dans leurs fonctions par des arrêts individuels. 



l82 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

comme président. En installant ses nouveaux collègues 
il leur <( représenta que, outre le bien de la justice, trois 
choses devaient les obliger : l'honneur de Dieu, le ser- 
vice du roi et le bien du peuple. » 

Le Parlement épuré poursuivit l'oeuvre de la commis- 
sion de justice. Il continua à condamner à mort des catho- 
liques et-des protestants qui s'étaient rendus coupables 
de divers crimes, de sorte que son impartialité mécon- 
tenta les hommes ardents des deux partis. Les protes- 
tants se plaignirent lés premiers à Charles IX (i6 mai 
1 565), qui ordonna une enquête. Mais bien que celle-ci 
eût été imparfaitement dirigée, il fut reconnu que les 
plaintes étaient exagérées. Quant aux catholiques, ils 
députèrent au roi, en août de la même année, un con- 
seiller qui revint avec une amnistie générale pour toutes 
les personnes accusées ou convaincues de crimes com- 
mis avant l'édit de pacification ou retenues prisonnières. 
Un an environ après, le comte de Tende mourut à 
Cadarache à ïkge de cinquante-huit ans (23 avril 1 566), 
regretté de tous les esprits modérés. Il était né le 27 mars 
1507. Son fils, Honorât de Savoie , comte de Somme- 
rive , lui succéda dans ses fonctions de gouverneur et 
de grand sénéchal de Provence en vertu de lettres pa- 
tentes du 28 avril 1 566. En même temps , par un choix 
malheureux, Carcès fut nommé lieutenant général pour 
le roi dans la province, et de Morsan reçut ses lettres 
de rappel. Les commissaires parisiens qui l'avaient ac- 
compagné étaient partis plus d'un an auparavant, au 
moment de la réintégration du Parlement. C'est ainsi 
que cet homme juste et courageux et ses associés , qui 
étaient bien décidés à rendre la justice d'une façon im- 
partiale, se virent arrêtés dans leur oeuvre. « La multi- 
tude des coupables , » dit le Recueil , « la qualité d'une 
partie d'iceux , le crédit des autres et les merveilleuses 



LES GUERRES DE RELIGION. 183 

pratiques de Carcès et du Parlement d'Aix, empêchè- 
rent ces justiciers de faire ce qu'ils prétendaient. » A 
quoi la Popelinière ajoute : « Encore est-il notoire que 
Morsan, empêché en plusieurs choses, ne la fît longue 
sans être révoqué, ne pouvant exécuter le tiers de tant 
de choses qui lui avaient été déférées, et les magistrats, 
auteurs des séditions, remis en leur premier honneur. » 

Alarmés de ces changements dans le personnel poli- 
tique et judiciaire de la province , les protestants con- 
çurent de nouvelles alarmes et demandèrent au roi 
d'adjoindre au Parlement une Chambre de justice neu- 
tre , composée mi-partie de conseillers protestants et 
de conseillers catholiques , qui connaîtraient des con- 
traventions à l'édit d'Amboise et des causes oij les reli- 
gionnaires seraient partie. Le roi accéda à leur vœu et 
la Chambre fut créée par lettres patentes du 21 (ou 25) 
janvier 1 567 (i). 

Le Parlement vit avec peine la création de cette 
Chambre mixte et n'enregistra qu'à regret, trois mois 
après (10 avril), les lettres patentes de son institution. 
Encore atténua-t-il la portée de celles-ci en déclarant 
qu'elles ne serviraient qu'à ceux qui les avaient sollici- 
tées. Il n'est pas étonnant, dès lors, que la nouvelle 
Chambre ait eu peu à faire, selon la remarque de Lou- 
vet, et qu'elle ait été supprimée au bout d'une année 
(14 janvier 1 56^8). 

Le jour de la rentrée du Parlement, en 1567, après 
les vacances, les conseillers protestants, s'étant absen- 
tés pour assister au culte réformé de Mérindol , leurs 



(i) En firent partie les conseillers protestants Eguilles, Châteauneuf, Pena, 
Somati, Arcussia, déjà nommés, et Jean du Puget avec le titre de président; 
et les conseillers catholiques Claude de Panisse, baron de Montfaucon ; 
Hugues Dedons , coseigneur d'Istres, Geoffroy, Pierre Ferrier, Louis 
Anthelmi, Jean Girandi, seigneur de Broves, Greoux et Rousset. 



184 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

collègues , vivement froissés de leur démarche , décidè- 
rent que le gouverneur de la province serait dorénavant 
autorisé à se saisir des revenus des conseillers qui , à 
l'avenir, s'absenteraient de la Cour ou assisteraient à 
des assemblées illicites (1). C'était un abus de pouvoir, 
car, comme on l'a vu plus haut, l'exercice réformé avait 
été autorisé à Mérindol. 



DEUXIÈME GUERRE DE RELIGION 

(29 SEPTEMBRE I567-2O MARS I568) 



LES PROTESTANTS SE SAISISSENT DE SISTERON. SIÈGE 
INFRUCTUEUX DE LA PLACE PAR SOMMERIVE 

('567)- . 

Catherine de Médicis et Charles IX , en continuant 
leur long voyage à travers la France , reçurent de per- 
fides conseils du duc d'Albe , ministre de Philippe II , 
roi d'Espagne, dans les entrevues secrètes de Bayonne, 
il les pressa de mille manières d'exterminer les héréti- 
ques et surtout leurs chefs. Catherine se souvint de la 
recommandation et , jugeant le moment propice pour 



(i) Pérussis dans d'Aubais, t. I, p. 45, 50, Ç5, 55, 67, 69, 76; — De Serres, 
Comment., III" pars , p. 5 , j8 , 114 ; — La Popelinière, t. II, fol. 2-4; — 
Mémoires de Coudé, t. II,' p. 175, 176, 184; — De Bèze, t. III, p. 241-245, 

— Recueil des choses mémorables, p. 276 ; — Nostradamus, p. 800 et suiv. ; 

— Honoré Bouche, t. II, p. 645-650 ; — Pitlon , p. 291-294; — Louvet , 
Histoire, t. I, p. 167-221 ; — Gaufridi , t. II. p. 522-551 ; — Cabasse , Essai 
historique, t. I, p. 185-208; — La Plane, Hist. de Sisteron, t. II, p. 74-81 ; — 
Lambert, t. I, p. 191-222; ~ etc. 



LES GUERRES DE RELIGION. l8=; 

recommencer la guerre , elle emprunta de l'argent, fit 
des levées de troupes et appela en France six mille 
lansquenets suisses. Persuadé dès lors que l'édit d'Am- 
boise allait être déchiré, le prince Louis de Condé , 
l'amiral Coligny et les autres chefs protestants, ordon- 
nèrent une levée en masse de tous les protestants du 
royaume. 

Avertis par Moreau , député du prince de Condé 
dans la principauté d'Orange , le comtat Venaissin et 
la Provence , les protestants de ce dernier pays entrè- 
rent en campagne au jour convenu et se rendirent par 
petites bandes vers la Durance. Dans quelques commu- 
nes, comme à Forcalquier, Sault , Peyruis , L'Escale, 
Château-Arnoux , Les Mées , Seyne, ils expulsèrent 
les garnisons catholiques, nommèrent des consuls de 
leur parti et célébrèrent publiquement leur culte [jo sep- 
tembre). Les six conseillers protestants, Eguilles, Châ- 
teauneuf, Pena, Ferrier, Arcussia et Somati , un huis- 
sier, plusieurs avocats et procureurs et l'avocat général 
Puget, sortirent furtivement d'Aix dans la nuit pour re- 
joindre leurs coreligionnaires, 

Sommerive , espérant arrêter le mouvement , fit pu- 
blier dans toutes les communes de Provence l'édit 
d'Amboise , déclara prendre les religionnaires sous sa 
protection et députa à Mérindol le baron de Lagarde , 
le président au Parlement Louis de Puget, et les con- 
seillers Geoffroy et d'Ardillon pour engager les protes- 
tants à rentrer dans leurs foyers et à déposer les armes 
(3 octobre) ; mais ils ne furent pas écoutés. Ces der- 
niers, se saisissant de Cadenet et de Lauris, s'apprêtaient 
à franchir la Durance quand ils apprirent que le prince 
de Condé , ayant échoué dans son projet d'enlever le 
roi, allait l'assiéger à Paris même, oia il s'était réfugié, 
et appelait à son aide tous les protestants du royaume. 



l86 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

Sur cette nouvelle , les protestants réunis à Mérindol 
se partagèrent en deux corps d'armée : l'un , sous les 
ordres de Cipières , se dirigea vers Sisteron et s'en 
empara sans coup férir, grâce aux intelligences qu'il 
avait nouées dans la place ; l'autre, comptant dix ensei- 
gnes et commandé par Mauvans , rejoignit les troupes 
huguenotes du Dauphiné qui se rendaient au siège de 
• Lyon (octobre). 

Cipières réunit à lui les soldats protestants de la 
Provence septentrionale et orientale , nomma son cou- 
sin Beaujeu gouverneur de Sisteron et , peu à près , 
Scipion de Valavoire , auquel succéda ensuite Saint- 
Martin ; et , après avoir donné les ordres nécessaires 
pour approvisionner et fortifier la ville et s'être emparé 
de toutes les places environnantes , il partit avec six 
cornettes de cavalerie pour renforcer la garnison pro- 
testante de Nîmes. 

En présence de l'attitude résolue du prince de Condé, 
Charles IX publia tout d'abord une ordonnance (28 sep- 
tembre) , où il témoignait de sa résolution de faire ob- 
server l'édit d'Amboise et prononçait l'amnistie de tous 
ceux qui, dans les vingt-quatre heures, déposeraient 
les armes; mais, changeant tout à coup de politique et 
décidé à poursuivre la guerre avec vigueur, il donna 
ordre aux gouverneurs de ses provinces de lever le plus 
de troupes possible. « Je vous prie bien fort, mon cou- 
sin, » écrivit-il le 28 septembre à Sommerive, « qu'incon- 
tinent la présente reçue... vous fassiez par tous les lieux 
de votre gouvernement assembler les arrière-bans et 
tous mes bons et loyaux sujets , gentilshommes et au- 
tres..., afin que vous puissiez rompre avec tous ceux 
que vous saurez être sn armes et élevés de leur au- 
torité sans avoir eu commandement de moi ou de 
vous..., de sorte que vous demeuriez le maître et que 



LES GUERRES DE RELIGION. 187 

je puisse être, par tout votre gouvernement, reconnu 
et obéi comme je dois. » 

Sommerive communiqua ces ordres aux protestants 
de Sisteron et des autres places qu'ils occupaient. 
Quelques-uns se rangèrent de son parti, les autres re- 
tournèrent dans leurs maisons , mais la plupart demeu- 
rèrent fidèles à leur drapeau. 

Sommerive réunit ensuite à Aix (20 octobre) , après 
avoir au préalable consulté les Etats du pays , quatre 
mille fantassins , cinq cents cavaliers , sa compagnie 
d'hommes d'armes , celle de Carcès , presque tous les 
gentilshommes cathohques de la Provence et dix pièces 
d'artillerie qu'il fit venir de Marseille. Ensuite il donna 
l'ordre à Carcès, lieutenant pour le roi en Provence, de 
mettre le siège devant Sisteron avec l'infanterie. Lui- 
même, avec la cavalerie, se rendit à Barbentane , oij il 
conclut une alliance offensive et défensive avec le car- 
dinal d'Armagnac, colégat du pape à Avignon, et les 
députés de Bertrand Rambaud de Simiane , baron de 
Gordes, gouverneur du Dauphiné, et de Guillaume, vi- 
comte de Joyeuse, gouverneur du Languedoc. De là, 
il alla au secours du baron de Lagarde , enfermé dans 
le château de Nîmes (la ville était tombée au pouvoir 
des protestants) ; mais il fut obligé de rétrograder 
(27 octobre) sans avoir été plus heureux que François 
de La Baume de Suze, qui l'avait devancé ; et il se dé- 
cida à rejoindre Carcès , qui approchait de Sisteron. 
Leurs deux armées réunies formaient un effectif de 
quinze mille hommes, tandis que les huguenots ne comp- 
taient que quatre mille fantassins et douze cents cava- 
liers , commandés par Cipières , Beaujeu , Sénas , Du 
Bar, Malijai, Valavoire , Jean de Brancas , baron de 
Céreste, et autres capitaines renommés. 

Etant campé à Château-Arnoux, Sommerive reçut 



lob HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

les lettres que le roi écrivait à Cipières et à divers au- 
tres capitaines huguenots pour les engager à déposer 
les armes, les assurant « qu'on leur garderait la foi des 
édits s'ils demeuraient sous son obéissance (i). » Le ca- 
pitaine Gaspard de Valavoire , seigneur de Vaux , frère 
aîné de Scipion , député à Sisteron pour faire tenir les 
lettres à leurs adresses, n'ayant pas été reçu, fit lire par 
un trompette aux pieds des murailles un édit du roi , 
sommant les rebelles de rentrer dans leurs foyers. Les 
Sisteronais ayant répondu que cet édit ne les concer- 
nait point parce qu'ils ne se considéraient pas comme 
des rebelles, Valavoire leur fit connaître les résultats in- 
décis de la bataille de Saint-Denis (lo novembre); mais 
cette nouvelle ne fit que les affermir dans la lutte. 

Un froid précoce et rigoureux, accompagné de neige 
et de pluie, empêcha Sommerive d'entreprendre le siège 
de Sisteron. Il se borna à laisser devant la place des 
forces suffisantes pour s'opposer aux sorties des assié- 
gés, cantonna ses troupes dans les villages environ- 
nants et se porta au secours de Gordes, gouverneur du 
Dauphiné , qui était serré de très près par Jacques de 
Crussol, sieur d'Acier (2), Mauvans et autres capitaines 
huguenots. Avant de partir, il voulut tenter une der- 
nière fois de traiter de la paix par l'intermédiaire de 
Du Puget Saint-Marc, parent de Saint-Martin, gouver- 
neur de la ville ; mais tout fut inutile. 

Voyant que Sisteron, à cause de l'inclémence de la 
saison, ne serait pas attaquée de sitôt, deux mille hom- 
mes de pied et quatre, cents chevaux de l'armée pro- 



(1) 'Louvet, Histoire, t. I , p. 256, mentionne d'autres lettres du roi des 
14 et 17 octobre et du 2 novembre 1J67 , pardonnant aux religionnaires, qui 
déposeraient les armes, et donnant ordre de leur courir sus en cas de refus. 

(2) Pendant la première guerre de religion, ce gentilhomme portait le nom 
de seigneur de Beaudiné. 



LES GUERRES DE RELIGION. 189 

testante s'étaient rendus , quelques jours auparavant , 
dans le Languedoc par le pont Saint-Esprit sous le 
commandement de Cipières , pour se porter au 
secours des huguenots de cette province (9 novem- 
bre). 

reprise et nouvelle levée du siège de siste- 
ron. belle retraite du comte de carcès (1567- 
M68). 

Sommerive revint au camp établi devant Sisteron le 
I [ janvier de l'année suivante (1568), après avoir reçu 
un renfort de sept compagnies dauphinoises comman- 
dées par Claude de Laire, seigneur de Glandage, Jean 
de Gruel , seigneur de Laborel , et Georges de Ferrus 
dit La Casette (7 janvier). La température s'étant ra- 
doucie, on put songer à attaquer sérieusement la place. 
C'était des hauteurs de l'hôpital Saint-Jean que la ville 
avait été canonnée en 1562. Carcès ne négligea pas les 
avantages de cette position et y établit sa principale 
batterie, tandis que Sommerive se posta sur la ligne du 
Buech. L'attaque commença bientôt sur tous les points. 
L'artillerie eut à peine ouvert la brèche que les assiégés 
prirent l'alarme. Sommerive en profita pour leur en- 
voyer un parlementaire ; mais ils élevèrent si haut leur 
prétention qu'on ne put s'entendre. Néanmoias , les 
négociations furent reprises. Dans l'intervalle, Cipières, 
qui revenait de Montpellier, où il avait concouru à la 
prise du fort Saint-Pierre, rentra dans Sisteron à la tête 
de six mille hommes, qui comptaient dans leurs rangs 
les meilleurs capitaines protestants du Dauphiné, Fur- 
meyer, Lesdiguières, Albert Martin , sieur de Champo- 
léon, et d'autres. Renonçant alors au système de tem- 



IÇO HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

porisation qu'elle avait adopté jusque-là , la garnison 
déclara hautement qu'elle songeait, non pas à négocier, 
mais à se défendre. 

Sommerive, toutefois, voulut faire un dernier effort. 
Il proposa une entrevue à son frère Cipières, qui l'ac- 
cepta. La discussion fut d'abord assez vive. Sommerive 
fît valoir le service du roi , l'ancienneté de la religion 
catholique, le repos de la province. Cipières parla de 
sa conscience , de la nécessité de réformer le catholi- 
cisme et de ne plus opprimer le peuple. Les deux frè- 
res se radoucirent toutefois dans un entretien particulier 
et se séparèrent avec des signes visibles de satisfaction. 
Il fut convenu entre eux, paraît-il, que le siège serait 
levé; car, à la nuit tombante, les canons catholiques 
furent retirés. Voyant cela, les assiégés, qui ignoraient 
ce que les deux frères avaient décidé entre eux , ouvri- 
rent un feu nourri sur l'ennemi et, faisant une sortie 
générale , jetèrent le désordre dans le camp. L'armée 
catholique , se croyant trahie , se débanda ; en un in- 
stant , toutes les routes furent couvertes de soldats er- 
rants à l'aventure. Quelques-uns se noyèrent en voulant 
franchir la Durance, d'autres gagnèrent le pont du Ja- 
bron, affluent de cette rivière. Carcès ne put rallier que 
quatre mille de ses soldats sur quinze mille, et, pour 
cacher sa retraite , il fit planter des bâtons avec des 
mèches allumées tout le long des tranchées ; mais les 
assiégés s'aperçurent du stratagème et poursuivirent les 
fuyards. Carcès , qui était à un quart de lieue de la 
place, ne se déconcerte point pour cela; il met pied à 
terre , fait faire volte-face à ses soldats et , s'armant 
d'une pique , il offre aux siens l'exemple de la résis- 
tance. Mais tous ne l'imitèrent point , et c'est à ce mo- 
ment que , voyant fuir un gentilhomme proposé pour ' 
recevoir le collier de l'ordre du roi , il l'arrêta en lui 



LES GUERRES DE RELIGION. ICI 

criant : « Où allez-vous, monsieur? A moi, c'est . ici 
qu'on donne l'ordre. » 

Surpris de la résistance des soldats catholiques, les 
protestants cessèrent de les attaquer et coururent s'em- 
parer de la maladrerie du pont du Jabron, située à un 
quart de lieue de là, en même temps qu'ils occupèrent 
la rive droite du torrent dans la pensée que leurs enne- 
mis, ne pouvant passer ailleurs, il leur serait facile de 
leur couper la retraite. Carcès avait fait occuper ce 
point par Louis d'Urre, seigneur du Puy-Saint-Martin ; 
mais ce gentilhomme, au lieu d'arrêter courageusement 
la marche des soldats de la garnison, alla avertir Carcès 
de leur dessein et ces derniers purent occuper, sans 
obstacle, ce poste important. Ils n'en retirèrent pas 
pourtant de grands avantages. Carcès, voulant sauver 
avant tout son artillerie, la place au centre de ses trou- 
pes et, quoique harcelé de toutes parts par des soldats 
dont le nombre grossissait de plus en plus, il s'avance 
en bon ordre jusqu'au Jabron et y trouve ses ennemis 
postés. Les plus hardis des siens roulent les pièces de 
canon dans la rivière et un combat furieux s'engage. Le 
jour commençait à paraître. Carcès se rend sur le théâ- 
tre de la lutte et, après des prodiges de valeur, chasse 
l'ennemi et parvient à tirer ses pièces hors de l'eau. 
On assure qu'il rompit plusieurs épées dans le combat 
et qu'on le vit , avec un tronçon à la main , poursuivre 
les soldats de la garnison jusque sous les murs de la 
place, où, au dire, évidemment exagéré, des histo- 
riens, ils ne rentrèrent qu'après avoir laissé douze cents 
des leurs sur le champ de bataille. Il rétablit son 
honneur compromis par la déroute qu'il avait essuyée 
au commencement de l'action sous les murs de la 
place. Les débris de l'armée catholique furent ramenés 
à Aix par Sommerive qui , à peine arrivé , repartit en 



192 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

hâte pour Riez avec quelques compagnies de cava- 
lerie pour repousser un parti des huguenots de Sisteron 
et des places environnantes qui menaçaient cette ville 
(6 février 1568). Quant à Cipières, il quitta Sisteron 
après y avoir laissé sept compagnies sous le comman- 
dement du capitaine Coste et il cantonna ses autres 
troupes à L'Escale, Malijai, Les Mées , Oraison, En- 
trevenne et Digne, qui tenaient son parti. 

Sommerive, pour être fidèle à l'alliance offensive et 
défensive qu'il avait conclue avec le cardinal d'Arma- 
gnac, colégat d'Avignon, dut bientôt aller à son secours 
(17 février); mais tous ses exploits consistèrent dans la 
prise de quelques places sans importance. 

ÉDIT DE PACIFICATION DE PARIS { 2j marS I568). 
ASSASSINAT DE CIPIÈRES A FRÉJUS. 

Sur ces entrefaites, on apporta en Provence la nou- 
velle que Charles IX venait de faire la paix à Lonju- 
meau (20 mars 1 568) avec le parti huguenot. L'édit de 
pacification de Paris (23 mars), qui suivit, reproduisait 
en gros les articles du célèbre édit de janvier 1 562 et 
autorisait l'exercice de la religion réformée dans un 
certain nombre de villes et dans les maisons des gen- 
tilshommes ; mais il ne donnait aucune garantie maté- 
rielle. 

Sommerive , revenu à Aix de son expédition du com- 
tat Venaissin , fit mettre des gouverneurs et des gar- 
nisons catholiques dans les principales villes de la 
province. Le baron de Lagarde , chargé d'obtenir la 
reddition de Sisteron , persuada à ses habitants et à la 
garnison de déposer les armes. Sommerive y entra donc 
le 7 mai et nomma, comme gouverneur, Du Puy-Saint- 
Martin, à qui il donna l'ordre de réparer, au plus tôt, les 



LES GUERRES DE RELIGION. 19:; 

fortifications de la place, qui étaient dans un grand état 
de délabrement. Mauvans , qui avait suivi , avec ses 
Provençaux, le prince de Condé à Orléans, revint dans 
sa maison de Castellane. 

Deux mois après eut lieu le lâche assassinat de Cipiè- 
res. Ce plus jeune fils du comte de Tende, qui n'avait 
encore que vingt ans, était allé à Nice rendre visite au 
duc de Savoie, son parent. A son retour, et lorsqu'il 
était près de la ville de Fréjus, on l'avertit que des embû- 
ches lui étaient dressées dans le bois de l'Esterel. Per- 
suadé qu'il trouverait un asile sûr à Fréjus même, il y en- 
tra avec sa suite, composée de trente-six hommes, mais 
ceux qui s'étaient embusqués pour le surprendre, entrè- 
rent bientôt après lui, au nombre de trois cents. Antoine 
de Villeneuve, baron des Arcs, gouverneur de Fréjus, 
qui les conduisait, fait aussitôt sonner le tocsin. Douze 
cents hommes s'ameutent , et assiègent la maison où 
s'était réfugié Cipières. Les consuls de la ville, priés 
d'intervenir^ obtiennent que des Arcs et tout le peuple 
se retireront pourvu que Cipières et son escorte livrent 
leurs armes. Cela fait, et lorsque la multitude s'est en 
partie écoulée, des Arcs revient avec ses gens, attaque 
de nouveau la maison et massacre toute la suite du 
jeune gentilhomme. Le gouverneur, ne trouvant pas parmi 
les morts Cipières, que les consuls avaient fait évader, 
mande ces derniers, feint devant eux d'être en souci sur 
le sort du frère de Sommerive, et leur promet de lui con- 
server la vie s'ils le lui amènent. Les consuls ont la fai- 
blesse de céder, et l'infortuné jeune homme est sur- 
le-champ poignardé par le baron. Les complices le 
percent de mille coups , et son corps défiguré n'est 
bientôt qu'une plaie (30 juin 1568). 

Les historiens de Serres et de Thou assurent que beau- 
coup de gens étaient persuadés que l'ordre d'assassiner 



194 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

Cipières émanait de la cour de France. D'Aubigné 
ajoute même que des Arcs « disait tout haut, qu'il ne 
faisait rien sans bon aveu et commandement exprès, » 
« Ce qui rend cette opinion très vraisemblable , » fait 
remarquer de Thou, « c'est qu'un des gens de Cipiè- 
res , qui faisait dans ce temps-là ses affaires à Paris , 
fut dans le même temps assassiné auprès du Louvre, 
sans qu'on ait pu en savoir la raison, à moins que ce ne 
fût pour se saisir des lettres et des ordres secrets qu'il 
pouvait avoir pour son maître (i). » 

Sommerive (et c'est une honte pour sa mémoire) ne. 
se mit pas en peine de venger la mort de son frère. « Il 
n'avait garde, » disent des mémoires du temps (2), a de 
pousser des gens qui l'avaient délivré d'un compétiteur 
à ses biens et qui le menaçait à tout moment de faire 
ouvrir un testament qu'il avait de son père. » Le crime 
du baron des Arcs resta impuni, et les habitants de 
Fréjus ne furent non plus inquiétés. Le Parlement 
envoya bien un commissaire sur les lieux pour informer 
et ce fut tout. Brantôme raconte (3) qu'un des meur- 
triers de Cipières apportait tous les ans des limons de 
Provence à la reine mère à Paris, et qu'il l'avait vu lui- 
même plusieurs fois. Ce jeune seigneur fut vivement re- 
gretté de tout son parti. « Les huguenots de Provence, » 
dit le même Brantôme, « avaient grande créance en lui 
et, s'il ne fût mort, il aurait fort remué, car il était brave 



(i) Les historiens provençaux veulent que des Arcs n'ait pas été l'assassin 
de Cipières. Aux témoignages rapportés plus haut, nous ajoutouterons celui 
du prince de Condé, qui écrivait ceci au roi peu après le triste événement : 
(. Comment racontera-t-on à votre Majesté cette triste et lamentable mort du 
sieur de Cipières, lequel inhumainement et de guet-apens a été meurtri et 
massacré avec trente-six gentilshommes par le baron des Arcs, accompagné 
d'un grand nombre de brigands et de voleurs. >> {Histoire de nosfre temps... 
s. I., 1570, p. 122). 

(2) Cités par Girardin, Hist. de la ville... de Fréjus. t. I, p. 247. 

(5) Œuvres complètes, éd. Buchon, t. I. p. ?4^ 



LES GUERRES DE RELIGION. 19:; 

et vaillant, et y était très grand seigneur ; » à quoi Du 
Puget Saint-Marc ajoute : « Ce fut grand dommage ; 
car, hors la religion, c'était un des gentils seigneurs qui 
furent en France... accompagné de beaucoup de belles 
vertus. » 

Les huguenots fugitifs de Provence, peu confiants 
dans les sentiments de modération et d'équité de Som- 
merive, hésitaient, malgré l'édit de Paris, à rentrer dans 
leurs foyers; c'est pourquoi le gouverneur fit crier à son 
de trompe, à Aix et dans la Provence entière, que tous 
ceux de la religion qui avaient quitté leurs maisons eus- 
sent à y revenir, sous peine de la confiscation de leurs 
biens (i). 



TROISIÈME GUERRE DE RELIGION 

{2(, AOUT I 1568-8 AOUT 1^70) 



les troupes protestantes de provence rejoignent 
l'armée de condé et les catholiques celle du 

ROI. MORT de MAUVANS. VEXATIONS DIVERSES ( 1 568- 

1570). 

La paix de Lonjumeau ne fut pas observée parla reine 
mère. Elle garda ses troupes sous les armes et laissa 
massacrer impunément les huguenots dans les principales 

(i) Du Puget Saint-Marc, Collection Micliaud et Poujoulai, i. VI , p. 716- 
717 ; — Pérussis dans d'Aubais, t. I, p. 84-87, 89, 94-97 ; — La Popelinière, 
t. I, fol. 45 ; — De Serres, Comment., IIl^ pars. p. 147 -, — De Thou, t. IV, 
p. 154; — D'Aubigné, t. I, fol. 570-371, 512 ; — Louvet, Histoire, t. I, p. 225- 
2jo; — Gaufridi, t, II, p. J32-559; — Papon, t. IV, p. 196-200; — Lambert, 
t. I, p. 225-251 ; — La Plane, Histoire de Sisteron, t. II, p. 91-102; — etc. 



I96 histoirl: des protestants de Provence. 

villes de France. Dix mille d'entre eux périrent sous le 
fer des assassins. Dès lors, les protestants ne songèrent 
plus qu'à se défendre. En Provence , Cipières (c'était 
peu avant sa visite au duc de Savoie et son assassinat à 
Fréjus) eut une conférence avec Mauvans à Besse , oiJ 
fut arrêté un plan de campagne. Sommerive, qui était à 
ce moment à Sisteron , en ayant été informé , revint à 
Aix sur-le-champ et mit dix-sept compagnies de gens 
de pied sous les armes ; mais aucune rencontre n'eut 
lieu et, pendant cette troisième guerre de religion, le 
sang ne coula pas en Provence. 

En septembre parut un édit du roi , qui abrogeait 
celui de Paris. Il portait en substance que les dernières 
mesures de tolérance avaient été arrachées à la reine 
mère « contre son opinion , laquelle a toujours été 
chrétienne, » et enjoignait aux ministres de la religion 
réformée de sortir du royaume dans les quinze jours 
sous peine de confiscation de corps et de biens. Un 
autre édit du 25 du même mois excluait de l'Université 
et des offices de judicature tous les religionnaires. Ces 
deux édits, enregistrés par le Parlement avec un grand 
zèle , furent publiés à Aix avec une pompe extraordi- 
naire. Les consuls en chaperon , le viguier et les huis- 
siers du Parlement en robes rouges, se mêlèrent à la 
foule, qui manifesta une joie cruelle et proféra des me- 
naces de mort contre les religionnaires. Les conseillers 
de la religion, Eguilles, Pena, Châteauneuf, Arcussia et 
Somati furent révoqués de leurs fonctions en vertu du 
second édit (i), ainsi que le lieutenant civil François 
Guérin, qui était protestant. Le sixième conseiller hu- 
guenot, Ferrier, venait de mourir. 



(i) Pena et Arcussia, qui abjurèrent, obtinrent leur réintégration, mais ils 
dt.mcurcrent protestants au fond du cœur comme on le verra en IÇ72. 



LES GUERRES DE RELIGION. 197 

En prenant congé de Cipières à Besse , Mauvans, 
d'après ses ordres, s'était rendu à Séderon 'pour rece- 
voir cinq cents huguenots du comtat Venaissin et de la 
principauté d'Orange, qui venaient se joindre aux trou- 
pes protestantes de Provence , formant seulement un 
effectif de dix enseignes d'infanterie, commandées par 
le baron de Céreste, et de deux cornettes de cavalerie, 
aux ordres de Valavoire et de Charles Alleman, vicomte 
de Pasquiers. Mauvans aurait réuni plus de soldats, 
mais le baron de Sénas et le pasteur de Mérindol , qui 
désapprouvaient cette nouvelle guerre, qu'ils considé- 
raient comme une querelle particulière , dissuadèrent 
beaucoup de gens de s'enrôler. Mauvans conduisait ses 
troupes au prince de Condé, qui avait appelé à lui tous 
ses coreligionnaire du royaume. L'ordre du départ était 
fixé au 25 août 1568 et le rendez-vous de toutes les 
troupes protestantes du Midi devait avoir lieu à Alais. 
D'Acier, par commission de Condé, en avait été nommé 
général en chef. Au nombre de trois mille environ, les 
soldats comtadins , orangeais et provençaux franchirent 
le Rhône à Loriol, vis-à-vis de Baix-sur-Baix, avec une 
audace et une habileté inouïes, qui accrurent la célébrité 
déjà considérable de Mauvans (i). 

Nous ne raconterons pas les destinées de la petite 
armée provençale à travers le royaume , car elles ap- 
partiennent à l'histoire générale des guerres de religion; 
nous nous bornerons à dire que , réunie aux sept régi- 
ments dauphinois et aux soldats languedociens , elle 
fit sa jonction avec l'armée de Condé à Aubeterre 
le i®"" novembre 1568. Le duc d'Anjou (plus tard 
Henri III), qui commandait l^armée royale et attendait 
des renforts, ne consentit à se battre que le 13 mars 

(i) Voy. E. Arnaud, Hisf. iies prof, du Daupli., l. I, p. 251 et siiiv. 



lyB HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

de l'année suivante à Jarnac. Condé fut vaincu, fait pri- 
sonnier et lâchement assassiné par Montesquieu. Par 
contre, l'armée protestante, ralliée par Coligny , fut 
victorieuse à La Roche-L'Abeille (Vienne) le 24 juin, 
battue à Moncontour (Haute-Vienne) le 3 octobre, de 
nouveau victorieuse à Arnay-le-Duc (Côte-d'Or) le 25 
juin 1570 et se dirigea sur Paris, quand Catherine de 
Médicis, craignant d'être faite prisonnière, signa, à La 
Charité, le 8 août, une paix beaucoup plus avantageuse 
aux protestants que toutes les précédentes. 

Mauvans avait perdu la vie dès le commencement de 
la lutte. Sa division, campée à Mensignac, à douze 
kilomètres de Périgueux, était à une grande distance 
du corps principal de d'Acier, établi à Saint-Astier. 
Les troupes catholiques en profitèrent pour l'attaquer 
avec de grandes forces. D'abord repoussées avec 
perte de Mensignac, elles feignirent de battre en re- 
traite pour attirer Mauvans dans la campagne, oij son 
infanterie, dépourvue de piques, serait à la merci de la 
nombreuse cavalerie catholique. Le capitaine huguenot, 
malgré les représentations du vaillant François de Bar- 
jac de Pierregourde, son lieutenant, et l'avis de d'Acier, 
qui lui avait fait dire de tenir bon dans son village en 
attendant qu'il le secourût, voulut gagner Ribérac. Mais 
à peine fut-il sorti de Mensignac que la cavalerie ca- 
tholique s'avança nombreuse et en bon ordre. Voyant 
cela, Mauvans choisit cinq cents arquebusiers qu'il 
équipe à la hâte , met pied à terre en tuant son cheval 
d'un coup d'épée pour montrer à ses soldats que l'heure 
des grandes résolutions est venue et ordonne le feu. 
Une grêle de balles pleut sur les cavaliers royaux ; 
mais ceux-ci, rabattant leurs lances, fondent avec impé- 
tuosité sur les soldats huguenots qui, malgré leur résis- 
tance , sont rompus et mis en déroute. Mauvans et 



LES GUERRES DE RELIGION. I99 

Pierregourde restèrent sur le champ de bataille avec 
six cents des leurs, tandis que les ennemis ne perdirent 
que quelques cavaliers. 

On ne retrouva pas le corps de Mauvans. « Il y eut 
quelques-uns de ses soldats, » dit Brantôme (i), « qui 
affirmèrent qu'étant au combat, où il se montra fort as- 
suré et résolu et se battit bien, comme il avait toujours 
fait en tout lieu, il eut une grande arquebusade dans le 
corps et le vit-on soudain, plein de colère, de rage et 
de dépit, s'appuyer la tête avec ses deux mains contre 
un arbre..., voire qu'il se donna de la tête, par deux 
fois, contre Tarbre, pensez plus de dépit, d'ennui et de 
regret d'avoir perdu ses gens que de sa blessure... et 
oncques plus ne le virent » (30 octobre 1568). 

Mauvans avait les qualités essentielles à un homme 
de guerre , la bravoure , Pintrépidité , le coup d'œil ; 
mais il péchait par un excès de confiance dans son cou- 
rage qui lui ôtait la prudence. C'était, du reste, un 
grand cœur, qui ne tolérait ni le pillage ni le meurtre 
parmi ses soldats. Il autorisait seulement la destruction 
des reliques et des images, qui lui paraissaient des si- 
gnes manifestes de superstition et d'idolâtrie. Ses soldats 
avaient un respect extraordinaire pour sa personne et, 
dans la bataille, déféraient aveuglément à ses avis. 
« M. le prince de Condé, » dit Brantôme (2), « le sut 
bien regretter, et surtout M. l'amiral, qui savait ce qu'il 
valait. » Son mérite était également apprécié à l'étran- 
ger et les princes allemands ne lui écrivaient qu'avec 
une sorte de vénération. 

Ceux de ses soldats qui échappèrent à la bataille de 
Mensignac parvinrent à se frayer une route au travers 



(i) CÊuvres, éd. Biichon, l. 1, p. 019. 
(2) Idem. 



200 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

de la cavalerie royale; mais, poursuivis par les gens d'ar- 
mes du colonel Timoléon de Cossé, comte de Brissac, 
ils se débandèrent. Les uns rejoignirent d'Acier par 
petites bandes , les autres errèrent en divers lieux , où 
ils furent massacrés par les habitants après avoir enduré 
toutes sortes de privations. Quinze cents d'entre eux 
périrent de la sorte. 

Comme les confédérés huguenots disposaient, dés le 
début de la guerre , d'une armée de vingt-cinq mille 
hommes, le roi avait invité toutes les provinces de son 
royaume à lui prêter main-forte. Sommerive reçut l'ordre 
d'armer trois mille soldats pour sa part. La noblesse et 
le clergé s'étant refusés à contribuer à leur entretien, les 
communes de Provence furent chargées de ce fardeau 
qui, il faut le dire, fut singulièrement allégé par le pro- 
duit de la vente des biens meubles et immeubles des 
huguenots absents. Cette mesure, que le Parlement au- 
torisa, permit à Sommerive de lever six mille hommes, 
au lieu de trois mille, et d'équiper huit galères, dont le 
commandement fut confié au baron de La Garde, réin- 
tégré depuis deux ans dans son poste de général des 
galères du roi. Il dirigea vaillamment le feu au siège de 
La Rochelle. 

Sommerive partit seulement le 20 novembre 1568, 
laissant deux mille hommes à Carcès pour garder la 
province, et il se rendit au camp du roi, en Saintonge, 
avec vingt-trois compagnies d'infanterie et trois cents 
chevaux. Ses soldats, composés de la fleur de la no- 
blesse provençale catholique et de presque tous les 
jeunes écuyers et cadets, se signalèrent par de nom- 
breux désordres. Sommerive lui-même donna l'exemple 
de l'insubordination en refusant de se placer sous les 
ordres de Brissac qui, pour ce fait, le provoqua inuti- 
lement en duel. Il prit part au combat de Jarnac 



LES GUERRES DE RELIGION. 201 

(13 mars 1569), où le jeune Hubert de Garde, sieur 
de Vins, neveu de Carcès , se couvrit de gloire, et il ■ 
rentra en Provence , le 26 août suivant , avant la fin de 
la guerre, après avoir perdu deux mille hommes. 

La nouvelle de la mort de Condé avait causé , en 
France, une joie extraordinaire. A Aix, on la célébra 
par des fêtes publiques et une procession solennelle, 
oii assistèrent le Parlement en robe rouge et le cardi- 
nal-archevêque Strozzi qui, perclus par la goutte, s'y fit 
porter dans un fauteuil en velours cramoisi à franges de 
fil d'or (3 avril 1 569). 

A la fin de l'année, Sommerive fut prié de secourir 
les catholiques du Languedoc, menacés par les protes- 
tants, qui avaient tenté, sans succès, de prendre Mont- 
pellier et s'étaient saisis de Nîmes. Le château seul de 
cette dernière ville résistait encore. Les Etats de Provence, 
assemblés à Aix le 22 novembre, accordèrent deux mille 
hommes à Sommerive, qui traversa la Durance le 2 jan- 
vier suivant , mais il conduisit ses troupes avec tant de 
mollesse, que la garnison catholique du château de Nîmes 
fut obligée de se rendre, faute de secours (31 janvier). 

Tandis que Sommerive était au camp du roi , les 
huguenots , restés dans le pays ., avaient essayé de se 
soulever, mais Carcès, s'étant porté en toute diligence 
sur les endroits menacés , fit échouer leurs desseins en 
ordonnant l'arrestation des principaux d'entre eux dans 
chaque lieu, le dimanche des Rameaux (3 avril 1569). 

Le 29 avril 1570, une commission fut signée « pour 
procéder à la vente des meubles et à l'aliénation des 
revenus des gens de la religion P. R., débiteurs des 
trois Etats de Provence , à l'effet d'éteindre leur dette 
par la confiscation de leurs deniers (i). » 

(i) Archives des Bouches-du-Rhône, B. 250. 



202 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

A Sisteron , on fit du prosélytisme d'une façon bru- 
tale. On rechercha les enfants qui avaient été baptisés 
par les ministres, pour le-s rebaptiser à l'Eglise, et Ton 
expulsa de la ville tous les domestiques protestants qui 
servaient chez des catholiques, en défendant à ces der- 
niers d'en avoir désormais à leur service (23 mars 1 570). 
Par contre , les protestants de Mérindol célébrèrent 
leur culte en grande pompe sans être inquiétés , le 
1 5 février de cette même année. Tous les religionnaires 
de la Valmasque y assistèrent. 

Pendant cette nouvelle guerre, le roi avait promulgué 
des édits rigoureux contre les réformés, notamment celui 
du 25 septembre 1568, qui les excluait des offices de 
judicature. Leur exécution toutefois , dans les lieux où 
ces derniers avaient de l'influence , n'était pas toujours 
facile. C'est ainsi qu'à Brignoles les consuls, ayant re- 
quis le réformé Jean Clavier, qui tenait le siège de la 
Cour ordinaire du lieu, de faire exécuter l'édit du 25 sep- 
tembre 1568, ce dernier ne tint aucun compte de l'in- 
jonction et laissa Pons de Montz et autres officiers 
royaux, qui appartenaient à la religion réformée, conti- 
nuer en paix leur office de judicature ; et même quand 
les consuls , en présence de Clavier , signifièrent par 
requête à de Montz de cesser ses fonctions, l'officier 
huguenot, entrant dans une grande colère, déchira la 
requête en prononçant a plusieurs paroles injurieuses, » 
que le greffier n'osa pas écrire, et il continua à sié- 
ger à l'auditoig^. Les consuls, s'étant ravisés, som- 
mèrent de Montz de « se désister dudit service, » 
mais ce fut sans plus de succès, car le juge leur 
enjoignit de ne pas le troubler sous peine de mille 
francs d'amende. Le conseil communal s'assembla 
là-dessus (12 novembre 1568) et, apprenant la conduite 
des consuls, décida de demander l'avis du Parlement 



LES GUERRES DE RELIGION. 20^ 

pour que l'édit du roi pût recevoir son exécution (i). 
Pour terminer ce qui regarde la troisième guerre de 
religion en Provence, nous, ajouterons que plusieurs 
protestants de marque de cette province se réfugièrent 
à Lausanne durant son cours , notamment Cardé avec 
sa femme et leur suite, Jean Puget, avocat du roi, Fran- 
çois Guérin , lieutenant du roi , Pena et Somati , con- 
seillers au Parlement (2). 

ÉDIT DE PACIFICATION DE SAINT - GERMAIN - EN - LAYE 
(15 août 1560). LA SAINT-BARTHÉLEMY EN PRO- 
VENCE. MORT DE SOMMERIVE (1572). 

L'édit de Saint-Germain, arraché à la reine mère , 
comme nous l'avons dit, par l'imminence du danger de 
voir Paris tomber au pouvoir des huguenots et publié à 
la suite du traité de paix de La Charité du 8 août 1 570, 
rétablissait l'exercice de la religion réformée dans tou- 
tes les villes occupées par les religionnaires au i^"" août, 
le permettait encore dans les faubourgs de deux villes 
par province (pour la Provence, ce furent ceux de Mé- 
rindol-et de Forcalquier) , et livrait au parti réformé 
quatre places de sûreté, appelées aussi places de ma- 
riage ou d'otage. Les protestants obtinrent également 
quelques garanties pour leur procès devant les Parle- 
ments. Ceux de Provence eurent le droit de récuser 
trois conseillers par chambre. Les conseillers protes- 
tants révoqués, Eguilles, Châteauneuf et Somati, repri- 
rent leurs sièges, et l'ancien lieutenant civil, François 
Guérin, fut nommé conseiller au Parlement, à titre de 
compensation. 



(1) Reg. des délibérât, commun, de Brignoles, 1566-157;, fol. 186. 

(2) Pièces justificatwes, n° III, B, 



204 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

Le mois suivant, le baron de Céreste, réunissant deux 
cents religionnaires provençaux réfugiés en Dauphiné , 
surprit le château de Mane , près Forcalquier , avec 
l'intention de faire célébrer le culte réformé dans les 
faubourgs de cette ville , conformément à la teneur de 
l'édit; mais Sommerive, qui avait sa compagnie de gens 
d'armes dans Forcalquier même , s'opposa à son des- 
sein et les hommes de Céreste durent se retirer chez 
eux. Lui-même alla s'enfermer dans son château de 
Céreste, à quelques lieues de là. 

Dans les premiers mois de l'année suivante (1571), 
Balthasar de Gérente, baron de Sénas, qui s'était illus- 
tré avec Mauvans au siège de Sisteron et dans la retraite 
héroïque de la garnison protestante de cette ville, mou- 
rut dans son château de Sénas. Il avait dépensé une 
grande partie de sa fortune pour soutenir la cause réfor- 
mée , mais la troisième guerre de religion , comme on 
l'a vu plus haut, n'avait pas eu son assentiment et il 
s'était abstenu d'y prendre part. 

Dans le mois de mars de la même année, les protes- 
tants célébrèrent leur culte sans opposition à Lourmarin, 
Cadenet et Mérindol, et y prirent la cène et, en août, 
à La Verrière, Valsainte, Forcalquier et Céreste. 

Les Etats de Provence, assemblés à Brignoles le 
2 avril de Tannée suivante (1572), manifestèrent leur 
intolérance habituelle. Ils refusèrent de réintégrer le 
religionnaire Perrochet dans son office de lieutenant au 
siège de -Forcalquier, et « conclurent que supplications 
très humbles seraient faites au roi de ne permettre point 
que les officiers religionnaires exclus de leurs charges 
y pussent revenir ni permettre l'exercice de la religion 
prétendue réformée en Provence et autre lieu que Mé- 
rindol. » 

La paix dont jouissait la province fut troublée par 



LES GUERRES DE RELIGION. 20^; 

les massacres de la Saint-Barthélémy (24 août 1572). 
Jean de Valavoire , frère de Scipion, en fut victime à 
Orléans , où il se trouvait pour lors. Le jeune Nicolas 
du Mas, seigneur de l'Isle, devenu plus tard célèbre 
sous le nom de baron d'Allemagne , ne dut son salut à 
Paris, oia il était au moment du massacre, qu'à la re- 
traite généreuse que lui accorda son compatriote de 
Vins. 

Sommerive, comme tous les gouverneurs du royaume, 
reçut l'ordre de mettre à mort les huguenots de sa pro- 
vince; mais il répondit à François de Boniface, seigneur 
de La Molle, qui lui présentait la lettre royale , scellée 
d'un sceau secret, qu'il ne pensait point qu'elle émanât 
du roi; que l'on devait avoir abusé de son nom, puis- 
qu'il avait reçu des ordres contraires, quelques jours 
auparavant; qu'il préférait obéir aux premières lettres 
qui lui paraissaient plus dignes du monarque, et que, 
quant aux seconds ordres, ils lui paraissaient si cruels 
et si barbares , qu'il n'y obtempérerait en aucune far 
çon lors même que le roi en personne les lui don- 
nerait. 

Les mémoires de l'époque (i) disent que la nouvelle 
des massacres de Lyon et la vue des nombreux cada- 
vres charriés par le Rhône et dont plusieurs étaient 
affreusement mutilés , causèrent une impression si vive 
en Provence que les catholiques eux-mêmes en furent 
comme frappés de stupeur. « Ceux d'Arles, entre au- 
tres , » disent-ils , « n'osaient ni ne voulaient boire de 
l'eau du Rhône, ainsi ensanglantée ; et combien qu''il y 
eut beaucoup de catholiques remuants en Provence, si 
est-ce qu'il n'y eut point de massacres , tant la plupart 
furent émus des horribles cruautés commises à Lyon, et 

(i) Dont s'est servi Crespin, fol. 79?. 



2o6 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

même ils enterrèrent ces morts en divers endroits et 
rivages de cette province. » 

Quelque temps après, Sommerive mourut subitement 
à l'âge de trente-quatre ans à Avignon , où il s'était 
rendu pour recevoir sa seconde femme Madeleine de 
La Tour (2 octobre 1572). L'opinion générale, au sei- 
zième siècle , est qu'il fut empoisonné par un ordre 
venu de l'entourage du roi ou du roi lui-même , parce 
qu'il avait refusé de massacrer les huguenots de son 
gouvernement (i). Cette belle action l'honore assuré- 
ment , mais ne saurait faire oublier sa participation au 
sac d'Orange, la guerre qu'il fît à son père, sa tolérance 
à l'endroit des massacres qui ensanglantèrent la Pro- 
vence pendant toute la première guerre de religion , et 
l'impunité dont il couvrit les assassins de son frère Ci- 
pières. Quant à sa capacité et sa valeur militaires, elles 
étaient nulles ou à peu près. 

Du reste , malgré les bonnes dispositions qu'il mon- 
tera pour les protestants au moment de la Saint-Barthé- 
lémy, il n'avait pas laissé de les persécuter vers la même 
époque. C'est ainsi qu'étant à Salon, il envoya son pré- 
vôt de campagne à Sénas, Eguilles, Lourmarin, Mérin- 
dol , Forcalquier et autres lieux, pour y interdire les 
prêches , ce qui effraya un certain nombre de protes- 
tants et les détermina à se réfugier en lieu sûr. Ceci se 
passait en août. Le mois suivant , les capitaines La 
Molle et Limans firent démolir le temple des réformés 
de Forcalquier. Enfin, le 5 octobre, on massacra cinq 
chefs huguenots à Sisteron, ce qui décida Carcès , qui 
n'avait non plus voulu , en qualité de heutenant pour le 
roi en Provence, exécuter les ordres de la cour et avait 
répondu à ceux qui le pressaient de procéder au mas- 

(i) Voy. aux Pièces justificatives n" II les preuves de son empoisonnement. 



LES GUERRES DE RELIGION. 207 

sacre qu'il n'était pas un boucher, mais un gentilhomme, 
à « retourner en Provence, » dit Pérussis, « pour em- 
pêcher le peuple de continuer le massacre des hugue- 
nots. » 

Après la mort de Sommerive, Charles IX érigea les 
terres de Carcès en comté, le nomma, en outre de son 
titre de lieutenant général, grand sénéchal de Provence, 
et lui confia le gouvernement du pays en attendant l'ar- 
rivée du maréchal Gaspard de Saulx de Tavannes , le 
successeur désigné de Sommerive. Carcès fut installé 
à Aix dans ses nouvelles fonctions , au mois de no- 
vembre 1 572 (i). 



QUATRIÈME GUERRE DE RELIGION 

(novembre I 572-11 JUILLET M 73) 



FAITS D ARMES SANS IMPORTANCE (1572-I573). 

Les massacres de Paris , renouvelés dans plusieurs 
provinces du royaume, remplirent d'effroi les protes- 
tants. Un grand nombre d'entre eux se sauvèrent en 
Angleterre, en Allemagne, en Suisse; d'autres s'éta- 
bhrent dans les villes où leur parti était le plus fort, no- 
tamment à Nîmes, Montauban, Sancerre et La Rochelle. 
La reine Elisabeth envoya des vaisseaux à leur secours 

(t) Du Puget, Collect. Michaud, t. IV, p. 200-205 ; — Pérussis dans d'Aubais, 
t. I, p. 98-100, 105, 104, 115, 117, 120, 127, 130, 132, 138, 140; — De Serres, 
Comment., HP pars, fol. 234, 235; — La Popelinière , t. I, fol. 70; — 
D'Aubigné , t. I, col. 381, 382, 588 ; — Nostradamus, p. 804 et suiv. ; — 
Honoré Bouche, t. II, p. 651, 656; — Louvet, Histoire, t. I, p. 254-266; — 
Gaufridi, t. II, p. <i^9-^47 \ — Papon, t. IV, p. 200-203 ; — Lambert, t. I , 
p. 2Ç1-271. 



2o8 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

et les princes protestants d'Allemagne, des soldats. La 
guerre toutefois ne commença qu'au mois de novem- 
bre et se concentra dans le siège de la Rochelle et 
celui de Sancerre. 

Le Parlement profita de ce moment de stupeur pour 
enjoindre , en pleine séance , aux conseillers de Pena , 
d'Arcussia , dont il a été parlé plusieurs fois , et Sau- 
vaire , qui faisaient profession de la religion réformée , 
de se démettre de leurs offices et de produire , dès le 
lendemain, l'acte d'abjuration qu'ils disaient avoir fait 
pour après y être pourvu (6 novembre). Il décida, en 
outre, que l'huissier du Parlement se transporterait, 
quatre jours après, dans le domicile des conseillers de 
Châteauneuf et François de Genest , de l'avocat géné- 
ral Du Puget et de François de Boniface, général des 
finances, également de la nouvelle religion, pour leur 
signifier le même arrêt (i). 

Parmi les soixante et un protestants de Provence (2) 
qui émigrèrent à Genève à cette époque , nous remar- 
quons : Michel Baile , procureur de Digne ; noble 
Henri de Grasse, fils de Claude de Grasse; le 
sieur d'Auribeau ; François Guérin , lieutenant pour le 
roi à Aix; noble Guillaume de Glandevès , sieur de 
Montblanc ; Pascal, ministre; Gaspard Delamer, natif 
de Sisteron , pasteur à Espinouse ; Pierre Agard , natif 
de Tourette-lès-Vence , pasteur à Fayence ; Pierre 
Franc, natif de Riez, pasteur à Marseille (3). 

Les protestants qui demeurèrent en Provence , con- 
sidérablement affaiblis par les trois guerres précédentes, 



(1) Arrêtés et délibérations des registres secrets de ta Cour de Parlement 
d'Aix (Bibl. d'Aix, ms. 907). 

(2) Pour le moins, car le Registre et Rolle des Estrangies de Genève, ren- 
ferme une lacune pour les huit premiers mois de l'année 1Ç72. 

(?) PCeces justificatives , n" III , A, i», 2° et 4°. 



LES GUERRES DE RELIGION. 209 

tentèrent bien quelques mouvements dans les monta- 
gnes du Léberon et certaines vigueries de la haute 
Provence (5 et 6 avril 1 573); mais Carcès en ayant été 
informé fit rompre le pont de Mallemort, sur la Du- 
rance, près Mérindol , et y posta des arquebusiers. Il 
remit ensuite sous l'autorité du roi les places de l'Escale, 
Volonne et Montfroc. Celles de Thèze, Le Poët et Va- 
lerne s'y replacèrent d'elles-mêmes. Curban , pour se 
rendre, attendit qu'on l'assiégeât , et Saint-Vincent fut 
emporté à l'escalade par le capitaine Saint-Maximin. 
Les huguenots provençaux, en armes, se retirèrent pour 
lors à Ribiérs , en Dauphiné , où ils campèrent long- 
temps. Carcès réunit aussi à Riez les principaux protes- 
tants de Provence pour les exhorter à vivre en paix 
sous les édits du roi : ce qu'ils promirent tous; mais 
il ne put empêcher les huguenots du Dauphiné de faire 
quelques incursions à main armée dans sa province. Il 
députa bien à Montbrun , leur chef, de Beaux, séné- 
chal de Nîmes, et de Saint-Etienne , d'Aix, mais ils ne 
purent rien obtenir de lui (8 mai) (i). 

ÉDIT DE PACIFICATION DE BOULOGNE (il juillet l^^j). 
TRÊVES DIVERSES. NAISSANCE DU PARTI DES POLI- 
TIQUES. 

Le duc d'Anjou , après avoir inutilement assiégé La 
Rochelle et perdu quarante mille hommes sous ses 
murs , conclut avec les Rochelois un traité de paix 
(24 juin 1573) , confirmé et ratifié par l'édit de Boulo- 
gne du 1 1 juillet suivant. Ce dernier n'autorisait l'exer- 

(I) Gaufridi dit que les Huguenots de Provence songèrent à cette époque 
à s'emparer d'Arles, Toulon et Marseille, mais nous pensons que c'est un 
anachronisme ou une exagération, car ils étaient trop faibles pour tenter de 
pareils coups. 

14 



210 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

cice public de la religion réformée que dans les villes de 
Nîmes, Montauban et La Rochelle. Les seigneurs haut 
justiciers obtenaient le droit de célébrer les baptêmes , 
mariages et sacrements dans des réunions privées qui 
ne pouvaient compter plus de dix personnes. Les autres 
religionnaires du royaume jouissaient seulement de la 
liberté de conscience et du for intérieur. 

Cet édit , comme il était aisé de le prévoir , mécon- 
tenta au plus haut degré ces derniers , qui s'attendaient 
à être mis en possession du droit d'exercice que l'édit 
précédent leur avait déjà garanti. Aussi ne voulurent-ils 
conclure que des trêves. C'est ce que firent ceux des 
provinces méridionales, dont les députés, agissant spé- 
cialement au nom des églises de Provence , Dauphiné 
et Languedoc, convinrent, avec le maréchal Henri de 
Montmorency, sieur de Damville, gouverneur du Lan- 
guedoc, d'une suspension d'armes de quinze jours à 
dater du 4 août. Une seconde assemblée des délégués 
de la noblesse et du commun état des Eglises réformées 
des mêmes provinces, réunie à Nîmes le 22 août, dé- 
cida d'envoyer des députés au roi pour lui demander 
une nouvelle trêve, qui fut signée à Beaucaire le 24 août 
et qui devait se prolonger jusqu'au 1" octobre. Enfin, 
une troisième assemblée, tenue à Montauban ce même 
24 août , où assistèrent des députés des provinces mé- 
ridionales du royaume, décida également d'adresser une 
requête au roi et de lui envoyer une députation pour le 
prier de tirer vengeance des massacres de la Saint- 
Barthélémy et lui demander des garanties pour le libre 
exercice de la religion réformée. Des délégués particu- 
liers des protestants provençaux se rendirent de leur 
côté à Paris et se joignirent à ceux de l'assemblée de 
Montauban. 

« Depuis quelque temps déjà, » dit Lambert, u les hu- 



LES GUERRES DE RELIGION. i\ i 

guenots provençaux, trop faibles pour lutter seuls avec 
avantage, avaient songé à se créer une force plus grande 
en attirant à eux le nombreux et intelligent parti de la 
bourgeoisie. Ce parti, catholique par conviction ou par 
indifférence, s'était toujours opposé aux violences et 
aux persécutions et, en dernier lieu, s'était fortement 
élevé contre les excès de la Saint- Barthélémy. Comme 
il tenait dans ses mains une partie de la fortune territo- 
riale et tout le commerce, c'était sur lui que pesaient 
les impôts; aussi les religionnaires de Provence, 
pour se l'attacher, prescrivirent-ils de parler au roi, 
moins de la religion que d'une réduction d'impôts. En 
effet, dans l'audience que Charles IX accorda aux délé- 
gués de l'assemblée de Montauban... ils demandèrent, 
au nom de la Provence la suppression de toutes les 
taxes pendant dix ans et, ce terme écoulé, leur réduc- 
tion au taux du régne de François P^ » Ils prouvèrent 
que les impôts s'étaient progressivement élevés en Pro- 
vence, depuis Louis XII, de 86,000 livres à 370,000. 
Charles IX garda le silence; mais la reine mère se 
montra offensée de tant d'audace, et, n'ayant pu, ni par 
promesses ni par menaces, amener les députés à modi- 
fier leur requête , les renvoya auprès de Damville 
pour s'entendre avec lui sur les moyens de faire exécu- 
ter le dernier édit de paix (18 octobre). Jacques de 
Crussol, duc d'Uzès (i), qui s'était converti au catholi- 
cisme après la Saint-Barthélemy, devait les accompa- 
gner. Quant à la demande spéciale des députés de Pro- 
vence, le roi s'excusa de ne pouvoir l'agréer, mais il 
promit de faire tous ses efforts pour alléger les charges 
qui pesaient sur leur pays. 



(i) Connu précédemment sous le nom de seigneur de Beaudiné, puis de 
baron d'Acier. 



212 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

Damville, dans l'intervalle de la députation, signa une 
troisième trêve avec les huguenots, qui devait se pro- 
longer jusqu'au 1 5 novembre suivant; mais il posa pour 
conditions qu'elle serait acceptée par Gordes, gouver- 
neur du Dauphiné, Carcès , qui remplissait par intérim, 
comme on l'a dit, les mêmes fonctions en Provence, et 
le cardinal Georges d'Armagnac, colégat d'Avigon. 
Peu après avoir reçu la délégation de Montauban, le roi 
ordonna à Damville de conclure une quatrième trêve 
avec les huguenots. Elle fut signée à Montpellier le 
29 novembre, et devait se prolonger jusqu'au 15 février 
1 574. Mais ces diverses suspensions d'armes ne parvin- 
rent pas à dissiper les craintes des huguenots des pro- 
vinces méridionales. Au retour de leurs députés de 
Paris, qui n'étaient non plus rassurés sur les dispositions 
pacifiques du roi et de Catherine de Médicis à leur 
égard, ils tinrent une assemblée politique à Millau 
(16 décembre 1 573), où ils procédèrent à l'organisation 
civile et militaire de leur parti. 

Pendant ce temps se formait dans le royaume le parti 
des politiques ou malcontents, qui se recruta d'un certain 
nombre de gentilshommes catholiques influents, que la 
Saint-Barthélémy, les débauches de la cour, la dilapi- 
dation des finances de l'Etat, et l'espèce de captivité où 
l'on tenait les deux jeunes princes Henri de Bourbon, 
roi de Navarre (devenu plus tard Henri IV), et Henri 
de Condé, avaient profondément irrités. Ce parti, qui 
avait à sa tête les trois frères Montmorency, savoir 
Henri de Damville, nommé plus haut, Guillaume de 
Thoré et Charles de Méru, s'unit aux huguenots pour 
s'efforcer d'arracher le sceptre du gouvernement des 
mains de la reine mère. 

La mort désespérée de Charles IX (30 mai 1574), 
resserra les liens des confédérés, qui tinrent une nou- 



.LES GUERRES DE RELIGION. 21 J 

velle assemblée politique à Millau (lo juillet), oia Dam- 
ville fut proclamé chef de l'armée alliée. Catherine 
alarmée, cherche à négocier; elle flatte, promet, 
menace ; mais on ne croit plus à la parole de cette 
reine perfide et cruelle, qui a tramé dans l'ombre et 
ordonné le massacre général d'une grande partie de 
ses sujets , et le parti des politiques grandit de jour en 
jour. 

On a retrouvé quelques-unes des lettres que le duc 
d'Anjou, son fils, devenu roi sous le nom de Henri III, 
écrivit sous son inspiration à certains gentilshommes de 
Provence, qui avaient de la sympathie pour les hugue- 
nots, et étaient entrés dans le parti des politiques. « Je 
veux bien vous faire ce mot, » disait-il le 28 février 1 574, 
à Matthieu de Baschi, chevalier de Saint-Estève (i)... 
« pour vous dire avec toute vérité, que jamais prince n'eût 
plus d'inclination à conserver la vie et les biens de tous 
les bons sujets que j'ai de ceux de ladite nouvelle opi- 
nion, qui se contiennent doucement, et que le plus grand 
déplaisir que je saurais recevoir, c'est d'entendre qu'il 
soit fait tort à aucun : ce que je vous prie de votre part 
empêcher es environs de votre demeure autant qu'il vous 
sera possible... Prenez en votre protection et sauve- 
garde tous ces gentilshommes vos voisins, étant de la 
nouvelle opinion, qui se contiendront doucement. » 
Quelques mois après (i^' août), Henri III écrivait ceci 
à Louis de Baschi, seigneur d'Auzet, frère de Saint- 
Estève (2) : « Je désire, en tout ce qui m'est possible, 
de réconcilier et réunir mes sujets en bonne paix, amitié, 
et intelligence les uns avec les autres, et leur faire con- 
naître que je ne me suis point acheminé en mon royaume 



(i) D'Aubais et Ménard, Picces fugitives, t. I, 2* partie, p. 72, 75. 
(2) Idem, t. I, p. 73. 



214 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

pour les travailler et répandre le sang. Je vous en ai 
bien voulu assurer par la présente (i). » 



CINQUIÈME GUERRE DE RELIGION 

(SEPTEMBRE I 5 74-6 MAI l<^76) 



ALLIANCE DES POLITIQUES ET DES PROTESTANTS EN 
PROVENCE. PRISE ET REPRISE DE DIVERSES PLACES 

(1574)- 

En Provence, comme dans tout le royaume, les pro- 
testants s'unirent aux politiques pendant cette nouvelle 
guerre. Parmi ces derniers, nous nommerons le cheva- 
lier de Saint-Estève, et son frère d'Auzet; Honoré de 
Grasse, seigneur de Tanaron, et son frère Antoine de 
Grasse, seigneur de Montauroux, et François, baron 
d'Oraison (2), « seigneur de beaucoup de mérite, » dit 
Nostradamus, « aimant également les armes et les livres. » 

Le chef des protestants, pendant cette nouvelle guerre, 
fut Nicolas du Mas de l'Isle, plus connu sous le nom de 
baron d'Allemagne (3). Il agissait comme général en 
Provence par commission et en l'absence de Damville. Il 
avait parmi ses lieutenants Timothée du Mas de l'Isle, 

(i) Pérussis dans d'Aubais, t. I, p. 145, 147. 151, 152 ; — La Popelinière, 
t. Il, p. 189; — Honoré Bouche, t. II, p. 6ç6; — Louvet, Histoire, t. I, 
p. 270, 271 ; — Gaufridi , t. II , p. 548-551 ; — Ménard , Hist. civ. eccl. et 
littér. de Nîmes (édit. de 1874), t. V, p. 88-101 ; — Lambert, t. I, p. 275-285 ; 
— etc. 

(2) Fils d'Antoine d'Oraison, vicomte de Cadenet. ' 

(3) Fils de Jean du Mas de l'Isle et de Honorade de Castellane. Melchior 
de Castellane, frère de celle-ci, n'ayant pas d'enfant, légua ses biens et son 
titre de baron d'Allemagne à son neveu Nicolas du Mas de l'Isle. 



LES GUERRES DE RELIGION. 21) 

son frère; Thaddée de Baschi, sieur d'Estoublon, frère 
du chevalier de Saint-Estève (i); Claude de Villeneuve, 
baron de Vence ; Jean de Villeneuve, baron des Tou- 
relles; de Montpezal ; Tavenlurier l'Espagnolel, el 
aulres. Ils n'attendirenl pas que leurs alliés du rèsle de 
la France eussenl pris les armes, car ils enlrèrenl en 
campagne au mois de juillet. Le 5 de ce mois, Tlsle et 
Montpezal s'emparèrent de Riez, où ils commirent des 
meurtres et des dévastations, et Esloublon de Digne. 

Les politiques, ayant à leur tète Tanaron et Montauroux 
et unis à quelques huguenots commandés par Bras, 
neveu de Mauvans, s'emparèrent de Gréouls, Puimois- 
son , Espinouse , et établirent leur quartier général au 
couvent de Saint-André-du-Désert près Riez. Une autre 
troupe de huguenots surprit quelques lieux de la Val- 
d' Aiguës et Montjustin près Forcalquier (fin août). Un 
peu plus lard (7 septembre), L'Isle et l'Espagnolel 
emportèrent d'assaut Anod, puis Sainl-Georges-de- 
Thérame-la-Haute, Torlone, le Poët, Majaslres et aulres 
places. Enfin le 18 octobre, la ville d'Aups, ayant refusé 
de payer sa contribution de guerre, fut envahie sans 
coup férir (c'était une place ouverte) , pillée el brûlée 
en partie par les troupes réunies du baron d'Allemagne, 
de L'Isle et d'Estoublon. Cent vingt personnes y furent 
tuées (2). 

En présence de cette levée générale de boucliers, 
Carcès avait ordonné la formation d'un camp à Barjols 
(i®"" août) (3) et convoqua le ban el l'arrière-ban de la 
noblesse. Secondé par son neveu de Vins, Pugel de 



(1) Estoublon avait épousé Sara du Mas de l'Isle, sœur du baron d'Alle- 
magne (Nicolas du Mas de l'Isle). 

(2) De Brosc, Episode des guerres de religion en Provence. Massacre d'Aups. 
(5) Inventaire de documents historiques extraits des archives de la ville de 

Barjols. 



2l6 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

Saint-Marc, Flassans et autres, il reprit une partie des 
places emportées par les confédérés. Le chevalier de 
Saint-Estève, fait prisonnier, fut jugé par le Parlement 
et décapité à Aix à l'instigation de Carcès, qui était 
envieux de ses talents militaires et le haïssait. L'assas- 
sinat de d'Auzet, qui s'apprêtait à aller à la rencontre 
de Henri III, rentré en France récemment, fut égale- 
ment attribué au ressentiment de Carcès. Tanaron et 
Montauroux , qui avaient surpris Gréolières, près de 
l'embouchure du Var, furent assiégés par les habitants 
de Vence, soulevés à la sollicitation de Gaspard de 
Villeneuve, sieur de Verclause, envoyé par Carcès. 
Faits prisonniers, conduits à Aix et condamnés à mort, 
ils ne furent pourtant pas exécutés. Henri III les am- 
nistia le TO décembre suivant, ainsi que le baron d'Orai- 
son et son frère André d'Oraison , ancien évêque de 
Riez. Ce fut à la requête de leur père, le vicomte de 
Cadenet. 

DE RETZ PREND POSSESSION DE SON GOUVERNEMENT 
DE PROVENCE. SUCCÈS ET EXCÈS DE CARCÈS (1574, 

1575)- 

Le maréchal de Retz, Albert de Gondi, nommé gou- 
verneur de Provence le 6 juillet 1573 , à la place de 
Tavannes, mort avant de prendre possession de sa 
charge, apprenant les graves événements qui se pas- 
saient dans sa province, se mit en route avec trois mille 
reîtres. Il était, le 24 octobre 1574, à Avignon, oia les 
religionnaires du Léberon lui proposèrent de dépo- 
ser les armes , à condition qu'ils ne seraient pas pour- 
suivis et obtiendraient Grambois comme place de sû- 
reté; mais il ne consentit pas à traiter avec eux. Arrivé 
à Aix le 16 novembre, le baron d'Oraison lui députa le 



LES GUERRES DE RELIGION. 21 7 

capitaine de Seguirani pour lui offrir de se soumettre, 
moyennant une « déclaration (royale) d'abolition de 
toutes choses passées durant les troubles, » qui serait 
confirmée par le Parlement de Provence (i). Nous ne 
savons si le maréchal s'y refusa, toujours est-il qu'il se 
mit peu après en campagne. Le 4 décembre, il était 
devant Riez. Le capitaine huguenot qui y comman- 
dait ayant pris la fuite , la garnison se rendit. De 
Vins, pendant ce temps, faisait le siège de Digne, et 
Estoublon , qui l'occupait , résistait vaillamment; mais 
Montbrun , chef des huguenots dauphinois , qui était 
venu à son secours avec seize cents hommes de 
pied, huit cents chevaux et autant d'arquebusiers, com- 
mandés par René de La Tour de Gouvernet, Cham- 
poléon et Lesdiguières, ayant été battu par de Vins, il 
quitta la place, laissant seulement quelques soldats dans 
le château. Après quelques jours d'une résistance héroï- 
que, ceux-ci se rendirent et furent tous massacrés. Les 
huguenots, se voyant ainsi dépossédés de toutes les 
places dont ils s'étaient emparés, se retirèrent à l'Es- 
cale et à Seyne , dans le haut pays, où les neiges les 
mettaient à l'abri de toute atteinte. Cette dernière ville 
fut choisie peu après comme siège de la recette géné- 
rale des finances protestantes de la Provence par l'as- 
semblée politique de Nîmes du 12 janvier 1575, qui 
organisa le parti réformé sous le triple rapport de la jus- 
tice, des finances et de la guerre. 

De Retz, ayant quitté "la Provence pour suivre, au 
célèbre siège de Livron, Henri III, qui venait de ren- 
trer en France et s'était arrêté quelque temps à Avignon 
(17 novembre), Carcès, qui avait le commandement en 



(i) Articles accordés par le maréchal de Retz à ceux de la religion en 
Provence (Bibi. d'Aix, ms, J40). 



2l8 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

son absence, campa avec toutes ses troupes le long du 
Rhône , dans la crainte que les huguenots du Langue- 
doc , qui avaient remporté de grands avantages sur les 
catholiques, n'envahissent la Provence. Les confédérés 
provençaux en profitèrent pour relever la tête. Une 
troupe, sortie des montagnes du Léberon, s'empara de 
Joucas et de Gargas. Ayant trouvé dans cette dernière 
ville une quantité considérable de grains, elle prit la 
route de Ménerbes en Comtat, pour l'y entreposer. 
Un certain nombre de soldats d'Apt, commandés par 
Gaspard de Vintimille, et quelques habitants de la ville, 
sortirent à sa poursuite. Ces derniers, dans l'espoir de 
rapporter beaucoup de butin, s'étaient munis de sacs, et 
plusieurs d'entre eux n'avaient même pas pris des ar- 
mes. Tous ensemble , ils se portent en avant de la 
colonne huguenote pour lui barrer le passage, mais tout 
à coup un détachement de cavalerie sort du ruisseau 
La Rialle, où elle s'est embusquée, fond sur eux et les 
débande. Plusieurs s'enfuient. Vintimille, qui veut résis- 
ter à la tête des plus courageux, reçoit une pistolade à 
la cuisse qui le met hors de combat. La déroute aug- 
mente et deux cent cinquante Aptésiens mordent la 
poussière. Cette journée meurtrière resta dans le sou- 
venir des gens du pays sous le nom de journée du Mas- 
sacre (i). 

De leur côté, le baron d'Allemagne et Estoublon 
ravageaient les contrées de Bonnieux, Lacoste et Agoult 
et, franchissant la Durance, rançonnèrent les plaines 
d'Orgoru, Aigalliers', Sénas, Mallemort, Lambesc et 
autres lieux jusqu'aux Martigues (fin février 1575)- Des 
huguenots des environs de Forcalquier et de Pertuis 
parcourent à leur tour les environs d'Apt et, faisant leur 

(i) Boze, Histoire d'Apt, p. 274 ; — Remerville, Idem, ms. 



LES GUERRES DE RELIGION. 219 

jonction avec une autre bande venue du Comtat , 
échouent sur Sault, mais s'emparent d'Aurel. De là, se 
rendant à Orange , où les chefs de la confédération 
délibèrent, ils partent tous ensemble pour délivrer les 
filles du baron d'Oraison, enfermées à Corbières, près 
Manosque, u par ordre du roi et du gré de leur mère, » 
vraisemblablement parce que leur père les faisait élever 
ou voulait les faire élever dans les principes de la Ré- 
forme. Le baron pénétra de vive force dans la place et 
emmena ses filles. 

De Vins se mit le premier en campagne pour arrêter 
la marche des confédérés (mars 1575). H surprit Tou-. 
rettes dans son lit à Oraison, lui tua cent hommes et 
lui prit cent chevaux. Il enleva ensuite Majastres, occupé 
par L'Isle, et Tartone, commandé par l'Espagnolet. La 
rapidité avec laquelle il s'empara de ces trois places, 
fort éloignées les unes des autres, lui fit donner le sur- 
nom de matinier et de renard. Vers le même temps 
(19 avril), ayant ordonné aux consuls de Vence , dont 
le seigneur Claude de Villeneuve, baron du lieu, tenait 
le parti des huguenots , de se saisir de tous les protes- 
tants de la ville, mais sans leur faire aucun mal, et de 
les mettre en lieu sûr, ces derniers, effrayés, se réfu- 
gièrent au château du baron. Quelques jours après 
(22 avril), le sieur de Montbrun, s'étant présenté de la 
part de Verclause, lieutenant de Carcès, pour faire main 
basse sur les protestants, le peuple, se joignant à lui, 
se jeta sur les gardes du baron , qui allèrent également 
s'enfermer au château. Les consuls, pour éviter de plus 
grands malheurs, parlementèrent avec Montbrun, qui 
consentit à se retirer; mais ils n'en furent pas moins 
condamnés à l'amende et aux frais, à la demande du 
baron, et la ville perdit sa justice seigneuriale : ce qui 
engendra une grande animosité contre Villeneuve, dont 



220 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

le valet fut assassiné et qui se vit obligé de se faire 
délivrer plusieurs fois des sauvegardes du roi pour met- 
tre ses jours à l'abri (i). 

Carcès, qui reçut trois cents reîtres du Languedoc, 
se mit aussi à la poursuite des confédérés (juin). Il se 
saisit de l'Escale, Espinouse et Gaubert, du côté de 
Digne , chasse de la place du Poët , près Sisteron , le 
capitaine dauphinois Gouvernet, qui voulait s'emparer 
de cette ville et, ayant assuré ses frontières, redescend 
par la rive droite de la Durance, prend Montfort, qu'il 
bat de deux cents coups de canon et dont il fait pendre 
le commandant, qui se nommait Verdelet; continue par 
Montjustin, occupe Lourmarin, abandonné par ses ha- 
bitants , se saisit de Puipin, Cabriérettes et La Motte- 
d' Aiguës, force la tour de Saint-Martin-de-la-Brasque, 
avec le concours du colonel corse Alphonse d'Ornano 
et de quelques-unes de ses compagnies , incendie Gi- 
gnac et rentre à Apt, pendant que Gouvernet est délogé 
du pont de Sisteron par de Vins. Partout, il impose des 
contributions de guerre exorbitantes , principalement 
sur les lieux appartenant au parti des politiques ; et une 
grande partie de la Provence retentit du bruit de ses 
exactions, de sa cruauté et de sa tyrannie. Le muet ^ 
comme l'appelaient les huguenots, parlait peu, mais 
ses coups étaient terribles. 

NAISSANCE DU PARTI DES RASATS. REPRISE DES HOS- 
TILITÉS. NOUVEAUX REVERS DES CONFÉDÉRÉS (ijyj, 

1576). 

C'est vers ce temps que les politiques et les protes- 
tants se renforcèrent en Provence de la faction des 

(i) Tisserand, Hist. de Vence, p. 145 et suiv. 



LES GUERRES DE RELIGION. 221 

rasais, ainsi nommée parce que ses adhérents se rasaient 
une partie de la barbe pour se reconnaître. Elle était 
née du besoin de résister aux exactions croissantes des 
trésoriers ou receveurs du fisc. Les députés huguenots 
de Provence, envoyés à Charles IX en 1573 , comme 
on l'a vu plus haut, s'étaient déjà fait l'écho de ce besoin 
quand ils lui demandèrent infructueusement la réduction 
des lourds impôts qui pesaient sur leur pays. Plusieurs 
protestants furent enrôlés dans cette ligue, qui comp- 
tait dans son sein la meilleure noblesse de Provence, 
et dont firent également partie les huguenots qui, à 
l'époque de la Saint-Barthélémy , avaient embrassé le 
catholicisme par frayeur. Pendant la sixième guerre de 
religion qui suit , la dénomination de rasats s'étendra 
même indistinctement aux politiques , aux huguenots et 
aux rasats proprement dit , qui ne formeront plus qu'un 
seul et même parti. Par contre, on appela carcistes , du 
nom de Carcés leur chef, les partisans de l'ancien ordre 
de choses politique et religieux. Ils reçurent aussi le 
nom de marabouts , parce qu'ils laissaient croître toute 
leur barbe à l'exemple des Turcs. 

L'insurrection de 1575 des habitants de Marseille 
contre les gabeleurs ou péagers italiens n'eut pas d'au- 
tre cause. Ils assaillirent la douane, établie depuis quel- 
que temps dans leur ville par Louis de Diaceto, noble 
florentin, et, poussés par les consuls, ils prirent les livres 
de compte, registres, papiers de diverse sorte, poids et 
mesures des exacteurs et les jetèrent à la mer; puis ils 
gardèrent nuit et jour les places et les portes de la 
ville. Dans plusieurs autres lieux de Provence, les rece- 
veurs des tailles pour le roi eurent le même sort et fu- 
rent contraints de se cacher ou de fuir. 

Les hostilités recommencèrent bientôt à l'occasion 
d'un grand rassemblement de huguenots qui se forma 



222 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE, 

dans les montagnes du Léberon après l'exécution capi- 
tale , à Grenoble (4 juillet), du célèbre Montbrun , le 
chef des huguenots du Dauphiné. De Vins se mit aussi- 
tôt en campagne. Ayant déjà fait sommer le château de 
Lourmarin de se rendre, les assiégés répondirent qu'ils 
ne traiteraient qu'avec Carcès ; mais quand celui-ci fut 
venu , ils changèrent de sentiment , et le comte dut se 
retirer après un assaut infructueux. Ses soldats se re- 
plièrent sur Pertuis et y trouvèrent des troupes fraî- 
ches, ce qui porta leur effectif à douze cents chevaux 
et autant de fantassins. Ils firent venir, en outre, quatre 
canons d'Aix. La garnison du château de Lourmarin, 
jugeant alors prudent de ne pas se défendre , se retira 
dans le comté de Sault. Celles de Mérindol et de Jou- 
cas firent de même. Quelque temps après, de Vins 
tailla en pièces , à Aurel , quatre cents huguenots dau- 
phinois. Il en tua deux cents et prit beaucoup de che- 
vaux, pendant que d'Ornano et Saint-Martin battaient, 
à Pertuis , une bande de provençaux revenant du Dau- 
phiné (août). Trois mois après (21 novembre), Carcès 
s'empara de Saint-Martin-la-Brasque après l'avoir battu 
de quarante coups de canons. Le mois suivant, s'étant 
approché de Volonne avec son artillerie , la garnison 
abandonna la place, qui se rendit. 

Le 25 avril de l'année suivante {1576), de Vins, ayant 
appris que L'Isle tenait Majastres avec l'EspagnoIet, 
marcha contre eux et les battit. L'Isle périt en combat- 
tant. Le 20 juin, après l'édit de Beaulieu, dont il va être 
parlé, la lutte semblait devoir recommencer. Les politi- 
ques, commandés par les barons Gaspard de Villeneuve 
des Arcs (i) et de Tourettes et Claude Grasse Du Bar, 



(i) Vraisemblablement le fils d'Antoine de Villeneuve, baron des Arcs , 
l'assassin de Cipières. 



LES GUERRES DE RELIGION. 223 

parurent, en armes, à Trets et à Gardanne, à la tête de 
mille arquebusieurs et de trois cents chevaux. De Retz, 
qui était revenu en Provence, comme on le dira, s'étant 
transporté sur-le-champ auprès d'eux, parvint à leur 
persuader de déposer les armes. Les hostilités cessè- 
rent à dater de ce moment. Les confédérés de la basse 
Provence rentrèrent dans leurs foyers et ceux du haut 
pays se retirèrent à Ongles , à quelques lieues de For- 
calquier, et à Seyne , place forte située plus au nord, 
dans les montagnes. 

De Serres explique les défaites successives des con- 
fédérés par les rivalités d'influence qui s'élevèrent parmi 
eux. Chacun d'eux aspirait au commandement suprême. 
Les barons d'Oraison et d'Allemagne surtout se dispu- 
taient le pouvoir. Si , au lieu de former des bandes sé- 
parées, agissant chacune pour son compte personnel, 
ils s'étaient massés en un seul corps , leurs adversaires 
n'eussent pu triompher d'eux si aisément. 

Tandis que les armes des huguenots étaient particu- 
lièrement malheureuses en Provence , elles obtenaient 
de grands succès dans le reste du royaume. Le jeune 
Henri de Condé avait battu les troupes royales dans la 
Champagne et la Bourgogne, François de La Noue dit 
Bras-de-Fer en Saintonge , et Damville dans le Lan- 
guedoc. Le duc d'Alençon, frère du roi, s'était mis lui- 
même à la tête des confédérés ; le jeune roi Henri de 
Navarre avait réussi à se sauver de la cour, et des 
auxiliaires allemands étaient venus renforcer les alliés. 
Acculée devant une armée de trente mille hommes , 
Catherine conclut, le 6 mai 1576, à Chastenay, avec le 
duc d'Alençon, la paix dite de Monsieur, du nom porté 
par ce dernier. Un nouvel édit de pacification, connu 
sous le nom d'édit de Beaulieu ou de Loches, la suivit 
bientôt. 



224 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

ÉDIT DE BEAULIEU (mai 1576). RETOUR DE RETZ. 
JALOUSIE DE CARCÈS. DÉPART DU PREMIER. 

Cet édit accordait aux réformés « l'exercice libre , 
public et général » de leur religion dans toutes les villes 
et lieux du royaume qui leur appartenaient, et, généra- 
lement, dans toutes les places oia les autorités leur per- 
mettaient cet exercice ; — le droit d'avoir des temples, 
des écoles, des consistoires, des synodes et des cham- 
bres de justice mi-partie dans huit parlements (celle 
d'Aix devait être composé de deux présidents et de dix 
conseillers) ; — il leur octroyait huit places de sûreté 
(parmi lesquelles Seyne, en Provence, qui portait alors 
le nom de Seyne la Grand'-Tour, et dont Estoublon fut 
nommé gouverneur) ; — réhabilitait la mémoire des plus 
illustres victimes de leur parti, relevait les réformés de 
toutes les sentences prononcées contre eux, condam- 
nait la Saint-Barthélémy, etc. 

L'édit de Beaulieu fut très mal reçu en Provence par 
Carcès et ses partisans, dont les troupes avaient battu 
en toutes rencontres les protestants et les politiques, et 
qui croyaient perdre ainsi tout le bénéfice de leurs vic- 
toires. Le retour de Retz en Provence , accompagné 
de Jean-François de Mesmes, plus connu sous le nom 
de président des Arches, accrut leur irritation ; car le 
maréchal venait non seulement pour reprendre son gou- 
vernement, mais encore pour faire exécuter l'édit de 
Beaulieu, que les carcistes et surtout les officiers de 
justice violaient tous les jours, suivant les rapports que 
les protestants provençaux firent parvenir au roi. En 
apprenant le retour de Retz cent gentilshommes catho- 
liques de la plus haute noblesse acclamèrent spontané- 
ment le comte de Carcès comme leur chef, tandis que 



LES GUERRES DE RELIGION, 225 

les confédérés mettaient à leur tête le baron d'Oraison 
qui venait d'abjurer le catholicisme. Le baron d'Allema- 
gne, qui aspirait également au commandement suprême 
du parti, en fut très froissé. 

Pour faire sentir à de Retz le crédit et l'autorité dont 
il jouissait en Provence , Carcès alla à sa rencontre , à 
Tarascon, avec quatre à cinq cents cavaliers (lo sep- 
tembre 1576), ce qui blessa profondément le maréchal, 
qui l'avait prié de n'en rien faire. Les confédérés, réunis 
à Saint-Maximin , informés de la démarche de leur ad- 
versaire, offrirent, à leur tour, au gouverneur une escorte 
d'honneur de cinq cents chevaux et de mille arquebu- 
siers. Il la refusa pour ne pas accroître l'irritation des 
partis , mais il donna en même temps rendez-vous à 
leurs principaux chefs alliés à Gardane , à peu de dis- 
tance d'Aix, oia il leur fit connaître sa mission et leur 
assura que le président des Arches et lui « travaille- 
raient de sorte que chacun serait content, et que, s'ils 
avaient des réclamations à faire, ils vinssent à Aix pour 
y proposer leurs requêtes. » Après cela, Retz fit son 
entrée solennelle dans la capitale de la Provence , es- 
corté des barons d'Oraison , des Arcs et de Tourettes 
et d'autres chefs confédérés , qui demeurèrent six jours 
à Aix, après quoi il les congédia (lo octobre). 

L'hostilité croissante du parti catholique contre toutes 
les mesures de tolérance religieuse se traduisit par la 
création de la célèbre Ligue, dont Henri de Guise fut 
proclamé le chef. Cette association avait pour but avoué 
l'anéantissement de la Réforme et des réformés , le 
maintien de la religion catholique et la défense de la 
couronne et des prérogatives dont jouissait le royaume 
sous Clovis ; mais son but secret et véritable était de 
supplanter les princes du sang, Henri de Condé et 
Henri de Navarre, de dominer la cour, et, comme 

15 



220 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

Henri III n'avait point d'enfants, d'assurer la succes- 
sion du trône de France à la maison de Lorraine , qui 
avait la prétention de descendre de Charlemagne. 

Dans l'espoir d'annihiler le pouvoir de la Ligue , 
Henri III ne crut mieux faire que de se mettre à sa tête 
pendant la session des Etats de Blois (6 décembre 1 576), 
mais il ne fit que prouver sa faiblesse. Cette assemblée, 
toute à la dévotion du duc de Guise et àjaquelle les 
chefs confédérés, Condé, le roi de Navarre, Damville 
et autres, n'assistèrent point, de peur d'y être arrêtés, 
demanda au roi, à la pluralité des suffrages, de « réunir 
tous ses sujets à la religion catholique et romaine, » et 
opina pour « que tout autre exercice de la religion pré- 
tendue réformée fût ôté tant en public qu'en particulier; 
les ministres dogmatiques , diacres , surveillants , con- 
traints de vider le royaume. » Les députés de Pro- 
vence, appartenant au parti de Carcès, votèrent avec 
la majorité. C'étaient, pour le clergé : Guillaume Le 
Blanc, évêque de Toulon ; pour la noblesse : les com- 
tes de Fourrières et de l'Evesque (ce dernier, seigneur 
de Rogiers) ; pour le tiers-état : Antoine Thoron, avo- 
cat à Digne, et Jean Durand, avocat à Draguignan. 

Vers ce même temps, une bande d'Arlésiens passè- 
rent le Rhône pour combattre les huguenots du Lan- 
guedoc. A titre de représailles, une troupe de ces der- 
niers , sortie d'Aigues-Mortes , ravagea la Camargue. 
Jean de Sabatier, consul d'Arles, et Robert de Beau- 
jeu, à la tête de quatre-vingts chevaux, se mirent à leur 
poursuite, mais le premier fut grièvement blessé et ses 
soldats durent se réfugier dans le château du Baron. 
Les habitants d'Arles en conçurent une alarme d'autant 
plus vive qu'ils furent avertis que les huguenots de leur 
cité, sous la conduite d'Arbaud Spias, devaient livrer 
leurs portes aux huguenots du Languedoc le jour de 



LES GUERRES DE RELIGION. 



Noël. Les consuls , avertis , jetèrent en prison ceux 
qu'on leur désigna comme faisant partie du complot 
et exécutèrent quelques-uns d'eux. Retz se rendit sur 
les lieux (5 janvier 1577), mais, soit que les preuves 
manquassent, soit qu'il ne voulut pas frapper des accu- 
sés appartenant aux premières familles d'Arles et au 
parti des politiques, il se montra indulgent et fut accusé, 
à son tour, de pactiser avec les conjurés. De là, Retz 
visita Toulon, Fréjus, Riez, Draguignan et Cannes, où 
dominaient les politiques, et, ayant fait dans cette der- 
nière ville une chute de cheval qui détermina une para- 
lysie du côté droit de son corps, il se fit transporter, 
avec la permission du roi, aux bains de Lucques (no- 
vembre). 

Le départ de Retz rendit à Carcès toute son autorité. 
Le roi lui avait déjà octroyé une déclaration portant 
que tout ce qu'il avait fait était pour son service et 
ordonnant qu'il ne fût aucunement recherché à ce sujet. 
Peu après, il lui manda que le plus grand service qu'il 
pourrait lui rendre , serait qu'il accommodât les cho- 
ses de façon que Sa Majesté n'en entendît plus parler. 

Mentionnons pour mémoire le passage en Provence 
du neveu de l'amiral de Coligny, Guy Paul de Châtil- 
lon, comte de Laval, qui revenait d'Allemagne et fut 
assez heureux pour réconcilier les barons d'Oraison et 
d'Allemagne. Damville l'avait tenté sans succès deux 
mois auparavant (i). 

(i) Pérussis dans d'Aubais, t. I, p. 166-170, 172-174, 176, 177, 180-182, 184, 
186, 188-191, 193 ; — De Serres, Comment., IIII» pars, fol. loj ; — Recueil des 
choses mémorables , p. 54c ; — De Thou , t. V, p. 200, 201 ; — D'Aubigné , 
t. II, col. 710; — Nostradamus, p. 812-814; — Honoré Bouche, t. II, 
p. 660-664; — Louvet , Histoire, t. I , p. 278-298 ; — Papon , t. IV, p. 204- 
209; — Lambert, t. I, p. 285-509; — etc. 



2 28 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

SIXIÈME GUERRE DE RELIGION 

(janvier 1577-17 SEPTEMBRE 1577) 



ASSEMBLÉES POLITIQUES DE DRAGUIGNAN ET DE SEYNE. 
LES CONFÉDÉRÉS DEMANDENT LA DESTITUTION DE 
CARCÈS, QUI EST REMPLACÉ PAR LE GRAND PRIEUR 
DE FRANCE (l 577). 

L'intolérance des Etats de Blois (6 décembre 1576) 
détermina une nouvelle guerre de religion , surtout 
lorsqu'on vit Henri III annoncer, conformément aux 
décisions qui avaient été prises , qu'il ne voulait . plus 
qu'une seule religion dans son royaume et déclarer que 
l'édit de Beaulieu était sans valeur (i*"" janvier 1577). 

En Provence, plusieurs chefs huguenots, notamment 
le baron d'Allemagne, d'accord avec les politiques , 
estimaient qu'il était préférable pour leur parti de se 
tenir complètement sur la réserve et d'obtenir du roi la 
destitution de Carcès ; mais d'autres chefs, plus ardents, 
ayant à leur tête Estoublon, gouverneur de Seyne , ai- 
mèrent mieux prendre les armes, et firent diverses cour- 
ses armées , dont les politiques eurent à souffrir autant 
que les carcistes. Courbons , près Digne , tomba sous 
leurs coups. 

Peu après, le 9 juin, eut lieu à Seyne, par ordre du 
roi de Navarre , chef suprême du parti huguenot en 
France, « l'assemblée générale de la noblesse et dé- 
putés des églises réformées du pays de Provence. » 
Les confédérés décidèrent, dans une réunion prépara- 
toire qu'ils tinrent à Draguignan et où ils jurèrent de 



LES GUERRES DE RELIGION. 229 

nouveau « l'union qu'on appelle les rasais entre la no- 
blesse et communes, tant d'une religion que de l'autre, » 
qu'on demanderait à Estoublon et à ses partisans s'ils en- 
tendaient adhérer à ladite union , cesser leurs courses 
dans le pays et abandonner Courbons, faute de quoi les 
confédérés seraient contraints de « leur courir sus 
comme infracteurs de l'union et personnellement du re- 
pos public. » Estoublon et les membres de son conseil 
répondirent qu'ils entreraient dans l'union , si celle-ci 
avait pour but de faire respecter par les carcistes l'édit 
de Beaulieu et si les confédérés voulaient les aider à 
tirer vengeance des violences nombreuses dont ceux de 
la religion avaient été victimes dans les bailliages de 
Digne, Sisteron, Moutiers et autres, et à faire rempla- 
cer les garnisons catholiques des places avoisinant 
Seyne par des garnisons appartenant au parti rasât; 
qu'autrement ils ne pourraient déposer les armes ni 
abandonner Courbons. 

Les agressions des carcistes mirent fin à cette scis- 
sion momentanée, et l'on vit bientôt unis pour défendre 
la cause commune, les gentilshommes protestants de 
toute nuance et le chef des rasais. Les villes qui se 
déclarèrent pour eux furent Toulon, Hyères, Fréjus, 
Antibes, Grasse, Draguignan, Sorgues, Brignoles, 
Saint-Maximin, Barjols, Fayence, Castellane et autres. 

Carcès, s'inspirant des décisions des Etats de Blois, 
et de la nouvelle politique inaugurée par Henri III, se 
rendit à Arles pour recommencer le procès des person- 
nes soupçonnées d'avoir voulu livrer la ville aux hugue- 
nots du Languedoc l'année précédente, et que de Retz 
n'avait pas consenti à frapper. Il fit arrêter, et vraisem- 
blablement aussi empoisonner, comme beaucoup de 
contemporains le crurent, le seigneur de Saint-Andéol, 
un des principaux accusés, car ce dernier mourut subi- 



230 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

tement dans sa prison. Après cela, il fit fortifier le Baron 
en Camargue, pour arrêter les incursions que les hugue- 
nots du Languedoc, conduitspar Jean de Saint-Romain, 
seigneur de Saint-Chamond, ancien archevêque d'Aix, 
ne cessaient de faire en Provence. Ce dernier ne tarda 
pas en efïet à franchir le Rhône. Il s'empara du Baron, 
mais n'osa pas attaquer le château, qu'il se borna à blo- 
quer. Carcès accourut avec six cents hommes, dont trois 
cents à cheval ; dégagea les assiégeants, les obligea à 
repasser le Rhône et, reprenant l'offensive à son tour, 
traversa le fleuve avec son neveu Ennemond de Brancas, 
seigneur d'Oise, pilla la campagne jusqu'aux environs 
de Montpellier et revint en Provence chargé de butin. 

De Vins, de son côté, avait fait plusieurs expéditions 
dans la basse Provence. « Les soldats pillards et indisci- 
plinés, «dit Lambert, «commettaient sur leur passage les 
plus indignes exactions, violentaient les agriculteurs, et 
réduisaient le menu peuple à la misère et au désespoir. 
Les politiques surtout payaient chèrement de leur repos, 
de leur fortune ou de leur vie, leur alliance avec les 
ennemis de la foi cathoHque. » 

Cependant de Retz était revenu des bains de Luc- 
ques. Il ordonna aux belligérants de déposer les armes 
et de retourner chez eux, et aux villes de ne recevoir 
dans leurs murs ni carcistes ni rasats, mais il avait perdu 
considérablement de son autorité , et ses ordres ne 
furent pas exécutés... Les carcistes le haïssaient pro- 
fondément, et les rasats n'avaient pas une pleine con- 
fiance en lui. 

Ces derniers, victimes des violences sans nom de 
leurs adversaires, et alarmés de l'influence croissante 
de Carcès, n'avaient pas différé plus longtemps de met- 
tre à exécution leur projet de demander directement 
au roi la destitution de son lieutenant général en Pro- 



LES GUERRES DE RELIGION. 23 1 

vence, et, dans ce but, ils avaient député à la cour, le 
baron d'Oraison, le sieur de Cabris et un bourgeois 
d'Antibes, qui décidèrent Henri III, malgré les efforts 
de Bourique, un des maîtres d'hôtel de Carcès, à 
envoyer en Provence Henri d'Angoulème (i), grand 
prieur de France, en qualité de gouverneur provisoire 
de Provence en l'absence de Retz. Plein d'affabilité et 
de bonne humeur, Angoulème gagna tout de suite la 
sympathie de ses ressortissants et, pour montrer qu'il 
n'était pas suspect de partialité envers les huguenots, il 
mit sur l'heure le siège devant Ménerbes en Comtat, que 
ceux-ci occupaient. 

Autrement la sixième guerre de religion n'avait pas 
eu d'importance dans le reste du royaume. Elle s'était 
réduite à quelques escarmouches et à la prise de quel- 
ques places. Le roi s'était surtout efforcé de détacher 
les politiques du parti huguenot, et il y avait réussi pour 
Damville, le chef des conférés des provinces méridio- 
nales. Ne voulant pas toutefois détruire le seul contre- 
poids qu'il eût à opposer à l'omnipotence des Guises, 
qu'il haïssait mortellement, il fit la paix avec les hugue- 
nots à Bergerac le 17 septembre 1577, et celle-ci fut 
suivie de l'édit de Poitiers, donné dans le même mois. 

ÉDiT DE POITIERS (septembre 1 577). continuation 

DES hostilités EN PROVENCE. NOMINATION DE SUZE 
AU GOUVERNEMENT DE LA PROVENCE ET SON DÉPART 

(1577-1579)- 

Cet édit, que le Parlement d'Aix refusa d'abord d'en- 
registrer, était en grande partie la reproduction de celui 



(i) Ou de Valois, fils naturel, mais légitimé, de Henri II, roi de France, et 
de l'Ecossaise Flamine Levisthon. 



232 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

de Beaulieu. Il maintenait comme place de sûreté en 
Provence « Seyne la Grand'Tour et circuit d'icelle » 
(Honoré Mathan en fut nommé gouverneur par lettres 
du roi du 5 janvier 1579) (i); mais il ajoutait la condi- 
tion que le roi de Navarre, le prince de Condé et vingt 
gentilshommes de ceux qui avaient suivi leur parti, 
comme aussi le gouverneur de la place, jureraient de la 
remettre entre les mains des officiers du roi à l'expira- 
tion de la sixième année de son occupation. Les soldats 
de la garnison seraient levés et payés par le roi de 
France et le gouverneur choisi par le roi de Navarre et 
le prince de Condé. Henri II ne se réservait que le 
droit de confirmation. Le grand prieur fit publier 
l'édit à Aix le 12 novembre 1 577, mais les esprit étaient 
trop animés départ et d'autre pour qu'on en tînt compte, 
nonobstant les lettres que François de Bourbon, duc 
de Montpensier et dauphin d'Auvergne, écrivitraux gou- 
verneur et sénéchaux de Provence, et celle que le duc 
d'Anjou adressa à Estoublon, à qui il disait, le 17 sep- 
tembre , le jour même ou fût signée la paix de Berge- 
rac : « Je vous ai bien voulu avertir et faire entendre 
qu'outre lesdits articles (de Bergerac), il a été ordonné 
que tout ce qui sera fait, pris et commis d'une part et 
d'autre par voie d'hostilité ou autrement et par quelque 
occasion que ce soit, depuis ce jour d'hui, dix-septiéme 
jour de septembre, que lesdits articles ont été signés, 
sera sujet à restitution et réparation civile ; à quoi je 
vous prie tenir la main à ce qu'il ne soit fait ou entrepris 
aucune chose au préjudice de ce qui a été accordé 
par lesdits articles et y faire obéir tous ceux qui sont 
employés sous votre charge et commandement , sur 
peine, àtous ceux qui y contreviendront, d'en répondre. . . 

(i) Archives nationales (série TT, carton 284). 



LES GUERRES DE RELIGION. 233 

Voulant aussi que vous soyez contenu en votre gouver- 
nement de Seyne pour le temps de six ans, en attendant 
que je vous enverrai votre provision. » On a vu plus 
haut que le roi lui donna un successeur le 5 janvier 1 5 79. 

Carcès se soumit extérieurement à l'ordre du roi qui 
le relevait de ses fonctions, mais il n'en resta pas moins 
le chef du parti catholique militant (février 1 578). Quant 
à de Retz, il se démit peu après de sa charge en faveur 
du comte de Suze (i®"" juin), à la suite d'une négociation 
scandaleuse entreprise à l'encontre des intérêts du 
grand prieur, qui avait froissé le maréchal en lui refur 
sant son concours à un certain moment du siège de 
Ménerbes. Angoulème fut donc rappelé à Paris par 
Henri III ; mais, profondément blessé de n'avoir pas été 
confirmé dans ses fonctions de gouverneur, il n'obéit 
pas à l'ordre royal et alla prendre possession du com- 
mandement général des galères (10 juin 1578), que la 
mort du baron de Lagarde (mai 1578) venait de laisser 
vacant et dont il avait la survivance. 

La nomination de Suze irrita également Carcès et ses 
partisans, qui ne trouvaient pas, du reste, que le comte 
appartînt à une assez haute et ancienne noblesse. Le 
Parlement, prévoyant de nouvelles luttes, envoya, de 
concert avec les Etats de la province , des députés à 
Paris, notamment le président Des Arches, pour sup- 
plier le roi de relever Suze de ses fonctions et d'en 
investir un prince du sang qui, seul, aurait assez d'auto- 
rité pour empêcher le retour de la guerre civile en 
Provence, « terre si revêche et si barbare, » dit Nos- 
tradamus, « pleine de lions et d'ours, qui ne peuvent 
être chassés et domestiqués que par veneurs, fils, frères 
ou neveux de rois. » Le Parlement pria, de son côté, 
le grand prieur, qui, suivant l'usage, s'était démis de 
ses pouvoirs entre ses mains, de reprendre la direction 



2 54 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

des affaires; mais celui-ci, trop ulcéré encore de l'af- 
front qu'il avait reçu , remercia le Parlement et partit 
pour les îles d'Hyères avec ses galères. 

La nouvelle officielle de la nomination du comte de 
Suze n'arriva qu'en août (1578) en Provence. Les car- 
cistes prirent aussitôt les armes. Annibal de Glandevès, 
seigneur de Baudument, cousin de Vins, se saisit de 
Saint-Paul-lès-Durance, Vinon et Entrecasteaux. Appre- 
nant ensuite que son frère était assiégé par le baron 
d'Allemagne dans Le Cannât, près Le Luc, il y dépê- 
cha le capitaine Geymard , qui réussit à pénétrer dans 
la place. Le baron, ayant voulu forcer le château avec 
des échelles, fut repoussé. Après ces faits d'armes, de 
Vins se mit lui-même à la tête des troupes de Baudu- 
ment, échoua sur Fayence et se rendit à Besse. 

Les rasats s'étaient mis aussi en campagne et toute 
la Provence fut en feu. Le Parlement envoya bien une 
députation aux deux partis pour leur enjoindre de dépo- 
ser les armes; mais le baron d'Allemagne seul obéit. 
De Vins alla se loger à Cotignac , et le baron des 
Arcs, un des chefs rasats , se fortifia au Luc. Le Parle- 
ment aux abois ordonna aux communes de barricader 
leurs portes pour qu'aucun soldat, à quelque parti qu'il 
appartînt, ne pût pénétrer dans leurs murs , et il appela 
à Aix d'Ornano avec quatre cents Corses, malgré la 
population, qui était toute dévouée aux carcistes. 

Le roi , nonobstant les représentations du Parlement 
et des Etats du pays, avait maintenu Suze dans ses fonc- 
tions. La nouvelle en arriva à Aix le 3 o septembre ( 1 3 78). 
Le nouveau gouverneur , qui n'avait pas encore osé 
faire son entrée dans la capitale de la Provence et à 
qui le Parlement avait envoyé une députation pour qu'il 
la différât, y pénétra subrepticement le 8 octobre, grâce 
à la connivence du président de Lauris et de d'Ornano 



LES GUERRES DE RELIGION. 231; 

lui-même, qui lui ouvrit la porte des Augustins , dont il 
avait la garde. 

Sa présence exaspéra les carcistes et releva le cou- 
rage des rasats, qui se mirent résolument en campagne. 
Suze recourut à la médiation du cardinal d'Armagnac , 
vice-légat d'Avignon , pour engager les deux partis à 
déposer les armes. L'assemblée des communes de Pro- 
vence, qu'il convoqua à Aix pour exposer ses plans de 
pacification et faire voter une levée extraordinaire d'hom- 
mes, s'employa au même but ; mais les esprits, de part et 
d'autre, n'étaient pas portés à la conciliation et les hos- 
tilités recommencèrent. Le 7 janvier 1579, Jean de 
Castellane, seigneur de La Verdière, neveu de Carcès, 
se saisit du Puech, situé à deux lieues d'Aix, et répan- 
dit la terreur dans tout le voisinage par ses dépréda- 
tions et de ses incendies. Suze engagea la population 
d'Aix à s'armer pour mettre un terme à ces excès; 
mais elle faisait cause commune avec les carcistes et ne 
bougea pas. Quant aux Corses , ils étaient en quelque 
sorte cernés par les habitants dans leur quartier des Au- 
gustins, et ne pouvaient agir. C'est alors que, découragé 
et craignant même pour ses jours, Suze prit le parti de 
quitter Aix , d'où il sortit furtivement comme il y était 
entré. 

GOUVERNEMENT DU PARLEMENT EN l'aBSENGE DE SUZE. 
MÉDIATION INFRUCTUEUSE DU CARDINAL d'aRMA- 
GNAC (l 579). 

Le départ du gouverneur de Provence accrut l'au- 
dace des carcistes. Un soldat du nom de Reynier, l'exé- 
cuteur des hautes œuvres de Vins , se mit à la tête des 
plus mauvais garnements d'Aix et livra plusieurs batail- 
les aux soldats corses. Chassé pour quinze jours de la 



2^6 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

ville par le Parlement, il rentra après ce temps et, re- 
connu par des soldats corses, il fut assassiné en pleine 
place de la Madeleine. La population, toute dévouée 
à Carcès, se saisit aussitôt de quelques canons et s'ap- 
prêtait à les braquer contre le couvent des Augustins, 
où les Corses tenaient garnison, quand le consul Meyrar- 
gues accourut et parvint à la calmer. 

En présence de cette attitude des carcistes , les rasais 
de Lorgues, Fréjus, Draguignan et autres lieux, prirent 
les armes , mais de Vins les battit en toutes rencontres. 
Néanmoins il échoua sur Lorgues , qui se défendit 
vaillamment. Continuant sa marche, il s'empara de Saint- 
Jullien-le-Montaignier, battit le capitaine huguenot Ver- 
daches près de Barjols , incendia le château de Baga- 
ris, ravagea le territoire d'Hyères et massacra un grand 
nombre de rasais à Grimaud, Bormes et Saint-Tropez, 
qui avaient dressé précédemment une embûche à Bau- 
dument. Terrifiés par ces brigandages, les habitants des 
campagnes , emmenant avec eux leurs femmes et leurs 
enfants, se réfugièrent dans les villes rasâtes de Bri- 
gnoles, Draguignan, Barjols, Toulon, Fréjus et autres. 

Les Etats de la province , assemblés à Lambesc le 
22 février 1579, furent remplis des récriminations, que 
se firent mutuellement les deux partis ; ils décidèrent 
néanmoins d'envoyer des députés à Carcès (25 février), 
retiré à Salon , depuis la nomination de Suze , pour le 
supplier de rendre la tranquillité au pays ; mais le comte, 
tout en protestant de son amour de la paix , ne voulut 
rien promettre. Les Etats décidèrent alors de demander 
au roi de remplacer Suze par un gouverneur plus sym- 
pathique à la noblesse et, en attendant sa réponse, ils 
ordonnèrent aux belligérants de déposer les armes. De 
son côté, le Parlement, qui comptait pourtant beau- 
coup de carcistes dans son sein , rendit , en l'absence 



LES GUERRES DE RELIGION. 217 

du gouverneur et à sa place , comme l'exigeait Tordre 
politique du temps , un arrêt qui déclarait ennemis du 
repos public tous ceux qui avaient les armes à la main 
et autorisait toute personne à leur courir sus (lo mars 
^579)- 

Quelques jours après (27 mars), arrivèrent des lettres 
du roi , qui confiaient de nouveau le gouvernement de 
Provence au maréchal de Retz et chargeaient le cardi- 
nal d'Armagnac, colégat du pape, de pacifier la pro- 
vince en attendant l'entrée en charge du gouverneur. 
Cette seconde nomination ne contenta aucun parti. 
Les rasais se réunirent à Fréjus le 1 2 avril et votèrent 
une levée de soldats , que le Parlement autorisa. Les 
barons d'Allemagne , d'Oraiso-n et des Arcs eurent le 
commandement de l'infanterie ; Estoublon , Tanaron et 
Gabriel de Pontevès , seigneur de Buous , celui de la 
cavalerie, et les barons deTourettes et de Vence furent 
nommés syndics de l'union. Les huguenots de la pro- 
vince adhérèrent aux délibérations de l'assemblée de 
Fréjus et s'enrôlèrent sous leurs chefs habituels. 

Deux jours auparavant, le capitaine Antoine de 
Boyer, sieur de Bandols, que Henri IV créa, plus tard, 
baron dudit lieu à raison de ses services, accomplit un 
beau fait d'armes. A la tête de sa compagnie des Braves, 
comme on appelait alors sa petite troupe , et de douze 
cents hommes fournis par quelques communes rasâtes, 
il profita de ce que de Vins avait quitté momentanément 
son camp de Cuers avec une partie de ses troupes pour 
attaquer ce dernier et il le mit complètement en déroute 
(9 avril). 

D'autre part, Verdaches battit les carcistes à Roque- 
vaire et à Nans; mais d'Ornano et ses Corses échouè- 
rent contre Le Puech, occupé par les carcistes. Estou- 
blon, réuni à Buous, Tanaron et Jean-Baptiste Rascas, 



238 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

seigneur du Muy, tua quatre cents carcistes, à Cabasse, 
commandés par Buisson, et en dispersa six cents autres 
qui venaient prêter main-forte à Palamède de Forbin , 
seigneur de Solliès, assiégé dans son château par les 
gens du lieu et les rasais de Toulon. 

Les habitants d'Arles, résolus à ne s'inféoder à aucun 
parti, se réunirent à l'archevêché sous la présidence et 
à la requête de Silvio de Sainte-Croix, leur archevêque, 
et se confédérèrent, nobles et bourgeois, pour « gar- 
der et défendre la ville et cité d'Arles envers et contre 
tous sous l'obéissance , dévotion et commandement » 
du roi, et dénoncer, poursuivre et faire déclarer enne- 
mis de Sa Majesté et perturbateurs du repos public 
ceux des habitants qui pourraient être « assez mal mis » 
pour les subjuguer et les soumettre à toute autre obéis- 
sance qu'à celle du roi. Vingt-cinq nobles et vingt et un 
bourgeois signèrent la convention (i) (10 avril 1579). 

Le vice-légat H' Avignon arriva à Aix le 15 avril pour 
remplir sa mission et publia, vingt jours après (5 mai), 
une amnistie générale, à condition que les deux partis 
déposeraient les armes ; mais elle fut mal reçue. Le 
cardinal ne se découragea pas pour cela. Il eut deux 
entrevues avec Carcès et obtint de lui que ses partisans 
évacueraient Le Puech et Saint-Paul-lès Durance , qui 
étaient une menace perpétuelle pour la capitale de la 
Provence. Mais Louis-Honoré de Castellane, seigneur 
de Bezaudan (le frère de La Verdière), qui commandait 
au Puech, refusa d'abandonner la place, et les carcis- 
tes d'Aix, encouragés par sa résistance, se soulevèrent 
contre le président des Arches, que le roi avait donné 
comme conseil à d'Armagnac, et l'auraient même mas- 



(i) La Lauzière, Abrégé chronologique de l'histoire d'Arles ; — Trichaud, 
Hist. de la sainte église d'Arles, t. IV, p. 114, 115. 



LES GUERRES DE RELIGION. 239 

sacré sans l'intervention de d'Ornano. Le Parlement, 
poussé à bout, rendit, le 17 mai, un arrêt déclarant les 
partisans de Carcès rebelles, factieux, perturbateurs du 
repos public et autorisant les habitants des villes et 
des campagnes à leur courir sus. Quant à d'Armagnac 
et à des Arches , se voyant dans l'impossibilité absolue 
d'accomplir leur mission de paix, ils se retirèrent à Avi- 
gnon , après avoir séjourné un mois seulement à Aix 
(18 mai). 

SAC DE CALLAS PAR DE VINS. VENGEANCE DES HABI- 
TANTS. JACQUERIE PROVENÇALE. MORT d'eSTOUBLON 

(M78, 1579)- 

Nous devons raconter un triste épisode de ces temps 
de guerre fratricide. Deux fils de Jean-Baptiste de Pon- 
tevès, seigneur de Callas, vieillard cupide et barbare, 
ravageaient depuis longtemps les campagnes avoisi- 
sinant ce lieu, avec six cents routiers. L'un d'eux, Jo- 
seph de Pontevès, pour se venger des actions en jus- 
tice que les habitants de Callas , ruinés par les 
nombreuses exactions de son père , intentaient à ce 
dernier, écrivit, par son ordre, à son cousin De Vins 
de venir a les mettre si bas et faire que dudit lieu n'en 
soit mémoire et mettre le feu aux quatre coins de la 
ville. » De Vins accourut avec deux mille cinq cents 
hommes et commit des barbaries qui rappelaient celles 
de Mérindol et de Cabrières. Quatre-vingt-seize mai- 
sons furent incendiées ou démolies , cinquante-huit eu- 
rent leurs portes ou leurs fenêtres brisées , quinze leurs 
tonneaux défoncés, quarante-cinq leurs planchers abat- 
tus ou brûlés. Des habitants furent suspendus par les 
pieds, d'autres égorgés ; on arracha les poils de la barbe 
à d'autres. Mais ce que Pontevès père désirait avant 



240 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

tout, c'est que les habitants de Callas, agissant au nom 
de la commune entière, reconnussent comme régulière- 
ment consenties toutes les spoliations dont ils avaient 
été victimes de sa part. Dans ce but, il en réunit cent- 
cinquante dans l'église à coups de bâton et leur fit 
signer tout ce qui lui plut. C'était le 28 novembre 1 578. 
Le i®' décembre suivant, de Vins partit; mais, deux 
mois plus tard, il revint encore saccager Callas, à la de- 
mande de Pontevès, parce que les habitants contestaient 
la validité de la convention qui leur avait été arrachée 
de force le 28 novembre. Exaspérés, ces derniers réso- 
lurent enfin de tirer vengeance des iniquités de leur 
seigneur. 

Jacques Sossy, habitant de Callas et lieutenant d'une 
compagnie de rasais; Boniface Giraud, ancien consul, 
Claude Meyssal, fils d'un consul en exercice, et sept 
autres jeunes gens du lieu, s'emparèrent par surprise du 
château « sur l'heure de la diane , » et se saisirent de 
Pontevès père, de Françoise d'AgouIt, sa femme, et de 
Balthasar, seigneur de Penafort, son fils. Ce dernier et 
le père furent enfermés dans une cave obscure et Fran- 
çoise d'Agoult dans une maison du village. Un autre 
fils du seigneur de Callas, Pierre, qui s'était sauvé dès 
l'entrée des conjurés et courait épouvanté sur la route 
de Bargemon , fut reconnu et massacré par quelques 
paysans (avril 1579). 

Le château pris, les habitants de Callas se mirent en 
devoir de le piller, et Françoise d'Agoult estima à cent 
mille écus ce qui avait été dérobé à son mari en argent, 
meubles ou provisions. Le seigneur de Callas et son 
fils restèrent emprisonnés quarante-cinq jours, mais non 
sans être harcelés chaque soir par quatre ou cinq arque- 
busiers, qui les menaçaient de mort. Après ce temps, 
Pontevès obtint la permission de voir sa femme; mais 



LES GUERRES DE RELIGION. 24I 

il ne fut pas plus tôt sorti de prison que les soldats qui 
l'accompagnaient le tuèrent à coups d'épée et de dague. 
Quant à son fils, il était devenu fou. 

« La prise du château de Callas , » dit Lambert , 
« avait produit dans la province une sensation immense. 
Les communes rasâtes étaient dans un état de fermen- 
tation extrême. De toutes parts , les populations se 
réunissaient en armes et délibéraient sur les grandes 
routes, dans les bois, dans les granges, sur les places 
publiques. Le cri de : Guerre aux châteaux! s'élevait du 
fond des chaumières comme du sein des conseils mu- 
nicipaux. » Les rasais exploitèrent à leur profit ce mou- 
vement de revendication communale et, de toutes parts, 
on apercevait les sinistres lueurs des châteaux incen- 
diés par les mains des habitants des communes au sein 
desquelles ces édifices s'élevaient comme des menaces 
permanentes. 

C'est ainsi que les rasats de Draguignan, pour se 
venger de Claude de Villeneuve , marquis de Trans et 
gendre de Carcès , dont les armements ruinaient leur 
ville et son territoire, résolurent de faire le siège de son 
château de Trans. Estoublon , sur leur prière, vint à 
leur aide, et le baron des Arcs se joignit également à 
eux par ressentiment contre Carcès. L'armée rasate 
était sous les murs du château le 20 mai 1 579. De Vins 
accourut pour le défendre avec sa cavalerie ; mais il fut 
mis en déroute , et ne put faire entrer dans la place 
qu'un officier et quinze soldats. Le siège commença 
deux jours après. La garnison, excitée par le courage 
de la femme du marquis, Isabeau de Pontevès, se défen- 
dit vaillamment; mais le marquis ayant été tué d'une 
arquebusade (23 mai), le désordre se mit parmi les assié- 
gés et le château fut pris. La veille, les rasats avaient 
fait eux-mêmes une grande perte dans la personne 

16 



242 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

d'Estoublon, capitaine aussi expérimenté que brave, qui 
fut tué en pointant un canon. 

Des faits semblables se passèrent ailleurs. Palamède 
de Forbin, seigneur de Solliès , ayant voulu s'emparer 
de vive force des terres gastes et des moulins que cette 
commune avait dûment achetés de son ancien seigneur, 
François de Forbin , fut chassé et son château pillé et 
démoli. 

Le château de Cuers, qui appartenait à Baudument , 
fut aussi incendié avec ceux de Sainte- Maxime, Bau- 
duen et autres. 

Les habitants de Brignoles ruinèrent en un seul jour 
les maisons de Vins , leur compatriote , ravagèrent ses 
domaines et coupèrent jusqu'à dix-huit mille pieds 
d'arbre. 

INTERVENTION DE LA REINE MÈRE. FIN DE LA GUERRE 
DES RASATS ET DES CARCISTES. GOUVERNEMENT DU 
GRAND PRIEUR. CHAMBRES NEUTRE ET EXTRAITE 

(i 579-1 580). 

Alarmé de cette jacquerie , renouvelée du ' quator- 
zième siècle, le Parlement supplia Catherine de Médi- 
cis , qui revenait de son voyage de Guyenne , de se 
rendre en Provence pour la pacifier. Les députés du 
Parlement allèrent l'attendre à Beaucaire et lui expo- 
sèrent longuement les excès de Vins et des carcistes. 
Carcès, de son côté, députa à la reine son neveu Fran- 
çois de Boniface, seigneur de La Molle, accompagné 
des délégués de quelques communes ; mais il fut mal 
reçu. 

Catherine enjoignit sans délai aux deux partis, par le 
sieur de Méran, de déposer les armes le 14 juin (i 579) 
au plus tard et de restituer, dans les six jours, les places 



LES GUERRES DE RELIGION. 24? 

et les prisonniers qu'ils détenaient, faute de quoi ils 
seraient déclarés coupables de lèse-majesté. Ils se sou- 
mirent après quelques hésitations, et leurs chefs, no- 
tamment Carcès et le baron des Arcs, qui en avaient 
directement reçu Tordre , se rendirent , le 1 5 juin , à 
Marseille, où se trouvait pour lors la reine mère. 

Celle-ci , pour arriver plus sûrement à la pacification 
de la province , écarta de la direction des affaires Car- 
cès, Retz et Suze, et nomma le grand prieur de France 
gouverneur de Provence en l'absence de Retz. Angou- 
lême , dont les provisions furent vérifiées par le Parle- 
ment le 12 juin, fit son entrée solennelle à Aix le 2^. 
La reine mère arriva le lendemain et, dès le 30, con- 
voqua à La Bastide-de-Beauvoisin, près d'Aix, les no- 
bles les plus en renom de la province. Carcès arriva 
avec cinq cents gentilshommes, au nombre desquels 
étaient de Vins, La Verdière, Bezaudun son frère et 
Du Puget de Saint-Marc. Les rasats vinrent en moins 
grand nombre, conduits par le vicomte de Cadenet, le 
baron d'Oraison son fils et le baron des Arcs. Chaque 
parti se livrant à des récriminations, Catherine, pour 
couper court, reprocha aux carcistes et aux rasats leur 
désobéissance, leur fit comprendre que la noblesse 
n'avait rien à gagner à déserter la cause de la royauté 
et les obligea à signer une déclaration , où ils juraient 
obéissance au roi, s'engageaient à ne prendre les ar- 
mes qu'avec sa permission et à déférer toutes leurs 
querelles à l'arbitrage du grand prieur (!«■• juillet 1 579). 
Trente-quatre gentilhommes signèrent cet engagement, 
mais nous n'y avons pas trouvé la signature du baron 
d'Allemagne. Il est vraisemblable qu'il ne fut pas con- 
voqué par la reine mère ou , tout au moins , qu'il ne se 
crut pas en sûreté au milieu de tant d'ennemis. 

Catherine fit pourtant quelque chose pour les hu- 



244 HISTOIRE DES' PROTESTANTS DE PROVENCE. 

o-uenots de Provence. Elle créa une Chambre neutre 
(28 juillet), composée d'un président, qui fut Jean de 
Bélièvre, président au Parlement de Grenoble, et de 
onze conseillers du Parlement d'Aix, choisis parmi les 
plus modérés et les plus capables. Elle était chargée 
de connaître des procès des protestants et des diffé- 
rends survenus pendant la guerre des rasais et des car- 
cistes. Mais comme la reine mère publia bientôt une 
amnistie générale du passé, cette Chambre fut suppri- 
mée dès le 13 avril 1580, sur les représentations du 
Parlement. « On eut bientôt lieu de s'apercevoir, » dit 
Papon , « que les besoins de la province la rendaient 
nécessaire, et, quelques mois après, elle fut établie de 
nouveau sous le nom de Chambre extraite^ parce qu'elle 
avait été tirée du corps du Parlement et subsista jus- 
qu'au mois de juillet 158=5. » 

Ainsi se termina la guerre des rasais et des carcistes, 
que nous n'avons racontée que sommairement parce 
qu'elle n'avait pas directement pour mobile, comme les 
guerres précédentes , la revendication de la liberté de 
conscience et de culte (i). 



SEPTIÈME GUERRE DE RELIGION 

(FÉVRIER-26 NOVEMBRE I 580) 



COURSES DE GOUVERNET EN PROVENCE (1580) 



Cette guerre reçut le nom de guerre des Amoureux^ 

(1) Pérussis dans d'Aubais , t. I, p. 196, 202 , 205 . 210, 22? ; — Nostrada- 



LES GUERRES DE RELIGION. 245 

parce que, selon quelques auteurs, le roi de Navarre 
l'entreprit à l'instigation de sa femme Marguerite, vive- 
ment irritée de ce que Henri III avait dénoncé à son 
époux le prétendu commerce adultère qu'elle entrete- 
nait avec Henri de La Tour-d'Auvergne, vicomte de 
Turenne, duc de Bouillon. La lutte n'eut pas un grand 
retentissement en Provence. Le seul fait de guerre que 
nous ayons rencontré fut l'occupation de Montfroc, 
Saint-Vincent et Peipin, sur la lisière septentrionale de 
la Provence , par Gouvernet , capitaine huguenot du 
Dauphiné,qui, de ces places, faisait des courses armées 
dans les lieux environnants. Le grand prieur le fit atta- 
quer à Saint-Vincent en septembre 1580 par d'Ornano 
et ses Corses ; mais ceux-ci ne parvinrent point à le 
déloger et perdirent quelques hommes en voulant s'em- 
parer du moulin de la place. L'année suivante, les pro- 
cureurs du pays furent obligés de lui compter vingt-deux 
mille livres pour l'éloigner. Il assurait que la Provence 
lui devait cette somme. Quant aux Corses, après leur 
échec sur Saint-Vincent, ils entrèrent en Dauphiné pour 
ravitailler Tallard , que Lesdiguières , chef des hugue- 
nots de cette province, tenait assiégé depuis plusieurs 
mois. 

Dans le royaume , la paix , après quelques faits d'ar- 
mes insignifiants, fut conclue au Fleix, en Périgord, le 
26 novembre 1580, grâce à l'intervention des politiques, 
qui rapprochèrent le roi de Navarre et le duc d'Anjou. 
Henri III approuva le traité de paix à Blois le 26 dé- 
cembre suivant. 



mus, p. 816 et suiv. ; — Honoré Bouche, t. II, p. 665-667; — Louvet, t. I, 
p. 299-545 ; — Pitton, Histoire de la pille d'Aix, p. 294 et suiv. ; ~ Gaufridi, 
t. Il, p. J69-588; — Papon, t. IV, p. 211-254 ; — Lambert, t. I, p. 509-568. 



246 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

ARTICLES DU FLEix (26 novembre 1580). peste, mort 

DE CARCÈS. RIVALITÉ DES CHEFS PROTESTANTS DE 
LA HAUTE PROVENCE (1580-1585). 

Les articles du Fleix, comme on les appelait, confir- 
mèrent avec quelques restrictions l'édit de Poitiers du 
17 septembre 1577. Ainsi Seyne la Grand'-Tour devait 
être rendue au roi de France. La paix dura quatre ans 
et demi (26 novembre 1 580-mars 1585) et fut témoin de 
la mort du plus jeune des fils de Henri II, François de 
France, d'abord duc d'Alençon, puis duc d'Anjou 
(10 février 1 584) ; — du traité conclu à Joinville entre 
Philippe II d'Espagne et la maison des Guises, stipulant 
qu'au cas oia le roi régnant viendrait à mourir sans en- 
fants mâle, le cardinal Charles de Bourbon, oncle du 
roi de Navarre, lui succéderait, comme premier prince 
du sang; — enfin des progrès croissants de la Ligue, 
qui établit son siège à Paris même et à la merci de la- 
quelle se mit le faible Henri III par le traité de Ne- 
mours, du 7 juillet 1585, qui défendait, sous peine de 
mort, l'exercice de la religion réformée en France et 
donnait un mois aux ministres pour sortir du royaume et 
six à leurs ouailles. 

S'il ne se livra pas de combats en Provence pendant 
ce temps, il s'y commit néanmoins de grands désordres 
à la faveur de la désorganisation et de l'effroi que causa 
l'affreuse peste de juillet 1580 à août 1581. Le grand 
prieur y remédia le mieux qu'il put. Il fit le tour de la 
province, emmenant avec lui des commissaires pour 
informer sur les délits et rétablir l'ordre et l'autorité de^ 
la justice. 

C'est pendant cet intervalle de paix que Jean de 
Pontevés , comte de Carcès, mourut dans sa terre de 



LES GUERRES DE RELIGION. 247 

Flassans , à trois lieues de Brignoles , à l'âge soixante 
et dix ans (20 avril 1582). Ce fut un général médiocre, 
quoique courageux ; mais il était doué d'un grand dis- 
cernement et d'une habileté rare à manier les hommes. 
Bien fait de sa personne, actif, constant dans l'adver- 
sité, fidèle à son parti, froid et circonspect, il eût pu 
exercer une influence bienfaisante dans sa province ; 
mais son ambition, plus encore que son fanatisme, ne 
connut point de bornes et, pour la satisfaire, il ne crai- 
gnit pas de verser des torrents de sang et de laisser 
commettre des dévastations innombrables. 

Les huguenots de Provence , soit par lassitude soit 
par faiblesse , n'avaient pas pris les armes pendant la 
septième guerre de religion. Durant la paix, ils eurent 
à souffrir des rivalités de leurs chefs respectifs. Il ne 
leur restait comme places fortes que Seyne (i) et La 
Bréole, situées dans la haute Provence, et c'est là que 
de fâcheuses compétitions faillirent les mettre aux prises 
les uns avec les autres. Trois chefs aspiraient au com- 
mandement : Bougarelly , sieur de Vachères , gouver- 
neur de Seyne par commission du roi de Navarre , 
homme impatient et grossier ; Jacques de Besse dit La 
Bréole, un des plus braves et des plus vieux capitaines 
de son temps, et Du Collet, le plus habile et le plus 
intrigant des trois. Ils s'étaient approvisionnés d'armes 
et de chevaux en Piémont et en seraient venus aux 
mains sans l'intervention de Le^diguières, qui se rendit 
au milieu d'eux à la fin de l'année 1 584 et les réconcilia 
par l'accord suivant. Il donna à Bougarelly le comman- 
dement de l'infanterie, à Du Collet celui de la cavalerie 
et de toutes les troupes qu'on mettrait aux champs , et 



(i) Cette ville d'otage , qui aurait dû être restituée au roi , comme on l'a 
vu plus haut, ne le fut point. 



248 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

à Arnaud d'Entrevennes, le neveu du célèbre Mauvans, 
celui des arquebusiers à cheval. Bougarelly garda, en 
outre, le gouvernement de Seyne. Quant au capitaine 
La Bréole, il obtint pour la défense du château de ce 
nom , qui était sa propriété personnelle , cent hommes 
de pied et douze maîtres (i). 

Nous trouvons, pour cette époque, dans un cahier 
général de plaintes des Eglises réformées, présenté au 
roi en 1583 (2), qu'un sieur d'Agulla, relevant de l'au- 
torité de l'archevêque d'Aix, et un sieur de Salles, re- 
levant de celle de Louis François d'Adhémar, comte de 
Grignan , furent l'objet, au mépris des édits , de vexa- 
tions diverses de la part de leurs seigneurs respectifs. 



HUITIÈME GUERRE DE RELIGION 

(août M 585-13 NOVEMBRE 1)86) 



DE VINS, CHEF DE LA LIGUE EN PROVENCE. NAISSANCE 
DU PARTI DES « BIGARRATS » (1585). 

Hubert de Garde, sieur de Vins, succéda à son oncle 
Carcès comme chef du parti catholique en Provence. 
Ses exploits pendant les guerres précédentes avaient 
révélé ses talents militaires et son habileté à manier les 
hommes. Les Guises le choisirent pour leur lieutenant. 
Le titre de chef de la Ligue fut, il est vrai, dévolu à son 



(i) Pérussis dans d'Aubais, t, I, p. 252 ; — Honoré Bouche, t. II, p. 67Ô- 
679; — Gaufridi, t. II, p. 588-598; — Papon, t. IV, p. 245, 246; — Lambert, 
t. I, p. 395. 394- 

(2) Du Plessis-Mornay, Mémoires, t. II, p. 320 et suiv. 



LES GUERRES DE RELIGION. 



249 



beau-père, François-Louis d'Agoult, comte de Sauit, 
car ce dernier appartenait à une plus haute et plus an- 
cienne noblesse que son gendre, qui était le petit-fils 
d'un foureur de Brignoles, mais il fut l'âme et le bras de 
la Ligue en Provence. Le grand prieur, à force de pré- 
venances et de soins, était parvenu à réconcilier la no- 
blesse; de Vins, par son fanatisme et son ambition, la 
divisa de nouveau. Il était, du reste, parent de la femme 
de Charles de Lorraine, duc de Mayenne, le frère du 
duc de Guise, et mécontent de Henri III, à qui il avait 
sauvé la vie, au péril de la sienne, sous les murs de La 
Rochelle, et qui ne l'en avait pas récompensé assez 
grandement. Il « avait un démon charmant, » ajoute 
Nostradamus, « quoiqu'il ne fût ni large ni libéral de sa 
nature, auquel on ne pouvait résister quand il déployait 
sa parole et sa langue. On ne pouvait lui faire faire un 
pas de clerc ni le trouver endormi. » 

Il n'attendit pas, pour entrer en campagne, le com- 
mencement de la huitième guerre de religion, qui 
n'éclata guère qu'en août dans l'intérieur du royaume. 
Dès les premiers mois de l'année 1585, deux de ses 
partisans s'emparèrent de Colmars et de Lançon. Lui- 
même dissimula, quand le Parlement lui fit demander, 
en mars, le parti qu'il comptait prendre dans la lutte qui 
paraissait devoir commencer, mais c'était pour mûrir son 
plan. Il avait, en effet, projeté de s'emparer du Puech, 
près d'Aix, pour tenir cette ville en respect, et de Sis- 
teron, pour dominer la vallée de la Durance, pendant 
que le fougueux ligueur Louis de La Motte dit Dariez, 
deuxième consul de Marseille, ferait soulever cette po- 
puleuse cité en faveur de la Ligue, en l'absence du pre- 
mier consul, Antoine d'Arène, député pour lors à 
Paris avec Spinassi, un de ses collègues. 
Ce plan, il est vrai, échoua, mais l'audace de Vins 



2^0 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

n'en fut pas diminuée. Le 3 avril, il lança un manifeste 
où il déclarait que lui et ses amis prenaient les armes 
au nom du duc de Guise pour défendre la religion ca- 
tholique , parce que le roi , dominé par ses mignons , 
laissait péricliter cette religion en même temps que son 
royaume, et, sur Theure, montant à cheval, il s'empara 
de Puimoisson , Saint-Paul-lès-Durance , Ansouis , La 
Tour-d'Aigues, la Motte-d'Aigues et autres lieux. 

Les Provençaux, qui refusèrent de s'enrôler sous ses 
drapeaux, furent traités de bigarrais par ses partisans, 
qui entendaient railler par là ce qu'ils appelaient la bi- 
garrure religieuse et politique des sujets restés fidèles 
au roi. 

Quinze jours auparavant (19 mars), le duc de Guise 
avait envoyé au Parlement le manifeste de la Ligue, oia 
le cardinal Charles de Bourbon, l'oncle du roi de Na- 
varre, prenait le titre de premier prince du sang, re- 
commandait aux Français de maintenir la couronne de 
France dans la branche catholique, et déclarait que « le 
service de Dieu serait en péril tant que la religion pré- 
tendue réformée ne serait pas entièrement abolie et ex- 
clue de la France. » Le Parlement, pour l'heure, ne se 
laissa pas convaincre, et, par son arrêt du 17 avril, dé- 
clara que tous ceux qui, sans une commission particu- 
lière et sans avoir obtenu la permission expresse du 
roi, prendraient les armes , seraient regardés et traités 
comme perturbateurs du repos public. 

RÉVOLTE DE DARIEZ A MARSEILLE (1585). 

Dariez tint parole à de Vins. Le 8 avril, après avoir 
mandé au grand prieur que Marseille se déclarait pour 
le Roi des rois, il se saisit du fort de Notre-Dame, réu- 
nit ses partisans à l'hôtel de ville , et leur fit signer une 



LES GUERRES DE RELIGION. 2,1 

adresse à de Vins, où ils l'engageaient à venir vers eux, 
et l'assuraient que « la ville de Marseille avait pris le 
parti découvertement de Dieu et de l'Etat pour faire 
entièrement profession de la foi catholique. » 

Le jour suivant (9 avril), à l'entrée de la nuit, le capi- 
taine Claude de Boniface dit Cabane, complice de Da- 
riez , fît assassiner son propre frère Jean de Boniface, 
trésorier général de France, pour avoir ses biens. Les 
deux misérables heurtèrent à sa porte, « disant qu'ils 
avaient là un paquet de lettres de monseigneur le grand 
prieur audit sieur général Boniface , qu'ils lui voulaient 
donner. Ledit sieur Boniface descend à la porte, sa 
femme portant la chandelle avec lui. Le consul Dariez, 
qui n'était lors accompagné que du capitaine Boniface 
et de deux autres, baisa le paquet, et, en le donnant au- 
dit général, lui dit qu'il exécutât le contenu. Mais c'était 
le mot du guet donné aux meurtriers qui l'accompa- 
gnaient pour le tuer, car aussitôt ils se jettèrent sur lui 
et le tuèrent à coups d'épée et de dague, et le capitaine 
Boniface frère monta à la maison pour se rendre le 
maître et piller (i). » Cela fait, Dariez et Boniface, sui- 
vis de leurs partisans, allèrent incontinent fouiller toutes 
les maisons des huguenots et jetèrent ceux qu'ils ren- 
contrèrent, soit dans la tour Saint-Jean, soit dans les 
prisons ordinaires de la ville. 

« Le lendemain (io avril), » dit Ruffi (2), « Dariez fit 
publier à son de trompe que chacun eût à porter sur 
son chapeau une croix blanche , et à révéler ceux qui 
étaient entachés de calvinisme , à peine de trois traits 
de corde. Pour faire exécuter cette ordonnance, il s'en 
allait dans la ville avec son chaperon , suivi de Claude 



(i) Histoire véritable de la prlnse de Marseille. 
(2) Hist. de la ville de Marseille. 



252 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

de Boniface, du capitaine du corps de la ville, de 
Charles de Casaulx et autres mauvais garçons, et faisait 
battre ou emprisonner tous ceux qui ne portaient pas la 
croix suivant son ordre. » Ces violences furent suivies 
du massacre de deux religionnaires : un revendeur, 
nommé Chieusse, et un vieillard septuagénaire, du nom 
de Clavier. Dariez les livra au peuple , qui traîna leur 
corps par toute la ville, et les jeta par-dessus les mu- 
railles du côté de Téglise Majeure. 

Le quatrième jour de sa révolte (i i avril), Dariez fit 
faire de nouvelles criées plus fulminantes que les autres, 
portant défense de receler les hérétiques, à peine de la 
corde; puis^ tirant de la tour Saint-Jean un emballeur 
nommé Antoine, il le livra au peuple, qui le mena jus- 
qu'aux plus hautes murailles de l'Amiradour, pour le 
précipiter. » Ce pauvre misérable, » dit encore Ruffi, 
(( roula jusqu'au rivage de la mer, et, se sentant encore 
un peu de vie , voulut tâcher de se sauver ; mais en se 
relevant, il vit deux hommes qui descendaient de la mu- 
raille pour l'achever, et alors, voyant qu'il n'y avait aucun 
moyen d'échapper, il les conjura de le faire prompte- 
ment mourir, ce que les assassins firent aussitôt. » 

Le même jour, Dariez convoqua une assemblée gé- 
nérale à l'hôtel de ville, oij cinq cents chefs de famille 
se rendirent. Un des plus influents, Nicolas de Beaus- 
set, lui ayant demandé raison de sa conduite, il répondit 
qu'il avait reçu des ordres supérieurs , et ajouta qu'il 
avait fait emprisonner les huguenots parce qu'ils vou- 
laient s'emparer de la ville, et que le peuple, irrité à bon 
droit contre eux, en avait arraché quelques-uns des mains 
des soldats et les avait mis à mort. Sur cette réponse, 
l'assemblée fut comme frappée de stupeur, et nul n'osa 
proférer aucune plainte. 

Son audace, dès lors, ne connut plus de borne. Le 



LES GUERRES DE RELIGION. 2^3 

lendemain (12 avril), une masse populaire se réunit aux 
abords de l'hôtel de ville en poussant des cris de mort 
contre les huguenots et leurs alliés les bigarrats. Ces 
derniers se répandirent dans les rues affolés de terreur, 
mais l'un d'eux, François Bouquier, qui jouissait d'une 
influence considérable dans la cité , à ce point qu'il fai- 
sait et défaisait les consuls à son gré , releva leur cou- 
rage , et , suivant les ordres qu'il avait reçus du grand 
prieur, organisa la résistance. Jusque-là les protestants 
n'avaient pas eu à se louer de lui, et il leur inspirait une 
telle crainte, qu'ils s^étaient réfugiés en masse dans l'ab- 
baye de Saint-Victor, dès qu'ils avaient connu ses plans ; 
mais il alla les trouver, leur promit son concours et les 
enrôla dans son parti. Dariez, averti des dispositions pri- 
ses par Bouquier, se met aussitôt à sa poursuite à la tête 
d'une compagnie de ligueurs. Ce dernier, n'attendant 
pas d'être attaqué, va au-devant de Dariez, se jette sur 
ses gens et les met en déroute. Il faisait nuit noire. Le 
consul et son acolyte Boniface se réfugient dans le quar- 
tier de Saint-Jean, oij ils espèrent faire leur jonction 
avec deux cents soldats tirés des quatre galères, que le 
duc de Toscane avait envoyées à Marseille pour soute- 
nir l'insurrection; mais, au lieu de cela, ils se heurtent 
à cinq cents habitants qui se dirigeaient sur l'hôtel de 
ville pour appuyer Bouquier. Se voyant perdus, les deux 
chefs ligueurs abandonnent leurs troupes pour s'embar- 
quer, mais, serrés de près par leurs adversaires, ils sont 
bientôt faits prisonniers. 

Cependant le grand prieur s'était hâté de partir pour 
Marseille dès qu'il avait connu la gravité de l'émeute. 
Il arriva aux portes de la ville le même jour (12 avril), à 
onze heures du soir, avec deux cents cavaliers et une 
chambre de justice. Il se rendit sur l'heure à l'hôtel de 
ville, où siégeaient en permanence Bouquier et ses amis, 



254 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

et sauta au cou du libérateur en s'écriant : « Mon ami, 
vous avez gagné une bataille au roi. » Il fit ensuite re- 
lâcher tous les religionnaires et alla aux prisons avec la 
chambre de justice, qui, sans désemparer, condamna à 
mort Dariez et Boniface comme traîtres et meurtriers. 
L'exécution eut lieu le lendemain (13 avril), à minuit, 
pour éviter l'éclat. Dariez fut loin de mourir en héros. 
Il se rétracta en couvrant le grand prieur de flatteries, 
dans l'espoir de sauver sa tête, et colora sa révolte du 
prétexte calomnieux que les huguenots avaient conçu le 
projet de s'emparer de la ville. Quant à Boniface, il 
mourut plus lâchement encore. 

Après ces événements, le grand prieur fit publier à 
Marseille et dans toute la Provence qu'on eût à « tenir 
ceux de la religion en paix et sûreté. » Il écrivit aussi à 
Guy-Paul de Châtillon , comte de Laval , qui était à la 
tête des protestants du Languedoc , que ces derniers 
n'eussent pas à s'alarmer de l'entreprise de Dariez, parce 
qu'il veillait à ce que les articles du Fleix (ils étaient en- 
core en vigueur), fussent respectés dans son gouverne- 
ment, où ceux de la religion étaient « tranquilles par- 
tout. )) 

Les pièces du temps établissent que l'insurrection de 
Marseille fut plus qu'un mouvement ligueur, et que Louis 
de Gonzague, duc de Nevers, beau-frère du duc de 
Guise, qui s'était avancé jusqu'à Avignon, comptait, si 
le complot de Dariez avait réussi, en retirer un avantage 
personnel en s'emparant du gouvernement de la Pro- 
vence à la place du grand prieur. C'est dans ce but qu'il 
avait fait venir les quatre galères toscanes dont nous 
avons parlé plus haut, et qui n'étaient destinées, disait-il, 
qu'à le protéger contre les pirates, dans le voyage qu'il 
se disposait à faire en Italie, pour prendre les bains de 
Lucques. 



LES GUERRES DE RELIGION. 255 

Dès que le roi connut la répression du mouvement 
de Dariéz , il en informa les principaux dignitaires ec- 
clésiastiques et gentilshommes des provinces et les ha- 
bitants des villes, en leur représentant que la religion 
catholique ne pouvait être restaurée et le peuple sou- 
lagé si la guerre présente continuait. Il les engageait 
par suite à lui demeurer fidèles , à se séparer de toute 
ligue , à recourir à sa protection et à travailler à la con- 
servation de l'Eglise catholique, car les fauteurs des 
troubles actuels emprisonnaient , rançonnaient , tuaient 
et saccageaient ses sujets « tant catholiques que au- 
tres (i). » 

Henri III était dans la salle du Louvre quand il apprit 
l'heureuse issue de l'insurrection de Dariez. Apercevant 
dans la foule les députés de Marseille, d'Arène et Spi- 
nassi , il leur dit : « Mes amis, je vous accorde ce que 
vous m'avez demandé et davantage s'il est besoin. Ma 
libéralité ne suffira jamais pour reconnaître votre fidé- 
lité ; » et peu après il écrivit au conseil municipal une 
lettre pleine de bienveillance et d'éloges (2). 

ENTRÉE TARDIVE DU GRAND PRIEUR EN CAMPAGNE. 
ÉDIT DU 18 JUILLET I585. 

Le grand prieur ne montra pas assez de résolution 
au début de cette nouvelle guerre, qu'avec plus de 
promptitude il aurait peut-être comprimée. Il n'entra en 
campagne que le 1 5 mai. Il disposait de deux régiments, 
Champagne et Corse , et de six mille hommes de mi- 
lice, dont il donna le commandement aux chefs bigar- 



(i) Lettres du roy envoyées à M. du Bouchaige,... sur l'enircprise de la ville 
de Marseilles en Provence, 1565. 
(2) Fabre, Hist. de Marseille, t. II, p. 112-121. 



256 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

rats, le comte de Grignan , le baron d'Oraison, Puget 
de Saint-Marc et autres. Les ligueurs , qui avaient 
réuni depuis le manifeste du 3 avril deux mille arquebu- 
siers et cinq cents chevaux , commandés par le comte 
de Sault, de Vins et autres, n'acceptèrent pas le combat 
et, reculant toujours, finirent par se réfugier en Dau- 
phiné. Le grand prieur et les chefs huguenots , qui 
s'étaient joints à lui , auraient été d'avis de le poursui- 
vre, mais les chefs bigarrais et les procureurs du pays , 
chargés de l'approvisionnement de l'armée, ne voulurent 
pas y consentir. Le grand prieur se vit donc obligé de 
revenir sur ses pas, et il s'arrêta à Sisteron. 

De Vins mit à profit cette faute. Par une habile diver- 
sion il attira les deux régiments du grand prieur à Vau- 
meilh, qu'il avait fait occuper par quelques soldats, et, 
à la faveur de ce siège, il pénétra en Provence d'un 
autre côté avec son infanterie et descendit dans la vi- 
guerie de Draguignan , pendant que le comte de Sault 
avec la cavalerie faisait son entrée en Provence par le 
comté de ce nom. 

C'est à ce moment que parut l'unique édit du 18 juil- 
let 1585 , qui était la reproduction des clauses du traité 
de Nemours , dont nous avons parlé plus haut , et qui 
réconcilia pour un temps , extérieurement du moins , 
Henri III avec le duc de Guise. La ville d'Aix , qui 
était dévouée à la Ligue , reçut l'édit avec une grande 
joie et le Parlement, qui au début des hostilités, s'était 
montré plus modéré, l'enregistra avec empressement en 
présence du grand prieur (30 juillet). Il fit même davan- 
tage. Comme il y avait beaucoup de huguenots à Aix , 
dont les uns pratiquaient leur religion ouvertement et 
les autres en secret , il ordonna à tous les avocats et of- 
ficiers de justice , aux bourgeois et à tous les corps de 
métier, de prêter un serment de catholicité. Quelques 



LES GUERRES DE RELIGION. 2^7 

avocats et procureurs, qui craignaient de perdre leurs 
charges, eurent la faiblesse d'abjurer. 

LE BARON d'aLLEMAGNE NOMMÉ GÉNÉRAL DES ÉGLI- 
SES RÉFORMÉES DE PROVENCE. SON ÉCHEC SUR 
CASTELLANE AVEC LESDIGUIÈRES. EXPÉDITIONS DI- 
VERSES DES HUGUENOTS ET DES (( BIGARRATS » 
(1585-I586). 

L'édit de juillet remplit les huguenots de crainte et 
de colère, car il détruisait d'un trait de plume les droits 
sacrés qu'ils avaient conquis sur maints champs de ba- 
taille au prix du plus pur de leur sang. Le roi de Na- 
varre écrivit à cette occasion une lettre singulière aux 
chefs de son parti en Provence. Tout en les prévenant 
qu'il les informera du jour où ils devront prendre les ar- 
mes, il se plaint de ce que ses ennemis le traitent 
d'hérétique, qualification impropre, qui ne convient 
qu'à celui qui se choisit sa religion lui-même et qui y 
persévère contre l'évidence du mauvais choix qu'il a 
fait. « Quant à lui , » ajoute-t-il , « il suit la doctrine 
dans laquelle ses parents l'ont élevé ; disposé néanmoins, 
s'il est dans l'erreur, à la reconnaître et à l'abjurer dès 
qu'on la lui aura montrée : ce que l'on n'a point fait en- 
core jusqu'ici , oii l'on a plutôt cherché à le détruire 
qu'à l'instruire. » On voit, par ces lignes, que le Béarnais 
n'était pas un croyant bien affermi et qu'à un moment 
donné , quand son intérêt parlera plus haut que sa reli- 
gion , il saura faire le saut périlleux. 

Ce fut dans sa terre du Luc, oij il s'était retiré après 
la publication de l'édit de juillet, que la baron d'Alle- 
magne reçut une copie de la lettre du roi de Navarre 
et, peu après, l'ordre de prendre les armes. Il convo- 

17 



258 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

qua aussitôt à Seyne les délégués de toutes les compa- 
gnies qui tenaient garnison dans la haute Provence, 
leur représenta les sinistres projets de la Ligue, leur fit 
comprendre la nécessité de ne pas morceler le com- 
mandement et multiplier les expéditions isolées , qui 
avaient fait tant de mal à la cause , et leur proposa de 
nommer un général des églises réformées de Provence. 
Le baron fut élu à l'unanimité , et distribua sur l'heure 
à ses compagnons d'armes les revenus ecclésiastiques 
des vigueries de Seyne, Digne et Sisteron, en leur re- 
commandant expressément de ne « toucher aucune- 
ment aux meubles de l'église ni à la personne du prêtre, 
sinon qu'il fût trouvé combattant avec armes. » Il fit en- 
suite fortifier Seyne , dont il confia le commandement à 
Du Collet, ce qui mécontenta fort Bougarelly, et arma 
les châteaux du Poil et d'Espinouse; puis, méditant 
une entreprise sur Castellane , il écrivit à Du Collet de 
lui amener ses troupes. En passant près de Digne , ce 
dernier aperçoit deux cents habitants de la ville qui 
viennent en armes à sa rencontre. Il fait aussitôt des- 
cendre de cheval quelques arquebusiers pour leur tenir 
tête, pendant qu'il se met en devoir de les tourner avec 
ses cavaliers ; mais il se trompe de route et ses arque- 
busiers, n'étant pas soutenus, sont obligés de fuir. 
Il arrive enfin, trouve les Dignois retranchés dans 
les rochers, tente sans succès de les débusquer et re- 
çoit une balle qui le décide à donner l'ordre de la re- 
traite. 

Le baron d'Allemagne ne se laissa pas abattre par ce 
premier échec. Sentant néanmoins la nécessité d'être 
secouru , il alla en Dauphiné solliciter l'appui de son 
cousin Lesdiguîères, dont la femme, Françoise de Cas- 
tellane, appartenait, comme sa mère, à la grande fa- 
mille de ce nom. Le célèbre capitaine, accompagné de 



LES GUERRES DE RELIGION. 2^9 

son lieutenant Gouvernet, fit sa jonction à Ribiers avec 
son parent. Il commandait à deux cents maîtres et à au- 
tant d'arquebusiers à cheval, et le baron à soixante 
maîtres et à cent arquebusiers également à cheval. Ils 
traversèrent ensemble la Durance aux Mées, campèrent 
à Barrème (28 janvier 1 586), et le lendemain ils étaient 
au point du jour sous les murs de Castellane , qu'ils 
eussent peut-être surpris si une pauvre femme , qui ra- 
massait du bois sur une colline , ne les eût aperçus de 
loin et n'eut donné l'alarme dans la ville. Voyant qu'ils 
étaient découverts , le prudent Lesdiguières ne voulut 
pas se ranger à l'avis du baron d'Allemagne , qui vou- 
lait forcer sur l'heure une des portes de la ville dans la 
persuasion que ses partisans du dedans feraient un 
mouvement en sa faveur, et l'armée se retira à une cer- 
taine distance. 

Le lendemain , après avoir concerté leur plan d'atta- 
que , les deux capitaines investirent la place et tirèrent 
des coups d'arquebuse sur les assiégés, pendant que des 
pétards étaient cloués à une des portes de la ville; mais 
ces engins ne produisirent pas l'effet attendu , parce 
que les assiégés avaient eu la précaution de construire 
des murs en pierres sèches derrière leurs portes. Un 
pétardier même fut tué et l'armée s'éloigna une se- 
conde fois. Le soi^ eut lieu un conseil de guerre ora- 
geux. Lesdiguières reprocha à son cousin de l'avoir in- 
duit en erreur sur les dispositions de Castellane et son 
état de défense, qui s'était considérablement amélioré 
depuis trente ans que la ville s'attendait à un siège , et 
opina pour la retraite. Le capitaine provençal voulait au 
contraire tenter un assaut général, mais l'avis de Lesdi- 
guières prévalut et l'armée décampa le lendemain 
(31 janvier 1586), au milieu des récriminations et des in- 
jures que s'adressèrent mutuellement les soldats des 



26o HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

deux chefs. Il paraît même qu'ils en vinrent aux mains 
dans la plaine de Cheiron (i). 

La petite armée huguenote se saisit de Barrème , 
Mezel et Volone. Là, elle se sépara. Le baron tira sur 
Seyne par Sourribes, Vilhosc et Saint-Geniès, pendant 
que Lesdiguières , marchant sur Sisteron , tenait en 
échec un jour durant la garnison de cette place , dont 
une sortie était à craindre. Malheureusement le baron 
fut en retard de vingt-quatre heures avec sa troupe , de 
telle sorte que Lesdiguières étant déjà loin , quelques 
soldats de Sisteron sortirent pour harceler les soldats 
provençaux , qui étaient obligés de marcher en file à 
cause de l'étroitesse du chemin. Si le gouverneur Biaise 
d'Estaignon avait emmené plus d'hommes avec lui et 
eût montré plus d'habileté et d'audace, le baron aurait 
couru de grands dangers , car il était loin à la fois de 
son avant-garde , déjà logée à Saint-Geniès , du gros 
de sa troupe qui venait d'entrer à Vilhosc , et de son 
arrière-garde, qui se trouvait encore dans la plaine de 
la Durance. Un soldat corse s'approcha même très 
près de lui et le visa avec son arquebuse; mais heureu- 
sement le coup ne partit pas et Allemagne lui fendit le 
crâne d'un coup de son épée. Arnaud d'Entrevennes , 
qui commandait l'arrière-garde , entendant sonner à 
l'étendard et le bruit de la fusillade, arriva avec ses hom- 
mes à bride abattue et délivra le baron, qui n'avait 
autour de lui que cinq ou six maîtres et leurs valets. 
Estaignon se sauva au haut de la montagne, mais, ren- 
contrant le capitaine La Brèole, qui commandait le gros 
de la troupe et qui, ne voyant pas venir le général 
en chef, avait quitté Vilhosc pour aller à sa rencontre, 
il s'enfuit rapidement et rentra dans Sisteron. 

(i) Lamenei, Hist. de Castcllane, p. 504. 



LES GUERRES DE RELIGION. 261 

Quelque temps après , le capitaine huguenot Scipion 
de Villeneuve, sieur d'Espinouse, parcourut le pays au 
nord de la Durance et s'empara de Grambois. Le bi- 
garrât Jean de Brancas, baron de Céreste , assiégea 
sans succès Apt, et un autre bigarrât, Jean-Baptiste 
Rascas, sieur Du Muy, qui avait abandonné le grand 
prieur, tenta vainement avec le baron d'Allemagne de 
se saisir de Draguignan. Une autre troupe plus heu- 
reuse s'empara du Luc ; mais le grand prieur reprit 
cette place, établit des garnisons dans d'autres, orga- 
nisa des milices et contraignit les huguenots de se réfu- 
gier dans la haute Provence. 

Au mois d'avril (1586), ils se remirent en campagne, 
et le Parlement, pour répondre à leur prise d'armes, 
enregistra (28 avril) les lettres patentes du roi du 
20 avril 1586, qui déclaraient valablement faite la 
vente des biens meubles et immeubles de ceux de la 
religion qui n'avaient pas obéi à l'édit du 18 juillet de 
l'année précédente. Le baron d'Allemagne partagea 
ses soldats en deux colonnes : l'une aux ordres d^Ar- 
naud d'Entrevennes, l'autre qu'il commanda lui-même. 
Arnaud, chargé de faire rentrer les contributions en re- 
tard du haut pays, s'empara de Thorame-Haute, malgré 
la vaillante défense de ses habitants, et décida, par cet 
heureux coup de main , • les villages de la contrée à 
acquitter leurs contributions. Quant à Allemagne, tra- 
versant le territoire des Mées et d'Espinouse, il assié- 
gea le Luc, mais sans succès ; remonta à Trans, où il 
se réunit à Du Muy et fit avec ce capitaine de nom- 
breuses courses à Roquebrussane , Camps, Besse et 
dans tout le territoire de Brignoles, avec l'intention de 
surprendre de Vins dans son château de Forcalqueiret. 

Ce fut à peu près vers ce temps que Hector de 
Mirabel, sieur de Blacons, gentilhomme huguenot du 



262 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

Dauphiné, qui s'était emparé d'Orange, faillit réussir, 
avec le secours de Lesdiguières, de Gouvernet et d'au- 
tres capitaines huguenots, à s'emparer de la ville d'Apt. 
Il avait projeté de forcer la porte de La Bouquerie au 
moyen de pétards, et choisit, pour exécuter son des- 
sein, l'heure matinale oia les soldats de garde étaient à 
la messe. La porte et la herse furent successivement 
enfoncées, mais la sentinelle postée sur la tour, ayant 
sonné l'alarme, et jeté la cloche sur les soldats qui en- 
traient par la brèche, les habitants du quartier, éveillés 
par le bruit, descendirent en hâte dans la rue, pendant 
qu'un nommé Pierre Rigolt, qui attendait le jour dans 
une hôtellerie voisine de la porte, empêchait avec une 
hallebarde les assaillants de pénétrer dans ce logis et 
donnait le temps à la garde d'accourir. Les gens de 
Blacons ne songèrent plus dès lors qu'à fuir et furent 
poursuivis jusqu'au pont Julien par Gabriel de Ponte- 
vès, seigneur de Buous, gouverneur d'Apt (i). 

FIN TRAGIQUE DU GRAND PRIEUR. DE VINS NOMMÉ 
GÉNÉRALISSIME DE l'aRMÉE LIGUEUSE DE PROVENCE 

(,586). 

De Vins, en apparence inactif, tramait dans l'ombre 
la perte du grand prieur, qu'il faisait représenter par ses 
partisans comme un ami des huguenots ou un général 
incapable. Ils allaient même jusqu'à demander son rem- 
placement. Instruit de toutes ces menées, le grand prieur 
voulut frapper un grand coup. Ayant été informé que 
quelques ligueurs, en haine de son gouvernement, s'ap- 
prêtaient à livrer Arles à trois mille huguenots du Langue- 
doc, commandés par Damville, qui avait déjà franchi le 

(i) Boze, Hist. d'Apt, p. 291-295. 



LES GUERRES DE RELIGION. 20? 

Rhône, il fit couper la tête au chef du complot, le che- 
valier d'Eyguières, et à ses complices. Après cet acte 
de vigueur, qui déplut au Parlement, dévoué en majo- 
rité à la Ligue, il cita de Vins à comparaître devant 
cette cour comme fauteur de troubles. Le chef ligueur 
n'eut garde de se présenter (20 avril), et son audace 
fortifia celle de ses partisans. Le grand prieur, aux abois, 
essaya alors de parlementer à la fois avec les b'igar- 
rafs et les ligueurs ; mais ces derniers , interprétant les 
avances qu'il leur faisait comme un signe de faiblesse, 
empêchèrent toute levée de troupes , bien qu'elles fus- 
sent spécialement destinées à combattre les huguenots, 
car ils craignaient que le grand prieur, s'alliant avec 
ceux-ci et les Ingarrats , ne s'en servît contre eux. 

D'un autre côté, de nombreuses dénonciations étaient 
adressées au roi contre le gouverneur de Provence, que 
ses ennemis accusaient d'être de connivence avec les 
ennemis du roi , de négliger les affaires de son gouver- 
nement et de faire traîner la guerre en longueur pour 
enrichir ses créatures. L'une de ces dénonciations, qui 
avait pour auteur Philippe Altoviti, un des commandants 
des galères de Marseille, lui fut renvoyée. Rempli d'une 
fureur subite, il se rend à l'hôtellerie où logeait ce der- 
nier, venu à Aix pour assister aux Etats de la province, 
et, lui montrant sa dénonciation, lui donne trois coups 
d'épée dans le ventre. Altoviti, saisissant rapidement 
une dague cachée sous le traversin de son lit, la plonge 
dans la poitrine du grand prieur , qui s'affaisse sur 
lui même en s'écriant : Je suis mort! A moi! Altoviti me 
tue! Ses gardes accourent, percent le capitaine des 
galères de mille coups, précipitent son corps par la 
fenêtre et, après l'avoir traîné dans les rues, le mettent 
en pièces et le Jettent à l'eau. Ils tuèrent également 
•Antoine d'Arène, consul de Marseille, qui avait accom- 



264 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

pagné Altoviti aux Etats. Le grand prieur, transporté 
dans son palais, ne vécut que jusqu'au lendemain à 
midi (2 juin 1 586). Telle fut la fin lam.entable du bâtard 
d'Angoulême. Il avait l'esprit fin, beaucoup de goût 
pour les lettres, les sciences et les arts, un carac- 
tère humain et sympathique, des intentions excellentes, 
quoique ses emportements, qui s'alliaient à une faiblesse 
naturelle , le poussassent quelquefois à accomplir des 
actes de violence. Il n'avait pas, du reste, les qualités 
nécessaires pour gouverner la Provence , cette terre 
« pleine de lions et d'ours, » disait Nostradamus, et 
son irrésolution lui aliéna tous les partis. Dans les 
grandes crises, il faut de grands caractères, qui s'atti- 
rent, il est vrai, des haines mortelles, mais qui font 
naître à leur tour des attachements inébranlables. 

La mort du grand prieur obligea le Parlement , sui- 
vant la coutume de l'époque , de prendre la direction 
des affaires du pays. Il organisa la police, correspondit 
avec les gouverneurs des places de la province et fit 
voter par les Etats une levée de six mille hommes pour 
maintenir l'ordre, en même temps qu'il députa Du Buys- 
son à Paris pour informer la cour des tragiques événe- 
ments qui venaient de s'accomplir. 

Quant à De Vins et à ses amis, ils manifestèrent une 
joie bruyante, et ces derniers mirent tout en œuvre 
pour que leur chef, qui promit de « faire tête aux hu- 
guenots , » fût nommé gouverneur de Provence. Les 
Etats du pays , gagnés en majorité à la Ligue , repous- 
sèrent la candidature du baron d'Oraison, qu'appuyaient 
les bigarrats^ et nommèrent de Vins général en chef de 
l'armée de Provence, sauf l'approbation du Parlement, 
qui ne se fit point attendre (6 juin 1 586). 

LES HUGUENOTS ET LES « BIGARRATS » REPRENNENT 



LES GUERRES DE RELIGION. 265 

LES HOSTILITÉS. ILS ÉCHOUENT SUR DRAGUIGNAN, 
INSUCCÈS DE l'assemblée POLITIQUE DE CADENET 

(.586). 

La mort du grand prieur et la nomination de de Vins 
furent le signal de nouvelles luttes. Saint-Michel, de la 
maison de Bouliers, chassa les ligueurs de la tour d'Ai- 
guës et la remit à d'Oraison qui, à la tête de cent cin- 
quante cavaliers bigarrais^ se saisit de Venelles et de 
Tourvelle (?), s'approcha d'Aix et enleva soixante et 
dix mulets chargés de sel, qui venaient de l'étang de 
Berre. Après cela, il convoqua à Cadenet tous les 
chefs bigarrais et huguenots de la Provence pour es- 
sayer de reconstituer l'ancienne union, et les huguenots 
des vigueries de Forcalquier et de Draguignan se for- 
tifièrent à Ongles et au Cannet. 

Quant au baron d'Allemagne, il se ménagea l'appui 
du célèbre capitaine huguenot du Dauphiné, Louis de 
Marcel-Blaïn , seigneur du Poët-Célard, connu sous le 
nom de Du Poët, et d'un corps de religionnaires lan- 
guedociens, qui se rendirent au Luc par Tarascon sous 
la conduite de Blacons, gouverneur d'Orange. Ensemble 
ils tentèrent, dans la nuit du 8 au 9 juin 1586, de sur- 
prendre Draguignan où ils avaient des intelligences. Les 
capitaines La Bréole, Arnaud d'Entrevennes, Paradis et 
Scipion du Virailh pénétrèrent bien dans la place par 
escalade, conjointement avec les barons d'Allemagne, 
de Céreste et du Poët ; mais aucun mouvement ne 
s'étant produit en leur faveur, et Paradis ayant même été 
tué d'un coup d'arquebuse, ils regagnèrent précipitam- 
ment leurs échelles et s'enfuirent. De Draguignan, 
Allemagne alla à Trans, oia il comptait trouver quel- 
ques compagnies de bigarrais^ qui lui firent défaut. Il se 
dirigea ensuite vers Cadenet pour assister à l'assemblée 



266 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

générale convoquée par le baron d'Oraison. Pour bra- 
ver le Parlement, il passa tout près d'Aix (24 juin), et 
fut attaqué par trois compagnies de gens d'armes de la 
ville, que son arrière-garde chargea vigoureusement. 
Une pluie torrentielle mit fin au combat. Le lendemain, 
pour le poursuivre , sept à huit cents hommes , tant de 
pied que de cheval, conduits par les capitaines Barthé- 
lémy Sainte-Croix et Michel Bastin , sortirent d'Aix; 
mais ils se mirent si tard en route que la troupe hugue- 
note avait déjà franchi la Durance. 

Les bigarrais ne se rendirent qu'en petit nombre à 
l'assemblée de Cadenet, qui décida qu'un nouvel appel 
leur serait adressé. Du Muy, le baron de Tourves et 
d'autres furent chargés de se mettre en rapport avec 
eux. De Vins s'était rapproché de la Durance pour ob- 
server les mouvements de l'armée huguenote, campée 
à Cadenet ; mais , bien que sa troupe eût été renforcée 
de huit cents arquebusiers et de quatre compagnies de 
fantassins, il n'osa pas l'attaquer.^ Après dix jours d'at- 
tente, le baron d'Allemagne franchit la Durance avec 
six cents fantassins et quatre cents chevaux et occupa 
Sénas, dans la pensée d'enlever Aix si les bigarrais de 
la ville secondaient ses mouvements ; mais ils ne remuè- 
rent pas, et le capitaine huguenot, pour recevoir les ren- 
forts qu'il attendait du Languedoc, occupa Boulbon sur 
le Rhône, qui lui fut livré par son gouverneur. 

Délivré du voisinage du baron, de Vins, qui avait di- 
visé son armée en trois corps, commandés par Etienne 
Boyer d'Ollioules, Buoux et lui, envoya Boyer se res- 
saisir du Cannet, et Buoux d'Ongles. L'expédition ayant 
réussi, les deux capitaines firent leur jonction et chassè- 
rent le baron d'Oraison de La Tour-d'Aigues. 

Quand Allemagne eut reçu ses renforts du Languedoc, 
il vint de nouveau à Sénas pour attirer de Vins dans la 



LES GUERRES DE RELIGION. 267 

plaine ; mais le capitaine ligueur, qui ne disposait que de 
son corps d'armée particulier, refusa encore le combat, 
et le baron retourna à Boulbon , d'oij il passa en Lan- 
guedoc, en attendant que les chefs bi^arrats^ qui avaient 
assisté à l'assemblée de Cadenet, fussent parvenus à 
faire prendre les armes à leurs anciens confédérés. 11 
laissa même ses troupes en Languedoc, sous le com- 
mandement de Bougarelly et de La Bréole, et se rendit 
dans la haute Provence pour organiser la résistance. 
Quant à de Vins, il alla faire le siège de Boulbon, et pria 
le colonel d'Ornano, qui était à Tarascon, de lui envoyer 
de l'artillerie ; mais ce dernier, qui en avait besoin pour 
défendre sa place, ne put accéder à son désir. 

Cependant Bougarelly, qui haïssait d'Allemagne, con- 
seilla aux soldats qu'il commandait de rentrer en Pro- 
vence, d'autant mieux que Damville, qui commandait les 
huguenots du Languedoc, abusant de leurs services, les 
envoyait toujours les premiers au feu, sans les admettre 
au partage du butin. Il réussit à les convaincre, et, quit- 
tant de nuit l'armée languedocienne, il franchit avec eux 
le Rhône à Montélimar. Ils arrivèrent ensemble à Seyne, 
à travers mille périls et accablés de fatigue. Quant à la 
troupe aux ordres de La Bréole, elle prit part au siège 
de Saint-Laurent (i), et rentra en Provence à la demande 
d'Allemagne. 

LE DUC d'ÉPERNON NOMMÉ GOUVERNEUR DE PROVENCE. 
BATAILLE CÉLÈBRE d'aLLEMAGNE. MORT DU BARON 

d'allemagne (1586). 

Vers ce temps. Du Buysson, député du Parlement à 
la cour, revint de Paris, annonçant que Jean-Louis de 

(i) Vraisemblablement Saint-Laurent-des-Arbres (canton de Rochemaure). 



268 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

Nogaret, duc d'Epernon, un des mignons de Henri III, 
avait été nommé amiral du Levant (i8 juin 1586), gou- 
verneur et lieutenant général pour le roi en Provence 
(14 juin), commandant des forces royales de cette pro- 
vince et de celles de Dauphiné (21 juillet), et revêtu des 
pouvoirs les plus amples pour convoquer les officiers de 
justice en Provence et les suspendre, au besoin, de leurs 
charges (22 juillet) (i). De Vins, qui espérait succéder 
au grand prieur, en fut consterné, mais il jugea prudent 
de dissimuler, se réservant de fatiguer le nouveau gou- 
verneur par son opposition, et de l'obliger à retourner 
à une cour pleine de plaisirs, qu'il ne tarderait pas à 
regretter. 

Cependant les huguenots de la haute Provence recom- 
mencèrent leurs expéditions, non pas tant pour se saisir 
de nouvelles places que pour lever des contributions né- 
cessaires à leur subsistance. Les habitants de ces quar- 
tiers, remplis d'effroi, implorèrent la protection du Par- 
lement, qui chargea de Vins de leur porter secours. Ce 
dernier fut on ne peut plus satisfait de cette commission, 
car il se persuada que, lorsqu'il commanderait à une ar- 
mée nombreuse, retranchée dans un pays de montagnes, 
et serait vainqueur des huguenots , il pourrait faire la 
guerre avec avantage au nouveau gouverneur, comme il 
l'avait déjà faite à Henri d'Angoulême. Il fit partir pour 
Riez , avec deux mille hommes, Balthazar de Castellane, 
seigneur d'Ampus, et le suivit bientôt après avec un ré- 
giment de cavalerie italienne, commandée par Louis 
Honoré de Castellane, seigneur de Bezaudun, frère 
d'Ampus, cent trente maîtres et seize cents fantassins. 
Le 23 août (i 586), il était sous les murs de la place d'Al- 



(i) Pièces relût, à la Prou, sous le gouvern. du duc d'Epernon (Bibl. nat. 
fond franc., n° 24168), 



LES GUERRES DE RELIGION. 269 

lemagne, son objectif, occupée pour lors par Scipion 
de Villeneuve, sieur d'Espinouse , mais il manquait de 
canons de siège. 

Le baron d'Allemagne, voyant que de Vins en voulait 
à son château et à ses domaines, pria son cousin Lesdi- 
guières, qui se trouvait à cette heure à Nyons en Dau- 
phiné, de le secourir promptement. Il écrivit en même 
temps à tous les chefs huguenots et bigarrais de lui 
prêter assistance. Ces derniers, à qui la nomination du 
duc d'Epernon avait redonné du courage, répondirent 
cette fois à l'appel, et d'Allemagne vit venir à lui les 
barons d'Oraison, de Sénas, de Céreste et de Tourves, 
Du Bar, Balthazar de Meyran , sieur de La Goy, les 
sieurs de La Javie, de Roumoules et autres. Lesdiguiè- 
res , de son côté , accompagné de ses lieutenants Gi- 
raud de Déranger, sieur de Morges, Gouvernât, Cbam- 
poléon , Blacons et autres capitaines renommés , arriva 
avec quatre cents arquebusiers à cheval et deux cents 
maîtres, et écrivit aussitôt à de Vins pour l'engager à 
lever le siège d'Allemagne et à se retirer. Ce dernier 
n'en voulut rien faire, et il était, depuis plus de huit jours, 
devant la place, vaillamment défendue par Espinouse et 
la femme du baron, quand, le vendredi 5 septembre 1 586, 
à quatre heures du matin , l'armée huguenote parut sur 
les hauteurs environnantes. Il assembla aussitôt un con- 
seil de guerre pour délibérer, et presque tous les capi- 
taines furent d'avis qu'il fallait s'enfermer dans Riez ; 
mais de Vins, plus courageux, dit que l'armée se couvri- 
rait de honte si elle fuyait sans avoir combattu, et qu'en 
cas d'échec, il serait toujours temps pour elle de cher- 
cher une retraite à Riez ; et comme la discussion se pro- 
longeait, il leva la séance et donna l'ordre de monter à 
cheval. 

Il abandonna sur l'heure le siège d'Allemagne, ne lais- 



270 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

sant sous les murs de la place que cinq cents hommes, 
commandés par Ampus, pour empêcher une sortie d'Es- 
pinouse; posta sur le coteau de Saint-Marc cent hommes 
et deux couleuvrines à la chapelle bâtie à son extrémité, 
et plaça son infanterie dans le vallon qui conduit à Mon- 
tagnac. Il aurait voulu faire venir de Riez sa cavalerie, 
mais sachant que la ville, après son départ, lui fermerait 
aussitôt ses portes , il renonça forcément à s'en servir. 
« Vers midi, » dit Lambert, qui raconte très clairement 
les diverses péripéties de cette bataille mémorable , 
u l'avant-garde des huguenots parut sur la crête du co- 
teau opposé à celui qu'occupaient les ligueurs, et séparé 
de lui par un vallon. L'armée ennemie se divisa. Une 
partie, sous les ordres de Lesdiguières, côtoya le vallon 
sur la gauche de Vins, tandis que l'autre partie, com- 
posée des contingents provençaux, sous les ordres du 
baron d'Allemagne, prit la droite de l'armée catholique 
en la tournant. Dès que de Vins s'aperçut qu'il allait être 
attaqué de deux côtés, il rappela Ampus avec ses cinq 
cents hommes, et fit marcher en avant-garde le capitaine 
Marenq de Marseille avec trois cents arquebusiers, pour 
dégager la route en cas de retraite sur Riez. Il se plaça 
ensuite au centre de son armée, qu'il forma en trois co- 
lonnes sous les ordres de [Palamède] Forbin de Saint- 
Cannat, de de Gaud et de Sainte-Colombe. Le baron 
parut en ce moment dans les broussailles avec ses Pro- 
vençaux, après avoir tourné la chapelle Saint-Marc sans 
perte d'hommes ; il ordonna à quelques compagnies de 
mettre pied à terre , et leur fit engager l'action avec la 
colonne de Saint-Cannat. Pendant ce temps, Espinouse, 
débarassé d'Ampus , fit une sortie avec la garnison du 
château , et attaqua vivement Sainte-Colombe , qui for- 
mait l'arrière-garde. Sainte-Colombe fut tué , la con- 
fusion se mit dans les rangs de sa colonne , qui se dé- 



LES GUERRES DE RELIGION. 27I 

banda et porta le trouble parmi les soldats de de Gaud, 
au milieu desquels se tenait de Vins. Saint-Cannat. que 
son intrépide sang-froid n'abandonnait pas, rappela les 
cent hommes qui occupaient la chapelle Saint-Marc, et 
arrêta Espinouse tout en se repliant sur le centre pour 
venir au secours de de Vins, qui allait avoir à soutenir 
l'effort d' Espinouse et du baron d'Allemagne. Ce der- 
nier... donna contre de Vins avec impétuosité; les li- 
gueurs ne résistèrent pas, et une terreur que rien ne peut 
expliquer s'étant emparée d'eux, le désordre se mit dans 
leurs rangs... De Vins, désespérant de les rallier, fit 
sonner la retraite. Ce mouvement commença sous l'em- 
pire d'une panique extrême. Ampus et Ventabren, à la 
tête d'une compagnie d'arquebusiers à cheval , s'avan- 
cèrent pour arrêter l'ennemi et donner le temps à de 
Vins de se reformer, mais ils furent promptement rame- 
nés et forcés de se replier sur le centre, en pleine dé- 
route.. . Pendant ce temps, Sénas et le baron de Tourves, 
avec cent cavaliers bigarrais^ avaient achevé de disperser 
les soldats d'Ampus et de Saint-Cannat. Il ne restait 
plus de l'armée ligueuse qu'une compagnie d'arquebu- 
siers commandés par La Molle... Allemagne concentra 
tous ses efforts sur elle; la chaleur était accablante, et 
la sueur ruisselait sur le front du vaillant baron ; il ôta 
son casque et vint se mettre en avant des troupes pour 
charger l'ennemi... En ce moment, une balle l'atteignit 
à la tempe droite (i) et le renversa de son cheval. Ses 
soldats le prirent dans leurs bras et le portèrent couvert 
de sang à l'ombre d'un noyer, où il rendit l'âme une 
heure après. » 

De Vins, désespéré de la lâcheté de ses soldats, vou- 

(i) Le capitaine Saint-Martin, qui a laissé un récit de la bataille d'Allema- 
gne et accompagnait le baron , dit que ce dernier u eut le gosier coupé ; » 
et cela paraît plus vraisemblable puisque le baron ne mourut pas sur le coup. 



272 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

lait se faire tuer en combattant, et il fallut l'entraîner 
presque de force à Riez, oij se sauvaient pêle-mêle les 
fuyards. Encore faillit-il être fait prisonnier par vingt maî- 
tres qui, l'ayant reconnu, le poursuivirent longtemps. Le 
régiment de cavalerie, cantonné dans cette ville et com- 
posé d'Italiens efféminés, entendant la fusillade, sortit 
pour porter secours à son chef, mais ce fut au moment 
où arrivaient éperdus les soldats ligueurs, de telle sorte 
que, saisi lui-même d'une terreur panique, il rentra avec 
ces derniers dans le plus grand désordre. La ville de 
Riez elle-même, quoiqu'elle pût parfaitement se défendre 
avec les restes de l'armée, éprouva une terreur indicible 
à la pensée qu'elle serait peut-être assiégée par les hu- 
guenots, et ne reprit son calme que lorsqu'elle sut que 
Lesdiguières s'était remis en route pour le Dauphiné. 
De Vins, avec deux cents chevaux, essaya bien de don- 
ner sur la queue de ses gens, mais ce fut sans succès. 
Les soldats ligueurs, poursuivis jusqu'à Riez, perdi- 
rent, dans cette journée, douze cents hommes, tant tués 
que blessés, et dix-huit drapeaux sur vingt-deux. Les 
huguenots n'eurent que peu de morts, mais la perte du 
baron d'Allemagne fut irréparable. C'était un gentil- 
homme d'un caractère froid, hautain et peu sympathique ; 
mais sa grande naissance, ses talents militaires, sa bra- 
voure et la sagesse de ses conseils lui avaient gagné la 
confiance de ses compagnons d'armes. L'armée entière 
le pleura et porta son corps au château d'Allemagne, 
où furent déployés, en guise de trophées, les dix-huit 
drapeaux pris sur les ligueurs. Les huguenots, toutefois, 
souillèrent leur victoire en mettant à mort, sans raison, 
douze prisonniers. La femme d'Allemagne supporta la 
perte de son mari avec une rare constance. « Cette hé- 
roïne , » dit de Thou , « qui avait soutenu le siège avec 
un courage au-dessus de son sexe, soutint son malheur 



LES GUERRES DE RELIGION. 273 

avec la même fermeté , et l'on peut dire qu'elle fut la 
consolation de Lesdiguières et de ceux qui venaient la 
consoler. » 

Autrement, ce dernier ne prit qu'une faible part à 
la bataille d'Allemagne, dont le principal honneur revient 
au baron. L'habile capitaine, qui n'avait pas oublié son 
échec sur Castellane et était dépourvu de guides , mar- 
chait prudemment dans un pays qu'il ne connaissait pas, 
et lorsque d'Allemagne lui dépêcha le capitaine Saint- 
Martin pour le prier d'avancer, il répondit : « Allez dire 
à M. d'Allemagne que s'il veut se perdre il se perde, 
car je ne me perds pas de cette façon, et on me devait 
laisser des gens pour me conduire. » C'est alors que 
le vaillant capitaine provençal commença l'attaque en 
s'écriant ; « C'est aujourd'hui l'heure que je me perds, 
ou ferai perdre mon ennemi. » 

Quant à de Vins , il demeura inconsolable , car ses 
ennemis le raillaient beaucoup de sa défaite, en disant : 
« Le matinier s'est laissé surprendre ; il a trouvé des 
gens plus matiniers que lui (i). » 

ARRIVÉE DU DUC d'ÉPERNON EN PROVENCE. AMNISTIE 
GÉNÉRALE {l 586). 

Un mois environ après la bataille d'Allemagne, le duc 
d'Epernon fit son entrée solennelle à Aix (21 septem- 
bre 1586). Quelques jours auparavant {i 5 septembre), 
le Parlement, pour se le rendre favorable, avait retiré à 
de Vins sa commission de généralissime de Tarmée pro- 
vençale, et condamné à mort, par contumace, du même 
coup , les chefs huguenots et bigarrats qui avaient pris 

(i) Défaite d'Allemagne par le sieur de Saint-Martin (Bibl. d'Aix. ms. 540); 
Discours du siège et de la défaite d'Allemagne (Bibl. de Carpentras, ms. 9 , 
additions aux ms. Peiresc); les sources citées plus loin. 

18 



2-^4 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

les armes en dernier lieu : Céreste, La Goy, La Javie, 
EspinoLise et du Muy, avec une amende de cent mille 
livres, la confiscation de leurs biens et l'abolition de 
leurs titres de noblesse. Le baron d'Allemagne, quoique 
décédé, ne fut pas même épargné, et on l'exécuta à mort 
en effigie. 

Dès le lendemain de son arrivée , Epernon convoqua 
dans son palais les présidents du Parlement, le procu- 
reur général et ses deux avocats généraux , pour s'en- 
quérir auprès d'eux des causes des troubles de la 
province. Après des récriminations mutuelles (car le 
Parlement lui-même était divisé entre les deux partis), 
le président Louis de Coriolis dit la Jambe de Bois , 
magistrat éminent , déclara que l'ambition de de Vins et 
d'Oraison et la haine réciproque qu'ils avaient l'un pour 
l'autre étaient la grande cause de la guerre civile , et 
opina pour que le nouveau gouverneur envoyât des dé- 
putés auprès d'eux et les assurât que le Parlement 
abandonnerait les procédures commencées contre eux 
et leurs partisans, s'ils consentaient à déposer les ar- 
mes. Cet avis, qui prévalut dans l'assemblée, eut aussi 
l'assentiment du roi , qui, à la demande d'Epernon, en- 
voya des lettres de surséance à l'exécution des arrêts 
que le Parlement venait de lancer contre les principaux 
hlgarrafs et huguenots, et lui donna les instructions sui- 
vantes touchant le cas particulier du baron d'Oraison et 
de ses coreligionnaires : 

a Je vous prie tant faire envers le vicomte de Cade- 
net (i) qu'il se range à l'Eglise catholique, comme il 
m'a souvent promis de faire ; et si lui ou autres refu- 



(i)Le baron François d'Oraison était devenu vicomte de Cadenet depuis la 
mort de son père, Antoine Honoré d'Oraison, vicomte de Cadenet, survenue 
cette même année ij86. Il fut créé marquis .en 1588, vraisemblablement en 
récompense de son retour au catholicisme. 



LES GUERRES DE RELIGION. 275 

sent de ce faire, les admonester de ne sortir pas seu- 
lement de la province..., mais aller du tout hors de mon 
dit royaume, ainsi qu'il est expressément porté par ledit 
édit (du 18 juillet 1585)... Je vous envoie une déclara- 
tion générale pour ceux qui se sont réduits à la religion 
catholique suivant mes édits et s'y réduiront ci-après, à 
ce qu'il leur soit permis de jouir de leurs biens tout 
ainsi que s'ils avaient satisfait devant le temps préfix 
par iceux , afin de convier les autres à ce faire (i). » 

Oraison renonça à la lutte et promit même de retour- 
ner au catholicisme. Il en fut de même des autres chefs 
huguenots. Hésitants d'abord , ils finirent par accepter 
pour la plupart les conditions de l'amnistie et rendirent 
les places oia ils tenaient garnison. De Vins fit de même 
de son côté. Sénas et Tanaron seuls ne voulurent pas 
promettre de renoncer à leur foi. 

Epernon aurait désiré, dans l'intérêt de la pacifica- 
tion de la province , remplacer le premier président 
du Parlement, Jean-Augustin de Foresta, baron de 
Trets , magistrat illustre , qui était un des chefs les 
plus ardents de la Ligue ; mais il ne parvint ni à le faire 
révoquer ni à obtenir sa démission volontaire. Se rabat- 
tant sur l'administration provinciale et communale , qui 
appartenait également au parti de la Ligue , il nomma 
de nouveaux procureurs du pays et de nouveaux con- 
suls : entreprise qui lui attira de grandes haines, car, 
par cette mesure, il porta une grave atteinte aux préro- 
gatives du pays. D'un autre côté, pour rassurer les 
Provençaux engagés dans la dernière guerre, il publia 
des lettres de sauvegarde en faveur de tous ceux qui 
avaient pris les armes et qui voudraient se retirer dans 
leurs maisons. 

Il) Matthieu, Hist. de France, éd. de Pans, 1671, t. II, p. 121. 



276 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

REDDITION DE SEYNE. PERFIDIE d'ÉPERNON (1586). 

De toutes les places occupées par les huguenots , 
deux seulement n'avaient pas consenti à se rendre , 
Seyne et La Bréole , cédées aux protestants de Pro- 
vence par redit de Beaulieu de 1576, sous le nom de 
« Seyne la Grand'-Tour et circuit d'icelle , » et qu'ils 
avaient toujours gardées depuis cette époque. Epernon , 
malgré la saison avancée , voulut réduire ces deux for- 
teresses ; mais avant de s'engager dans les neiges de la 
haute Provence , il essaya des moyens de conciliation 
qui échouèrent. Avec l'énergie qui le caractérisait , il 
résolut de recourir à la force des armes. Les espions 
qu'il envoya pour reconnaître le pays furent unanimes à 
déclarer que les chemins étaient impraticables à l'ar- 
tillerie ; mais rien ne l'arrêta. Le rendez-vous général 
de ses troupes , qui formaient un effectif de neuf mille 
hommes au moins, avec sept canons, fut fixé à Sisteron. 
Lorsqu'il se rendit dans cette place, la baronne d'Alle- 
magne lui remit ses châteaux d'Allemagne, Valerne, 
Le Poët et VitroUes. Pour lui témoigner sa bienveil- 
lance, le duc lui laissa les revenus de ces divers fiefs et 
se borna à y mettre des garnisons. 11 agit de même à 
l'égard d'Espinouse, qui lui remit également les diver- 
ses places dont il était le seigneur. 

Epernon partit de Sisteron le 20 octobre. Arrivé près 
de Venterol (il avait passé par La Motte-du-Caire), il 
apprit que Lesdiguières , qui surveillait sa marche , cam- 
pait à Venterol même. Croyant le faire prisonnier dans 
cette place, il alla l'assiéger avec cent soixante cava- 
Hers ; mais il avait trop présumé de son habileté et 
fut repoussé après avoir perdu La Tour , gentilhomme 
de ses parents. De Venterol, Lesdiguières se rendit à 



LES GUERRES DE RELIGION. 277 

Seyne, ordonna quelques travaux de défense et répartit 
comme suit le commandement : Bougarelly eut le gou- 
vernement général de la place , Arnaud d'Entrevennes 
et Louis Ogines la direction de l'infanterie, le sieur de 
Prunières celle de la cavalerie , et Lanoze la garde de 
la Grand'-Tour. Malheureusement, l'accord ne régnait 
pas entre ces différents officiers. Bougarelly « n'enten- 
dait rien à gouverner ni à défendre des places , » et 
Arnaud et Ogines, plus expérimentés, manquaient de 
l'autorité suffisante pour faire exécuter les résolutions 
qu'ils jugeaient utiles. Prunières, de son côté, voulait 
commander seul. De là des conflits de pouvoir qui écla- 
tèrent entre lui et Bougarelly après le départ de Lesdi- 
guières. Les soldats ayant pris parti pour leurs chefs 
respectifs , la défense en souffrit beaucoup , d'autant 
mieux que la garnison comptait seulement trois cent 
cinquante soldats et ne disposait que de trois petits ca- 
nons , dont un seul pouvait servir. 

Bien que la distance de Sisteron à Seyne ne fût que 
de douze ou treize lieues, Epernon ne put camper à 
Saint-Pons, hameau à proximité de Seyne, qu'après six 
jours de travaux et de fatigues inouïs, en laissant sur 
son passage un grand nombre de malades et de morts. 
Le comte de Thermes, qui commandait un des corps 
de l'armée et qui était arrivé le premier devant la place, 
la somma de se rendre; mais les assiégés, qui n'avaient 
pas encore vu l'artillerie et qui ne croyaient pas qu'il 
fût possible de l'amener aux pieds de leurs murailles , 
répondirent par un refus formel. Epernon eut à vaincre, 
en effet , d'immenses difficultés pour conduire ses sept 
canons à Seyne. Il dut les placer sur des troncs de 
sapin évidés et leur faire franchir les rampes des mon- 
tagnes au moyen de poulies de retour. Quand ils fu- 
rent arrivés , Epernon fit dire aux assiégés que s'ils ne 



278 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

se rendaient dans les vingt-quatre heures , il ouvrirait 
le feu. C'était le i" novembre 1586. Le lendemain, 
Bougarelly , qui connaissait la faiblesse des moyens de 
défense de la place , fit savoir secrètement à Epernon 
qu'il la lui remettrait s'il voulait permettre à la garnison 
de se retirer avec armes et bagages en lieu sûr, garan- 
tir la vie des habitants et respecter les propriétés. Le 
duc lui en donna l'assurance par son messager Du 
Buysson , mais sans vouloir s'engager lui-même , parce 
qu'il avait de mauvaises intentions , comme on va le 
voir. Cette réserve excita la méfiance des assiégés , 
notamment celle de l'intrépide et loyal Arnaud d'Entre- 
vennes, qui voulait combattre jusqu'à la dernière goutte 
de son sang; de sorte que le duc dut promettre per- 
sonnellement de respecter les clauses de la capitulation 
en présence de Bougarelly , Prunières , un capitaine , 
un sergent de chaque compagnie et un caporal de cha- 
que escouade. Gagnés par les paroles affables d' Eper- 
non , ils rendirent la place. Le duc l'occupa le surlen- 
demain (3 novembre), et ne tarda pas à révéler la 
perfidie de son âme , car, au mépris de sa parole , il fit 
pendre à Seyne : Arnaud d'Entrevennes, Ogines, Lanoze, 
Louis de Vaumeilh et sept des principaux habitants de la 
ville; et, à Selonnet, le diacre Mausse, ancien avocat, 
et le vieux pasteur Simon Lacombe. Vingt autres nota- 
bles furent jetés en prison et envoyés à Sisteron et à 
Aix. Bougarelly lui-même , livré au Parlement , se vit 
condamné et exécuté à mort à Saint-Maximin. Prunières 
seul eut la vie sauve et dut se retirer dans le Dauphiné, 
son pays originaire. Le capitaine Scipion de Virailh , 
dont le fils a laissé des Mémoires, ne dut son salut 
qu'à l'intervention de son oncle Palamède de Valavoire, 
qui servait dans l'armée du duc. Quant à la garnison, il 
lui fut permis de se retirer soit dans la vallée de Barcc 



LES GUERRES DE RELIGION. 279 

lonnette, qui appartenait pour lors au duc de Savoie, 
soit dans ie Dauphiné. 

REDDITION DE LA BRÉOLE (1586). 

Seyne rendue, Epernon se mit aussitôt en devoir.d'as- 
siéger La Bréole, défendue par le brave capitaine de ce 
nom. C'était une place d'une forte assiette, bâtie sur un 
rocher abrupt au-dessus du torrent de l'LJbbaye, profon- 
dément encaissé en ce lieu. Ses remparts étaient solides, 
et quatre bastions en défendaient l'approche. La garni- 
son , commandée par le vaillant capitaine Masse , se 
composait de cent soldats et de douze cavaliers ; mais 
cent soixante jeunes gens des environs étaient venus 
volontairement la renforcer. Il fallut deux jours aux 
canons du duc pour franchir les trois lieues qui sépa- 
rent Seyne de La Bréole , quoique quatre enseignes de 
fantassins eussent réparé les chemins. Le 6 décembre, 
Epernon somma le capitaine La Bréole de se rendre. 
Celui-ci ayant répondu par un refus énergique, la place 
fut battue de cinq cent soixante-quatre coups de canon 
en trois jours. Un bastion fut entamé et deux tours 
s'écroulèrent. Le duc fit construire en même temps un 
chemin couvert , que protégeaient des tonneaux remplis 
de terre, et qui montait du bas du ravin jusqu'au bastion 
démoli ; puis il ordonna l'assaut. L'élan de ses troupes 
fut admirable , mais il vint se briser contre l'héroïque 
résistance du capitaine La Bréole , homme de guerre 
remarquable , qui , malgré son grand âge , déploya une 
activité qui tenait du prodige. Plusieurs officiers d' Eper- 
non furent grièvement blessés , notamment Caumont , 
Dominique de Vie, qui arrivait de Guyenne, Fenissac, 
Lanty, Saint-Aignan, Bonouvrier et le célèbre Louis de 
Berton , sieur de Grillon. Les trois avant-derniers mou- 



28o HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

furent même quelques jours après des suites de leurs 
blessures. 

Le 1 2 novembre , Epernon ayant reçu sept cents 
boulets de Carmagnoles en Piémont et un renfort 
d'hommes et de canons, que lui amena du Dauphiné 
son frère Bernard de Nogaret, seigneur de La Valette 
et gouverneur de cette province , la garnison demanda 
à capituler; car, cernée de toutes parts et perdue au 
milieu des montagnes , elle n'avait à attendre aucun 
secours, et la famine la menaçait. Le duc voulait qu'elle 
se rendît à discrétion ; mais le brave La Bréole préfé- 
rait s'ensevelir sous les ruines de sa forteresse plutôt 
que de subir une telle humiliation. Aussi obtint-il que 
ses soldats sortiraient armes et bagages saufs , avec le 
simple engagement de ne pas porter de trois mois les 
armes contre le roi , et qu'ils seraient escortés par des 
soldats du duc jusqu'au Lauzet, dans la vallée de Bar- 
celonnette. Connaissant la façon déloyale avec laquelle 
Epernon avait tenu ses engagements à Seyne, La Bréole 
exigea aussi des otages de sa part et sortit , le 1 3 no- 
vembre , à la tête de deux cent quatre-vingt-treize sol- 
dats. Le duc le loua beaucoup de sa vaillance et aurait 
voulu se l'attacher; mais il n'y consentit point et se re- 
tira avec les siens au lieu convenu (i). 



(1) Nostradamiis, p. 857-850; — Honoré Bouche, t. II, p. 687-200; — 
Pitton, Hist. de la ville d'Aix, p. 305-315 ; — Louvet, Histoire, t. I, p. 554 et 
suiv.; — Gaufridi, t. II, p. 598-623 ; — Papou, t. IV, p. 247-261 ; — Ca- 
basse, Essai historique, t. I, p. 244-265 ; La Plane , Hist. de Sisteron , t. II , 
p. 112-131 ; — Lambert, t. I, p. 571-466; = De Thou, t. VI, p. 456-459, 678, 
679, 694-696 ; — D'Aubigné, t. III, col. 50; — Girard, Hist. de la vie du duc 
d'Epernon, p. 115-118 ; — Videl, Hist. du connestable de Lesdiguières , éd. de 
Grenoble, 1649, p. 1 12-116; — Videl, La pie de Sofirey de Calignoti , p. 59 ; 
Mauroy, Mém. pour la vie de Berii. de Nogar., seign. de La Valette, dans le 
marquis de C"*, Addit. au Mém. histor. et crit. de la vie du maréchal de Bel- 
legarde (par Secousse), p. 211 ; = Mémoires de Caïus de Viraie de Valée. 



LES GUERRES DE RELIGION. 281 

FIN DES GUERRES DE RELIGION EN PROVENCE (1586). 

La chute de Seyne et de La Bréole marque le terme 
des guerres de religion proprement dites en Provence et 
l'anéantissement du parti huguenot en tant que puissance 
militaire et politique. Les luttes vont, sans doute, con- 
tinuer dans cette province plus sanglantes que jamais 
jusqu'à la paix de Vervins, conclue le 2 mai 1 598 entre 
Henri IV et Philippe II d'Espagne, mais on ne trouve 
désormais en présence que le parti royaliste , composé 
des catholiques politiques ou modérés , débris des an- 
ciens rasais et bigarrais, et de quelques gentilshommes 
protestants, et le parti de la Ligue, qui se déclare l'en- 
nemi, non seulement de toute tolérance religieuse, mais 
encore du pouvoir royal représenté par Henri III et 
Henri IV. On voit la cour souveraine de Provence se 
scinder en deux camps, et deux parlements siéger l'un 
en face de l'autre : le Parlement royaliste et le Parle- 
ment ligueur ; ce dernier appeler à son aide le duc de 
Savoie, qui entre en Provence et s'y comporte en maî- 
tre : ce qui provoque un schisme dans la Ligue elle- 
même et donne naissance à la ligue savoyarde et à la 
ligue provençale. — Quand les deux partis se sont 
enfin réconciliés sous Henri IV, le duc d'Epernon, qui 
a soutenu jusque-là le parti royaliste, continue la guerre 
pour son propre compte, se rend coupable de violen- 
ces inouïes et rêve de fonder un gouvernement indé- 
pendant , qui n'a d'autre but que de faire acheter sa 
soumission à beaux deniers comptants. — Enfin, on 
contemple, comme conséquence de ces guerres néfas- 
tes, la misère du peuple, la ruine de la noblesse, la dé- 
population des campagnes , l'anéantissement du com- 
merce et de l'industrie, les châteaux brûlés, les fermes 



282 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

détruites, les champs en friche, le pays criblé de dettes 
et écrasé d'impôts (i). 

RÉFLEXIONS FINALES SUR LES GUERRES DE RELIGION. 

Nous ne reproduirons pas ici , au sujet des guerres 
de religion, que tout patriote et chrétien doit regretter 
et réprouver, les réflexions qui ont été déjà faites dans 
un autre écrit (2), nous ferons seulement observer qu'en 
Provence, comme dans le reste du royaume, ces luttes 
fratricides eurent pour première cause la déloyauté du 
pouvoir royal , l'intolérance du clergé et la cruauté du 
Parlement. La politique, la religion et la justice, ces 
trois forces vives de l'Etat, se réunirent pour étouffer la 
réforme au berceau et la noyer dans son propre sang, et 
ce ne fut que lorsque les protestants eurent enduré 
pendant trente ans des supplices sans fin , joints à des 
flétrissures , des emprisonnements , des amendes et 
des confiscations de tout genre , qu'ils se soulevèrent 
contre leurs oppresseurs. Ils eussent dû , sans doute , 
quoiqu'ils fussent dans le droit de légitime défense , 
supporter patiemment ces persécutions , à l'instar des 
premiers chrétiens , au risque d'être exterminés comme 
le furent leurs coreligionnaires d'Italie et d'Espagne; 
mais il serait souverainement injuste de ne pas tenir' 
compte des circonstances exceptionnellement doulou- 
reuses qui les poussèrent à défendre, parles armes, 
leurs biens , leur honneur , leur liberté et leurs vies , 
dont leurs ennemis se faisaient comme un jeu. En tout 



(i) Toute cette partie des guerres civiles en Provence est traitée avec une 
grande abondance de détails , jointe à la sûreté des informations , dans le 
tome 1 1 du savant et remarquable ouvrage du docteur Lambert, que nous avons 
souvent suivi pas à pas dans les pages qui précèdent. 

(2) E. Arnaud, Hist. des prot. du Daiiph., t. I, p. 102-104. 



LES GUERRES DE RELIGION. 283 

état de cause, les oppresseurs sont plus coupables que 
les opprimés, et, si ces derniers n'avaient pas tiré l'epée, 
bien que l'Evangile leur fît un devoir de la laisser dans 
le fourreau, il est certain que le règne de la liberté reli- 
gieuse, et même de la liberté politique, ne se fût pas de 
sitôt acclimaté en France. L'absolutisme royal, ecclé- 
siastique et judiciaire vint se briser contre ces hommes 
de fer et la révocation de l'édit de Nantes fut son der- 
nier effort. A cette heure , la France jouit non seule- 
ment de la liberté de conscience , mais encore de la 
liberté des cultes , et pourvu que ce noble pays sache 
associer à ses aspirations vers le progrès et le bien , le 
respect de toutes les convictions religieuses sincères 
et honnêtes , il verra s'ouvrir devant lui un long et bel 
avenir; mais il ne faut pas qu'il oublie que la liberté et 
l'instruction ne sauraient remplacer la vertu, et, que la 
vertu , sans la religion qui fait sa force , est une im- 
possibilité morale. 



SORT DES PROTESTANTS PROVENÇAUX PENDANT LA 

LIGUE 

(1,-86-1598) 



PERSECUTIONS DE DIVERS GENRES. 

Pendant les guerres de la Ligue les huguenots du 
Dauphiné , commandés par Lesdiguières , rendirent de 
grands services au parti royaliste en Provence. C'est 
ainsi que le célèbre capitaine fut appelé dans la pro- 
vince, en 1 592, 1 594 et 1 595 , pour soutenir les droits 
de la royauté : les deux premières fois contre les ligueurs. 



284 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

la dernière contre le duc d'Epernon. C'est grâce à son 
habileté et à ses victoires, que le duc de Mayenne, 
Charles de Lorraine (i) , put prendre possession du 
gouvernement de Provence dont il avait été pourvu. Le 
Parlement disait lui-même que Lesdiguières « lui avait 
ôté la corde du cou , » et le proclamait son libérateur. 
Mais les catholiques oublièrent bientôt ses services et 
l'on vit renaître en Provence les persécutions précé- 
dentes et les dénominations de papiste et de huguenot , 
« ce qui faisait voir, » dit Elie Benoit, « que l'esprit de 
la Ligue y régnait encore , puisqu'on renouvelait ainsi 
les noms de parti, que les principaux auteurs de cette 
faction avaient fait naître autrefois. » Le Parlement 
d'Aix n'avait pas encore enregistré en 1597 l'édit de 
juillet 1591 , dit de Mantes, par lequel Henri IV révo- 
quait les édits de Nemours du 7 juillet 1585 et d'union 
de juillet 1588, qui avaient mis Henri III dans la dé- 
pendance du duc Henri de Guise , bannissaient de 
France tous les religionnaires et leur déclaraient une 
guerre qui ne devait cesser que lorsque le dernier d'en- 
tre eux aurait péri. 

C'est également sous la Ligue en Provence que le 
célèbre Jean de Serres, pasteur à Orange depuis 1589 
et historien , fut pris près de Nyons au moment où il 
négociait « certaines choses entre les églises du Dau- 
phiné et celles de Provence et de Languedoc (2). » Il fut 
conduit à Apt, puis à Aix, oij il resta en prison jusqu'à 
la fin de 1595. Il avait été arrêté en juillet 1592. Le 
consistoire de Nîmes ordonna des prières publiques 
pour lui et écrivit une lettre de consolation à sa femme 
(29 juillet 1592). Le synode d'Uzès (le 5 mai 1593) dé- 



(i) Frère du duc Henri de Guise assassiné en ii 
{2) Ch. Dardier, Jean de Serres, p. 54 et 55. 



LES GUERRES DE RELIGION. 285 

cida d'intercéder en sa faveur auprès de Henri IV et 
du duc de Montmorency ; et, lui-même, implora la pro- 
tection d'Artus Prunier de Saint- André, son ami, pré- 
sident au Parlement de Grenoble. Lesdiguières s'em- 
ploya également pour lui , et le Parlement finit par 
rendre le prisonnier à la liberté. 

Nous rattachons à cinq chefs principaux les persécu- 
tions de divers genres que les protestants provençaux 
eurent à subir pendant la Ligue , revenant quelquefois 
en arrière pour le meilleur groupement des faits. 

Liberté de conscience. — Au Brusquet , non loin de 
Digne , le vicaire du lieu et les routiers voulurent con- 
traindre les habitants réformés d'aller à la messe ou de 
quitter le pays. 

Exercice du culte. — L'article 7 de l'édit de Poitiers 
(septembre 1 577), confirmé par les articles de la confé- 
rence de Nérac (dernier février 1579) et du Fleix 
(26 novembre 1880), permettait aux protestants de faire 
et de continuer l'exercice de leur religion dans toutes 
les villes et bourgs oij il avait été publiquement célébré 
le 17 septembre : ce qui assurait à ceux de Provence 
un assez grand nombre de heux de culte, car, à cette 
date, les huguenots et les rasats étaient étroitement 
unis et, dans toutes les places qu'ils occupaient, la re- 
ligion réformée était librement pratiquée. Le Parlement 
de Provence , sans tenir aucun compte des édits , ren- 
dit , en août 1596, un arrêt qui interdisait l'exercice de 
la rehgion réformée dans toute la Provence sous peine 
de confiscation de corps et de biens. Le 22 octobre 
suivant , mêmes défenses et mêmes peines , mais avec 
injonctions très expresses aux sénéchaux , lieutenants , 
juges, consuls, manants et habitants de tous les lieux, de 
tenir la main à l'exécution de l'arrêt. « Et afin qu'on 
voie mieux, » disent les Mémoires de la Ligue, « l'indi- 



286 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

gnité de l'arrêt, il comprend Mérindol , Cabrières , 
LoLirmarin , La Roque d'Antheron , lieux qui ont cet 
heur (bonheur) de jouir de ce qu'on leur veut ôter, non 
pas depuis vingt-cinq ou trente ans , depuis l'édit de 
janvier [1562], mais de temps immémorial, peu plus 
pour moins de trois cents ans. » Ce qu'il y avait 
d'étrangement inique dans la conduite du Parlement, 
c'est qu'il invoquait, pour interdire l'exercice de la reli- 
gion réformée en Provence , les édits mêmes qui l'y 
autorisaient. 

A Digne, les juges du lieu défendirent aux réformés 
de s'assembler pour prier Dieu sous peine de cent écus 
d'amende, et leur ôtèrent même leurs Bibles, psautiers 
et autres livres religieux; que s'ils venaient à en garder 
quelques-uns, c'en était assez pour qu'ils fussent punis 
d'amende, de prison ou de bannissement. 

« A Manosque..., » racontent les mêmes Mémoires 
de la Ligue, « comme on se fut assemblé par quelques 
dimanches en petit nombre et secrètement, découverts 
qu'ils furent, on les contraignit de désister, et fut donné 
arrêt de la Cour de Parlement, portant inhibitions et 
défenses à ceux de la religion de se trouver ensemble 
à peine de dix mille écus ; et depuis , à l'occasion d'un 
baptême secrètement fait , peu s'en fallut qu'ils ne fus- 
sent tous massacrés. » 

A Antibes et à Brignoles, où l'exercice de la religion 
réformée avait eu lieu au vu et au su de tout le monde 
du moment de la signature de l'édit de Poitiers , la 
liberté dont jouissaient les protestants « de droit et de 
fait » leur fut complètement ôtée. 

A Lourmarin, les soldats du duc de Mayenne, gou- 
verneur de Provence , convertirent en écurie l'église 
qui servait de temple aux réformés et jetèrent dans un 
étang le maître d'école , qu'ils avaient pris pour, le 



LES GUERRES DE RELIGION. 287 

ministre, avec sept ou huit des principaux habitants. 

Le cahier des plaintes de 1 583 , adressé au roi après 
l'assemblée politique de Saint-Jean-d'Angély et celui de 
1584, rédigé par celle de Montauban, portaient déjà 
que le prêche était interdit dans plusieurs villes de Pro- 
vence , où il avait eu lieu pendant de longues années , 
sous prétexte qu'il n'avait pas été célébré le jour même 
où fut publié l'édit de Poitiers, et dans plusieurs autres 
où il existait pourtant le 17 septembre i ^^-j^^ jour où fut 
signé cet édit. 

Enterrements. — L'édit de Poitiers (art. 20) et les ar- 
ticles du Fleix (art. 7) portaient que Jes officiers des 
localités seraient tenus de pourvoir, dans la quinzaine 
après réquisition, ceux de la religion d'un lieu com- 
mode pour leurs sépultures « à peine de cinq cents écus 
en leurs propres et privés noms. » Sur ce point les 
édits ne furent pas plus exécutés que sur les autres. 

« Etant morte, » disent les Mémoires de la Ligue, 
« une bonne femme âgée d'environ cent ans, ainsi qu'on 
portait le corps en terre , y ayant en la troupe quel- 
ques-uns des gens d'armes de la compagnie du bailli 
de Manosque , laquelle pour lors y était en garnison , 
le curé alla lui-même en personne aux cloches , un jour 
de dimanche, sonnerie tocsin. A ce son se ramasse 
une foule de trois ou quatre mille personnes en armes , 
que le curé conduisit droit au cimetière ; de quoi 
effrayés tous ceux du convoi se mettent en fuite, qui çà, 
qui là, abandonnant le corps à la merci du curé , qui le 
lit enfouir en lieu champêtre. » 

« A Brignoles , la troupe du convoi, qui revenait de 
mettre en terre le corps de la fille d'un nommé Bouet, 
ne sut rentrer par la porte de la ville , à cause tant du 
pont-levis qu'on avait haussé que des pierres qu'on leur 
ruait du haut des murailles, et fallut tournoyer jusqu'à 



288 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

une brèche qu'il y avait près de la citadelle par oij on 
entra. 

» A Hyères, Draguignan et ailleurs, on ne peut faire 
les enterrements sans grand danger de la vie , encore 
que ce soit la nuit , car on se rue sus à grands coups 
de pierre , si bien qu'on est le plus souvent contraint 
d'abandonner les corps à la merci de qui voudra. » 

« A Tarascon, il n'y a pas longtemps qu'étant mort 
le sieur de Modène, on ne put avoir permission de lui 
donner terre en toute la Provence ; ains fallut le porter 
delà le Rhône à Beaucaire, avec le congé de M"" de 
Pérault. 

» A Signe , à La Roque-d'Antheron , à La Tour- 
d' Aiguës en Provence, on en a déterré plusieurs par 
le commandement de l'évêque de Marseille. 

» A Draguignan, Brignoles, Hyères, on en a déterré 
et jeté à la voirie , qui étaient morts huit ans aupara- 
vant. » 

A Thorame et dans plusieurs autres lieux de Pro- 
vence , on refusa aussi des cimetières aux réformés. 

A Aix même, ils n'en avaient pu encore obtenir un 
en 1 584 et n'en eurent point jusqu'à l'édit de Nantes , 
encore pas immédiatement. 

Chambre de justice. — L'édit de Beaulieu de 1576, 
comme on l'a vu plus haut, page 224, créa une cham- 
bre mi-partie au Parlement d'Aix , composée d'un pré- 
sident catholique et d'un président protestant et de dix 
conseillers , dont cinq de chaque religion , et stipula 
que les conseillers catholiques seraient choisis par le 
roi parmi les membres des parlements du royaume ou 
du grand conseil , et les conseillers protestants parmi 
les personnes que leur mérite ou leurs services dési- 
gneraient à sa bienveillance. 

L'édit de Poitiers de 1577 transforma cette chambre 



LES GUERRES DE RELIGION. 289 

mi-partie en une chambre tri-partie, composée d'un prési- 
dent catholique et d'un président protestant, et de douze 
conseillers dont quatre seulement protestants. Le pré- 
sident et les conseillers protestants devaient être pris 
parmi les membres du Parlement d'Aix, et, à leur défaut 
ou en cas de vacance des titulaires, parmi les juriscon- 
sultes réformés désignés à Henri III par le roi de Na- 
varre. Pour la première fois, les offices devaient être 
concédés gratuitement. 

Ni l'une ni l'autre de ces deux chambres ne purent 
être établies à Aix malgré les réclamations du roi de 
Navarre. 

Six mois après la signature des articles du Fleix de 
novembre 1 580 , l'assemblée politique de Montauban 
(1581) demanda que la chambre tri-partie de Provence 
redevînt mi-partie , ou tout au moins que tout nouveau 
conseiller fût nommé par le roi de Navarre sur l'avis des 
Eglises réformées du ressort. Il est vrai que les articles 
du Fleix ne parlaient pas de cette chambre tri- partie ; 
mais aussi bien que ceux de la conférence de Nérac 
du 28 février 1 579, ils furent toujours considérés comme 
de simples annexes de l'important édit de Poitiers, lais- 
sant subsister tous les points de ce dernier édit qui 
n'avaient pas été modifiés. 

L'assemblée politique de Montauban de i ^84 se plai- 
gnit au roi de ce que la chambre exceptionnelle d'Aix, 
malgré les engagements les plus solennels, n'avait pas 
encore été établie , et de ce que le Parlement de Pro- 
vence s'attribuait le jugement d'affaires dont la con- 
naissance lui était interdite par les édits. Henri III pro- 
mit le redressement de ce grief, mais rien ne fut changé 
dans la conduite du Parlement , qui continua à être 
animé de la même hostilité à l'égard des protestants de 
son ressort. 

19 



200 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

Le traité de Nemours de 1585, qui survint, rétablit 
purement et simplement l'ancien ordre de justice en 

France. 

Pour terminer, nous mentionnerons deux arrêts du 
Parlement d'Aix, enjoignant aux sieurs de Tartonne , 
d'Espinouse et de La Bréole u d'abattre toutes les dé- 
fenses de leurs maisons , » — ce qui était les mettre à 
la merci des personnes qui voulaient leur nuire , — et 
les violences dont les protestants provençaux furent 
l'objet en 1594, sous le second gouvernement du san- 
guinaire duc d'Epernon, et à la suite desquelles un 
grand nombre d'entre eux s'expatrièrent momentané- 
ment. Le synode national de Montauban, tenu cette 
même année, et auquel, pour cette raison, la Provence 
ne put envoyer de député , décida « qu'on leur écrirait 
pour les consoler (i). » 



HISTOIRE INTÉRIEURE 



Il n'est resté que peu de documents sur l'histoire in- 
térieure des protestants de Provence pendant l'époque 
troublée des guerres de religion , qui vit disparaître un 
grand nombre des soixante Eglises que comptait la 
Provence en 1 560 (V. page 115). Les historiens catho- 
liques n'ont guère raconté que les faits militaires. Les 
événements ecclésiastiques proprement dits ne les inté- 
ressaient point et parvenaient même rarement à leur 



(i) Mémoires de La Ligue, t. VI , p. 470 , 472, 474, 477, 478 ; — Benoît , 
Hist de L'é dit de Nantes , t. I, p. 167, 204, 206, 209; — Aymon , Tous les 
synodes nationaux, t. I, p. 174; — Anquez, Hist. des assemblées politiques des 
réformés, p. 89, 90, 119, 122, 125, 126, 128. 



LES GUERRES DE RELIGION, 201 

connaissance, car les protestants, réduits le plus sou- 
vent à célébrer leur culte en secret, cachaient avec soin 
le nom de leurs pasteurs et leurs affaires intérieures. 
Les renseignennents que nous allons donner sur leur 
histoire ecclésiastique se trouvent donc forts réduits. 

SYNODES DE PROVENCE. 

Les Eglises de Provence furent rattachées , à l'ori- 
gine , au synode du Dauphiné , en même temps que la 
principauté d'Orange et le comtat Venaissin , comme 
nous l'apprend l'article qui suit du synode de Montéli- 
mar du 6 mars 1 562 : « La province du Dauphiné et 
autres conjointes à icelle seront divisées et ordonnées 
en cinq classes , à savoir : Viennois et Terre de La 
Tour [du Pin] , qui est le bailliage de Vienne et Grési- 
vaudan ; Viennois et Valentinois , qui est le bailliage de 
Saint-Marcellin ; — et le bailliage de Valentinois et 
Diois , une autre classe;' — Briançonnais et Embru- 
nais , une autre classe ; — Gapençais et Baronnies, 
une autre classe; — Saint- Paul-Trois-Châteaux, Orange 
et sa principauté , le comté de Venisse et Provence , à 
savoir les places et lieux qui sont entre le Dauphiné et 
le comté d'Orange , une autre classe (i). » 

Nous sommes porté à croire que cette union syno- 
dale des Eglises de Provence avec celles du Dauphiné 
subsista pendant tout le cours du seizième siècle , et 
que les premières ne formèrent qu'une classe , autre- 
ment dit qu'un colloque du synode de ces deux pro- 
vinces réunies ; mais, dans bien des cas, le colloque de 
Provence paraît avoir délibéré comme un véritable sy- 
node , soit à cause des distances , soit à cause des dif- 

(1) E. Arnaud, Documents protestants inédits, p. 57- 



292 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

ficLiltés de communication engendrées par les guerres 
civiles. 

Le seul colloque (ou synode) dont nous ayons re- 
trouvé la trace est celui qui se réunit , au mois de sep- 
tembre 1561 , dans les quartiers de la Durance , vrai- 
semblablement à Mérindol. Il nous reste de lui une 
lettre adressée à la compagnie des pasteurs de Genève, 
touchant certaines infractions à la discipline ecclésias- 
tique commises par plusieurs pasteurs de Provence. 

Ainsi , Matthieu Yssautier (ou Essaultier) , originaire 
du Lauzet, vallée de Barcelonnette, pasteur dans les 
quartiers de la Durance , avait donné la cène à deux 
personnes qui n'avaient été reçues dans aucune église , 
puis à tout le troupeau , composé de trois ou quatre 
cents personnes, après « les avoir catéchisés que pour 
l'espace de deux jours seulement ; » il avait baptisé un 
enfant en dehors de l'assemblée ; déclaré, dans un cas 
embarrassant de mariage , que c'était à l'archevêque 
d'Aix à en décider; dit « que les chrétiens ne doivent 
recourir au magistrat pour la punition des séditieux ; » 
donné des lettres de recommandation à Georges Cor- 
nelli , « ingéré de son propre au ministère à Orange, » 
quoique suspendu de son ministère en Provence par le 
synode de cette province ; enfin , il avait « établi pour 
diacre, dans l'église de Saint-Martin de Castillon , un 
quidam , naguère prêtre , tenant femme à pot et à feu , 
nullement épousée. » Censuré au dernier synode à 
l'occasion de ces faits, Yssautier, non seulement ne 
s'était pas amendé, mais encore semblait « vouloir, 
comme par dépit , empirer. » Ce personnage avait été 
primitivement pasteur au Grand-Sacconey, près Genève. 
Il quitta la Provence peu après le synode , et eut à ré- 
pondre, devant le Consistoire de Genève, des infrac- 
tions à la discipline dont il s'était rendu coupable en 



LES GUERRES DE RELIGION. 293 

Provence, et des propos médisants qu'il avait tenus, 
depuis son retour à Genève, contre certains pasteurs 
de cette ville. Le Consistoire l'excommunia et pria 
MM. du conseil de lui faire son procès (i). 

Georges Cornelli (pour Corneille) avait fait bénir par 
un prêtre son mariage avec une femme qui était en- 
ceinte depuis plusieurs mois. Lorsqu'il était encore dans 
le pays de Berne, où il remplissait les fonctions du mi- 
nistère, il avait trompé MM. de Berne, en faisant affir- 
mer avec serment devant eux , par « un moine de 
paille , » qu'il « était mandé par certain grand seigneur 
au pays de Provence pour servir aux églises ; » de plus, 
il avait « prêché l'idole, qu'on appelle saint Antoine, ne 
devoir être tenue à moindre rang que les apôtres ; » il 
s'était « ingéré d'audace à exercer le ministère contre 
la détermination » du dernier synode de Provence , et 
avait (( appelé tous les ministres de Provence de grands 
sots et badauds, pour l'avoir débouté, jusqu'à répara- 
tion , de son ministère. » 

Jean Chabrand, pasteur à Vilhosc, avait « administré 
et fait un mariage d'un prieur et de sa paillarde sans 
assemblée , ni prédication , ni annonce. » 

Nicolas, pasteur à Digne, venu de Neuchâtel , 
avait ^écrit à Georges Cornelli, qui s'était retiré à 
Orange , de revenir en Provence , et qu'il trouverait , 
au sein du prochain synode , « plus d'amis qu'il ne 
pensait. » 

« Nous voyons là, » disent en terminant les pasteurs 
de Provence , « quatre garnements conspirer à s'entre- 
bâiller la main pour maintenir et couvrir les méchance- 
tés l'un à l'autre, pour finalement réduire ce pauvre pays 



(i) Reg. du consist. de Gen. des 26 nov. et 3 déc. IJ62, 14 janvier, 27 ma 
et 5 juin 1563. 



294 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

à telle corruption de religion qu'ils ont par ci-devant 
mis le pays et terres de Berne. » 

La lettre est signée par de Mercurins , pasteur à 
Lourmarin ; Manny, pasteur à La Roque-d'Antheron ; 
de Fargues, pasteur à La Coste et Roussillon ; Bouon, 
pasteur à Sivergues ; de la Salle , pasteur à La Motte 
[d'Aiguës] ; et Spiron , pasteur à Sénas (i). 

On voit, par ce document, qu'à cette époque d'effer- 
vescence religieuse, des hommes mal qualifiés s'étaient 
introduits dans le corps pastoral. A la faveur du mou- 
vement irrésistible qui entraînait les masses vers la re- 
cherche des choses saintes , l'ivraie se mêlait au bon 
grain ; mais les hommes vraiment pieux s'efforçaient 
avec un soin jaloux de retrancher du corps de Christ 
ces membres gangrenés. 

DÉPUTATION AUX SYNODES GÉNÉRAUX. 

Les rapports des églises de Provence avec les syno- 
des généraux furent peu suivis pendant les guerres de 
religion , à cause de leur situation particulièrement dif- 
ficile et douloureuse. Elles n'envoyèrent de députés 
qu'à deux synodes généraux, si toutefois les listes 
d'Aymon (2) sont complètes, savoir : au synode général 
de Figeac du 25 août 1579, un député, Claude de 



(i) La copie de cette lettre, imprimée par les éditeurs des Œuvres de 
Calvin (vol. XIX, n° 5854), d'après un ms. de la bibi. publ de Genève 
(vol. 196, fol. 2Ç), porte par erreur, selon nous, la date de 1562. Au mois de 
septembre de cette année , Cornelli était mort (voy. Crespin , fol. 679 et 
de Bèze, t. III, p. 239), et ce n'est pas après la chute de Sisteron, survenue 
le 4 septembre 1J62, alors que la Provence était remplie de soldats avides 
de sang et de pillage, que six pasteurs auraient pu se réunir en synode. Pour 
le même motif, Chabrand ne pouvait exercer son ministère à Vilhosc, à 
proximité de Sisteron ; et de Mercurins n'était plus pasteur à Lourmarin 
en i<|62. 

(2) Tous les synodes nationaux. 



LES GUERRES DE RELIGION. 295 

Pensilles, ancien de Forcalquier; au synode général de 
Saumur du 3 juin 1 596 , un seul député , Jean de Ser- 
res, pasteur à Orange. Le Dauphiné, la principauté 
d'Orange et la Provence s'étaient unis pour cette der- 
nière députation. 

HISTOIRE PARTICULIÈRE DES ÉGLISES DE PROVENCE AU 
SEIZIÈME SIÈCLE. 

La plupart des églises de Provence firent venir pen- 
dant cette période leurs pasteurs de Genève , qui pos- 
sédait une académie florissante. Ces démarches , qui 
s'expliquent par la raison bien naturelle que les Eglises 
de France étaient destituées à cette heure de collèges 
et d'académies , irritèrent , paraît-il , un certain réfugié 
de Provence , qui fut accusé , devant le consistoire de 
Genève, « d'avoir dit à certains personnages qui étaient 
venus quérir des ministres en cette ville : « Je pense 
qu'on fera tantôt une Rome de cette ville et de M. Cal- 
vin une idole. Que n'allez-vous quérir en votre pays et 
non pas ici ? » Le consistoire décida « de lui faire pour 
le présent bonnes et dues remonstrances. » 

Voici les divers renseignements que nous avons pu 
recueillir sur l'histoire des églises provençales pendant 
cette période. Nous suivons l'ordre du tableau de la 
page 115. 

Apt. — La ville d'Apt fournit plusieurs martyrs avant 
qu'aucune église y fût dressée. Jean Féraud, convaincu 
d'avoir enseigné les erreurs vaudoises , fût brûlé sur la 
place publique de la cité. En 1540, Du Plan, qui avait 
émis sur la sainte Vierge des idées contraires à la foi 
catholique et brûlé des images , fut dénoncé comme 
hérétique et conduit à Aix , où le Parlement instruisit 
son procès et le condamna également à être brûlé. 



2C)6 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

Après l'exécution, le président Barthélémy Chassanée, 
accompagné de Jean de Grossi, juge d'Apt, et de quel- 
ques membres du Parlement, firent le tour de la vigue- 
rie ressortissant à cette ville et arrêtèrent plusieurs 
villageois suspects ou convaincus d'hérésie. Peu après, 
de Grossi , ayant fait emprisonner quelques habitant- 
d'Apt qui passaient pour luthériens , leurs partisans 
brisèrent les portes delà prison en plein jour et les déli- 
vrèrent. Le roi François I*^"" , informé de cet acte auda- 
cieux , intima l'ordre au Parlement de sévir contre les 
coupables. Le juge de Grossi, chargé de l'instruction, 
demanda main-forte pour arrêter ces derniers ; mais ils 
avaient déjà pris leurs mesures pour se soustraire à ses 
poursuites. Dix ans plus tard (1550) , le nombre des 
luthériens d'Apt ne cessant de s'accroître, les consuls 
d'Apt firent décréter, par le Conseil général de la ville, 
que tout habitant, convaincu de professer les erreurs de 
Luther, serait poursuivi aux dépens du public, à moins 
qu'il n'y renonçât ou préférât s'expatrier. Dix ans plus 
tard encore (1560), les protestants d'Apt eurent une 
nouvelle alerte. Les consuls , craignant que le célèbre 
capitaine dauphinois, Charles du Puy-Montbrun , qui 
avait envahi le comtat Venaissin en juillet , ne marchât 
contre leur ville , fermèrent toutes leurs portes , à l'ex- 
ception d'une seule, et décrétèrent l'expulsion des va- 
gabonds, des gens sans aveu et des personnes suspec- 
tes. Ayant également décrété le désarmement des 
luthériens, ceux-ci, quoique peu nombreux, s'y refusè- 
rent énergiquement. Une collision eut lieu, et un luthé- 
rien fut tué. Le comte de Tende , gouverneur de Pro- 
vence , auprès de qui les luthériens se plaignirent , 
nomma Gabriel de Pontevès, seigneur de Buous, com- 
mandant de la ville , avec pouvoir de lever deux cents 
hommes de garde. Sa commission portait qu'il procé- 



LES GUERRES DE RELIGION. 297 

derait au désarmement de tous les bourgeois , à quelque 
religion qu'ils appartinssent, et que les consuls d'Apt , 
en cas de refus, seraient déclarés rebelles et poursuivis 
comme tels. Les habitants de la ville ayant représenté 
au comte qu'ils avaient toujours pourvu eux-mêmes à 
leur défense et qu'un désarmement général était impra- 
ticable , le gouverneur de Provence consentit à réduire 
la garnison de moitié. Dès Tannée suivante (1561), on 
vit des Aptésiens de marque embrasser publiquement la 
Réforme. François de Remerville (i) fit venir de Genève, 
cette même année, le pasteur Jean de La Plante^ qui 
tint l'assemblée dans la propre maison de ce gentil- 
homme. Y assistaient ostensiblement François d'Alber- 
tas, grand vicaire de l'évêque, et Philippine d'Ardaillon, 
native d'Orange, religieuse de l'abbaye de Sainte-Croix 
d'Apt. 

A la fin de cette année, 1561, grâce, sans doute, à 
l'influence de ces personnages et de leurs amis , les 
consuls de la ville supplièrent le comte de Tende de 
ne pas donner lieu aux poursuites que l'on voulait diri- 
ger contre les luthériens d'Apt, vu que les habitants 
n'avaient pas cessé d'être « fidèles à Dieu et au roi, » 
et qu'il était inutile de grever le trésor communal de 
dépenses nouvelles. L'évêque Jean-Baptiste de Simiane 
de Gordes, dont nous allons parler, travaillait, de son 
côté, à faire prédominer les mesures de douceur, et les 
autres membres du clergé, à son exemple, étaient loin 
d'agir comme d'ardents catholiques. 

(0 Un des membres de cette famille, Pompée de Remerville, professa 
aussi le. protestantisme , mais il l'abjura ensuite à Bordeaux en présence 
d'Anne d'Autriche , qui le nomma gouverneur de Guyenne. Il mourut en 
1640. C'était un savant homme, versé en latin, en grec et en hébreu. — Un 
autre Remerville, qui avait le prénom de Pierre, se distingua aux batailles 
de Dreux, Jarnac et Moncontour et était également protestant. Il devint 
plus tard un ligueur obstiné. 



29B HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

L'édit du 17 janvier i "562 assura momentanément 
l'exercice de la religion réformée à Apt. Le gouver- 
neur Pontevès, qui favorisait le parti contraire, fut ré- 
voqué de ses fonctions, et les consuls reçurent l'ordre 
du comte de Tende d'ouvrir de nouveau les portes mu- 
rées de leur ville , de licencier les compagnies bour- 
geoises et de faire jurer , en présence de l'évêque , 
chaque chef de famille de garder la cité sous l'obéis- 
sance du roi et de sa justice, d'y maintenir le bon ordre 
et de ne reconnaître que les ordonnances de Sa Ma- 
jesté. Les habitants, après cela, furent désarmés, et 
François de Simiane, député par le comte, les assembla 
dans l'église des Carmes et leur déclara que l'intention 
du roi était de vivre et de mourir dans la religion catho- 
lique, de restituer à leurs légitimes possesseurs les ef- 
fets pris dans les églises, de laisser aux ministres de la 
religion réformée la liberté de prêcher, excepté dans 
les villes closes, oi^i l'exercice de leur religion ne serait 
permis que dans les faubourgs ; de ne pas permettre 
enfin que, dans les élections des consuls et autres offi- 
ciers municipaux, il fût fait aucune différence entre les 
deux religions. 

Ces mesures enhardirent les protestants aptésiens 
qui, en 1 564 et 1 565, après l'édit de pacification d'Am- 
boise , demandèrent hautement d'être représentés au 
conseil communal. Ils avaient pour chef un nommé 
Bourgarel. 

En 1567, le premier consul, Claude Albertas , em- 
brassa la Réforme. 

En 1571, François d' Albertas, qui était son parent, 
abjura lui-même le catholicisme et partit pour Genève. 
Philippine d'Ardaiilon se déclara franchement protes- 
tante et se maria avec Jacques Turque, seigneur de 
Gignac. L'évêque d'Apt, précédemment de Vence , 



LES GUERRES DE RELIGION. 299 

Jean- Baptiste Rambaud de Simiane de Gordes (frère 
de Bertrand Rambaud de Simiane , baron de Gordes , 
lieutenant général pour le roi en Dauphiné) , dont le 
penchant pour la Réforme n'était un mystère pour per- 
sonne dès l'année 1569, se déclara aussi protestant en 
1 571 (i),et partit avec son grand vicaire d'Albertas pour 
Genève, oi^i il se maria avec une jeune religieuse, qu'il 
avait rejointe dans sa retraite et dont il eut M™«^ d'Alen- 
çon. Après avoir séjourné quelque temps dans la 
cité de Calvin , il se retira dans les baronnies du 
Dauphiné sous le nom de M. de Saint-Sernin, vocable 
de son abbaye toulousaine, et mourut le 23 septem- 
bre 1584 au château de Gordes, qu'il affectionnait par- 
ticulièrement. Il était né le 20 novembre 1520 et avait 
été d'abord évêque de Vence (1555). « A des manières 
douces, » dit Barjavel, « et engageantes, il alliait un 
esprit vif et pénétrant, des sentiments nobles et magna- 
nimes, un extérieur des plus aimables et des plus at- 
tractifs ))(Boze, Hist. d'Apt, p. 235, 246, 254-257, 346; 
Histoire de l'église d'Apt , p. 293 ; Barjavel, Le seizième 
siècle^ p. 28, 39, 41, 42, 79-91 ; Dietionnaire historique). 

JoucAS. — Unie à Gordes , cette église avait pour 
pasteur Jean Bouer de 1596 à 1507. 

Gordes. — Pasteur de 1583 à 1588 : Jean Bouer. 
Elle s'unit à Joucas en 1596, comme on vient de le 
dire. 

RoussiLLON. — Le 20 septembre 1561 cette église 
était une annexe de Lacoste [Calvim opéra, vol. XIX, 
n« 3854). 

Lacoste. — Le 20 septembre 1 561 cette église avait 



(i) Un autre frère, Jean-Antoine de Simiane, sieur de Cabanes, protonotaire 
apostolique, né le 7 septembre 1525, se fit également protestant, mais il re- 
tourna plus tard au catholicisme et mourut en février 161 2, âgé de quatre- 
vingt-huit ans (Barjavel, Le se^i'ème si'èc/c, p, 28, 79-9'-) 



300 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

pour pasteur de Fargues, et, en 1 567, Mann/ (ailleurs, 
Magni) (Calvlnl opcra , vol. XIX, n° 3854; Bulletin de 
la Société^ etc. , t. IX, p. 294). 

GiGNAC. — Cette église demanda pour pasteur à 
Genève, en 1 567, Boni/ace Esniieu, qui lui fut accordé; 
mais le député qui avait fait le voyage pour l'emmener 
revint sans lui, nous ne savons pour quel moi'iï {Bulletin 
de la Soeiéte\ etc., t. IX, p. 296). 

Saint-Martin-de-Castillon. — Cette église avait 
pour diacre, en 1561, un ancien prêtre peu recomman- 
dable {Calvini opéra, vol. XIX, n° 3854). 

La Motte-d'Aigues. — Pasteurs : De La Salle, le 
20 septembre 1561 ; en 1580 : Jean Nicolet, qui des- 
servait aussi Cabrières-d'Aigues (Calvini opéra, vol. 
XIX, n° 3854). 

SivERGUEs. — Pasteurs : Bouon , le 20 septem- 
bre 1561 ; Guillaume Cassy , de 1566 à 1567 {Calvini 
opéra, vol. XIX, n° 3854). 

Cabrières-d'Aigues. — Cette église fut dressée en 
1557. Pasteur en 1580 : Jean Nicolet, résidant à La 
Motte-d'Aigues, comme on vient de le dire (de Bèze , 
t. I, p. 108). 

LouRMARiN. — Cette église eut à souffrir de son sei- 
gneur, François d'Agoult, comte de Sault, qui ne vou- 
lait pas permettre aux ministres de prêcher dans ses ter- 
res; de sorte que son pasteur. De Mercurins, venu de 
Genève en 1 561 pour la desservir, ne put y remplir les 
devoirs de sa charge et, comme il le dit lui-même, ne 
fit rien « que deçà et delà confirmer les frères, desti- 
tués de pasteur en Provence, lorsqu'il en était requis. » 
Il devint pasteur de l'église de Marseille, où, ayant ap- 
pris que le comte de Sault venait d'être appelé au gou- 
vernement de Lyon, il pria Calvin, le 12 octobre 1561, 
de pourvoir de pasteur les fidèles de Lourmarin ; 



LES GUERRES DE RELIGION. 30I 

<( car, » ajoute-t-il , « il n'y a église en Provence où 
Dieu ait plus mis de sa bénédiction selon l'apparence 
externe. » Autres pasteurs : En 1563, Barras; de 1560 
à 1572, Baussan^ qui s'absenta plusieurs fois et fut sup- 
pléé par les pasteurs des églises environnantes, Bouon, 
Franc, Jean Boiter; de 1580 à 1581, Georges Drujon ; 
de 1 588 à 1 595 (unie à Mérindol), Jean Bouer ; de 1 595 
à 161 2, Jacques de La Planche [Calvini opéra, vol. XIX, 
n°* 3854 et 3568 ; Arch. consistor. et municip. de Loiir- 
marin.) 

Mérindol. — Dressée en 1559, cette église fut 
desservie pendant quelque temps, au commencement de 
l'année 1561, par Jean Bonpari (1). La même année, 
elle eut pour pasteur Jean Peréri {Perler), qui y avait déjà 
exercé son ministère au moment du massacre de Mé- 
rindol de 1545, date à laquelle il fut nommé pasteur à 
Bossey et Neydans , près Genève. Comme il avait 
laissé les meilleurs souvenirs à Mérindol, il y fut rap- 
pelé par l'église en 1561. Il répondit que des affaires 
particulières rempèchaient de partir tout de suite, mais 
qu'il ferait tous ses efforts pour être libre au plus tôt, 
pourvu , toutefois , que ses collègues de Genève 
consentissent à son départ. MM. du Conseil, dont 
l'autorisation était nécessaire , s'y refusèrent d'abord 
(5 août 1561) ; mais ils paraissent être revenus sur leur 
détermination bientôt après, car les ministres de Genève 
écrivaient, dès le 12 août suivant, qu'il avait été permis 
à M^ Jehan Peréri, pasteur à Neydans, « de retourner 
à Mérindol, qui est sa paroisse ancienne. » Calvin di- 
sait aussi, dans une lettre du 17 septembre 1561 : « Pe- 
réri est parti. » — Pasteurs en 1580, puis de 1588- 

(i) Il avait quitté l'église de Saint-Ambrolx en Languedoc sans donner de 
ses nouvelles. En i^67 un Bompar était pasteur à Rouen {Bulletin de la So- 
ciété, etc., t. IX, p. 206). 



302 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

1595, desservant aussi Lourmarin : Jean Bouer, qui, à 
dater de 1575, resta seul pasteur de Mérindol (de Bèze, 
t. I , p. 108 ; ms. français 197" de la bibl. publ. de 
Genève; Registre du conseil de Genève, fol. 223 ; Bulle- 
tin de la Société^ etc., t. VIII, p. '76 ; Calvini opéra, 
vol. XVIII, n«^ 3476 et 3523). 

Arles. — Les doctrines luthériennes ne recrutèrent 
pas un grand nombre d'adhérents à Arles et le prêche 
ne paraît pas y avoir été longuement établi. On sait 
pourtant que, dès 1549, il s'y tenait k des assemblées 
et congrégations illicites » contre les édits et mande- 
ments du roi , et qu'à cette occasion un meurtre fut 
commis sur la personne du luthérien Bernadin Baud. Le 
comte de Tende, gouverneur de Provence, ordonna des 
poursuites contre les coupables, dont les principaux 
étaient Jean de Quiqueran dit l'écuyer de Ventabren et 
Louis Gausan dit de Labadie. On sait aussi que l'ar- 
chevêque d'Arles, Jacques de Broullat, s'engagea dans 
le parti des huguenots et s'attacha au prince du Condé, 
de telle sorte que le Parlement de Paris le déclara dé- 
chu de ses bénéfices (1562). Le prélat, dépossédé, qui 
n'avait passé, du reste, que quelques jours dans son 
diocèse, se retira en Allemagne, oij il mourut vers 1 575. 
Les archevêques qui occupèrent le siège après lui firent 
tous leurs efforts pour que la Réforme ne se propageât 
pas dans leur diocèse. Le cardinal Hippolyte d'Esté se 
concerta avec les consuls pour qu'on ne tolérât aucune 
conversion dans la ville. De son côté, Prosper de 
Sainte-Croix , légat du pape en France , « avait tant 
d'aversion pour les novateurs , » dit l'abbé Trichaud , 
« qu'il les éloigna avec zèle et intrépidité de son dio- 
cèse. Aussi les hérétiques le haïssaient si fort qu'ils en 
vinrent jusqu'à attenter à sa vie et qu'il eut bien de la 
peine à éviter les pièges qu'on lui avait artificieusement 



LES GUERRES DE RELIGION. 303 

tendus pour le perdre. » Le prélat ne réussit qu'impar- 
faitement dans son oeuvre d'intolérance ; car Arles ren- 
ferma pendant longtemps des huguenots (Achard, Invent, 
sommaire des archiv. communales d' Avignon., p. 71 ; Du 
Port, Hist. de l'église d'Arles, p. 244 et 249 ; La France 
protestante au mot du broullat ; Trichaud, Hist. de la 
sainte église d'Arles, t. IV, p. 103 et iio). 

Salon. — Cette église eut à essuyer un violent as- 
saut de la part des catholiques en 1560. Le i" mai, 
les vignerons du lieu , excités par le bourgeois Louis 
Villermin dit Curnier, à la suite d'une chanson luthé- 
rienne chantée dans les rues par des enfants, se muni- 
rent de bâtons et, ayant mis des croix de papier et de 
longues plumes de coq à leurs barrettes , se saisirent à 
grands cris des luthériens de Salon et les menèrent au châ- 
teau. Le viguier Pierre Roux, sieur de Beauvezet, ayant 
arrêté un des mutins, plus de cent séditieux se jettent 
aussitôt sur lui et , le traitant de fauteur de luthériens , 
de souteneur de luthériens, de luthérien même, l'obli- 
gent à se réfugier dans une maison dont ils s'apprêtent 
à incendier la porte et où il n'échappe à leurs coups 
qu'en jetant son bâton de justice par la fenêtre. Les sé- 
ditieux, satisfaits, confient le bâton à Antoine de Cordes 
(ou de Corduba), « homme fort doux, gracieux, franc et 
libéral. » Ce dernier, aidé de Palaméde Marck de Châ- 
teauneuf, parvient à les calmer momentanément en fai- 
sant enfermer au château vingt-cinq luthériens ; mais les 
séd-iieux, reprenant bientôt leurs cris de : Mort aux 
luthériens! se saisissent du riche marchand Louis Paul, 
second consul, qui passait pour luthérien, pillent sa mai- 
son, puis celle de Jean Paul, son frère, « homme de 
bien et sans bruit de cette religion, » et s'emparent en 
dernier lieu d'une vieille femme, mère d'un des suspects 
emprisonnés, l'entraînent, après l'avoir assommée, àdeux 



304 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

cents pas hors de la ville, sur la route d'Avignon jusqu'à 
la léproserie et lui tranchent la tête à coups de hache. 
La sédition dura cinq jours et deux nuits. Huit jours 
après, La Garde et le grand prévôt de Provence vinrent 
à Salon pour informer sur les troubles et demandèrent 
qu'on leur livrât les coupables et les suspects; mais le 
conseil général, réuni le 11 mai, leur répondit que les 
informations étaient déjà commencées et se continue- 
raient, et l'affaire fut ainsi assoupie. Les prisonniers 
demeurèrent enfermés quinze jours et furent relâchés un 
à un, parce qu'aucune charge ne s'éleva contre eux. 
Le bâton de viguier fut donné à Guillaume de Brunet, 
ami de Beauvezet , mais les meurtriers restèrent impu- 
nis. Le 2 juillet suivant, Louis Villermin dit Curnier , 
qui avait été nommé second consul, ayant péri assassiné, 
ses partisans tentèrent de soulever une seconde fois les 
vignerons , mais ils ne trouvèrent pas d'écho , car les 
habitants le plus en crédit dans la ville , notamment 
Antoine Mark de Tripoli, penchaient vers la Réforme. 

Après l'édit d'Amboise de 1563 et forts des garanties 
qu'il donnait aux protestants pour le respect de la liberté 
de conscience, Jean Paul le Vieux, Etienne Bernard, 
Bertrand de Sarraire, bourgeois, et Hugues Coiffet, chi- 
rurgien, agissant tant en leurs noms qu'au nom de leurs 
coreligionnaires protestants, sommèrent, par acte nota- 
rié du 3 novembre 1565, le curé de la ville de s'abste- 
nir désormais de baptiser les enfants de leur religion et 
de se conformer à l'édit du roi. Le curé répondit au 
bas de la sommation que, tant qu'on lui présenterait des 
enfants, il les baptiserait sans s'informer de la religion 
à laquelle ils pourraient appartenir (Nostradamus, p. 785- 
787; Louis Gimon, p. 219-228, 247). 

En 1 567, l'église de Salon avait dû avoir Rigole/ j pro- 
cureur à Grenoble, pour pasteur; mais ce dernier, qui 



LES GUERRES DE RELIGION. 305 

était alors à Genève , n'effectua point son voyage nous 
ne savons pour quelle raison, et alla un peu plus tard à 
Grasse [Bulletin de la Sociélé, etc., t. IX, p. 294; Ms. 
franc. n° 197* de la bibl. publ. de Genève). 

Tarascon. — En août 15Ç9, cette église avait pour 
pasteur Ollimer, envoyé par la compagnie des pasteurs 
de Genève, mais elle ne put prospérer, car les consuls 
prirent soin d'isoler la ville du mouvement réformateur 
des pays environnants. De 1559 à 1564, ils arrêtèrent 
une série de mesures pour veiller à sa garde, afin « d'avi- 
ser aux invasions qui pourraient survenir à cause des 
troubles qui sont à présent pour les faits de religion ^) 
[Ballet, de la Soc., etc., t. VIII, p. 76; Meyer, Inven- 
taire sommaire des arch. commun, de Tarascon, BB, 18). 

Sénas. — Le 20 septembre 1561, cette église avait 
pour pasteur Spiron. 

En 1568, le baron de Sénas, Balthasar de Gérente, 
celui-là même qui s'était illustré avec Mauvans dans la 
retraite de Sisteron, désireux de dresser une église dans 
son fief, adressa à ce propos la belle lettre qui suit aux 
pasteurs et professeurs de l'Eglise de Genève : 

a Salut par notre Seigneur Jésus-Christ. 

» Messieurs et frères de l'Eglise de Genève, 

» Messieurs et frères , d'autant qu'il a plu à notre 
Dieu nous faire , entre autres grâces , ce bien , après 
nous avoir remis en nos pays et maisons que, même par 
notre roi , ceux de la noblesse de ce pays , suivant la 
liberté qu'il nous a octroyée, peuvent, sans crainte des 
hommes, exercer leur religion, car j'ai toujours souhaité, 
depuis qu'il a plu à ce bon Dieu me retirer des abîmes 
d'erreur oij j'étais engouffré , de faire chose qui fût à 
l'avancement du règne de Jésus-Christ, ce que je ne 
pense point mieux excercer qu'en faisant à mon pou- 

20 



306 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

voir prêcher et publier sa parole aux lieux et places que 
Dieu m'a donnés en ce monde. Et pour autant qu'en ce 
faisant il m'est requis d'avoir un personnage doué des 
grâces du Saint-Esprit et qui ait de quoi répondre à plu- 
plusieurs personnes (assez fondées en plusieurs raisons 
humaines), qui me viennent souvent visiter : A cette 
cause, Messieurs et honorés frères, je vous supplie, au 
nom de Dieu , me faire ce bien de me vouloir départir 
un personnage pour venir devers moi faire l'oeuvre du 
Seigneur. Et je donnerai ordre (moyennant son aide) , 
qu'il fera quelque bon fruit à l'avancement et augmenta- 
tion de son Eglise , et satisfera à toutes charges à ce 
nécessaires. Vous supplions derechef me faire ce bien 
et me tenir pour recommandé en vos saintes prières , 
comme de ma part je supplie le Tout-Puissant vous 
augmenter en toutes ses saintes bénédictions. 

» De notre maison de Sénas, ce xxvi® avril 1568. 

» Votre humble et affectionné frère à vous obéir. 

» Sénas. » 

Nous ignorons si la démarche du baron aboutit. 

(Calvini opéra, vol. XIX, n° 3854). 

Aix. — Le 22 septembre 1557, les luthériens d'Aix 
avaient pour pasteur Claude Boissier, natif de Tencin , 
en Dauphiné , envoyé par la compagnie des pasteurs 
de Genève. Il ne put demeurer longtemps à son poste (i). 
Un deuxième pasteur, natif de Provence, Jacques Ruji, 
qui avait étudié à Genève, vint en août 1 559 à Aix et fut 
également obligé de partir (2). A lamême date d'août 1559, 

(i) Il était à Saintes le 28 mai 1Ç58 {Bulletin de l'histoire, etc., t. VIII , 
p. 76). 

(2) 11 fut successivement pasteur à Poitiers (ij août ij6o), à Lyon, à 
Valence, à La Côte Saint-André (E. Arnaud, Hist. des prot. du Dauph., 
t. 11, p. 424). 



LES GUERRES DE RELIGION. 307 

et adjoint à Ruffi, un autre pasteur, maître Jehan Grai- 
gnon, était aussi venu de Genève et quitta l'Eglise quel- 
ques mois après (i). A cette époque, les conseillers 
Eguilles, Pena, Châteauneuf, Ferrier, Arcussia, Somati, 
Salomon et l'avocat général du Puget suivaient les 
réunions luthériennes , qui se tinrent d'abord secrète- 
ment dans la maison du premier et qui se transportèrent 
ensuite dans son jardin, près la porte Saint-Jean. Cette 
succession rapide des pasteurs de l'Eglise d'Aix témoi- 
gne des persécutions dont ses membres eurent à souf- 
frir. Calvin , pour les engager à les supporter patiem- 
ment, leur écrivit, le i*"" mai 1561, la remarquable lettre 
qui suit : 

a Très chers seigneurs et frères, 

» Soyez tout persuadés qu'ayant entendu les extor- 
sions et violences qui ont été faites à plusieurs , nous 
sommes touché de telle compassion que requiert le lien 
fraternel qui est entre nous. Ce que nous protestons 
afin qu'il ne yous semble qu'étant loin de corps et à 
repos nous soyons pius hardi à vous exhorter à patience, 
d'autant que le mal ne nous touche point. Or combien 
que la tristesse nous soit commune avec tous , si nous 
faut-il restreindre et tenir en bride, et donner tel conseil 
l'un à l'autre que celui qui a toute autorité par-dessus 
nous soit simplement obéi. Nous savons bien que c'est 
une belle couleur et apparente qu'il est licite de se re- 
venger contre un populaire mutin pour ce que ce n'est 
point résister à l'ordre de la justice, même que les lois 
arment tant grands que petits contre les brigands ; mais 
quelques raisons ou convoitises qu'on amène , toute 
notre sagesse est de pratiquer la leçon que nous a 

(i)Il s'établit à Nérac, après avoir séjourné quelques semaines à Sommiù- 
res [Bulletin de la Société, etc., t. VIII, p. 75 et 76). 



308 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

apprise le Souverain Maître, à savoir, de posséder nos 
vies en patience. Et de fait, c'est la meilleure et plus 
sûre garde que nous puissions avoir de nous cacher 
sous son ombre, quand nous sommes assaillis de tels 
orages. Or est-il ainsi qu'en résistant au mal par force 
d'armes , nous l'empêchons de nous subvenir. Et voilà 
pourquoi saint Paul , pour modérer nos passions , nous 
exhorte de donner heu à son ire , nous appuyant sur la 
promesse qu'il a faite de maintenir et garantir son peu- 
ple après que les ennemis auront écume leur rage. Si 
ce qui est advenu vous étonne, attendez que Dieu mon- 
tre par effet ce qui a été toujours connu , à savoir que 
le sang des fidèles non seulement criera vengeance , 
mais sera une bonne semence et fertile pour faire mul- 
tiplier l'Eglise. Ce n'est pas sans cause que l'Ecriture 
insiste tant à corriger notre hâtiveté, vu qu'il nous est 
tant difficile de faire cet honneur à Dieu qu'il besogne à 
sa façon et non à notre appétit. Car quoiqu'on nous ait 
tant souvent remontré qu'il veut édifier son Eglise mira- 
culeusement , nous ne pouvons endurer qu'il y mette 
pierre ni mortier, sans grincer les dents, s'il ne nous 
vient à gré. Si est-ce que le temps est que nous tra- 
vaillions d'un côté et souffrions de l'autre. Nous appe- 
lons travailler, nous porter virilement et passer par- 
dessus tous obstacles, quand il est question de faire 
notre devoir. Car plutôt cent fois mourir que de fléchir. 
Mais cela n'empêche pas que nous ne souffrions et 
qu'étant menés d'un esprit débonnaire, nous rompions, 
en ne bougeant, les impétuosités de nos ennemis. Si 
vous acceptez ce conseil, nous avons bonne confiance 
en Dieu qu'en bref sa main vous apparaîtra pour sau- 
vegarde. Sur quoi, très chers Seigneurs et frères, nous 
le prions de vous conduire en esprit de prudence et 
vertu, vous faisant prospérer en tout bien, à ce que son 



LES GUERRES DE RELIGION. 309 

nom soit de plus en plus glorifié en vous. Ce i" de 
may 1 561 . » 

Le 29 mai suivant , les fidèles de l'église d'Aix ré- 
pondirent à Calvin : « Dieu nous fasse... la grâce de 
bien retenir vos saintes admonitions. A quoi nous avons 
bonne volonté d'entendre les apprendre et y se ranger 
chacun tant que pourrons. Le Seigneur vous veuille 
rétribuer le loyer de votre labeur que prenez pour nous 
et vous bénir en toute bénédiction par son fils Jésus. » 

Au commencement de cette année 1561, l'église 
d'Aix était desservie par Guy de Moranges (dit de 
La Garde) (1), qui quitta Aix pour mettre ordre à ses 
affaires , mais avec promesse de revenir. N'ayant pu 
tenir sa parole, l'église chargea de Mercurins, pasteur 
de Lourmarin , qui retournait à Genève à cause de l'in- 
tolérance du comte de Sault, d'amener à son retour un 
autre pasteur. « Vous supplions humblement , » lui di- 
sait-elle dans sa lettre du 29 mai , « lui assister et sub- 
venir à notre nécessité présente tant qu'il sera possi- 
ble. » Nous ne savons si de Mercurins réussit dans sa 
mission; mais, à la fin de l'année 1561 , c'est Jean 
Chabrand, pasteur précédemment placé à Vilhosc et 
Sisteron, qui desservit l'église d'Aix. On a vu plus haut 
(page 27) le décret d'arrestation lancé contre lui par le 
Parlement et les épreuves cruelles par lesquelles l'église 
passa à cette époque. 

Dès le 29 mai 1561, le Conseil communal d'Aix avait 
cherché à la disperser. « Le Conseil , » lit-on dans le 
registre de ses délibérations , « avisé que plusieurs dé- 
voyés de la religion catholique viennent journellement 
se retirer en la présente cité d'Aix, au grand scandale 

(i) Il était à Andiize en juin iÇJy, à Yssoudun en mai 1558, à Uzès en 
mai ij6o, à Issoire en n62, à Aurillac en 1567 {Bulletin de la Société, etc. 
t. VIII, p. 75-75, t. IX, p. 295). 



:5I0 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

du peuple, et ce qui pourrait, en outre, causer quelque 
émotion et sédition , a délibéré que les consuls se reti- 
reront par-devers le Parlement , à l'effet d'avoir provi- 
sion pour enjoindre à tous étrangers suspects du crime 
d'hérésie de sortir de la ville dans les trois jours , sous 
telle peine que la Cour arbitrera. » 

Le 25 décembre 1 566, Jean de Saint-Priest de Saint- 
Chamond , archevêque d'Aix, monta dans la chaire de 
l'église métropolitaine de Saint-Sauveur, revêtu de ses 
habits pontificaux , s'éleva en termes aussi énergiques 
qu'indignés contre les abus de l'Eglise romaine et la 
Cour de Rome; puis, déchirant sa mitre et jetant sa 
crosse , il déclara renoncer à son archevêché et à sa 
religion pour suivre la profession des armes. L'année 
suivante, il épousa Claude de Fay, dame de Saint- 
Romain, et en prit le nom. A dater de cette époque, il 
servit dans les rangs des huguenots et mourut gouver- 
neur d'Aigues-Mortes , le 25 juin 1578, « non sans 
soupçon de venin , » dit Pérussis [Bulletin de la So- 
ciété^ etc., t. VIII, p. 72-76; Calvim opéra, No\. XVIII, 
n°* 3379, 3383 et 3403 ; vol. XIX, n« 3854; vol, XXI, 
p. 667 et 732; La France protestante, au mot saint- 
CHAMOND. Pérussis, dans d'Aubais, t. I, p. 216; Regis- 
tre des délibérations du Conseil communal d'Aix). 

La Roque-d'Antheron. — Dès 1 5 59, on célébrait, 
dans cette église, la cène à la mode de Genève, et 
l'année suivante on y construisait même un temple. Le 
20 septembre 1561 , elle avait pour pasteur Mann/, 
ailleurs Magni (Lambert, t. I, p. 96; Louvet, Histoire^ 
t. I, p. 142; Calvini opéra, vol. XIX, n° 3854). 

Saint-Paul-lès-Durance. — Dressée en 1559 (De 
Bèze , t. I , p. 108). 

Marseille. — Ruffi raconte que la Réforme ne jeta 
pas de profondes racines à Marseille, et que le premier 



LES GUERRES DE RELIGION. 3II 

luthérien qu'on y découvrit fut un mercier, dont la bou- 
tique faisait le coin en allant à l'hôpital Saint-Esprit. Le 
peuple le poursuivit un jour à coups de pierre, et, 
sans l'assistance d'un voisin qui le garantit, il aurait été 
mis en pièces. L'église fut dressée en 1 559 et eut pour 
pasteur Nicolas Folion (dit La Vallée) , ancien carme et 
docteur en Sorbonne , qui ne put demeurer longtemps 
à son poste (i). 

Le 15 février [1560], elle demanda à Genève un 
nouveau pasteur par l'organe de Trophime de l'Aube (2), 
qui exerçait pour lors son ministère au milieu d'elle et 
avait été nommé surveillant de classe (président de sy- 
node) par l'assemblée (synode) de Mérindol. De l'Aube 
adressa sa lettre à son ami Coladon, ministre de l'Evan- 
gile à Genève , à qui il disait : 

« Mons"" , A l'assemblée des ministres de cette pro- 
vince , tenue à Mérindol le second février , fut arrêté 
que le surveillant de la classe écrirait au nom de tous 
aux pères et aux frères de votre compagnie pour vous 
prier nous donner, pour l'église de Marseille, le frère 
de Mons"" de Bargemont (3). Etant venu à Marseille et 
ayant trouvé la commodité du porteur, ai été prié accom- 
pagner les lettres qu'ils adressent à Mons"^ Candolle 
sur le présent fait et vous en écrire particulièrement : 
ce que je fais d'autant plus volontiers que je les vois 
affectionnés à la Parole de Dieu. Je ne vous écrirai 
plus au long de leur zèle et de l'accroissement de cette 
église, parce que, par autres lettres que j'estime qu'avez 
déjà reçues, vous en ai écrit. Pour cette cause, je vous 

(i) Il alla à Toulouse cette même année {Bulletin de la Société, etc., t. VIII, 
P-7Ç). 

(2) Il était à Montélimar en 1568 {Hist. des prot. du Daup., t. II, p. 452). 

(5) Il y avait pour pasteur à Périgueux le 26 avril 1566 un nommé Etienne 
Digne dit Bargemont {Bulletin de la Société, etc., t. VIII, p. 7Ç). 



312 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

prie avoir égard à l'importance de cette église , et jugez 
si celui que nous demandons y est propre, et, laissant 
le tout à votre discrétion, vous plaira avoir égard de la 
pourvoir le plus tôt qu'il sera possible... Au reste , 
nous recevons de jour à autre bonne nouvelle de la 
Cour et espérons que le Seigneur nous délivrera. Mais 
le Seigneur m'a délivré jusques à présent. J'espère qu'il 
continuera sa faveur envers moi pour servir à son hon- 
neur et gloire, lequel je prie vous maintenir en sa grâce, 
me recommandant bien humblement à vos saintes priè- 
res et bonne grâce , et de madame votre femme et de 
Judith. De Marseille, ce XVIII février [1560]. 

» Votre obéissant frère et ami , 

» Trophime de l'Aube. » 

En septembre 1561 , l'église de Marseille, étant pri- 
vée de nouveau de pasteur, adressa vocation à de Mer- 
curins , pasteur de Lourmarin , qui avait été obligé de 
quitter son champ de travail à cause de l'intolérance du 
comte de Sault. De Mercurins , qui était originaire de 
Marseille, accepta l'appel avec joie, sous la réserve 
que Calvin agréerait sa détermination et que sa nou- 
velle église se chargerait des frais nécessités par la ve- 
nue d'un autre pasteur à Lourmarin , quand les fidèles 
de cette église pourraient reprendre leurs exercices in- 
terrompus. Les frères de Marseille adressèrent à ce 
propos aux pasteurs de Genève la lettre suivante : 

« Salut et paix par notre Seigneur Jésus-Christ, 

» Très honorés seigneurs et frères, Dieu nous ayant 
donné telle ouverture de pouvoir recouvrer et redresser 
notre église, à peu près dissipée par la rudesse de la 
vie du peuple maritime de notre ville , nous devrions 
être nonchalants de tel bruit qui fait que vous osons 



LES GUERRES DE RELIGION. 31^ 

importuner. Il est vrai que nous dussions avoir gardé 
le commis que de votre gré nous aviez envoyé par ci- 
devant (i); mais tous ceux qui connaissent le naturel de 
ce peuple furieux nous pardonneront quelque chose , 
combien que nous ne voulons en tout excuser nos fau- 
tes. Or, Messieurs, comme le sieur de Saulx donnait 
empêchement au frère ministre de Lourmarin de ne 
pouvoir s'employer à son église , même depuis son re- 
tour de Genève , nous requîmes, il y a environ un mois 
et demi, de le pouvoir employer en notre église, ce 
que nous avons obtenu et de son église et de lui , avec 
telles manières que nous manderions à nos dépens par- 
devers vous pour recouvrer comme pour ledit Lourma- 
rin, toutes fois et quantes que monsieur de Saulx 
laisserait ses sujets en paix et moyennant que vous ap- 
prouviez la vocation dudit frère de s'avouera notre église 
de Marseille , sans laquelle condition ne nous voulait 
concéder aucune chose. Car pour ce qu'il nous serait 
propre pour avoir connaissance du naturel du pays 
comme du sien et qu'il est ayant bon témoignage de 
nous dès son enfance, nous vous prions affectueuse- 
ment , et au nom de Dieu , de vouloir nous l'octroyer 
comme ministre. 

» Très honorés seigneurs et frères, nous nous re- 
commandons à vos bonnes grâces. 

» Votre très humble et obéissant serviteur , 

» Jacques de Véga , au nom des frères. 

» De Marseille, ce oct. 1561. » 

En 1567, nous trouvons, pour pasteur à Marseille, 
Molinon, et, à l'époque de la Saint-Barthélémy, Pierre 
Franc , natif de Riez , qui se réfugia à Genève et y fut 

(1) Est-ce Nicolas Folion? 



314 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

reçu bourgeois le 24 octobre 1572 [Calvini opéra ^ 
vol. XIX, n"'' 3556 et 3568; Ruffi , Hist. de Marseille, 
p. 228; de Bèze, t. I, p. 108; Gaberel , Hist. de 
l'église de Genève, t. I (édit. de 1853) , p. 81 et 82 ; 
Ms. franc., n° 121 de la biblioth. publiq. de Genève). 

FoRCALQuiER. — Un des premiers adeptes de la 
Réforme à Forcalquier fut le chanoine Bernardin de 
Candolle, de la famille duquel est sorti le célèbre bota- 
niste de ce nom. Il s'établit de bonne heure à Genève, 
oi^i il fut reçu habitant en 1552 et bourgeois en 1555. 
Les luthériens de Forcalquier ayant lacéré, en 1558, 
des images et abattu des oratoires, que divers particu- 
liers avaient élevés dans leurs propriétés, le Parlement 
envoya sur les lieux pour informer le conseiller Honoré 
Laugier, sieur de Colobriéres, qui ordonna la recon- 
struction, aux frais de la ville, des oratoires renversés. 
L'année suivante (8 octobre) , des enfants ayant chanté 
par la ville la chanson de Genève, l'un d'eux, fils de 
Bernardin Aubert, fut jeté, à la suite d'une grave colli- 
sion . dans le bassin de la fontaine , où il faillit périr. 
On apposa, d'autre part, des placards sur la porte de 
l'église et à la grande place. Le chapitre se plaignit ; 
mais comme une partie des officiers de la sénéchaus- 
sée avait adopté la Réforme , notamment le lieutenant 
Jean-Baptiste Perrochet, aucune poursuite ne fut exer- 
cée. Là-dessus le conseil communal se réunit et décida 
d'exclure de la maison de ville les luthériens ; mais la 
minorité protesta et la délibération ne fut pas exécutée. 
Des assemblées religieuses avaient lieu en même temps 
dans la ville, tant de jour que de nuit. Elles persistèrent 
en 1560 et 1561 malgré l'opposition des consuls. Elles 
furent aussi nombreuses que bien suivies. C'est à ce 
moment que les protestants de la ville, qui étaient sans 
pasteur, écrivirent, pour en obtenir un, à la compagnie 



LES GUERRES DE RELIGION. 515 

des pasteurs de Genève la touchante lettre qui suit : 

« Salut par Jésus-Christ , 

)) Très chers seigneurs et frères , vous avez entendu 
(sommes assurés, à votre grand regret), la dissipation et 
la ruine de notre pauvre église à cause des vagues et 
assauts dont Satan et ses suppôts l'ont assaillie jusques 
à la vouloir du tout exterminer : qui nous a donné ma- 
tière de gémir et soupirer, nous voyant constitués en telle 
famine que nos adversaires apertement nous jugeaient 
délaissés de Dieu , privés de la vraie pâture de vie , 
c'est de sa sainte Parole, et déjà dévalés en la fosse. 
Toutefois, ce père de miséricorde, ne pouvant montrer 
envers nous que une affection paternelle après nous 
avoir fait connaître notre infirmité, a eu pitié de nous, 
ayant fait cesser ces vagues du populas indiscret et 
ignorant, confondu et renversé les forces et entreprises 
des -adversaires de sa vérité et tellement avancé sa mai- 
son qu'il ne demeure que d'avoir ouvriers pour rassasier 
les pauvres âmes faméliques et languissantes de sa pâ- 
ture spirituelle. Pour ce, seigneurs, voyant la grâce que 
ce bon Dieu nous a faite et veut faire, nous avons bien 
voulu supplier, comme ceux qui avez l'honneur, bien et 
salut de vos frères en charité pour recommandés , de 
nous vouloir pourvoir de tel ministre et pasteur que 
bien pourrez entendre nous être nécessaire. Car, pour 
avoir à faire à un peuple rude et mal traitable , serait 
requis d'avoir homme qui, avec saine doctrine, vie sainte 
et bon exemple, eût véhémence et autorité pour adou- 
cir les mœurs des ignorants. Pour ce, nous vous prions 
avoir pitié de nous et le Seigneur souverain rémunéra- 
teur le vous rendra, et nous le prierons vous vouloir de 
jour en jour tellement augmenter ses grâces que jusques 
en la fin persévériez en la vocation qu'il vous appelés 



5l6 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

du ministère de sa sainte Parole, vous priant de nous 
avoir pour recommandés en vos saintes oraisons. De 
Forcalquier ce viii. octobre 1 561 . 

» Par vos obéissants et affectionnés frères, au nom 
de tous ces frères, 

» A. Bandoly. » 

Cette lettre étant, paraît-il, demeurée sans résultat, 
l'église députa à Genève d'Aimin, qui s'adressa à maître 
Reynaud. Ce dernier ayant dit qu'à Genève pour lors 
ne se trouvait aucun ministre disponible, l'église envoya 
un second député à Artus, pasteur à Bobi, en Piémont, 
qui avait manifesté l'intention d'exercer son ministère en 
Provence à la condition que les pasteurs de Genève, 
qui l'avaient placé dans cette église, voudraient bien y 
consentir. Voici, du reste, la lettre que les anciens du 
consistoire de Forcalquier écrivirent à cette occasion à 
Genève : 

« Grâce et paix de par Dieu le Père et notre Sei- 
gneur Jésus-Christ. 

» Au retour de Genève, que le frère André d'Aimin, 
un des anciens de cette ville de Forcalquier, a fait ces 
jours naguère passés , il nous a dit qu'il avait fait ses 
diligences à vous demander ministre pour ladite église; 
mais que maître Reynaud, auquel il s'était adressé, y 
avait répondu que là ne s'en trouvait plus pour lors à 
cette cause et qui soit ministre. Il y a grand danger ici 
des sectes et divisions des fidèles , mêmement que y 
abonde grand peuple journellement à cause de la justice 
qui y est érigée, qu'est siège royal et présidial et séné- 
chaussée. Nous sommes retirés devers les ministres qui 
sont en ce pays pour y pourvoir ; lesquels étant en pe- 
tit nombre et avec grande moisson, Dieu loué, ne peu- 
vent secourir partout, mais nous ont avertis qu'un 



LES GUERRES DE RELIGION. 317 

M. Hubert Artus, lequel avez autrefois envoyé à Bobi, 
village de la Val-Luzerne, leur avait écrit que, s'il vous 
semblait bon , il se transporterait en ce pays pour se- 
courir aux nécessité des églises ; et nous, suivant ledit 
avertissement, avons dépêché le frère Bertrand Bar- 
nouin, présent porteur, devers ledit Artus pour voir s'il 
pourrait nous venir servir et , audit cas , avons donné 
charge audit porteur d'aller par-devers vous pour en 
avoir l'octroi et lettres nécessaires, ce que nous vous 
supplions , au nom de Dieu , de faire , afin que ledit 
M. Artus soit prêt et diligent de venir audit minis- 
tère. Et en cela, s'il vous plaît, nous aurez pour recom- 
mandés à vos saintes prières. De Forcalquier, ce XVIII. 
de novembre [i 561]. 

» A. Bandoly, ancien; Melue, ancien ; C. Bol- 
LENE, ancien; Melue, ancien; André Daimin, an- 
cien; Chabert, ancien. » 

Nous ignorons si la mission de Barnouin réussit. 

Quand l'édit favorable de janvier 1 562 parut, l'avocat 
Baltha^ar Boniface , devenu ministre , présida des as- 
semblées religieuses dans sa maison, où assistèrent des 
personnes étrangères à la cité, et demanda, avec ses 
adhérents au conseil communal, de « faire le prêche » 
dans la ville. Ce dernier, embarrassé, consulta un homme 
de loi, nommé Jean Nicolaï, qui établit, dans un mé- 
moire, que l'édit n'autorisait pas l'exercice de la religion 
réformée à Forcalquier même. Nicolaï avait raison ; 
car les assemblées religieuses n'étaient permises qu'en 
dehors des villes ; mais comme Boniface était le beau- 
frère du lieutenant de la sénéchaussée Perrochet, le 
beau-père du procureur du roi, l'oncle du viguier et le 
parent ou l'allié de tous les officiers du siège , le con- 
seil communal de Forcalquier se sentit impuissant à 
empêcher l'exercice de la religion réformée et décida 



Îl8 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

qu'on laisserait les protestants tenir librement leurs as- 
semblées , mais à la condition qu'on ne prêcherait pas 
à la place du Bourguet. La compagnie d'infanterie, qui 
tenait garnison dans la ville et y maintenait la tranquillité 
publique, ayant été retirée quelque temps après, plu- 
sieurs protestants craignirent d'être emprisonnés ou 
massacrés et quittèrent la ville , et le conseil ordonna 
qu'on murerait les portes de leurs maisons. La guerre 
ayant éclaté en avril , les huguenots s'emparèrent de 
Forcalquier (6 juin 1562), mais n'y demeurèrent que 
treize jours. 

Après l'édit de pacification d'Amboise(i9mars 1 563), 
les habitants fugitifs rentrèrent dans leurs maisons et 
les prêches recommencèrent. Le conseil communal , 
pour éviter des troubles , décida qu'on permettrait aux 
protestants de célébrer leur culte seulement dans leurs 
maisons. 

Pendant la deuxième guerre de religion, les protes- 
tants devinrent maîtres de la ville (18 octobre 1567). 
René de Savoie, baron de Cipières, qui commandait à 
deux mille cinq cents huguenots ordonna la démolition 
des remparts; mais, sur la représentation de Perrochet 
et du ministre Bernardin Codur, il rapporta son ordre 
moyennant une rançon de deux cents écus, qui lui fu- 
rent comptés, et il partit le 10 novembre suivant. A 
cette époque, l'église de Forcalquier avait pour pasteur 
Jacques Giiérin , ce qui porterait à croire que Codur 
suivait l'armée protestante en qualité d'aumônier. 

A partir de la troisième guerre de religion (25 août 
1568), la ville tomba tour à tour aux mains des deux 
partis ; mais l'influence catholique finit par y devenir 
prépondérante. Le 29 avril 1570, les pauvres de la re- 
ligion réformée se plaignirent de ce qu'on ne les lais- 
sait pas sortir de la ville pour aller gagner leur vie. 



LES GUERRES DE RELIGION. 310 

Pour en obtenir la faculté , ils furent obligés de fournir 
une caution , de déclarer où ils allaient et de rentrer 
chaque soir. 

Après l'édit de pacification de Saint-Germain-en-Laye 
(15 août 1570), qui permettait spécialement l'exercice 
de la religion réformée dans les faubourgs de Forcal- 
quier, le prêche se fit à Saint-Pierre, mais il fut trans- 
porté ailleurs l'année suivante. Le Conseil communal 
prit diverses délibérations pour l'interdire , mais sans 
pouvoir y parvenir pour le moment. Alors on persécuta 
les protestants d'une autre façon. C'est ainsi que d'Ai- 
glun , lieutenant de la sénéchaussée , qui avait remplacé 
Perrochet , faisait baptiser par force à l'église les en- 
fants protestants. D'autre part , on défendit aux protes- 
tants émigrés de rentrer dans la ville. A la veille de la 
Saint-Barthélémy, le pasteur de l'église était Gaspard 
Meuse, natif d'Aups, qui se réfugia à Genève et y fut 
reçu bourgeois le 29 septembre 1572. 

Le 25 janvier 1575 , pendant la cinquième guerre de 
religion , le Conseil communal défendit l'entrée de la 
ville aux huguenots du dehors, mais sans aller pourtant 
jusqu'à expulser ceux qui l'habitaient. Quelques mois 
avant l'édit de Beaulieu de mai 1576, les protestants 
ayant recommencé leurs assemblées (i), le Conseil re- 
nouvela sa défense aux huguenots étrangers d'entrer 
dans la ville (15 septembre). Le 10 octobre de l'année 
suivante , le viguier, assistant à une séance du Conseil , 
offrit d'informer contre les assemblées et les prêches , 
mais à la condition que les consuls l'assisteraient dans 



(1) « Ceux de la religion réformée s'assemblaient, faisaient prières et chan- 
taient psalmes publiquement et hautement en la ville », et « même le 28 jan- 
vier dernier , comm'e la procession passait , étant eux assemblés en une 
maison , en icelle chantaient à haute voix les psalmes » («Délibération du 
Conseil communal de Forcalquier). 



3 20 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

ses visites domiciliaires. Ces derniers ne paraissent pas 
avoir voulu accepter cette mission inquisitoriale ; mais 
le Conseil décida (29 novembre) de s'opposer formel- 
lement aux prêches, à cause, disait-il, des inconvénients 
et des dangers qui pourraient en résulter pour la ville. 
Les assemblées, néanmoins, continuèrent comme par 
le passé, et la requête que le Conseil présenta au Par- 
lement pour les interdire ne paraît pas avoir abouti 
(Galiffe, Notices généalog. sur les famil. génev.^ t. II, 
p. 408 ; La France protestante ^ t. III, p. 183 ; Calvini 
opéra, vol. XIX, n" 3557; Bulletin de la Société^ etc., 
t. IX, p. 297; C. Arnaud, Les protestants de Forcal- 
quier , dans le Journal de Forcalquier , année 1881 , 
n°' II , 12, 15 , 19 et 20; et Labbé de la Jeunesse; 
p. 25, 26; Ms. franc., n° 197''' de la bibl. publ. de Ge- 
nève; Jean Nicolaï, Mémoire en défense pour la com- 
mune de Forcalquier , ms. communiqué par M. C. Ar- 
naud). 

Manosque. — Dès 1532, on signalait à Manosque 
un luthérien, le notaire Aloat, qui, s'étant rendu à Gap 
pour visiter son parent Gauthier Farel , greffier de la 
Cour épiscopale et frère du célèbre réformateur, dont 
il voulait acheter l'office, fut amené à la foi évangélique 
par un autre frère du réformateur, Jean-Jacques Farel, 
qui lui démontra , la Bible à la main , les erreurs de 
l'Eglise romaine. De retour à Manosque , Aloat ayant 
parlé de ses nouvelles convictions , eut à subir un pro- 
cès criminel dont il sortit sain et sauf par une amende 
honorable. Le germe de la Réforme n'en était pas moins 
déposé dans les cœurs , et vingt-trois ans plus tard , en 
1555, les luthériens étaient assez nombreux à Manos- 
que pour que le Conseil communal décidât, sur l'avis 
du Parlement, à qui il avait envoyé deux députés en 
consultation, « que l'on exclurait du Conseil de Ma- 



LES GUERRES DE RELIGION. ^21 

nosque ceux qui seraient soupçonnés d'hérésie , et que 
l'on élirait à leur place d'autres conseillers sur la religion 
desquels on pourrait compter. » Cinq ans après (i 560), 
Christophe Brémond fut mis en prison, accusé et con- 
vaincu d'avoir fait profession publique de luthéranisme. 
En 15Ô2, des pasteurs venus de Genève et de la vallée 
d'Angrogne en Piémont, notamment Gaspard de Yé\a^ 
consolidèrent l'œuvre , mais ne purent demeurer long- 
temps à leur poste. Ce dernier alla exercer son ministère à 
Sisteron. Use commit des excès àManosque. Des images 
et des statues furent brisées , des tableaux lacérés dans 
l'église du hameau de Toutes-Aures. Il en fut de même 
dans la chapelle de Notre-Dame-de-Consolation, située 
au nord-est de l'aire de Soubeiran. « On se réunissait 
pendant la nuit, » dit Féraud, « dans la maison d'école, 
qui , n'ayant « ni cadenas ni verrouil , » était ouverte à 
tout le monde. Les consuls , avertis de ce qui se pas- 
sait , s'assurèrent de cette maison , la firent fermer par 
une bonne serrure, et dissipèrent toute assemblée noc- 
turne dans l'enceinte de la ville. Les mêmes consuls 
informèrent le roi et le Parlement d'Aix de cet événe- 
ment ; ils convoquèrent ensuite un conseil général de 
toute la communauté , qui fut tenu le 18 janvier 1 562 et 
auquel assistèrent sept cents chefs de famille. On y ex- 
posa d'abord l'objet de cette convocation extraordi- 
naire... , puis on demanda que chacun des assistants fît 
connaître hautement sa foi catholique. Aussitôt , et 
comme d'une seule voix , tous prêtèrent serment... Les 
consuls firent dresser deux gibets , l'un sur la place du 
Marché, l'autre à la porte de la Saunerie, afin que l'ap- 
pareil du supplice rendît fidèles à leur serment ceux qui 
l'avaient prêté, et qu'il fît abjurer l'hérésie à ceux qui 
l'auraient secrètement embrassée. » 

Peu après , le favorable édit de janvier ayant paru , 

21 



9 22 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

les protestants de Manosque requirent André Arnaud, 
premier lieutenant du juge de Forcalquier, de leur céder 
la métairie de Pierre-Blanche , sur les bords de la Du- 
rance, pour y tenir leurs assemblées : ce qui leur fut 
accordé. Ils redemandèrent alors de Véza à l'église de 
Sisteron, qui ne consentit point à le leur céder, mais 
qui pria Calvin de leur procurer un autre pasteur.' Gas- 
pard de Bet^c, qui vint vers ce temps , paraît avoir été 
envoyé à Manosque en réponse à leur demande. Les 
consuls furent fort irrités de l'autorisation donnée par le 
lieutenant et en firent leur plainte à l'archevêque d'Aix, 
au Parlement , à l'assemblée des Etats de la province , 
qui ne donnèrent pas suite à leurs doléances. N'osant 
employer la force , ils recoururent à la persuasion et 
firent venir d'Avignon un prédicateur jésuite , nommé 
Guillaume Changet , qui resta tout une année à Ma- 
nosque. 

En 1568, l'église comptait trente-neuf chefs de fa- 
mille protestants , dont les noms suivent (en tout quatre- 
vingt-quatorze personnes) : Antoine Pasquier, son fils 
Joseph, Paul Brunet, François Aunier, Foulque Brunet, 
Claude Bardol , Esprit de Laventure , Théobald Lam- 
bert, Anton, Armand de Tulette, Jean Clémontin, Ber- 
trand Peget, Jacques Imberti, François Arnaud, Jacques 
Boyer, Elzéar Féraud, Raimond Greoux, Jean-François 
Brena , Brémond dit Mouron, Jean Selon, Raimond 
Taxil , Pierre son fils , Raimond de Ginieis , Esprit 
Fournel, Denys Dupuis, François Taxil, Jacques Rey, 
Joseph Aimini , Barthélémy Granon , Elzéar Battarel , 
Antoine Simiane , Michel -Olivier Lesardy , Antoine 
Cognac de Molet, Saunier de la Sourde, Bonnet Labory, 
son fils , Jean Trempe , Louis Alloat , Etienne Brunet , 
Honoré démentis. 

A l'époque de la Saint-Barthélémy (i 572), l'église de 



LES GUERRES DE RELIGION. 323 

Manosque avait pour pasteur Georges Volland ^ qui 
chercha un refuge à Genève (Féraud, Hist. civ. pol. 
relig. et biogr. de Manosque, p. 265-270, 291 ; Bulletin 
de la Société, etc., t. VIII, p. 76; Charronnet , Les 
guerres de religion dans les Hautes-Alpes, p, 9-12). 

SisTERON. — Cette église fut fondée en 1 559 ; mais 
ce n'est que le 5 avril 1 560 que les registres consulaires 
de la ville mentionnent les premiers mouvements occa- 
sionnés (( par aucuns sentant mal de la foi. » L'année 
suivante (1561), les assemblées et les prêches étaient 
organisés, mais en dehors de la ville : ce qui attira des 
vexations à ceux qui les fréquentaient. C'est ainsi que 
le 25 mars , s'étant assemblés comme de coutume 
pour célébrer leur culte, ils se virent fermer les portes, 
à leur retour, pendant six mois. Leurs maisons furent 
pillées et leurs biens confisqués. Les uns , privés de 
tout moyen d'existence , endurèrent de grands maux 
dans leur exil ; les autres , ayant composé avec ceux 
qui les avaient dépouillés, rentrèrent ; mais, entière- 
ment désarmés vis-à-vis de leurs spoliateurs, ils furent 
traités de telle sorte qu'ils eussent préféré demeurer 
loin de leurs foyers. 

A la fin de cette année 1561 (novembre), les protes- 
tants avaient pour pasteur Jean Chabrand et , s'étant 
enhardis, tenaient leur prêche dans la maison de Gabriel 
Piolle (i), lieutenant du gouverneur de la ville. Le 30 
du même mois, ils se livrèrent à des voies de fait, sans 
doute à des bris d'images et de statues, et méconnurent 
l'autorité des consuls. Sur la plainte de ces derniers au 
Parlement, le pasteur Chabrand, le lieutenant Piolle, le 
gouverneur Caïus du Virailh, sieur de la Vallée, et le 

(i) Ancienne maison Chaix, appartenant en 1844 à M. Bontoux de Vau- 
meilh. 



3 24 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

procureur du roi Jean Venissardi, tous attachés de cœur 
à la Réforme, furent décrétés de prise de corps, mais 
ils purent s'échapper. Chabrand se rendit à Aix et eut 
pour successeur Gaspard de Vé\a^ qui fut obligé de 
quitter Manosque, oij il exerçait son ministère. Les 
élections municipales donnèrent gain de cause aux réfor- 
més et Jean Guiramaud, seigneur de Feissal, et Arnaud 
Chaix, qui étaient de leur parti, furent nommés consuls. 
Le prêche fut aussitôt rétabli et le chapitre assigné pour 
avoir à assurer le salaire du pasteur et du maître d'école 
protestant au moyen de deux prébendes prélevées sur 
les revenus ecclésiastiques. Une lettre de l'église de Siste- 
ron, adressée à Calvin le ii février 1562, donne les 
détails suivants sur l'état de la communauté : « Notre 
Dieu, » disent les anciens du Consistoire, « nous a fait 
la grâce de nous commencer à nous redresser en son 
église par le ministère de Monsieur Gaspard de Véza, 
par vous envoyé deçà premièrement en la ville de Manos- 
que, et depuis, ne pouvant la ministrer, l'avez exhorté de 
se retirer à autre église, par quel moyen s'est arrêté avec 
nous jusques à présent l'espace de trois mois, adminis- 
tranttous sacrements, même dernièrement la sainte Cène 
en grande assemblée et grande liberté chrétienne, si que 
nous réformons à votre exemple à toute possibilité. » 
Et comme les protestants de Manosque avaient « plu- 
sieurs fois sommé et requis » l'église de Sisteron de 
leur renvoyer de Véza, les mêmes anciens prient instam- 
ment Calvin, dans leur lettre, de leur procurer un autre 
pasteur, « afin qu'ils aient moyen de commencer église, 
et nous augmenter et entretenir ce que Dieu a déjà fait 
ici à notre ville... qui est des premières de ce pays, qui 
ne doit être dépourvue. » Signé : Robert, ancien; 
M. G. Yssautier, ancien; André, ancien; Béraud, se- 
crétaire. 



LES GUERRES DE RELIGION. 325 

Les divers sièges que Sisteron eut à supporter et 
qui ont été racontés précédemment, portèrent un rude 
coup à l'église, qui alla toujours en déclinant (De la 
Plane, Hist. de Sisteron, t. II, p. 36-42; De Bèze, t. I, 
p. 108, 561, 562; Gaberel, Hist. de Genève, t. I, Piè- 
ces justificatives). 

ViLHOSc. — Cette église était à proximité de Siste- 
ron et paraît n'avoir formé qu'une seule et même com- 
munauté réformée avec celle de cette ville. Ce qui por- 
terait à le croire, c'est que Jean Chabrand , pasteur de 
Sisteron, porte le titre de pasteur de Vilhosc dans un 
document synodal du 20 septembre 1561. Il est vrai- 
semblable que Chabrand, qui n'aurait pas été en 
sûreté à Sisteron, s'était établi à Vilhosc .[Calvini opéra , 
vol. XIX, n° 3854). 

Seyne. — Cette église comptait dans son sein les prin- 
cipaux habitants de la ville. Elle avait pour pasteur, en 
1 586, Sime'on de la Combe. On a vu plus haut (p. 278) 
que le sanguinaire et déloyal duc d'Epernon le fit pen- 
dre à Selonnet. Pasteur de 1 596 à 1637 : P^'^''''^ Chalier 
{Reeueil de pièces sur la Provence, ms. de la biblioth. 
nationale n° 18976; E. Arnaud, Histoire des prot. du 
Dauph. , t. II, p. 407). 

Digne. — Cette église avait pour pasteur, le 20 sep- 
tembre 1561, Nicolas, venu de Neufchâtel [Calvini 
opéra, vol. XIX, n° 3854'). 

EspiNousE. — En 1572, année de la Saint-Barthé- 
lémy, le pasteur de cette église était M'"'' Gaspard 
Delamer, natif de Sisteron, qui se réfugia à Genève et 
y fut reçu bourgeois le 23 octobre de la même année. 

PuiMiCHEL. — Georges Cornelli (Corneille) , ancien 
moine augustin de Sainte-Marie et de Camaret, primi- 
tivement pasteur « au pays de messieurs de Berne, » 
desservait cette église en 1561 ; mais la petitesse du 



?26 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

lieu lui ayant fait craindre qu'il ne pût y fonder une 
communauté réformée importante, il se décida à accep- 
ter vocation de l'église d'Orange. En retour, celle-ci 
s'engagea à faire venir à ses frais de Genève un pasteur 
pour Puimichel. Cette démarche ne put aboutir; et 
lorsque Cornelli se vit obligé de quitter Orange, il 
retourna dans son ancienne église. Comme ce ministre 
n'avait pas, disait-on, pris l'avis de la compagnie des 
pasteurs de Genève lorsqu'il se rendit à Puimichel pour 
la première fois, et que ses collègues de Provence le 
lui reprochaient comme une infraction à la discipline, 
son église jugea nécessaire d'écrire la lettre suivante à 

» Monsieur Mons"" Viret, fidèle pasteur et ministre 
en l'église réformée de Genève, à Genève. 

» Salut par notre Seigneur Jésus-Christ. 

« Monsieur, parce que les ministres de cette pro- 
vince ont reproché à M® George, notre pasteur et minis- 
tre, qu'il est venu en ce pays sans avis ni conseil 
d'aucun ministre de Genève , chose qui pourrait susci- 
ter des schismes entre eux, nous vous voudrions hum- 
blement supplier, au nom de toute l'église de Puimichel, 
de nous en écrire, un mot pour montrer le contraire à 
ceux qui telles paroles ont avancées. Et quant audit 
M* George, notre ministre, nous vous avertissons et 
assurons qu'il converse parmi s*on troupeau en la crainte 
de Dieu et grande édification de l'église ; vous remer- 
ciant humblement de nous avoir pourvu d'un tel person- 
nage ; faisant fin de la présente après avoir prié Dieu 
vous donner la grâce de continuer par votre plume à 
nous communiquer des grâces que Dieu vous a données, 
et vous maintenir en bonne prospérité. De Puimichel, 
ce quinzième jour d'octobre 1561. 

» Vos humbles serviteurs et amis, prêts à vous obéir, 



LES GUERRES DE RELIGION. 327 

les anciens de l'Eglise dudit Puimichel, ensemble le 
seigneur d'Espinouse, député pour les églises de Pro- 
vence. 

» Brien (?), Spinouse. » 

iCalmni opéra ^ vol. XVIII, n^ 3409; XIX, n" 3854; 
ms. français n° 121, de la biblioth. publ. de Genève). 

Les Mées. — En 1584, les protestants de ce lieu 
« avaient un ministre, un temple et un local destiné à la 
sépulture de leurs morts » (Esmieu, Notice histor. et 
statist. de la ville des Mées, p. 443-445). 

Riez. — Cette église avait pour pasteur le 14 juin 1 566, 
Claude Morel, et son évêque André d'Oraison , comte 
de Boulbon, seigneur de Soleilhas et de Barles, frère 
du célèbre baron d'Oraison, ayant renoncé au catholi- 
cisme et embrassé la carrière militaire, se maria à 
Jeanne d'Arces- Livarot et devint successivement maré- 
chal de camp des vieilles bandes françaises, et cheva- 
lier de l'ordre du Roi [Bulletin de la Société, etc., 
t. VIII, p. 76; Barjavel, Dictionnaire, t. I, p. 21). 

Castellane. — La Réforme fut introduite dans cette 
ville par Brun, seigneur de Caille, et une église y fut 
dressée, en 1559, par les frères Antoine et Paulon 
Richieud de Mauvans, qui, « désireux de vivre selon 
Dieu, » firent venir un pasteur de Genève, dont nous 
ignorons le nom. « Tôt après, » dit de Bèze, « plusieurs 
personnages de tous états s'adjoignirent à cette assem- 
blée, laquelle du commencement se faisaitla nuit chez ledit 
Mauvans. Et combien que l'hiver fût du tout âpre, ils 
ne furent pas empêchés par les neiges, verglas ni autres 
difficultés d'y arriver de fort loin. » Les assemblées 
avaient lieu dans une grande salle voûtée, que Brun 
avait fait aménager dans sa maison, sise rue Soubei- 
rane , et également dans la maison des Richieud. 



328 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

Ce Brun appartenait à une famille puissante qui possé- 
dait, outre la seigneurie de Caille, celles de Rougon, 
Toulouse et Vaimeroi. Les protestants de Castellane 
eurent beaucoup à souffrir de la part d'un ancien prê- 
tre du nom de Caille, qui fut nommé gouverneur de la 
ville et qui, sans épargner ni l'âge ni le sexe, mit à mort 
plusieurs d'entre eux (De Bèze, t. I, p. 108 et 234; 
Crespin,fol. 542; Fèrauâ, H ist. cb., poL, reiig. et biog. 
de Manosque ^ p. 302; Lamenei , Hist. de Castellane^ 
p. 263, 269.) 

CoLMARs. — En 1 567, cette église avait pour pasteur 
M''^ Raymond Re/nac, qui y demeura peu de temps. 
Avant ou après sa venue, mais plutôt avant, l'église 
avait demandé à Genève et obtenu le pasteur Boniface 
Esmieu (ou Esmin); mais elle ne l'envoya pas chercher 
et il alla ailleurs [Bulletin de la Société, etc., t. IX, 
p. 295-296). 

Signes. — En 1578, Frédéric de Raguenau, évêque 
de Marseille, tout prélat modéré qu'il fût, s'opposa à 
l'exercice de la religion réformée à Signes, et comme, 
nonobstant cela, les prédications évangéliques continuè- 
rent, il en référa au Parlement, qui défendit par arrêt aux 
protestants de cette localité de célébrer aucun acte de 
leur culte (Casimir Bousquet, arrêt du Parlement de Pro- 
vence contre les auteurs de l'assassinat de Raguenau ; nouv. 
édit., Marseille, 1856, p. v). 

Brignoles. — Cette ville renferma de bonne heure 
des sectateurs de la Réforme. Les registres de la con- 
frérie des Pénitents blancs mentionnent les noms de 
ceux de ses membres qui, à diverses époques, furent 
exclus de la corporation pour cause d'hérésie. En 
voici la liste avec les motifs et la date de leur expul- 
sion : 

1559, Jean-Baptiste Gavot, comme luthérien; Bar- 



LES GUERRES DE RELIGION. 329 

thélemy Truc, pour avoir bruit d'être huguenot ; — 1 560, 
Jean Danger d'Aymar, comme luthérien; — 1561, 
Icard Botin, pour avoir bruit d'être huguenot ; Jean 
Roustan, suspect d'hérésie; Jean Martin, comme luthé- 
rien; Antoine Beletons, pour avoir envoyé sa femme au 
prêche et y être allé lui-même. 

En janvier 1567, après l'édit de pacification d'Am- 
boise de 1563 et avant la deuxième guerre de religion, 
les habitants réformés de Brignoles adressèrent aux 
consuls la requête suivante : « Comme ainsi soit que, 
par les édits et ordonnances du roi, même l'édit fait sur 
la pacification des troubles. Sa Majesté ait expressé- 
ment déclaré qu'il répute pour ses bons et loyaux sujets 
tous ceux de son royaume tant d'une que d'autre reli- 
gion et lesquels vont être indifféremment pourvus et 
reçus à tous honneurs, offices, charges et fonctions 
publiques : ce qu'il a aussi déclaré par l'édit fait de sa 
majorité; suivant lesquels feu Mons'' le comte de Tende, 
Mons"" de Biron et les commissaires députés sur la paci- 
fication des troubles, firent règlement du 26^ mai 1564 
pour l'administration des affaires communes de la pré- 
sente ville de Brignoles, et depuis, par sentence du 
S' lieutenant général passée en cause jugée, a été con- 
firmé et suivi ; et , par autres lettres patentes , Sadite 
Majesté a plus expressément déclaré son intention et 
vouloir être que ceux de la religion réformée fussent 
admis es charges et fonctions publiques en tel nombre 
que leur voix peut servir de délibération, non de risée. 
A cette cause ceux de la religion réformée dudit Bri- 
gnoles somment et requièrent vous, messieurs les con- 
suls et autres ayant charge de ambuletter [dresser la liste 
des éligibles, dont les noms étaient renfermés dans de 
petites boules], ceux qui doivent avoir telle administra- 
tion, que vous ayez à observer lesdits édits, règlements 



330 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

et sentences, même que lesdits de la religion, au mois 
d'avril dernier passé, consentirent à ce que paix et union 
fût entre les habitants de ladite ville, que l'état [con- 
seil communal], tel qu'il est à présent, fût ainsi dressé, 
comme de leur consentement appert par l'arrêt de la 
Cour sur ce intervenu, et lequel leur consentement ne 
leur doit ni peut porter aucun préjudice, étant ledit 
arrêt donné sans conséquence, protestant, en cas de 
contravention desdits édits, règlements et sentences, 
soit pourvu par-devant qui appartiendra et prendre les 
contrevenants en partie. » Cette requête, signée par les 
réformés Frizu, Jean Clavier, qui était en 1568 juge 
de la Cour ordinaire de Brignoles, et Pons Amy, fut 
remise au conseil communal le 6 janvier 1 567 par 
M'® Melchior Ricaud "et François Fulconis ; mais le 
conseil refusa d'y faire droit (i). 

LoRGUES. — En 1 5 58, le notaire Talamer, ayant eu à 
se plaindre d'un luthérien et de sa femme, qui avaient 
intenté un procès en diffamation contre lui, les dénonça 
comme « chargé du crime de lèse majesté divine, d'héré- 
sie que l'on dit luthérienne, ne croyant au saint sacre- 
ment et autres méchantes propositions, et sommation 
est faite au greffier de chercher le sac du[dit] crime » 
(Mireur, Rapport sur la situation des archiv. départ, [du 
Var\. Draguignan, 1878, p. 10). 

Draguignan. — On a vu plus haut (p. loi) que la 
ville de Draguignan renfermait en 1 558 un certain nom- 
bre de luthériens et que le colporteur Romyen y subit 
le martyre. En 1 566, ceux-ci soutinrent un procès de 
religion avec les consuls de la ville « pour raison des 
maîtres des écoles. » L'année suivante, Antoine du 



(i) Reg. des délibérations communales de Brignoles , i)66-i)75, fol. 32 
(Raynouard, Notice sur Brignoles, p. 124.) 



LES GUERRES DE RELIGION. 33 I 

Revest, lieutenant de la sénéchaussée de Draguignan, 
embrassa de cœur la Réforme. Devenu tout à fait sus- 
pect aux catholiques quelques années après, il fut incar- 
céré par ordre du gouverneur de Provence pour avoir, 
paraît-il, assisté aux prières, prêches et autres assem- 
blées de ceux de la religion. « Le décret d'ajournement 
collectif lancé à cette occasion, » dit Mireur, « contient 
les noms d'une quarantaine de personnes, parmi lesquelles 
figurent des avocats, des procureurs, — dont la plupart 
se firent rayer du rôle des interdits « pour raison du 
fait de la religion , » — des gentilshommes et des bour- 
geois et aussi deux anciens dominicains avec leurs fem- 
mes... 21 février 1567. » Voici ces noms : M ""^ Jean 
Durand (i), noble François Guillou d' Allons et sa 
femme, Jean Versoris et Anne Versoris (famille de pro- 
cureurs), Antoine Blanc argentier, sa femme et son fils, 
jyjre Pierre Bourelli et sa femme, François Perrache et 
sa femme, Honoré Roux, Charles Tulle (famille de 
notaires), Jean Antoine Fabre, Antoine Pascal Pierre, 
jadis religieux de Saint-Dominique, avec sa femme, 
Antoine Termini, jadis religieux de Saint-Dominique, et 
sa femme (famille de magistrats), Jean Gaspard Cadri, 
M*"® Rodelatti, Honoré Pontii, Barthélémy et Louis 
Donne, père et fils, Jacques Versoris, femme et enfants. 
Honoré Seguiran etsa femme, Balthasar Arnouxdit Curs- 
queti(?), Jean Tulle (famille de notaires), Boniface Gau- 
din, M''^ Caille le Mandre, le serviteur de M. le lieu- 
tenant, Antoine Laquet, Jean..., M""® Boniface Dori, 
Guillaume Sassi (famille de magistrats), Pierre Requin dit 
Chafret, Gaspard Boeri, François Foulques, François 
Sicolle et sa femme, Antoine Diny, Laurent dit Estro- 



(i)Tous les noms précédés de M"' désignent des membres du barreau , 
avocats ou procureurs. 



îp HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

pial. — En 1568, Draguignan, malgré les cruelles per- 
sécutions qu'eurent à subir les protestants, renfermait 
« un petit troupeau de fidèles » (Mireur, Rapport sur 
la situât, des arch. de Drao-uignan p. 10 et 11; Registre 
des sentences de la sénéchaussée de Draguignan, fol. 
152, communiqué par M. Mireur; Crespin, Hist. des 
Martyrs). 

Le Luc. — On sait par un document des archives 
du Var les noms des diacres de l'église du Luc au 
19 septembre 1582. C'étaient le capitaine Jean Caron, 
M""® Jean François Harguilhon, Jacques Amalric fils 
d'Etienne, Hermentaire Giraud et Jean Boeyt. Ils sont 
qualifiés du titre de « diacres et surveillants respecti- 
vement de l'église de la religion prétendue réformée du 
Luc. » Dans un autre document du 8 octobre 1 585, on 
trouve un Jacques Boet, docteur en médecine, « l'un 
du consistoire et église de la religion prétendue et 
réformée. » Enfin, dans un dernier document du 18 avril 
1586, est mentionné le pasteur du Luc, Honoré Bérard, 
docteur en théologie, « administrateur de la parole de 
Dieu » (Arch. du Var, sénéchaussée de Draguignan, 
série B; communiqué par M. Mireur). 

Fréjus. — Cette église fut fondée en 1559, mais ne 
prospéra pas par suite de l'hostilité de l'évêque de cette 
ville, Bertrand de Romans, qui occupa son siège de 
1565 à 1579. «Il gouverna notre diocèse, » dit le catho- 
lique Girardin, « avec beaucoup de zèle et de sollicitude 
pour empêcher que l'hérésie de Calvin, qui se répan- 
dait de toutes parts, ne vînt l'infecter; et en effet elle 
ne fit jamais de progrès considérables ni sous lui ni sous 
ses successeurs » [Hist. de Fréjus, t. II, p. 243). 

Fayence. — En 1 572, année de la Saint-Barthélémy, 
cette église avait pour pasteur Pierre Agard, natif 
de Tourettes-lès-Vence, qui se réfugia à Genève et 



LES GUERRES DE RELIGION. 333 

y fut reçu habitant le 28 octobre de la même année. 
Grasse. — Nous savons, par un document du 3 octo- 
bre 1 561 , qu'à cette date l'église de Grasse avait envoyé 
un député à la compagnie des pasteurs de Genève pour 
obtenir un pasteur. Voici le texte de la lettre qu'elle lui 
écrivit un peu plus tard (23 décembre) : 

« Salut et paix par Jésus-Christ. 

» Messieurs et frères. Parce que le Seigneur nous a 
fait la grâce de connaître les grands abus et supersti- 
tions qui régnent aujourd'hui, nous désirons vivre selon 
la réformation de l'Evangile et sommes affamés de la 
parole du Seigneur; par quoi, ayant invoqué le nom de 
Dieu, avons été d'avis vous écrire la présente, aux fins 
qu'il vous plaise nous pourvoir d'un ministre tel que 
vous connaîtrez être suffisant pour dresser et conduire 
l'Eglise de Jésus-Christ en cette ville de Grasse et lieux 
circonvoisins, car nous sommes en grand nombre... » 
Signé : O. Baussay, Anthony Carie et quatre autres. 

En 1567, l'Eglise avait pour pasteur i?f^o/Ê'/, ancien 
procureur de Grenoble, qui ne put demeurer longtemps 
à son poste. 

A Mouans , près Grasse, se passa en 1572, après 
la Saint-Barthélémy, la scène suivante : Pompée de 
Grasse, dont la femme, Suzanne de Villeneuve des Arcs, 
était dame d'honneur de la célèbre Marguerite de 
Navarre , partageait la seigneurie de Mouans avec les 
Durand et l'évêché de Grasse, et était un des hugue- 
nots les plus ardents de la contrée. Depuis la Saint- 
Barthélémy, il se tenait dans son château, défendu par 
vingt petites pièces d'artillerie et trente arquebusiers 
déterminés, aux ordres du capitaine Reynaud. Il avait 
avec lui deux ministres, anciens moines, Luc Corneili , 
et Gaspard, deSisteron, qui, craignant d'être massacrés, 



5 34 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

s'étaient réfugiés dans son château. Le curé de Mouans, 
Jacques Gras, avait la population pour lui. Quand 
la fête de Noël approcha", le curé demanda à Grasse, 
pour l'aider dans son ministère, le dominicain Thomas- 
sin, théologal de la cathédrale. Pompée, en qualité de 
seigrieur du lieu, demanda aux consuls les clés de 
l'église pour y faire prêcher aussi ses ministres, fêtes et 
dimanches. Sur quoi le conseil communal déclara qu'il 
ne pouvait rien faire sans l'autorisation du vicaire capi- 
tulaire. Celui-ci, consulté par députation, ainsi que le 
juge de Grasse, envoya deux chanoines, accompagnés 
d'un avocat, qui apposèrent une affiche à la porte de 
l'Eglise portant que personne, sous peine d'amende, 
sauf le curé ou son délégué, ne pouvait y pénétrer pour 
y exercer le ministère ecclésiastique. Le mercredi 
veille de Noël, Thomassin était venu à Mouans « tant 
pour prêcher que pour aider au curé. » Or, vers les 
lo heures du soir, quatre hommes armés, délégués par 
Pompée de Grasse , entrèrent au presbytère et dirent 
au curé : « Monseigneur a appris qu'il est venu ici un 
prêcheur cagot et séducteur pour mettre ledit seigneur 
et ses sujets en dissension. Gardez-vous bien de le laisser 
prêcher, entendez-vous? » — Et l'un des gens armés, 
interpellant Thomassin, lui dit : « Et vous, ne me con- 
naissez-vous pas ? — Non, répondit le Père. — Non ? 
Ne vous souvenez-vous, quand vous disputâtes au châ- 
teau en présence de M. Ambe^ le ministre ? — Je m'en 
souviens bien , » répliqua Thomassin. — Et les quatre 
hommes armés se retirèrent. Lelendemain, jourde Noël, 
après que le Père et le curé eurent chacun dit une 
messe, on entendit du bruit. C'était Pompée de Grasse 
qui se promenait devant la porte de l'église. Quand les 
catholiques furent tous sortis, il entra dans l'église avec 
sa suite et les deux ministres, dont l'un a habillé en laï- 



LES GUERRES DE RELIGION. jîÇ 

que, portant un manteau noir et un bonnet, » célébra 
le service à la manière des réformés. Le culte fini, 
Pompée de Grasse manda le curé à l'église par un de 
ses serviteurs, lui remit les clés, après lui avoir fait 
constater qu'aucun objet n'avait été touché, et ajouta : 
« Ayez soin de faire partir le cagot avant trois heures ; 
autrement je le ferai mourir. » Le curé fit observer que 
Thomassin était venu l'aider et non prêcher, a A la bonne 
heure, » reprit Pompée, « car sachez bien que je suis le 
maître à Mouans et que je ne me reconnais sujet que 
de Dieu et du roi. » Puis il s'en alla et, après les vêpres, 
il fit prêcher du nouveau un des ministres. 

Le bruit de cet événement se répandit bien vite, et, 
dès le lendemain, trois cents personnes se trouvèrent 
réunies à Mouans, notamment vingt-sept à vingt-neuf 
habitants du Bar, parmi lesquels étaient Claude de 
Grasse, seigneur du Bar, sa femme et sa famille. Quel- 
ques-uns disaient : « Allons voir à Mouans la mine qu'a 
un ministre. » Cornelli fit un discours de controverse et 
eut pour auditeur, outre du Bar et les siens, le docteur 
Roberti, d'Escragnoles, noble François de La Tour, 
Honoré Tortel dit Colomb, Claude Rancurel, Pierre 
Rémusat, Antoine Toulane, Antoine Isnard, un fils de 
Jean Isnard, une douzaine de femmes et beaucoup de 
curieux. Pompée de Grasse pouvait craindre que son 
audace ne lui coûtât cher. Aussi usa-t-il d'intimidation 
pour arrêter les représailles et les poursuites. L'année 
suivante, le jour de la Saint-Jean, au moment où les 
catholiques sortaient de l'église, la garnison du château 
rangea en bataille, sur la place de Mouans, ses vingt 
petites pièces d'artillerie et dit à la foule : « Ne bougez 
pas; si l'on nous faisait le moindre mal, nous nous trou- 
verions bientôt deux mille et plus de notre parti, et nous 
irions mettre Grasse sens dessus dessous et le pays 



3?6 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

en ruine; nous ne quitterons pas le château avant d'avoir 
vu la fin de notre affaire de religion. » Il est vraisem- 
blable que les choses en restèrent là et que Pompée 
de Grasse se borna à faire dire le prêche dans son 
château [Calvini opéra, vol. XIX, n° 3545; Gaberel, 
Hist. de l'église de Genève^ t. I, Pièces justifie. ; Bulletin 
de la Société^ etc., t. IX, p. 295; Tisserand, Hist. 
d'Antibes, p. 296-299). 

Vence. — Jean Baptiste Rambaud de Simiane, évo- 
que de Vence depuis 1555, parvint à empêcher les doc- 
trines luthériennes de pénétrer dans son diocèse ; mais 
ayant quitté ce siège en 1560 pour celui d'Apt, oij il 
se fît protestant, celles-ci y recrutèrent des adhérents, 
et cette même année 1560 des assemblées religieuses 
se tinrent secrètement dans la ville. Le gouverneur de 
Provence, comte de Tende, qui n'avait pas encore 
embrassé le parti des huguenots, écrivait le 1 5 mars 1560 
à la baronne Françoise de Grimaldi, femme de Claude 
de Villeneuve, baron de Vence, de faire bonne garde 
aux consuls de la ville contre « les mauvaises congréga- 
tions; » mais c'était peine perdue, car le baron lui-même 
penchait vers la Réforme , et , trois ans plus tard, il se 
déclara tout à fait pour elle; si bien que, ne se sentant 
plus en sûreté au milieu des siens, il se fît délivrer, le 
5 juillet 1 562 des lettres de sauvegarde par le comte 
de Tende. La ville de Vence, en effet, était demeurée 
en grande majorité catholique, et les consuls, craignant 
l'introduction des étrangers dans leurs murs, faisaient 
défendre le 21 octobre 1562, à « tout suspect de la nou- 
velle religion d'entrer dans cette ville ou faubourgs 
d'icelle, » et à leurs pères, frères, voisins et domesti- 
ques de les receler dans leurs maisons, terres, vignes 
et possessions. Conformément à cette défense, le baron 
de Vence lui-même se vit refuser l'entrée de sa ville et 



LES GUERRES DE RELIGION. 337 

il fallut l'intervention menaçante de son beau-père, Gas- 
pard de Grimaldi, seigneur d'Antibes, pour la lui faire 
ouvrir. Le 27 février 1563, Sommerive, nommé gouver- 
neur de Provence à la place de son père le comte de 
Tende, ordonna au conseil d'arrenter les biens de ceux 
qui s'étaient absentés de la ville pour cause de la nou- 
velle religion et de lui envoyer le rôle des suspects, qui 
se trouvèrent au nombre de trente. 

L'édit de pacification du 19 mars 1563 ayant permis 
l'exercice de la religion réformée dans les lieux non 
soumis à la juridiction des seigneurs catholiques, le 
comte de Tende, réintégré dans ses fonctions, engagea 
les consuls de Vence à s'entendre avec leur seigneur 
et, comme le barori était loin, ceux-ci décidèrent d'aller 
trouver la baronne « pour pacification en l'absence de 
son mari. » Il est vraisemblable que le lieu de culte 
réformé fut choisi dans le quartier des Arcs, car on y 
voit encore une rue des Huguenots. Les principaux adep- 
tes du protestantisme et amis du baron de Vence étaient 
Fouques Tombarel dit Brandes, de Gréolières; Isnard 
Orselly, juge de Colmars, Raphaël de Russan, écuyer 
de Torène, habitant Grasse; François de Simiane, 
écuyer de Manosque. 

En 1 565 (12-17 juin), le comte de Tende donna l'ordre 
au conseil communal d'admettre dans son sein des réfor- 
més, qui furent Romain Signoret et Jean Vidal. Peu 
après, les conseillers demandèrent au comte des instruc- 
tions sur l'ensevelissement des mêmes réformés, qui, dit 
Tisserand, vivaient en bonne intelligence avec eux, 
« soutenaient le clergé, payaient exactement les dîmes, 
contribuaient pour la facture de la représentation des 
Mystères le vendredi saint et pour les prédications 
d'Audin Garidelli et votaient, en 1567, pour la cloche 
de la chapelle de Saint-Bernardin. » Les choses chan- 

22 



:5 38 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

gèrent bien depuis. Le nouvel évêque de Vence, Louis 
du Breuil de Grimaldi, embrassa lui-même la Réforme 
et quitta son siège ; mais plus tard il rentra dans le 
giron de l'Eglise catholique. On possède encore l'acte 
par lequel il rétracta ses opinions réformées en pré- 
sence du Sacré Collège aux pieds de Grégoire et 
accepta la pénitence qui lui fut imposée. Il est daté du 
13 avril 1573- Il se retira auprès de son frère gouver- 
neur de Nice, et le duc de Savoie en fit son grand aumô- 
nier (Tisserand, Hist. civ. et relig. de la cité de Nice, 
p. 79; Hist. de Vence, p. 130-135). 

Antibes. — Le seigneur d'Antibes, Gaspard de 
Grimaldi, intimement lié avec les moines de Lérins et le 
savant bénédictin Denis Faucher, ' ne favorisa pas la 
Réforme , mais il ne la combattit pas ouvertement. Ce 
dernier, dans sa correspondance avec Alexandre de Gri- 
maldi, parent de Gaspard, reconnaît que la corruption 
du clergé est plus dangereuse que l'hérésie, a Tout est 
plein de péril , » dit-il , « et il y a plus à craindre dans 
notre âge inondé de tant de maux, du relâchement de la 
discipline que des gens infectés des nouvelles erreurs. » 
Cet aveu n'empêcha pas le bénédictin de lutter contre 
l'envahissement du lutfiéranisme; mais il n'employa que 
les armes de la persuasion. Il écrivait au frère Cyprien, 
maître d'école d'Antibes, qui avait embrassé la 
Réforme : « Il ne peut m'arriver nouvelle plus affli- 
geante sur votre compte. Vous vous êtes jeté, je ne 
sais pourquoi, dans la folie des nouvelles opinions. Ne 
connaissez-vous pas ce texte de saint Pierre par lequel 
il prédit que des hommes égoïstes orgueilleux, aban- 
donneront la vérité pour le mensonge?... Mon cher 
Cyprien, au nom de Tamitié que je vous porte, imitez 
votre confrère de La Napoule, André Soliès. Lui a 
enfin reconnu ses erreurs » (Mars 1561). Cyprien per- 



LES GUERRES DE RELIGION. 339 

sévéra dans sa foi ; car, cette année même, les écoles 
d'Antibes furent mises au concours : ce qui prouve qu'il 
se démit de sa charge ou fut destitué. Il était en fonc- 
tion depuis le 29 mars 1559, aux gages de trois cents 
florins par an. 

En 1 562, Gaspard de Grimaldi reçut l'ordre du Parle- 
ment d'informer contre M" Georges Bernard, docteur 
en médecine, qui, au mois de janvier de la même année, 
avait fait baptiser son enfant dans une maison particu- 
lière en présence de cent cinquante personnes. Gri- 
maldi, auquel répugnait les mesures de violence, étouffa 
l'affaire de concert avec les consuls et dit que le bap- 
tême s'était fait suivant les règles ordinaires de l'Eglise. 
Le conseil communal n'était pas si débonnaire, car le 
21 octobre 1 562 il faisait défendre à tout suspect l'entrée 
de la ville. « Ni père, ni mère, ni frère, ni sœur, ni 
voisin, ni ami, ni domestique, » ne devaient, sous les 
peines les plus sévères, les receler dans <( leurs mai- 
sons, bastides, terres, vignes et possessions. » La vic- 
toire remportée par les catholiques à Dreux le 19 décem- 
bre 1562 les anima plus encore contre les adeptes du 
parti vaincu et, en janvier 1563, le Parlement d'Aix 
donna ordre aux consuls d'Antibes d'arrenter les biens 
de ceux de la nouvelle religion qui s'étaient absentés. 
Ce fut du reste une mesure appliquée à toute la Pro- 
vence. 

Pendant la troisième guerre civile, les Etats de Pro- 
vence demandèrent aux consuls les noms de tous leurs 
compatriotes protestants (i^"" août 1568), et plus tard 
Sommerive, gouverneur de Provence, leur défendit de 
recevoir dans leurs murs qui que ce fût de cette reli- 
gion (31 mars 1570). Pendant la quatrième guerre, le 
2 septembre 1573, les huguenots d'Antibes, qui avaient 
eu leurs biens séquestrés de 1 567 à 1 570, demandèrent 



340 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

qu'on les leur rendît et qu'ils n'eussent à payer pour 
ce laps de temps ni tailles ni cotisations. Le conseil 
communal embarrassé en écrivit aux consuls d'Aix, de 
Marseille, de Brignoles et de Draguignan, qui leur 
répondirent qu'en effet les huguenots avaient obtenu 
chez eux cette exemption. Il s'agissait spécialement 
d'une contribution levée par le roi sur les communes 
pour payer les reîtres qu'il avait fait venir en France 
(Tisserand, Hist. d'Antibes, p. 277-280, 283-285, 293, 

295). 

La Napoule. — La Réforme recruta quelques adhé- 
rents dans ce village. Le maître d'école du lieu, nommé 
André Soliès, après s'être converti aux doctrines luthé- 
riennes (i 559), poussa ses coreligionnaires à détruire les 
images et les statues servant au cuhe catholique, et les 
églises furent dévastées. Licossius, dominicain de Grasse 
et prieur du lieu, employa les conseils, les reproches 
et les censures et parvint à comprimer le mouvement. 
Pour se venger de lui, un luthérien malintentionné déroba 
une croix d'argent et l'accusa de ce larcin, mais le prieur 
put prouver son innocence. Quant au maître d'école, 
plus passionné que convaincu, il ne persévéra pas dans 
ses nouvelles croyances (Tisserand, Hist. d'Antibes, 
p. 279; Hist. civ. et reiig. de la ville de Nice., t. II, 

p. 61). 

Sault (terre adjacente de Provence). — Pasteur en 
1 5 66 : Richard. 

Sederon et Barret de Liourre. — Ces deux 
églises, qui appartenaient aussi aux terres adjacentes de 
Provence, furent rattachées dès l'abord au Dauphiné 
sous le rapport ecclésiastique. On lit à ce propos, dans 
les actes du synode provincial de Montélimar du 6 mars 
11561 : « La conjonction et alliance faite d'entre les 
éo-lises réformées de Lyon, Annonay, Séderon et Bar- 



LES GUERRES DE RELIGION. 34I 

ret et autres provinces ne pourra être disjointe ni sépa- 
rée quant à présent. » Cette union ne fut pas définitive^ 
comme on le verra à l'histoire particulière des églises ré- 
formées de Provence au dix-septième|siècle(E. Arnaud, 
Documents protestants inédits du seizième siècle^ p. 36). 

Lemps. — Pasteur en 1 596 : Ennemond Falquet. 

Vallée de Barcelonnette. — Cette contrée, 
appelée aussi Terres-Neuves et Vicariat de Barcelonne 
et située au nord-est de la Provence, appartenait aux 
ducs de Savoie et fut cédée à la France par le traité 
d'Utrecht de 171 3 en échange des vallées de Pragela 
et d'Oulx, qui jusque-là avaient relevé du Dauphiné. 
Elle fut rattachée à la Provence par une déclaration du 
roi du 30 décembre 171 4, parce que le Dauphiné s'était 
accru du territoire de la principauté d'Orange. Elle ren- 
fermait un nombre assez considérable de Vaudois, qui 
embrassèrent la Réforme au seizième siècle , comme 
leurs frères du Piémont, du Dauphiné et de la Pro- 
vence. Les principaux centres protestants ou églises de 
la vallée étaientBARCELONNETTE, Jausiers, Meyronne 
et Larche. Le temple était bâti à Jausiers. Ces églises, 
saccagées en 1 560, virent en 1 566 leurs membres expul- 
sés par ordre du duc de Savoie; mais comme aucun 
catholique ne voulut entrer en possession de leurs ter- 
res, il leur fut permis de les reprendre et ils en jouirent 
paisiblement jusqu'à la fin du seizième siècle. L'église 
de Larche avait pour pasteur, en 1556, Jehan Fabri 
(Muston V Israël des Alpes, t. I, p. 67 et suiv.). 

Comté de Nice. — La Réforme ne recruta dans ce 
pays que des partisans isolés. Le duc de Savoie, Emma- 
nuel Philibert, veillant à ce qu'elle ne se propageât point 
dans ses Etats, ne cessait d'inviter les évêques de Nice 
et de Vintimille, situés dans le comté, et également 
ceux de Glandevès et de Vence en Provence, à la 



342 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

combattre par de fréquentes prédications. Malgré ces 
précautions, quand Charles Grimaldi fut élevé au siège 
épiscopal de Nice (8 septembre 1565), il trouva des 
protestants, surtout du côté de Sostel. Pour les ramener 
au catholicisme il rétablit la discipline ecclésiastique 
dans son diocèse et ordonna à ses prêtres, sous les 
peines les plus sévères en cas de négligence, de s'adon- 
ner à la prédication et de s'occuper de l'enseignement 
du catéchisme. Généralement, le comté de Nice fut pré- 
servé de troubles religieux. Néanmoins, le 28 août 1 576, 
une troupe de huguenots, partie de Pigna, dans le dio- 
cèse de Vintimille, se jeta sur une chapelle de la Vierge 
qu'elle dévasta. L'évêque Charles Grimaldi obtint de 
prompts secours et le mouvement fut comprimé. Le 
nouveau duc de Savoie, Charles Emmanuel, continua la 
même ligne de conduite que son père et s'entendit tou- 
jours avec le parti catholique de Provence pour empê- 
cher la Réforme de jeter des racines profondes dans 
ses Etats (Tisserand, Hist. civ. et relig. de la cité de 
Nice, t. II, p. 61, 67, 85). 




TROISIEME PÉRIODE 

RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES 
(1598-1685) 



HISTOIRE EXTERIEURE 



L ÉDIT DE NANTES EN PROVENCE. COMMISSAIRES EXÉ- 
CUTEURS DE l'ÉDIT en 1600 ET EN l6l2. 




E Parlement de Provence , comme on 
pouvait l'attendre de ses antécédents , 
ne se montra nullement empressé à en- 
registrer l'édit de Nantes. Il réclama 
contre l'attribution qui était faite à la 
Chambre de l'édit de Grenoble des causes dans les- 
quelles les protestants de Provence étaient partie et 
déclara que, s'il acceptait l'édit, c'était « sans autre ap- 
probation de religion que la catholique , apostolique 
romaine. » Henri IV lui adressa, le 1 5 juillet 1 599, des 
lettres de jussion pour qu'il procédât à sa vérification 
pure et simple, mais il ne se soumit que le 1 1 août de 
l'année suivante. 

L'édit de Nantes, vu la grande étendue de la séné- 
chaussée de Provence, qui comprenait toute la pro- 



344 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

vince, accorda aux réformés de ce pays (art. VI des 
particuliers), trois lieux de plein exercice, qu'on appela 
lieux de bailliage ou de sénéchaussée , outre ceux aux- 
quels ils avaient droit parl'édit. Ces derniers étaient les 
lieux où le culte s'était célébré au 1 5 septembre 1 577 
(édit de Poitiers, art. 10, confirmé par l'édit de Nan- 
tes, art. 10), « en l'année 1596 et en l'année 1597 Jus- 
ques à la fin du mois d'août, nonobstant tous arrêts et 
jugements à ce contraires » (Art. 9). 

Comme garantie de l'exécution de l'édit de Nantes, 
Henri IV accorda et promit aux réformés, par des arti- 
cles secrets, que toutes les places, villes et châteaux 
qu'ils avaient occupés Jusqu'à la fin du mois d'août 1 598 
demeureraient « en leur garde, sous l'autorité et obéis- 
sance de Sadite Majesté , par l'espace de huit ans à 
compter du jour delà publication dudit édit. » C'est ce 
qu'on appelait des places d'otage , de mariage ou de 
sûreté. L'état de ces places, dressé par Henri IV à 
Rennes les 12 , 14, 17 et 18 mai 1598, assigna seule- 
ment Lourmarin à la Provence; encore ce lieu était, 
non pas une place de sûreté proprement dite, mais une 
place particulière, qui appartenait à un seigneur protes- 
tant et qui , par suite , avait le droit de se garder elle- 
même sans le secours d'une garnison à la solde du roi. 

Dans le but d'éviter des contestations regrettables et 
d'interminables lenteurs dans l'exécution de l'édit de Nan- 
tes, le roi nomma des commissaires spéciaux des deux 
religions, qui eurent pour mission de déterminer, dans 
chaque province, d'une part les lieux où l'exercice pouvait 
être célébré en vertu de l'édit (c'étaient les lieux d'édit), 
et d'autre part les lieux de bailliage ou de sénéchaussée 
accordés exceptionnellement en sus des premiers. 

Les commissaires exécuteurs de la Provence furent 
Jean-Jacques de Mesmes , sieur des Arches , conseiller 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 345 

du roi et maître ordinaire de ses requêtes (catholique), 
et Michel de Sade, sieur de la Goy et de Romany (i), 
gentilhomme ordinaire de la chambre du roi (protes- 
tant). La nomination fut signée à Chambéry en octo- 
bre 1600 et les lettres patentes d'investiture enregistrées 
par le Parlement de Provence peu après. Les églises 
réformées de ce pays se firent représenter auprès d'eux 
par un syndic général, qui fut Balthazar de Villeneuve, 
écuyer, sieur de Dordonne. lisse mirent à l'œuvre dès 
l'année suivante et remplirent généralement leur mission 
avec impartialité , mais non sans que les Etats de Pro- 
vence , toujours hostiles aux protestants , leur eussent 
recommandé d'observer avec soin les exceptions réser- 
vées par l'édit de Nantes (3 mars 1601). Tous les lieux 
qui avaient droit à l'exercice en jouirent, et les trois 
lieux de sénéchaussée auxquels l'exercice fut accordé 
comme un privilège furent Manosque, Velaux et Le 
Luc (ordonnance du 23 février 1601). Le synode ou col- 
loque de Lourmarin du i^"" octobre 1600 avait proposé 
en vain Brignoles à la place de Manosque , parce que 
ce dernier lieu jouissait déjà de l'exercice en vertu de 
l'édit de Poitiers 1577. Quant au Luc, les commissai- 
res ne le désignèrent qu'autant que ses habitants réfor- 
més n'auraient pas joui de l'exercice en 1596 et 1597; 
que s'ils pouvaient justifier de cette jouissance, ce lieu 
devait être remplacé par Tourves. Tourves , à son tour, 
si ses habitants réformés prouvaient leur droit d'exer- 
cice, céderait sa place à un autre lieu. Le Luc et Tour- 
ves firent cette preuve ; mais les commissaires , nonob- 
stant cela , désignèrent ce dernier lieu comme lieu de 
bailliage. Ajoutons que leur ordonnance ne fut pas exé- 

(i) Vraisemblablement le beau-père de Balthazar de Gérente, baron de 
Sénas, petit-fils du célèbre défenseur de Sisteron, qui avait épousé en 1605 
Anne de Sade La Goy (La France protestante, t. V, p. 25c). 



34^ HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

cutée , car les commissaires de 1661 choisirent défini- 
tivement Le Luc comme troisième lieu de bailliage et 
Tourves fut sacrifié d'un côté comme de l'autre, ainsi 
que Brignoles nommé plus haut. 

Un cahier de plaintes, présenté au roi et répondu le 
31 août 1602, reprocha aux commissaires de 1600 de 
n'avoir pas voulu reconnaître le droit d'exercice à cer- 
tains lieux, parce que ledit exercice n'y avait pas été 
fait exactement le 17 septembre 1577. Le roi décida 
que cette date du 17 serait étendue à tout le mois de 
septembre. 

Certaines ordonnances contestables des commissai- 
res de 1600, les divers cas qu'ils réservèrent et de nou- 
velles difficultés soulevées par les catholiques obligèrent 
Louis XIII à nommer, en 161 2, de nouveaux commis- 
saires chargés d'établir l'exercice partout oij le permet- 
trait une interprétation équitable de l'édit de Nantes. 
Ces commissaires furent, pour la Provence, Claude 
Frère , président au Parlement du Dauphiné (catholi- 
que) , et de Chambaud (i) (protestant). Comme leurs 
devanciers, ils furent généralement impartiaux et rendi- 
rent des ordonnances justes , qui furent confirmées par 
le Conseil du roi , comme on le verra à l'histoire parti- 
culière des églises de Provence au dix-septième siècle, 
racontée plus loin (2). 



(i) Sans doute René de La Tour Gouvernct-Chanibaud, seigneur de Privas 
et autres lieux, un des nombreux fils du célèbre capitaine protestant dau- 
phinois Gouvernet. 

(2) Anquez, Hlst. des assemblées politiques, p. 179, 159, 165; — Lambert, 
t. II, p. 509, 5 10; — Drion, t. I, p. 2Ç4; — La France protestante, pièces 
justificatives, p. 260 ; — Honoré Bouche, t. II, p. 857 ; Archives nationales, 
série TT, cart. 232, 233, 247, — Cahier de plaintes du 5 août 1617 (Papiers 
Hotman de Villiers, t. IV à la bibl. de VHist. du protest, franc.); — Décisions 
royales, p. i?, 16. 



REGIME DE L ÉDIT DE NANTES. 347 

JURIDICTION DE LA CHAMBRE DE l'ÉDIT DE GRENOBLE. 

Avant de conduire plus loin ce récit, nous devons 
parler de la garantie particulière que l'édit de Nantes 
accorda aux protestants de Provence pour le jugement 
de leurs procès. Il ne créa pas de chambre mi-partie à 
Aix , mais il décida que celle de Grenoble connaîtrait 
des causes des réformés ressortissant au Parlement 
d'Aix (art. 32), et qu'en attendant l'établissement de 
cette chambre , tous les procès mus ou à mouvoir entre 
protestants et catholiques, ou entre protestants seuls, 
seraient portés devant le Parlement de Grenoble (art. 43 ). 
Mais, dès l'abord, une contestation s'éleva entre les 
protestants de Provence et ceux du Dauphiné, au sujet 
du pays originaire des conseillers réformés de la Cham- 
bre de l'édit de Grenoble. Ces conseillers appartin- 
rent tous au Dauphiné, et les Provençaux auraient 
voulu que deux d'entre eux, sur six, eussent été pris 
dans leur province. Cette contestation fut portée devant 
l'assemblée politique provinciale de Gap (mai 1 599), qui 
la trancha en demandant à Henri IV que le nombre des 
conseillers réformés de la Chambre de Grenoble fût 
porté de six à huit , et que les deux nouveaux con- 
seillers fussent attribués à la Provence. Le roi, n'ayant 
pas consenti à cet arrangement, qui était contraire à 
l'édit de Nantes , l'assemblée politique de Saumur 
(i 599-1601), devant qui le différend fut aussi porté, 
n'accueillit pas les réclamations des députés de Pro- 
vence , et cette affaire n'eut pas de suite. 

D'autre part , comme les catholiques provençaux , 
contrairement à l'article 32 de l'édit de Nantes cité plus 
haut, avaient obtenu du Parlement d'Aix une surséance 
de deux mois pour la poursuite, par-devant la Chambre 



}4^ HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

de l'édit de Grenoble, de tous les procès qu'ils avaient 
avec les réformés , Henri IV édicta un règlement spé- 
cial dont la teneur suit : « Voulons et nous plaît que 
nos dits sujets de ladite religion prétendue réformée de 
notre pays de Provence jouissent de l'évocation audit 
Parlement de Grenoble qui leur a été accordée par 
l'édit de Nantes, et par même moyen, autant que besoin 
est, de nouveau avons renvoyé et renvoyons tous les 
procès desdits exposants, tant civils que criminels, mus 
et à mouvoir, à notre Chambre de l'édit de Grenoble, 
et en avons interdit et défendu, interdisons et défen- 
dons toute... juridiction et connaissance à notre dite 
Cour du Parlement de Provence , excepté seulement 
pour les causes et procès qui concernent le paiement 
des dettes provenant des contributions auxquelles nos 
sujets de ladite religion prétendue réformée de notre 
pays de Dauphiné et de Provence sont parties. » Le 
roi décida que ses sujets catholiques provençaux pour- 
raient opter, pour des procès de cette sorte, entre la 
Chambre de l'édit de Castres et celle de Grenoble. 

Enfin , pour que les intéressés ne se méprissent pas 
sur le caractère de juridiction d'appel de la Chambre 
de Grenoble, des lettres patentes du 29 avril 161 2, 
confirmées par d'autres du 8 mars 1621, stipulèrent que 
les procès , une fois intentés par-devant les juges ordi- 
naires , ne pourraient être évoqués à la Chambre de 
Grenoble , et que les procès pendants devant les juges 
catholiques et intentés par des catholiques à des pro- 
testants ne pourraient non plus être portés à ladite 
Chambre sans avoir été terminés par les juges ordinai- 
res ; après quoi la partie protestante , si elle se croyait 
lésée , pourrait en rappeler à Grenoble. Il fut aussi 
arrêté dans la Grand'Chambre du Parlement d'Aix, le 
17 décembre 1633, que les réformés ne pourraient 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 349 

récuser les commissaires des choses de Pédit , lorsque 
ceux-ci auraient rapporté un arrêt contradictoire sur le 
même procès (sauf qu'il serait fait droit sur les causes 
de récusation venues de nouveau à la connaissance des 
parties), non plus que les commissaires et autres juges, 
le procès une fois commencé. 

On verra bientôt les entraves de toutes sortes que le 
Parlement d^Aix , qui né pouvait tolérer l'amoindrisse- 
ment de sa juridiction, opposa à l'exercice du droit 
d'appel des protestants provençaux devant la Chambre 
exceptionnelle de Grenoble. Dans plusieurs cas , ces 
entraves furent de véritables dénis de justice et se tra- 
duisirent, par des violences. 

Louis XIV supprima la Chambre mi-partie de Greno- 
ble par un édit de juillet 1679; mais il laissa aux pro- 
testants de Provence la faculté de porter leurs affaires 
devant le Parlement du Dauphiné , qui passait pour 
moins intolérant que celui d'Aix. Cette faible garantie 
leur fut même ôtée, en mai 1 582, par un nouvel édit du 
roi, qui prétendit que cette facilité était un prétexte 
pour empêcher, par des évocations ou par des règle- 
ments de juges, que la justice ne fût promptement ren- 
due à ses sujets (i). 

MASSACRE A SALON. ATROCITÉ A SOLLIÈS. 

Les protestants de Provence ne demandaient qu'à 
jouir paisiblement de leurs droits et de vivre en bonne 
intelligence avec les catholiques , après les luttes fratri- 



(i) Anquez, Hist. des assemblées politiques, p. 205 ; Brun Durand , Essai 
histor. sur la Chambre de l'édit de Grenoble, Valence, 1875, in-8° ; — E. Ar- 
naud, Hist. des prot. du Dauph,, t. II, p. îJ-63 ; — Honoré Bouche, t. II , 
p. 831 ; — Arrestés et délibérations de la Cour de Parlement de Prou., p. 590 
(Bibl. nation., fonds franc., ms. n" 120J7); — Règlement pour les procès de 
Provence, Paris, xvi juin 1601 , in-4». 



3 5© HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

cides qui avaient trop longtemps ensanglanté le sol de 
la Provence; mais ceux-ci étaient bien loin d'être ani- 
més des mêmes sentiments qu'eux. En 1617, « la Pro- 
vence, » dit Benoit, « était aussi exposée à de grandes 
vexations. Les réformés y étaient fort divisés, et les 
catholiques prenaient l'occasion de ces discordes, qu'ils 
y avaient eux-mêmes semées , pour leur faire impuné- 
ment toutes sortes d'injustices. » Ils se rendaient même 
coupables à leur égard de violences dont la gravité rap- 
pelait les scènes barbares de Mérindol et de Cabrières. 
« A Salon de Crau, proche de nous, » écrivait, à la 
date du 22 août 161 5, de La Planche, pasteur à Mérin- 
dol, à la compagnie des pasteurs de Genève, « le on- 
zième de ce mois d'août, s'est élevé une sédition popu- 
laire de trois ou quatre mille mécontents après souper, 
et ont fait et commis un meurtre d'un seigneur, enfant 
de la ville, qui avait été par trois fois leur syndic, nommé 
de Châteauneuf (i), cousin germain du baron de Sé- 
nas (2), lui ayant brisé la tête d'un coup d'arquebuse. 
On lui a donné encore douze coups d'épée à travers et, 
qui est plus horrible , voir entre les bras de sa mère en 
rendant l'âme à Dieu. On le voulait traîner par la ville 
et exposer son corps à la furie des enfants et aux bêtes. 
On a demeuré quatre jours pour lui donner sépulture, 
et le tout a été fait pour ce que ce gentilhomme disputait 
de la vraie religion et disait qu'il en voulait faire pro- 
fession ouvertement. Ce fait épouvantable se jurait et 
tramait afin de faire perdre entièrement la race du baron 
de Sénas, qui avait en ladite ville ses deux frères , à 

(i) Nous pensons que c'est un fils de Louise de Gérente, mariée à Louis 
Claude de March, seigneur de Châteauneuf-lès-Moustiers [La France pro- 
testante, t. V, p. 254). 

(2) Balthasar de Gérente, baron de Sénas, petit-fils du célèbre défenseur 
de Sisteron et député aux assemblées politiques de Sainte-Foy 1601 , Sau- 
mur 1611 , Grenoble 1615 , Loudun 1619. 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 35I 

savoir les sieurs de Varages et de Saint- Etienne (i) 
et toute leur famille , qui sont à vrai .dire les premiers 
et les plus élevés et illustres seigneurs , sages et crai- 
gnant Dieu, et plus riches que soient en la province. 
Ils dépensent une grande part de leurs biens pour le 
pur service et entretien du saint ministère , et font de 
très grandes aumônes à tous souffreteux, leurs maisons 
étant ouvertes à tous allants et venants. La sédition a 
duré quatre jours et quatre nuits. Il y a eu quelques 
blessés et le seul susdit mort. Environ trente gentilshom- 
mes et autant de capitaines et soldats de valeur se ran- 
gèrent avec les frères du baron, faisant force barricades 
à l'entour des maisons, pour tâcher, par tous moyens, 
de se garantir de la furie et rage de ces méchants, criant 
et hurlant, voyant la fin des huguenots en ce lieu. » 

Le meneur était un prêtre, nommé Louis Michel, qui 
reçut plusieurs coups d'épée dans la lutte. Les habitants, 
qui avaient pris parti pour Varages et Saint-Etienne , 
quittèrent la ville par prudence , et le baron de Sénas 
ne put obtenir justice du Parlement qui , pour ôter le 
jugement de la cause à la Chambre mi-partie de Greno- 
ble , la renvoya au conseil du roi , en prétendant que 
c'était un « fait d'Etat. » La Planche dit, en terminant sa 
lettre, qu'il est probable qu'on accordera une amnistie 
générale et particulière à tous ces séditieux qui, « quel- 
ques mois auparavant , avaient fait sonner le tocsin en 
criant par les rues : Tue, tue huguenots! » Le conseil 
du roi garda l'instance par-devers lui sur les renseigne- 
ments incomplets que lui fournit le Parlement ; mais 
l'assemblée politique générale de Grenoble de 1615 
chargea ses députés en cour de faire les démarches les 



(i) La France protestante (t. V, p. 255) n'a pas connu ces titres des deux 
frères du baron de Sénas. 



312 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

plus actives pour que la cause fût renvoyée à la Cham- 
bre de l'édit de Grenoble , et de représenter au roi 
(( l'importance de cette affaire , la gravité des excès 
commis en la sédition, desquels l'impunité serait de mau- 
vaise conséquence. » Nous ne savons ce que le conseil 
décida, mais il est vraisemblable que la supposition de 
La Planche devint une réalité (i). 

Citons un second fait. A Solliès vivaient, en 1619, 
deux frères du nom de Meissonnier , les plus aisés de 
leur village. L'aîné était marié et protestant, le cadet, 
catholique, avait fait vœu d'appartenir à l'Eglise. Pressé 
par son frère et le pasteur de l'église du Luc, à laquelle 
ressortissait cette annexe, d'embrasser le protestantisme, 
il le fit et fut nommé membre du consistoire du Luc, oij 
il résidait souvent. Sur ces entrefaites , il rechercha en 
mariage une jeune fille de ce lieu et l'obtint. Le jour 
fixé pour la cérémonie , il se rendit chez son frère à 
Solliès et, étant monté dans une chambre pour changer 
de vêtements, il fut aussitôt terrassé par un grand per- 
sonnage noir qui le mutila affreusement et , de plus , 
coupa la gorge à une petite fille couchée dans un ber- 
ceau. Aux cris poussés par la victime, la belle-sœur 
monte et, en présence du sanglant spectacle qui s'offre 
à sa vue, elle crie à son tour. Les voisins accourent et 
les officiers de justice , avertis sur l'heure , reçoivent la 
déposition du blessé, qui expire trois quarts d'heure 
après dans d'atroces souffrances. Onauraitpu croire que 
la justice rechercherait le coupable : il n'en fut rien. Le 
juge, à la demande du procureur fiscal, fit faire le pro- 
cès au défunt, qui fut déclaré coupable de s'être tué 
lui-même et d'avoir coupé la gorge à sa nièce, et dont 



(i) Gaberel , Hist. de l'Eglise de Genève, t. il. Pièces justificatives, p. 105- 
107; — Bouchitté, Négociations, etc., p. 59 ; — Benoît, t. II, p. 227. 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 3 5^ 

les biens furent adjugés au seigneur du lieu. Le frère 
rappela de ce jugement inique à la Chambre de l'édit de 
Grenoble , qui cassa la sentence du premier juge et mit 
Meissonnier l'aîné en possession des biens de son frère 
défunt. Quant au peuple, il demeura convaincu que 
c'était le diable en personne qui avait commis ce meur- 
tre (i). 

• NOUVELLES GUERRES DE RELIGION. 

Les luttes religieuses armées recommencèrent au dix- 
septième siècle, après que Louis XIII eut consommé 
en personne la ruine des églises réformées du Béarn. 
L'assemblée politique générale de La Rochelle de 1620 
leva l'étendard de la révolte et divisa la France en cer- 
cles politiques , à la tête desquels elle plaça des gou- 
verneurs militaires. La Bourgogne , la Provence et le 
Dauphiné formèrent le huitième cercle , et le comman- 
dement en fut laissé à Lesdiguières , parce qu'on ne 
pouvait le lui ôter. Pourtant, lorsque le rusé capitaine 
eut déserté le parti huguenot pour se ranger du côté de 
celui de la cour (mars 1621), la même assemblée, qui 
n'osa pas lui retirer le gouvernement du Dauphiné , en 
détacha celui de la Provence et le confia à Jean du Puy- 
Montbrun, fils du célèbre capitaine de ce nom, « ayant 
très bonne connaissance, » ajoute la commission, « de 
la piété , vertu , prudence , valeur et grande expérience 
au fait des armes qui se reconnaissent en sa personne... 
même de son zèle et singulière affection à la gloire de 
Dieu , bien et conservation desdites églises. » Il est 
toutefois à remarquer que l'assemblée n'accorda à ce 



(I) Hist. espouuantablc et véritable arrivée en la ville de SoUers en Pro- 
■vence , etc. Paris, 1619, in-12. 

23 



3 54 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

dernier que la qualité de « lieutenant général du duc de 
Lesdiguières » {14 mai 1621). 

Montbrun, qui, un mois auparavant (avril 1621), avait 
été déjà nommé chef militaire des huguenots du Dau- 
phiné par l'assemblée politique provinciale de Die, ne 
porta pas les opérations en dehors de cette province. 
Il s'empara de Reillannette et Molans , situés sur la 
frontière de Provence , assiégea Le Buis , et de là 
s'achemina vers le nord. Il est vraisemblable que l'atti- 
tude énergique du gouverneur de Provence le décida à 
agir ainsi , car il paraît avoir eu en un instant l'intention 
de pénétrer dans cette province par le comté de Sault. 
Charles de Lorraine, duc de Guise (i), qui était pour 
lors à la tête du gouvernement de Provence , avait en- 
voyé le capitaine Castellane , seigneur de La Ver- 
dière (2), du côté de Monsalier, à quelques lieues de 
Forcalquier, avec sa compagnie de gens d'armes, qu'il 
fit bientôt suivre du prévôt des maréchaux , qui prit à 
Apt une escorte de gens de pied et de cheval. Ces 
troupes s'avancèrent jusqu'à Sisteron et intimidèrent 
sans doute Montbrun et ses lieutenants. 

Ce dernier, semble-t-il, avait compté occuper Ma- 
nosque , car on lit dans les délibérations consulaires de 
cette ville à la date de 1621 : « Les consuls ayant été 
avertis que les huguenots songeaient à s'emparer de 
Manosque , il a été décrété, dans le Conseil de ville, 
de murer les deux portes de Soubeiran et d'Aubette et 
de rétablir les murailles qui entourent la ville. » Les 
consuls organisèrent ensuite une garde urbaine, dont le 
commandement fut confié à Joseph Gasqui (ou Gasc) , 
et convoquèrent les quarante chefs de famille protes- 

(1) Petit-fils de François de Guise, assassiné par Poltrot en 1565. 

(2) Petit-fils du valeureux capitaine Philibert de Castellane de La Verdière, 
tué à L'Escale en 1Ç62. 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 35 5 

tants que renfermait la ville (i), pour leur faire prêter 
serment de ne rien entreprendre contre la cité et de ne 
favoriser en rien les projets des huguenots du dehors. 

Nous n'avons rien découvert qui établisse que , pen- 
dant les deux autres guerres de religion qui suivirent 
(1625-1626 et 1627-1629), la Provence ait été le théâ- 
tre d'aucune lutte armée. Il paraît, toutefois, que le 
passage ou le séjour des troupes, que le gouverneur de 
la province fît mettre sur pied pour assurer ses frontiè- 
res ou renforcer l'armée royale , qui opérait , dans les 
Cévennes, contre le duc de Rohan, causa de grands 
dommages aux églises réformées du pays, puisque leurs 
députés au synode général de Charenton (163 1) décla- 
rèrent , avec ceux du Vivarais , qu' « ils étaient entière- 
ment ruinés » et ne pouvaient contribuer , comme les 
autres provinces , à l'entretien des collèges et des uni- 
versités. 

Notons, comme dernier fait relatif aux trois guerres 
de religion du dix-septième siècle, l'enregistrement que 
fit le Parlement de Provence , à la date du 4 mars 1625, 
des lettres patentes de Louis XIII prescrivant d'infor- 
mer contre ceux de religion prétendue réformée qui 
fabriquaient de la fausse monnaie , et les privant , pour 
ce cas particulier , de leur droit d'évocation aux cham- 
bres de l'édit. Nous n'avons pas besoin de faire remar- 
quer que la monnaie, — qualifiée de fausse monnaie par 
Louis XIII, — était non point de mauvais aloi , mais 
simplement frappée avec des marques autres que celles 
de la monnaie courante (2). 



(i) Voy. leurs noms plus loin à VHist. part, des églises réf. de Prov. au 
dix-septième siècle. 

(2) Benoit, t. II, p. 55c ; — Bulletin de la Société, etc., t. IV, p. 473; — 
Aymon, t. II, p. 515; — Boze, HisL d'Api, p. 518; — Féraud , Hist. civ , 
polit, et relig. de Manosque, p. 290, 291 ; — E. Arnaud, Hist. des prof, du 



3^6 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

INIQUITÉS DU PARLEMENT d'aIX. 

Le Parlement de Provence , comme nous l'avons dit 
plus haut, se rendit coupable des plus grandes violen- 
ces à l'égard des protestants de sa juridiction. Dans la 
requête que le député général des églises réformées en 
cour, Henri de Massue, marquis de Ruvigny et lieute- 
nant général, présenta au roi pour en obtenir la cassa- 
tion , il exposait que <( ce Parlement donnait, sur de 
simples requêtes, des arrêts d'interdiction des lieux où 
les réformés faisaient l'exercice de leur religion ; qu'il 
contraignait les ministres , qui ne voulaient pas déférer 
à ces défenses, par des emprisonnements, des amen- 
des , par toutes sortes de rigueurs ; qu'il députait des 
conseillers de son corps pour faire fermer les temples 
et rompre les chaires; que, quand il n'y avait point de 
parties pour recueillir de tels arrêts , il y taisait paraître 
son procureur général ; qu'il défendait de faire le moin- 
dre exercice , même d'administrer le baptême et d'en- 
terrer les morts, hors des lieux de bailliage, de quoi il 
y avait un exemple par un arrêt rendu cette année (1654) 
dès le deuxième de janvier, où les contrevenants étaient 
condamnés à cinq cents livres d'amende. Le même Par- 
lement déboutait toujours les réformés des renvois de 
leurs causes aux chambres de l'édit; empêchait les 
huissiers et les sergents de les exécuter sans par eahs; 
décrétait prise de corps contre ceux du conseil et des 
défenses de s'en servir. Il portait même l'esprit d'aigreur 



Dauph., t. II, p. 9 et lo; — Arrestés et délibérât, de la Cour de Parlement 
de Prou., fol. 2Ç2 (Bibl. nation, fonds franc., ms. n» 12057); — Sommaire de 
toutes les délibérations... des trois Etats du pays du comtat Venaissin (Bibl. 
de Carpentras, ms. 265 , art. Huguenots) ; — Pouvoir donné... au sieur de 
Montbrun {Id., ms. Peiresc , n» XXX, vol. II). 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 3 57 

si loin que le comte d'Alais, gouverneur de la province, 
ayant rendu une ordonnance en faveur des réformés 
après trois lettres de cachet qui en portaient l'ordre , le 
Parlement la cassa de son autorité et défendit de l'exé- 
cuter. » Au plus fort de la guerre de Trente ans, le 
comte, ayant levé des troupes, où la plupart des réfor- 
més s'enrôlèrent par patriotisme , le Parlement écrivit 
au comte de Carcès d'empêcher que « ces troupes, 
composées de huguenots factieux, ne tinssent la campa- 
gne. » 

L'histoire particulière des églises réformées de Pro- 
vence au dix-septième siècle, qu'on trouvera plus loin, 
et les nombreux cahiers de plaintes que les réformés 
adressèrent à Henri IV et à Louis XIII, confirment 
l'exposé de Ruvigny. Les extraits suivants de ces der- 
niers l'établissent surabondamment : 

(( Les habitants de... Provence... qui sont prévenus 
de crimes ne peuvent faire remettre par-devant la Cham- 
bre de l'édit l'original des informations et procédures 
contre eux faites, quelque injonction qu'on fasse aux 
greffiers qui en sont saisis : ainsi envoient des extraits 
tant seulement, ce qui leur est de notable intérêt, attendu 
qu'il faut bien donner foi à ce que fait un greffier, bien 
souvent animé pour être privé du profit qu'il en attendait ; 
outre qu'on ne peut faire reconnaître aux témoins leurs 
signatures, lorsqu'on procède aux recolements et con- 
frontations, ni les convaincre lorsqu'ils sont variables ou 
qu'ils suivent quelque inscription en faux » (Cahier du 
19 août 1606). 

« La Cour de Provence contraint ceux de ladite reli- 
gion de demander pareatis pour l'exécution des juge- 
ments, provisions et arrêts qui ont été rendus par ladite 
Chambre de l'édit de Grenoble, dont il advient que les 
parties, contre lesquelles lesdites provisions et jugements 



3^8 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

ont été rendus prennent de là sujet de former des oppo- 
sitions et incidents pour chicaner et faire consumer en 
frais les poursuivants, ou même que le plus souvent les 
avocats et procureurs généraux dudit Parlement, requé- 
rant les parties être renvoyées en audience , contreve- 
nant directement audit édit, article 32, par lequel les 
parties plaidantes en ladite chambre ne sont tenues de 
prendre autres lettres ni provisions que celles qui seront 
émanées de la chancellerie de Grenoble ; en consé- 
quence de quoi les huissiers et sergents refusent de 
mettre ladite cause à exécution, qui est rendre auxdites 
parties leurs poursuites, jugements et arrêts entièrement 
illusoires » (Cahier du 18 septembre 1610). 

« Au préjudice du 47® article de l'édit et des provi- 
sions ordonnées en conséquence par les réponses de 
plusieurs cahiers , le Parlement de Provence décrète 
journellement contre les huissiers qui exécutent dans 
leurs ressorts les arrêts de la chambre de l'édit de Gre- 
noble , et à cette cause les sergents établis èsdite 
province refusent de mettre lesdits arrêts à exécution » 
(Cahiers du 22 juillet 161 1). 

« Il ne se trouve aucun huissier ou sergent en Pro- 
vence qui ose exploiter les arrêts de la Chambre de 
Grenoble, à cause des défenses très expresses qu'en a 
faites le Parlement de Provence sous grosses peines , 
ayant fait emprisonner un sergent pour avoir exploité un 
arrêt de la Chambre de Grenoble pour Antoine Boyer » 
(Cahier de 161 7). 

Les huissiers refusaient d'exploiter non seulement 
les mandements de la Chambre de Grenoble , mais 
encore toutes les autres provisions émanées du grand 
Conseil et du Conseil privé du roi, et il était fort difficile 
de faire apparoir dudit refus parce que les notaires, par 
crainte des sévérités du Parlement, n'osaient pas som- 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 3 '59 

mer, par acte authentique, les huissiers de remplir leur 
mission (Cahier du 17 avril 16 12). 

Le roi, en réponse à ce cahier, promit d'écrire au 
premier président et à ses avocats et procureurs géné- 
raux du Parlement d'Aix de nommer quatre sergents qui 
seraient tenus de mettre à exécution les arrêts et com- 
missions de la chambre de Grenoble et les lettres éma- 
nées de sa chancellerie sans demander placet , visa ou 
pareatis. Le roi décida, en outre, que les noms de ces 
sergents ou huissiers seraient inscrits au greffe du Par- 
lement. 

D'autre part, les protestants provençaux, qui se pour- 
voyaient par-devant la Chambre de Grenoble , étaient 
obligés de prouver leur religion par acte notarié, quand 
l'attestation de leurs ministres aurait dû suffire. 

Il n'était non plus permis aux protestants étrangers , 
Anglais et Flamands, qui habitaient, pour la plupart, 
Marseille et les autres villes du littoral de la Méditer- 
ranée, de porter leurs causes à la Chambre de Greno- 
ble. Le roi, prié de faire cesser cet état de choses, s'y 
refusa formellement (Cahier du 17 avril 161 2). 

Les prédicateurs catholiques et les avocats du Par- 
lement excitaient eux-mêmes le peuple contre les réfor- 
més. Le cahier du 19 août 1606 dit à ce propos : 
(( Contre la teneur de l'article 17 de l'édit, plusieurs 
prédicateurs et avocats à la Cour de Parlement de Pro- 
vence se licencient journellement de tenir propos scan- 
daleux , appellent ceux de ladite religion hérétiques , 
exhortant les enfants et menu peuple à leur dire injures 
et les brocarder lorsqu'ils reviennent de l'exercice de 
leur religion. » 

La remontrance de Ruvigny décida le roi à rendre 
un arrêt, le 17 août 1654, qui, statuant sur un des griefs 
allégués par le député général et confirmant les arti- 



500 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

des 32 et 34 de l'édit de Nantes, faisait expresses 
défenses au Parlement d'Aix de connaître des causes 
de ceux de la religion et ordonnait que les jugements 
de la Chambre de l'édit de Grenoble seraient exécutés 
en Provence sans le pareatis du Parlement d'Aix. 

L'arrêt du roi ne mit pas un terme aux abus de pou- 
voir du Parlement, car nous apprenons par Benoît qu'à 
la date de 1677, il « retenait toutes les causes des ré- 
formés sous prétexte que la connaissance du crime 
d'impiété était renvoyée aux parlements par les nouveaux 
édits et , sur ce fondement , il faisait , à tous ceux qui 
voulaient se pourvoir au Parlement de Grenoble , des 
vexations inouïes. Le conseil même [du roi] favorisait 
ces entreprises et quand quelque réformé, attaqué par 
le procureur général, se rendait prisonnier à Grenoble, 
on lui refusait des lettres de règlement de juges , parce 
qu'il ne s'était_!pas remis dans les prisons du Parlement 
de Provence. On exposa , dans un placet qui fut pré- 
senté au roi, sept ou huit affaires suscitées à des parti- 
cuhers à qui on avait refusé leur renvoi et dans le crime 
prétendu de qui on avait fait glisser les mots de blas- 
phème et d' impiété pour avoir une raison d'en retenir la con- 
naissance. Mais cela n'eût pas plus d'effet que le reste. » 

Nous sommes heureux toutefois de constater que , 
dans le Parlement d'Aix, se trouvaient quelques hom- 
mes d'un esprit élevé, qui ne croyaient pas que les pro- 
testants fussent des parias contre qui on pouvait tout 
oser. Un livre de l'époque raconte la scène suivante, qui 
dut se passer sans doute après que le Conseil du roi eut 
interdit définitivement le chant des Psaumes (23 février 
1662). (( Lorsque feu M. le président d'Oppède (i) 



(i) Henri de Forbin Maynier, baron d'Oppède, fils aîné de l'arrière-petit- 
fils maternel du meurtrier des Vaudois. 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 361 

était à la tête du Parlement d'Aix, il y avait près de 
cette ville un bonhomme de campagne , qui peut-être 
est encore vivant. Comme il était de notre créance, il 
chantait les divers cantiques sans se contraindre. On 
en avertit M. d'Oppède qui le fait venir. Il lui demanda 
s'il était vrai qu'il chantât des Psaumes. Le bonhomme 
l'avoua. Ce fameux magistrat le lui défend et lui dit en 
souriant qu'il le fera pendre s'il continue. L'autre dit 
qu'en ce cas il ne chantera plus ; mais au moins il de- 
mande pour toute grâce qu'il lui soit permis de les sif- 
fler. Le président, qui aimait la joie, lui dit qu'il lui 
permet d'en siffler un, même en sa présence. Le bon- 
homme choisit le CXLVI , et comme il eut sifflé le pre- 
mier verset, M. d'Oppède lui demande ce qu'il a sifflé. 
L'autre répond d'abord que ce sont ces paroles : 

Sus, mon âme, qu'on bénie 
Le Souverain, car il faut, 
Tant que durera ma vie , 
Que je loue le Très-Haut ; 
Et tant que je dureray 
Psaumes je lui chanteray. 

» Sur ce M. le premier président le renvoya en lui 
disant qu'il pouvait chanter ou siffler tout comme il vou- 
drait et qu'il ne courrait aucun risque. » 

Mentionnons pour mémoire , en terminant ce chapi- 
tre , la condamnation que le Parlement d'Aix prononça 
contre Gjlles Gaillard, écuyer d'Aix, né dans cette ville 
qui , après avoir embrassé la religion réformée et s'être 
fait recevoir pasteur , s'établit à Orange et y publia Le 
Prosélyte évangéUqiie. Livre auquel le vray Christianisme 
est solidement establi et le papisme clairement réfuté ; 
Orange, 1635, iî^-4° (sec. édit. Genève, 1642, in-8°). 
Le Parlement condamna non seulement l'auteur , mais 
encore le livre, qui n'avait rien de particulièrement 



362 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

agressif contre l'Eglise romaine. Aussi le synode natio- 
nal d'Alençon de 1637 pria-t-il le roi « de révoquer et 
d'abroger ce décret du Parlement d'Aix (i). » 

EMPIETEMENTS DE LA COUR DES COMPTES , AIDES ET 
FINANCES DE PROVENCE. 

En instituant la chambre de l'édit de Grenoble 
Henri IV déclara, par ses lettres patentes du 4 novem- 
bre 1 599 (confirmées en 1604) , et Louis XIII, par celles 
du dernier avril 161 2 , qu'il n'entendait attribuer aucune 
juridiction à cette chambre pour les causes et matières 
qui étaient de la juridiction de la Cour des Comptes , 
aides et finances de Provence, dont la mission spéciale 
était de juger en dernier ressort les appels , plaintes ou 
pourvois, tant au civil qu'au criminel, concernant les 
aides, tailles et gabelles. La Cour des comptes, ne 
tenant pas compte de ces déclarations^ n'établissait 
aucune distinction entre les causes et matières et pre- 
nait connaissance d'un grand nombre de celles qui res- 
sortissaient à la Chambre de l'édit. Los protestants se 
plaignirent souvent de ces empiétements qui leur cau- 
saient les plus grands préjudices, car ils étaient l'objet 
de la part de la Cour des comptes de Provence d'une 
haine aussi implacableque celle que leur portait le Par- 
lement. Louis XIII , répondant à leurs mémoires et 
cahiers, déclara que la Chambre de Grenoble pourrait 
prendre connaissance des procès dépendant de la juri- 
diction de la Cour des comptes lorsque le roi n'y 



(t) Décisions royales, p. i6, 17, ç-, 58, 68, 69, 86; — Anquez, Hist. des as- 
semblées politiques , p. 415, 421; — Papiers Hotman de Villiers, t. IV (Bibl. 
de la Société du prot. franc.); — Benoit, t. III, 2» part., p. 542; — Drion . 
t. II, p. 45 ; — Entretiens .ûfe Paulin et d'Acante, p. Ky; — Aymon , t. II. 
p. 605. Ms. XXXI, vol. I (Peiresc) de la bibl. de Carpentras. 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 363 

aurait aucun intérêt, que ses droits ne seraient pas con- 
testés par les parties et qu'il ne s'agirait pas de « levées , 
impositions et contributions de deniers de Sa Majesté 
ou de communautés du pays de Provence. » 

Cette déclaration devint à peu près lettre morte ; car, 
pour en éluder la teneur et arrêter tout appel , plainte , 
ou pourvoi devant la Chambre de Grenoble, les parties 
intéressées à aller devant la Cour des comptes d'Aix, 
avaient soin de faire intervenir dans le procès un rece- 
veur ou exacteur des tailles relevant de l'autorité royale. 
Il y a plus, pour mieux faire disparaître la distinction 
essentielle existant entre les causes où le roi était inté- 
ressé et celles oij il ne l'était point , la Cour des comp- 
tes prétendit que toutes les affaires criminelles ren- 
traient de plein droit dans la première catégorie parce 
que son procureur général y était partie, et elle obli- 
geait les prévenus appartenant à la religion réformée de 
comparaître devant elle. Elle allait même jusqu'à appli- 
quer ces derniers à la question , comme c'avait été le 
cas des Provençaux Beauregard^ Antoine Boyer, capi- 
taine , Jean Cot et Jacques Deshumeaux. Le roi, qui 
reçut une plainte à ce sujet, déclara que les intéressés 
pouvaient se pourvoir devant la Chambre de Grenoble 
par les voies de droit (i). 

ORDONNANCES DES COMMISSAIRES EXÉCUTEURS DE 
1661. CONDAMNATION d'uN GRAND NOMBRE d'eXER- 
CICES. 

Les ordonnances des commissaires exécuteurs de 
l'édit de Nantes, nommés par le roi le 15 avril 1661 , 

(i) Bouchitté, Négociations, etc., p. 55; — Honoré Bouche, t. II, p. 851 ; 
— Décisions royales, p. 69-7;, 151, 152; — Papiers Hotman de Villiers, 
t. IV {Bibl. de la Société du prot. franc.). 



364 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

aggravèrent le sort des réformés de Provence et les 
privèrent d'un grand nombre de leurs exercices ou lieux 
de culte. Ces officiers royaux étaient chargés d'informer 
« des entreprises, contraventions, » faites aux édits de 
pacification, et cette définition de leurs pouvoirs don- 
nait assez à entendre qu'ils avaient reçu la mission ver- 
bale de supprimer le plus d'exercices, de temples, de 
cimetières et d'écoles possible. Les personnages ré- 
formés, adjoints aux catholiques pour remplir cette 
mission, étaient fort peu, du reste, attachés à leur reli- 
gion et se firent bien souvent les serviteurs complaisants 
de leurs collègues. Ce fut tout particulièrement le cas 
du commissaire protestant nommé pour le Dauphiné et 
la Provence, Charles d'Arbalestier , sieur de Montclar 
et de Beaufort, maréchal de camp. Son collègue, Fran- 
çois Bochart de Champigny, seigneur de Saron, inten- 
dant du Dauphiné et de la Provence, écrivait ces paro- 
les significatives au ministre de La Vrillière : « Monsieur 
de Monclar est toujours en inquiétude de ses appoin- 
tements et a peine à se tirer de l'esprit que ce ne soit 
moi qui empêche qu'il ne les touche. // travaille contre 
sa religion : il semble bien juste que ce ne soit pas à 
ses dépens (i). » 

Les deux commissaires se prononcèrent sur le sort 
des églises suivantes : Joucas (et ses annexes, Gignac 
et Oppedettes), Cordes, — La Bastide-des-Gros, Lour- 
marin (et son annexe, La Roque-d'Antheron), Mérindol, 
Lacoste (et ses annexes, Sivergues et Roquefure), Ca- 
brières (et son annexe, La Motte-d'Aigues), Velaux, — 
Aix, — Marseille, Manosque (et son annexe. Ongles), 
Seyne (et ses annexes, La Bréole, Selonnet, Remollon 



(1) Lettre autographe de « Saron Champigny, ^) datée de « Valence, le 
14 juillet 1664. » ('Arch. nation. TT, 288, B). 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 365 

et Espinasse), Thoard, Le Luc (et son annexe, SoUiès : 
Ville et Pont), Lemps. 

Les deux commissaires s'accordèrent pour maintenir 
l'exercice à Mérindol, Manosque , Velaux, Le Luc et 
Seyne ; mais ils furent partagés de sentiments sur Jou- 
cas, Gordes, — La Bastide-des-Gros, Lourmarin (et son 
annexe, La Roque-d'Antheron) , Cabrières (et son an- 
nexe, La Motte-d'Aigues), La Bréole (annexe de Seyne), 
Lacoste (et son annexe, Sivergues). Ils s'entendirent, 
d'autre part, pour supprimer l'exercice à Gignac et 
Oppedettes (annexes de Joucas), Ongles (annexe de 
Manosque), Selonnet (annexe de Seyne), Solliès (annexe 
du Luc), Lemps. 

Quant à l'exercice de Roquefure (annexe de Lacoste), 
dont le commissaire catholique demanda la suppression, 
le commissaire protestant déclara que les habitants ré- 
formés n'ayant pas été entendus il y avait lieu de sur- 
seoir à tout jugement. 

Pour ce qui est de Thoard , les deux commissaires 
s'accordèrent à renvoyer les parties devant le grand 
sénéchal de Provence. 

L'examen des titres de Remollon et d' Espinasse 
(annexes de Seyne) , situées en Dauphiné , fut renvoyé 
à l'époque où les deux commissaires rempliraient leur 
mission dans cette province. Nous n'avons pas retrouvé 
leurs décisions. 

L'exercice ayant déjà été interdit à Peypin-d' Aiguës 
et à Saint-Martin-de-la-Brasque ou d'Aiguës (annexes 
de Cabrières), et leurs temples démolis par arrêt du 
conseil du roi du 14 juillet 1661, les commissaires n'eu- 
rent pas à s'en occuper. 

Il y avait encore, en Provence, au dix-septième siè- 
cle, d'autres églises, savoir : Sisteron, Curbans, Séde- 
ron, Lorgues, Grasse et Antibes; mais elles avaient 



^66 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

disparu depuis plusieurs années et les commissaires 
n'eurent non plus à s'en occuper. 

Ils ne prirent pas davantage de décision sur Eyguiè- 
res, Riez-Roumoules et La Charce. Les deux premières 
églises, en effet, avaient été remises vers cette époque 
en possession de leur droit d'exercice après plusieurs 
années de persécution (i) qui les en avaient privé, et la 
dernière était une église de fief appartenant aux sei- 
gneurs de La Charce , descendants du célèbre capi- 
taine huguenot dauphinois , René de La Tour-Gou- 
vernet. 

Champigny et Arbalestier passèrent un mois et demi 
à Pertuis-sur-la-Durance pour rendre leurs diverses 
ordonnances. Celles de partage furent adressées au 
ministre de La Vrillière le i8 août 1662 par Champigny, 
qui les accompagna d'un mémoire historique et expli- 
catif d'oij nous extrayons les passages suivants : « De- 
puis que les guerres ont cessé et la mort de Monsieur 
le connétable de Lesdiguières, toutes les personnes de 
condition se sont réunies à l'Eglise catholique, aposto- 
lique et romaine , et quantité des autres , en sorte qu'à 
présent il n'y reste plus qu'un gentilhomme qui a quel- 
que moyen et deux ou trois autres , qui sont très peu 
considérables. Il n'y a aucun officier de ladite religion. 
On n'a remarqué qu'un seul avocat et un procureur qui 
en fasse partie, et les plus considérables après sont 
des notaires de village. Dans tous les quartiers de la 
province le nombre en diminue tous les jours, et le 
quartier qui en est infecté présentement est la vallée 
d'Aiguës, qui conserve toujours son ancien venin. 
Quelques-uns, marchands étrangers de la ville de Mar- 
seille qui en font profession, sont les plus considérables, 

(i) Voyez plus loin les notices particulières qui leur sont consacrées. 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 367 

et on n'estime pas qu'il y ait dans toute la province neuf 
cents ou mille familles. Ce qui contribue à entretenir 
cette religion, c'est que beaucoup de gens, pour se 
tirer de la justice du Parlement de Provence et porter 
leurs affaires en la Chambre de l'édit de Grenoble, en 
continuent la profession (i); même il y a des catholi- 
ques qui, la professant pendant un temps pour éviter la 
justice du Parlement, après reviennent. 

» Par les avis du commissaire catholique , il a été 
conservé cinq lieux pour faire l'exercice de la R. P. R., 
savoir : les trois bailliages accordés par l'édit de Nan- 
tes et les articles secrets, qui sont : Manosque, Le Luc 
et Velaux, et Seyne et Mérindol, comme l'exercice y 
ayant été fait en l'année i ^'j'] . Ces cinq lieux sont dis- 
posés en sorte qu'ils peuvent servir à toute la province. 
Seyne pour les montagnes, Manosque en la descente 
des montagnes, Le Luc pour le quartier du côté de 
Draguignan et de Toulon et lieux circonvoisins , n'y en 
ayant point d'autre établi en ces quartiers-là ; Velaux 
pour Aix et Marseille : les lieux qui en sont le plus 
éloignés ne l'étant pas de deux lieues. » 

ARRÊTS DU CONSEIL DU ROI RENDUS SUR LES PAR- 
TAGES DES COMMISSAIRES. 



Le conseil du roi qui devait juger en dernier ressort 
les affaires soumises à l'examen des commissaires et 



(i) Nous croyons la remarque de Champigny fort exagérée. Les protestants 
capables de suivre leur religion uniquement par intérêt ne pouvaient être 
nombreux. Leur histoire, au seizième, dix-septième et dix-huitième siècle, 
montre qu'ils savaient endurer les plus grandes souffrances pour demeurer 
fidèles à leur foi. Quoi qu'il en soit , la remarque de Champigny subsiste 
comme une condamnation de la manière dont la Cour d'Alx rendait la jus- 
tice , même aux catholiques. 



368 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

uider leurs partages^ comme on disait alors, rendit, le 
4 mai 1663 , trois arrêts conformes aux avis de Cham- 
pigny. Un premier arrêt maintint l'exercice à Seyne , 
Manosque, Velaux et Le Luc, permit aux habitants 
réformés de ces lieux d'avoir de petites écoles pour 
l'instruction de leurs enfants et de conserver leurs cime- 
tières. Pour ce qui est des enterrements, l'arrêt portait 
qu'à Seyne, Velaux et Le Luc, ils se feraient à 6 heu- 
res du matin et à 6 heures du soir, d'avril à septembre ; 
à 8 heures du matin et à 6 heures du soir, d'octobre à 
mars, et que trente personnes seulement pourraient y 
assister. Quant à Manosque, conformément aux arrêts 
du Conseil du 16 janvier 1607 et du 19 mai 1612 et à 
l'ordonnance des commissaires exécuteurs du 14 dé- 
cembre 1660, les enterrements devraient s'y faire à la 
pointe du jour ou à l'entrée de la nuit ; huit personnes 
seulement y assisteraient et il ne s'y prononcerait point 
de harangue. Un deuxième arrêt ordonna la démolition 
des temples de Lourmarin, de Cabrières et de son an- 
nexe, La Motte-d'Aigues, et l'interdiction de l'exercice 
dans ces localités. Un troisième arrêt enfin supprima 
l'exercice dans les lieux suivants et ordonna la démoli- 
tion des temples qui y avaient été construits : Joucas 
(et ses annexes, Gignac et Oppedettes), Gordes, — La 
Bastide-des-Gros , Lacoste (et ses annexes , Sivergues 
et Roquefure), Ongles (annexe de Manosque), La Bréole 
(annexe de Seyne), Solliès (annexe de Luc) et Lemps. 
Ce troisième arrêt défendit, en outre, aux habitants ré- 
formés de ces lieux d'avoir des écoles et de chanter 
des Psaumes dans leurs boutiques, et ordonna que les 
enterrements, conformément aux arrêts du Conseil du 
16 juin et des 7 et 13 août 1607, se feraient à la pointe 
du jour ou à la tombée de la nuit. Quant aux cime- 
tières possédés par les réformés , l'arrêt les leur con- 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. ]bt) 

servait, mais ne les affranchissait pas de la taille (i). 

Il est difficile, nonobstant la teneur de ces arrêts, de 
savoir exactement combien il resta, à cette époque, de 
lieux d'exercice en Provence. Un opuscule du temps (2) 
dit qu'ils furent réduits à quatre sans les nommer ; mais 
il s'agit évidemment des lieux maintenus par l'arrêt du 
Conseil du 4 mai, savoir : Se/ne, Manosque, Velaux 
et Le Luc. Un mémoire des papiers du consistoire de 
Riez-Roumoules (}) en nomme deux en sus : Mérindol 
et La Charcc. De plus , nous voyons des pasteurs à 
Efguières et à Ric^-Roumoules à la veille de la révoca- 
tion de l'édit de Nantes. C'est pourquoi nous sommes 
porté à croire que les huit églises que nous venons de 
nommer jouirent de l'exercice jusqu'à cette époque. Le 
fait est certain pour Velaux, dont l'exercice ne fut inter- 
dit qu'en 1684. 

Tel fut le triste résultat de l'oeuvre des commissaires 
exécuteurs de l'édit de Nantes en Provence, qui se 
laissèrent influencer dans leurs décisions par les sollici- 
tations du clergé et celles des Etats provinciaux, comme 
le prouve ce nouvel extrait du mémoire de Champigny : 
« Ce qui est en cela de quelque considération , c'est 
que , dans les dernières assemblées , les députés des 
trois ordres se sont déclarés et ont ordonné aux procu- 
reurs du pays de se joindre aux syndics du clergé pour 
réprimer les entreprises de ceux de la R. P. R. au 
préjudice de l'Etat de Nantes. » 

Autrement, les églises réformés de Provence n'avaient 
rien néghgé pour sauver leurs exercices. Ainsi elles 



(i) Benoit, t. III, Pièces justificatives, p. 112-1H; — Honoré Bouche, t. II, 
p. 837; — Arch. nation. TT, 288, B. 

(2) Relation succincte de restât où sont maintenant les Eglises réformées de 
France en L'an 1666, p. 12. 

(5) Bibiioth. de la Soc. de l'Hist. du prot. franc,, ms. 

24 



3 70 • HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

députèrent à Paris, en 1662, peu après que les com- 
missaires exécuteurs eurent rendu leur jugement, leur 
pasteur le plus distingué, Jean Bernard, de Manosque, 
qui, nonobstant les plus grands efforts, ne put triompher 
du mauvais vouloir du Conseil du roi. 

On n'avait pas attendu du reste l'arrivée des commis- 
saires pour travailler à la ruine des églises réformées 
de Provence. Dans la célèbre a Remonstrance du 
clergé » présentée au roi le 2 avril 1656, l'archevêque 
de Sens s'écriait : u D'où vient que l'édit de Nantes 
leur défendant expressément de faire le prêche en des 
villages dépendant des seigneurs ecclésiastiques , il ont 
osé bâtir des temples dans Mérindol, dans Manosque 
et dans Lemps, quoique le premier de ces lieux appar- 
tienne à M. l'évêque de Marseille; le second à un com- 
mandeur de Malte , et le troisième à un seigneur ec- 
clésiastique! » A quoi l'auteur de la « Response à la 
remonstrance du clergé de France (i), » répond que le 
droit d'exercice étant acquis par l'article 9 de l'édit de 
Nantes aux villes et lieux où il s'était fait publiquement par 
plusieurs et diverses fois aux années 1 596 et 1 597 jusqu'à 
la fin du mois d'août (ce qui était le cas de Mérindol , 
Manosque et Lemps) , et Tédit portant que les seconds 
lieux de bailliage seuls ne peuvent être choisis parmi 
les lieux et seigneuries appartenant aux ecclésiastiques, 
la plainte du clergé de France demeure sans fondement. 

TRIBULATIONS DU CHIRURGIEN LIEUTAUD, d'aIX. 

Les simples particuliers ne trouvaient pas plus de 
justice en Provence que les Eglises. Dans une requête 



(i) Pa^. 15-17. Voy. aussi Lettre d'un habitant de Paris à un de ses amis de 
la campagne sur la Remonstrance du clergé de France, etc., p. çS, <9, 



REGIME DE LEDIT DE NANTES. 371 

générale adressée au roi en 1671, on rapportait ce qui 
suit : « Antoine Lieutaud était chirurgien à Aix et les 
maîtres de ce métier ayant refusé à le recevoir à faire 
chef-d'œuvre à cause de sa religion, il avait été réduit 
à recourir à des moyens extraordinaires pour surmon- 
ter la difficulté. La peste étant dangereusement éprise 
à Aix en 1650, le Parlement invita tous les compa- 
gnons de ce métier à servir les malades , assurant ceux 
qui s'y seraient dédiés de leur donner la maîtrise pour 
récompense. Lieutaud se présenta aux consuls, fit un 
traité avec ceux en conséquence de l'arrêt, fut enfermé 
dans l'infirmerie, tomba malade en servant les autres. et, 
après sa guérison , fut reçu de l'autorité du Parlement. 
Mais depuis cela on lui fit vingt ans durant de cruelles 
persécutions pour l'obliger à quitter la ville. 11 eut pour 
parties les chirurgiens, les juges de police, le clergé, 
la faculté de médecine , le Parlement , et tous ces corps 
semblaient avoir conspiré sa perte. Entre les autres 
moyens dont on s'avisa pour l'accabler on lui fit un pro- 
cès criminel pour cause d'irrévérence. Le prétexte fut 
qu'une nourrice qu'il avait prise chez lui pour un de ses 
enfants le quitta sans prendre congé et le vola. Il en fit 
plainte et obtint un décret de prise de corps contre elle. 
Peu après, elle eut l'insolence de rentrer dans la boutique, 
de lui sauter au visage, de l'égratigner, de lui arracher 
les cheveux et de lui dire mille outrages. Il en porta une 
seconde plainte en justice, mais cette femme fit sa plainte 
respective et voulut couvrir ses violences de cette excuse 
que le sacrement passait dans ce moment, qu'elle l'accom- 
pagnait par honneur, que Lieutaud l'ayant menacée de 
sa boutique, le zèle l'avait transportée parce qu'il avait 
manqué de respect pour la cérémonie et qu'elle s'était 
jetée sur lui par ce mouvement. Cette excuse fut reçue 
et, sans avoir égard aux deux plaintes de Lieutaud, on 



3 72 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

le mit en prison sur la déposition de cette malhonnête 
créature, convaincue d'avoir mené une vie infâme. Après 
de longues chicanes et un grand conflit de juridiction 
entre la Chambre de Grenoble et le Parlement, enfin 
celui-ci, qui tenait Lieutaud, le condamna par contumace 
sur le refus qu'il faisait de le reconnaître, et, par un 
arrêt du lo® de mai 1660, il ordonna que le pauvre 
homme et sa femme seraient menés par les sergents du 
sièf^e ordinaire , en présence de deux huissiers de la 
Cour , devant la porte de sa boutique , pendant que le 
saint sacrement passerait et que tous deux à genoux, et 
Lieutaud la tête nue, ayant chacun un flambeau à la main, 
demanderaient pardon au saint sacrement. Cette espèce 
inouïe d'amende honorable assujettissait ces pauvres 
gens à commettre une action qu'ils regardaient comme 
une exécrable idolâtrie, en réparation d'un prétendu défaut 
de respect qui, jusque-là, n'avait jamais été puni que de 
quelque légère amende et défense de récidiver. Néan- 
moins, comme ils étaient prisonniers, on les traîna sur 
le lieu et on leur fit exécuter l'arrêt par force. Mais cet 
indigne traitement ne ralentit point les persécutions 
parce que Lieutaud , après cette infamie , ne quitta point 
la ville. On lui fit de nouveaux procès neuf ans durant, 
sous divers prétextes , jusqu'à ce que, le dernier de 
mai 1669, on décréta contre lui sous prétexte de réci- 
dive, et on entreprit de le faire punir corporellement. Il 
eut recours à la Chambre mi-partie et, après de longues 
procédures , oij il parut que la protection de cette 
chambre lui était inutile, il fut obligé de porter son 
affaire au Conseil, où il servait d'exemple en même temps 
et de la passion du Parlement et des injustices qu'on 
pouvait faire aux réformés pour de prétendues irrévé- 
rences. Il avait été volé, battu, outragé; il poursuivait 
en justice la personne coupable; et cependant la per- 



RÉGIME DE L'ÉDIT DE NANTES. 573 

sonne coupable fut ouïe contre lui et se tira d'affaire en 
l'accusant d'avoir manqué de respect pour le saint sacre- 
ment ; et cette première injustice fut l'occasion de lui 
en faire une seconde de la même espèce; le Parlement 
se servant de cette raison , pour retenir la cause , que 
cela était ordinaire à Lieutaud et qu'il avait été déjà puni 
pour un crime de cette nature (i). » 

PROSÉLYTISME ET ADULATION DU CLERGÉ. 

Le clergé qui était un des grands instigateurs de ces 
persécutions, recourait quelque fois à la voie seule légi- 
time et chrétienne de la persuasion; mais celle-ci était 
bien loin de lui réussir comme celle de la violence. 
En voici un exemple, de l'année 1681 , rapporté par 
Benoît (2). (( Le clergé, » dit-il, « fit envoverde Paris à 
Toulon, vers la fin de l'année précédente, un mission- 
naire, docteur de Sorbonne, nommé Pilon, pour con- 
vertir par des conférences les officiers de la marine qui 
faisaient profession de la religion réformée. Ce docteur 
ne doutait pas que, possédant toutes les subtilités de 
l'école, il ne fût capable de fermer la bouche à des 
gens de mer, qui devaient avoir plus étudié la naviga- 
tion que la théologie. Cependant il eut de la peine, dès 
l'abord, à leur faire prendre la résolution de le venir 
écouter. 11 fallut trois ordres exprès pour les contrain- 
dre , mais enfin l'air menaçant du troisième les fléchit. 
Ils obéirent ; ils assistèrent aux conférences des mission- 
naires , qui les tenaient trois fois la semaine et qui les 
faisaient durer trois heures entières. Ce docteur était 
parfait missionnaire. Il savait par cœur certains lieux 



(1) Benoit, t. lU, 2' partie, p. 201 et suiv., p. 444. 

(2) Id., ibU., p. 444. 



3 74 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

communs de controverse. 11 était aigre, hardi, incapa- 
ble de se taire et croyant avoir vaincu pourvu qu'il eût 
empêché son adversaire de parler. Au lieu de conver- 
tir ces officiers, il les rebuta par ses manières et reçut 
d'eux assez souvent de fâcheuses mortifications. Entre 
les autres, celle-ci fut assez humiliante. Il cita un passage 
du Nouveau "Testament à un capitaine de vaisseau avec 
qui il disputa en présence de l'mtendant. Ce capitaine 
soutint que ce passage était mal cité et, après quelques 
contestations , la chose en vint à une gageure de 
dix louis. La somme fut mise de part et d'autre en 
mains tierces et le docteur, étant allé chercher le 
livre dans son cabinet , perdit la gageure. Son argent 
lui fut rendu par une honnêteté demi-forcée du capitaine, 
qui reconnut, au discours de l'intendant, qu'il le déso- 
bligerait s'il en usait autrement. Après que les confé- 
rences eurent duré quelque temps , le docteur se retira, 
fort mal satisfait de son voyage et sans avoir fait de con- 
quêtes ; mais, peu après, les officiers en furent remer- 
ciés ou furent obligés de complaire aux volontés de leur 
maître. » 

Ce maître, Louis XIV, qui servait si bien les intérêts 
du clergé et lui sacrifiait les droits les plus sacrés delà con- 
science de ses sujets, recevait de lui en retour les plus 
basses flatteries. Un religieux minime de la province de 
Provence, nommé Fr. Philibert Madon , prêtre et lec- 
teur de la sainte théologie à Marseille, paraît avoir 
voulu sous ce rapport, surpasser tous ses collègues; car, 
dans des thèses qu'il soutint en juin 1685 , c'est-à-dire 
à la veille de l'acte odieux de la révocation de l'édit de 
Nantes, on lit ceci : 

« Louis le Grand , qui porte le titre de roi d'une 
manière excellente puisqu'il commande à ses passions 
aussi bien qu'à ses sujets; qu'il triomphe de toutes cho- 



REGIME DE L EDIT DE NANTES. 



ses avec beaucoup de douceur et de force , à peu près 
comme Dieu lui-même qui , par un seul acte de sa 
volonté, soumet toutes choses à son empire... 

» Louis le Grand , si puissant , si sage et si bon qu'au- 
cun homme ne peut lui être comparé ; et qui est-ce qui 
porte comme lui les traits de la très sainte Trinité?... 

» Louis le Grand, fils aîné de l'Eglise, qui a rétabli 
sur leurs sièges les évêques qui en avaient été chassés ; 
l'ennemi des hérésies , le vainqueur des Turcs ; qui a 
en Dieu toute sa confiance, qui brûle d'amour pour lui, 
et qui est un modèle de foi , d'espérance et de cha- 
rité... » 

Le titre des thèses ne dépare pas leur contenu. Le 
voici textuellement : « Mes ouvrages sont pour le Roi. 
Ps. XLIV. Vulg., XLVI, I. Thèses sur les principales ma- 
tières de la Théologie. Qui est ce Roi de gloire fort et puis- 
sant dans la guerre i' Psaume XXII I . Vulg. , XX IV, 8(1).» 



HISTOIRE INTÉRIEURE 



DISETTE DE PASTEURS. PAUVRETE DES EGLISES RÉ- 
FORMÉES DE PROVENCE. 

Quand l'édit de Nantes fut promulgué, les églises de 
Provence, qui avaient particulièrement souffert des guer- 
res de religion et des luttes de la Ligue , se trouvèrent 
presque sans pasteurs. Pour remédier à leur disette, le 



(i) Dans les Mémoires pour servir à l'Iiist, des Egl. réf., t. 1, p. 337, 558 
(Bibl. de Genève, ms. Court, n» 28). 



"yjb HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

synode national de Montpellier, de 1598, et celui de 
Gergeau , de 1601 , invitèrent les provinces synodales 
du bas Languedoc et du Dauphiné à les secourir en 
attendant qu'elles fussent pourvues d'un nombre suffi- 
sant de pasteurs. En 1607 , la situation n'ayant pas 
changé , les députés de Provence au synode national 
de la Rochelle demandèrent à la vénérable assemblée 
de leur procurer quelques pasteurs, et le synode invita 
derechef les mêmes provinces à leur venir en aide. A 
l'époque du synode national de Privas, de 161 1 , deux 
églises importantes de Provence, Velaux et Manosque, 
n'avaient pas encore de conducteurs spirituels. L'assem- 
blée enjoignit au synode de Provence de les pourvoir au 
plus tôt, en accordant deux portions franches des de- 
niers d'octroi du roi à la première et une à la seconde. 

En 161 7, la situation s'était bien améliorée. Quinze 
pasteurs exerçaient leur ministère dans la province ; 
trois proposants étaient en cours d'études , et il n'y 
avait que les églises de Lacoste, Séderon et La Charce 
qui fussent à pourvoir. Le synode de Vitré, assemblé 
cette même année, ordonna au synode de Provence de 
leur procurer des pasteurs et, pour lui venir en aide , 
lui assigna « trois portions surnuméraires , » et « six 
autres portions, » qui seraient distribuées « aux églises 
les plus nécessiteuses, selon la prudence de ladite pro- 
vince. )) 

La pauvreté , la faiblesse , l'isolement et surtout le 
petit nombre des églises de Provence firent naître dans 
quelques esprits la pensée de les rattacher au synode 
du Dauphiné ou à celui du bas Languedoc , dont elles 
auraient été un simple colloque. Le synode national 
d'Alais de 1620, qui s'occupa de ce projet, considérant, 
d'une part , les difficultés qu'entraînerait cette union et, 
d'autre part , le nombre considérable d'églises que 



RÉGIME DE LEDIT DE NANTES. 377 

comptait déjà le Dauphiné, estima que la Provence de- 
vrait plutôt être renforcée de plusieurs églises de cette 
dernière province et exhorta le synode du Dauphiné 
d'examiner celles qui pourraient lui être annexées et 
d'apporter, au prochain synode national, un rapport sur 
la question , à laquelle , paraît-il , il ne fut pas donné 
suite. Le Dauphiné, sans doute, ne tenait pas plus à se 
dépouiller que la Provence à perdre son autonomie, et 
les choses en restèrent là. 

La pauvreté des églises provençales se montra sur- 
tout dans la difficulté avec laquelle celles-ci payaient 
leurs pasteurs. Plusieurs de ces derniers quittèrent 
leurs troupeaux pour ce motif, et les synodes natio- 
naux retentirent, en diverses fois, de leurs plaintes, 
comme on peut le voir dans les notices consacrées 
plus loin aux pasteurs Chamforan , Codur , Gabet , Gé- 
noyer, Mercurin et Toussaint. 

Les guerres de religion du dix-septième siècle con- 
tribuèrent encore à appauvrir les églises de Provence. 
Leurs députés au synode national de Charenton , de 
163 1 , rapportèrent que leur pays « ayant été le théâtre 
de la guerre, ils étaient entièrement ruinés et qu'à cause 
de leur grande pauvreté il leur était du tout impossible 
pour le présent de... contribuer en aucune chose pour 
aider à faire subsister les universités comme les autres 
provinces. » On « les exhorta pour cette fois , et en 
même temps on leur enjoignit , de même qu'aux autres 
provinces, de lever le cinquième denier de charité pour 
être employé à l'entretien des écoliers que l'on desti- 
nait au saint ministère..., et il leur fut ordonné d'appor- 
ter, au synode national suivant, des témoignages qui 
fissent foi comme ils avaient obéi en cela. » 

Nous donnons , en terminant ce chapitre, le nombre 
des églises et des pasteurs de Provence à différentes 



Î7^ HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

époques d'après les renseignements fournis par les ac- 
tes des synodes nationaux. 

Synode de Gergeau de 1601 : 20 églises; 

— Gap de 1603 : 7 pasteurs, 7 églises 

vacantes ; 

— La Rochelle de 1607: 17 églises; 

— Saint-Maixent de 1609 : 7 pasteurs, 7 églises 

à pourvoir ; 

— Vitré de 161 7: 15 pasteurs; 

— Alais de 1620: 14 pasteurs, 2 églises 

vacantes ; 

— Charenton de 1623 

— Castres de 1626 



Charenton de 163 1 



14 pasteurs ; 

1 5 pasteurs, 3 égli- 
ses vacantes ; 

1 1 pasteurs , 5 égli- 
ses vacantes ( i). 



CONDUITE IRREGULIERE DES AFFAIRES ECCLESIASTIQUES. 
INTERVENTION DES SYNODES NATIONAUX. 

La pauvreté et la faiblesse numérique des églises de 
Provence engendra , comme il arrive d'ordinaire , des 
tiraillements dans leur sein et leur marche ecclésiasti- 
que, au dix-septième siècle, offrit de grandes irrégulari- 
tés , qui leur attirèrent de nombreux reproches de la 
part des synodes nationaux. 

Ainsi , au lieu de se faire représenter à ces assem- 
blées par deux pasteurs et deux anciens , comme l'exi- 
geait la discipline ecclésiastique, elles n'y députèrent le 
plus souvent qu'un seul pasteur et un seul ancien : ce 
qui leur valut l'injonction du synode national de La Ro- 
chelle de 1607 « d'envoyer quatre députés à l'avenir ou 



(i) Aymon, t. I, p. 231, 249, 552, 440; t. Il, p. 150, 191, 515, etc. ; Benoit, 
t. II, p. 227. 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 379 

de se joindre à une autre province. » Elles n'envoyè- 
rent même aucune députation au synode national de 
Charenton, de 1623, qui les réprimanda sévèrement. 
« Le vingt et unième jour, » lit-on dans les actes de ce 
synode, « on apporta et on lut en pleine assemblée des 
lettres de la province de Provence, assemblée dans son 
synode à Cabrières [d'Aiguës], le vingt-huitième du 
mois d'août dernier, par lesquelles ledit synode s'excu- 
sait de ce qu'il n'avait pas envoyé des députés à cette 
assemblée et priait qu'on ne le prît pas en mauvaise 
part. Mais on rejeta toutes les raisons qu'ils alléguèrent 
pour s'excuser et on censura ladite province pour avoir 
manqué à son devoir en cela, puisqu'elle pouvait, si elle 
en avait la volonté , députer quelqu'un de son corps à 
ce synode ; et on la censura encore de ce que ses let- 
tres étaient pleines de taches et de ratures . et de ce 
que la clause de soumission aux décisions et aux ca- 
nons n'était pas couchée en termes assez emphatiques, 
comme les synodes nationaux précédents l'avaient pres- 
crit (i). » 

Le synode de Vitré de 1617, qui avait déjà « remar- 
qué plusieurs défauts dans la conduite des affaires de 
Provence, » chargea quelques pasteurs et anciens de la 
province du bas Languedoc d'assister à un de ses sy- 
nodes pour s'enquérir de la façon dont les affaires ec- 
clésiastiques y étaient conduites. Sur le rapport de ces 
députés, le synode national d'Alais 1620, dressa les ca- 



(i) La liste donnée par Aymon des pasteurs et anciens du synode de Cas- 
tres de 1626 ne mentionne non plus aucun député de Provence. Nous 
voyons pourtant, par les actes mêmes de ce synode, que Génoyer, pasteur 
de Riez-Roumoules , et Mercurins, pasteur de Grasse , y étaient présents. 
Comme l'omission de la députation provençale dans la liste d'Aymon ne peut 
guère s'expliquer par l'inadvertance des secrétaires du synode ou des copis- 
tes , nous pensons que cette députation ne fut pas tenue pour régulière et , 
partant, mentionnée dans les actes de ce synode. 



380 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

lions suivants, dont il prescrivit l'observation au synode 
de Provence : 

« I . Le synode provincial de Provence ne se sépa- 
rera point qu'il n'ait désigné le lieu du synode suivant ; 
et l'église qui aura le droit de le convoquer en mar- 
quera le temps par l'avis de deux églises voisines ; 

» 2. Aucun de ceux qui n'auront pas des lettres 
d'envoi de leur consistoire , de quelque qualité ou con- 
dition qu'ils soient, ne pourront entrer dans les assem- 
blées synodales que lorsqu'ils y seront appelés ; mais 
on exhorte les consistoires de recevoir des gentilshom- 
mes dans la charge d'anciens, afin qu'ils puissent être 
députés auxdits synodes ; 

» }. Ceux qui seront députés aux assemblées syno- 
dales n'y traiteront que des affaires purement ecclésias- 
tiques ; 

» 4. Les charges synodales seront tellement distri- 
buées que toute matière de jalousie, d'envie et discorde 
soit ôtée ; 

» 5. Les secrétaires des synodes n'en coucheront 
point les articles en forme de procès-verbaux, ni en 
termes de palais, mais avec simplicité et brièveté ; 

» 6. Les députés ne se sépareront point qu'après 
que tous les actes seront mis au net, lus et signés dans 
chaque séance ; 

» 7. Pour les matières pécuniaires, on suivra les rè- 
glements des synodes nationaux, qui portent que les 
appellations faites pour cela seront renvoyées à la pro- 
vince prochaine pour quelque somme que ce soit ; à 
l'occasion de quoi on exhorte les pasteurs de ne pas 
s'absenter de leurs églises pour ces sortes d'affaires 
sans une très grande nécessité ; mais d'envoyer leurs 
comptes nets dans les lieux où ils adresseront leurs 
appellations et de prendre aussi garde à ne se rendre 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 381 

jamais solliciteurs de procès s'ils n'y sont pas contraints 
par quelque nécessité urgente ; 

» 8. Parce que le nombre des pasteurs n'est pas 
suffisant pour dresser trois colloques et qu'il y a des 
inconvénients à n'en avoir que deux lorsqu'il survient 
quelque controverse entre un colloque et un autre , 
lesdits pasteurs se réuniront dans un seul synode jus- 
qu'à ce que Dieu augmente leur nombre ; 

» 9. Pour procurer l'observation de ces canons dans 
la susdite province, le sieur Brunier, pasteur de l'église 
d'Uzès, se trouvera au premier synode de Provence, et 
toutes les fois qu'on y convoquera un synode , ladite 
province en donnera avis à celle du bas Languedoc et 
à celle du Dauphiné, afin que quelque pasteur de l'une 
et de l'autre puissent être députés audit synode, comme 
il se pratique entre les autres provinces pour entretenir 
une mutuelle communication et une bonne correspon- 
dance. » 

Le synode national de Charenton, de 1623 , n'ayant 
reçu aucun rapport sur la manière dont ces canons 
avaient été exécutés en Provence, ordonna que « pour 
remédier aux confusions dont cette province était 
agitée , » Jacques Pineton de Chambrun , pasteur à 
Orange , et Salomon Crubélier , pasteur à Vauvert , 
« iraient en personne au synode provincial suivant de 
ladite province , laquelle paierait les frais de leur 
voyage, et qu'ensuite les provinces du Dauphiné et du 
bas Languedoc enverraient chacune un pasteur à leur 
synode suivant pour avoir soin que les canons fussent 
exactement observés par ceux de Provence ; et que 
lesdites trois provinces du Dauphiné, du bas Languedoc 
et de Provence en rendraient compte, chacune en par- 
ticulier, au synode national suivant. Le synode enjoignit 
encore une fois à la province de Provence d'observer 



^82 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

très soigneusement les canons, autrement qu'elles n'au- 
raient point de part aux sommes que nous recevons de 
la libéralité du roi ni aux intérêts de ladite somme. » 

Cet arrêté ne reçut pas d'exécution. La visite de 
Chambrun et de Crubélier fut contremandée par le 
pasteur Barthélémy Récend, de Velaux, Aix et Mar- 
seille, qui leur députa dans ce but le pasteur Mercurin 
de Grasse. Ce dernier déclara, au synode de Castres de 
1626 u que ledit Récend l'avait envoyé, contre sa vo- 
lonté, vers les commissaires Crubélier et Chambrun, et, 
qu'abusant de sa facilité et de sa bonté, il ne lui avait 
jamais déclaré ce qui était contenu dans les lettres de 
créance qu'il lui avait mises en main ; tellement que, 
quand il était venu à Vauvert et à Orange, il avait été 
obligé de faire son rapport touchant ce qu'il s'était pu 
ressouvenir des discours tenus entre lui et ledit Ré- 
cend. » Le synode national de Castres, justement irrité 
de la conduite de ce dernier, lui enjoignit « de compa- 
raître devant le prochain synode du bas Languedoc 
pour répondre aux accusations que l'on portait contre 
lui, » et ordonna, en outre, que « ladite assemblée pro- 
vinciale le suspendrait du ministère au cas qu'il l'eût 
m.érité. » Le synode nomma enfin de nouveaux com- 
missaires pour assister au prochain synode de Pro- 
vence; mais, en 163 1, ces derniers n'avaient pu encore 
accomplir leur mission « à cause des derniers troubles >> 
et « des difficultés » qui en seraient résultées s'ils y 
avaient donné suite. C'est tout ce que nous avons pu 
recueillir sur ces fâcheuses divisions intestines, que les 
catholiques ne manquaient pas d'exploiter contre les 
réformés, comme le remarque Benoît. « Les réfor- 
més, » dit-il, « étaient fort divisés en Provence, et les 
catholiques prenaient l'occasion de ces discordes, qu'ils 
y avaient eux-mêmes semées, pour leur faire impuné- 



RÉGIME DE l"ÉD1T DE NANTES. 383 

ment toutes sortes d'injustices. Cette province acca- 
blait les assemblées générales et les synodes nationaux 
de plaintes que les membres d'une même église y por- 
taient les uns contre les autres, et, souvent, on y voyait 
des députés de ces divers partis qui se disputaient mu- 
tuellement le droit de la députation et qui protestaient, 
au synode général , contre les nominations qui étaient 
laites (i). » 

DISCIPLINE. 

Les rares documents que nous avons rencontrés sur 
l'histoire intérieure des ésflises de Provence nous enea- 
gent à rapporter ici l'extrait du seul synode datant du 
régime de l'édit de Nantes qui nous soit tombé sous la 
main. Il est presque tout entier relatif à la discipline et 
nous donne une idée exacte du soin jaloux avec lequel 
les églises réformées s'efforçaient, malgré des défaillan- 
ces que nous ne voulons pas excuser, d'entretenir dans 
leur sein l'instruction religieuse , la pure doctrine , la 
piété et la charité. 

(( Comme on a remarqué, » dit cet extrait synodal, 
« que, parmi un grand nombre de familles, il y a très 
peu d'instruction , plusieurs négligeant à apprendre à 
lire dans des catéchismes familiers quelques-unes des 
prières ordinaires du matin et du soir ; y en ayant même 
qui osent se présenter la première fois à la Cène sans 
avoir subi l'examen pratiqué, non seulement dans toutes 
nos églises, mais mêmement dans la primitive ; 

» La compagnie, considérant, avec douleur extrême 
une si grande nonchalence et perversion d'ordre , qui 



(i) Aymon, t. I, p. 298, 428; t. II, p, 10^, 166, 169, 250, 122, 190, 285, ^y<, 
591, 55? ; Benoit, t. II, p. 227. 



384 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

ne peut que conduire insensiblement les personnes dans 
l'impiété, l'athéisme et dans toutes sortes de vices: vou- 
lant y apporter du remède par les moyens les plus pro- 
pres et les plus prompts que faire se pourra, exhorte 
les ministres, en l'adjonction d'un ou de deux anciens 
qui seront nommés dans chaque consistoire, de visiter 
toutes et chacune les familles de leur troupeau et de 
s'informer tant de l'instruction des pères et mères que 
de leurs enfants et domestiques , et nommément des 
prières qu'y font le matin et le soir ; s'ils ont connais- 
sance des catéchismes famihers ; les exhortant , sur 
peine de censure et de suspension, s'il y échoit, qu'ils 
aient à envoyer leurs enfants incessamment aux écoles ; 
enjoignant, d'autre part, aux maîtres d'école de redou- 
bler leurs soins pour l'instruction de la piété des enfants 
qui leur sont envoyés; exhorte aussi vivement les pères 
et mères, tuteurs et curateurs, de ne permettre point 
que les enfants ou pupilles s'approchent de la table du 
Seigneur que premièrement ils ne les aient présentés au 
ministre de leur église pour examiner s'ils ont assez 
d'instruction et de piété pour recevoir cet auguste sa- 
crement ; enjoignant aux ministres et anciens de chaque 
consistoire de veiller et de refuser la communion à ceux 
qui outrepasseront ledit règlement , duquel ils rendront 
compte exact au prochain synode , où les défaillants 
seront gravement censurés ; et afin qu'aucun ne pré- 
tende cause d'ignorance de cet article, lecture en sera 
faite le premier et le second dimanche de la Noël pro- 
chain... 

» Par un article dudit synode a été ordonné un jeûne 
général pour la province, qui se doit célébrer le diman- 
che avant Pâques. 

» Ladite assemblée a péréqué sur l'église de Riez et 
Roumoules trois écus pour subvenir à l'entretien de 



RÉGIME DE l"ÉD1T DE NANTES. 38, 

deux pauvres enfants orphelins de Mérindol qui sont à 
Marseille. Le reste [a] été péréqué sur le reste de la 
province. Ledit entretien pour un an , à raison de 
quarante-huit livres pour ladite année ; moyennant quoi 
l'église du Luc s'est chargé de leur entretien (i). » 

Pleins de charité pour leurs frères nécessiteux, les 
protestants provençaux n'oublièrent pas non plus leurs 
coreligionnaires des pays étrangers, et quand les Vau- 
dois du marquisat de Saluées , en Piémont , persécutés 
par le duc de Savoie, se virent contraints d'abandonner 
leur pays, les églises réformées de Provence demandè- 
rent à Louis XIII que ceux d'entre eux qui s'étaient 
établis, soit dans leur province, soit dans les autres pro- 
vinces de France, eussent la liberté d'aller et de trafi- 
quer sur les terres du duc de Savoie comme les autres 
sujets de Sa Majesté, « sans pouvoir être recherchés à 
l'occasion de leur religion ni empêchés d'y pouvoir 
négocier leurs biens et affaires. » Le roi accéda à leur 
vœu et promit d'en écrire au duc de Savoie (Cahier du 
17 avril 161 2) (2). 

COLLÈGE DU LUC. 

Les protestants de Provence fondèrent au Luc, quel- 
ques années après l'édit de Nantes, un collège oia l'on 
enseignait les humanités. Ses archives n'ont pu être dé- 
couvertes (3), de telle sorte que nous en sommes réduits, 
pour connaître son histoire, aux rares renseignements 



(i) H Extrait des actes du sinode des églizes refformées de Provence tenu à 
Mérindol le troiziesme de novembre 1679 » (Papiers du Consistoire de Riez; 
nis. de la bibliotli. de la Soc. de l'Hist. du prot. franc.). 

(2) Ms. XXXI, vol. I, de la bibliothèque de Carpentras. 

(5) Quelque diligence qu'ait faite le savant archiviste de Draguignan, 
M. Mireur. 

25 



i,H() HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

que nous fournissent les actes des synodes nationaux. 
Nous savons qu'il était en pleine activité en i6i2,etque 
les synodes nationaux lui accordaient une subvention an- 
nuelle de quatre cents livres. Mais sur ce point, comme 
sur les autres , les protestants de Provence montrèrent 
une grande négligence. Le synode provincial devait rendre 
compte aux synodes nationaux de l'emploi des deniers 
qu'il en recevait pour l'entretien de son collège. Eni6i2, 
il ne l'avait pas encore fait; ce qui lui valut une censure 
sévère du synode national de Privas , assemblé cette 
année , qui alla jusqu'à le déclarer « déchu du droit 
dudit collège , » s'il n'apportait pas ses comptes au 
prochain synode national. 

Le synode national de Charenton de 1623 se plai- 
gnit également de ce que les députés de Provence ne 
lui avaient pas apporté les comptes du collège du Luc, 
bien que le synode national d'Alais de 1620 le leur eût 
expressément recommandé; « c'est pourquoi cette 
assemblée,» lit-on dans ses actes, « leur ordonna de les 
produire au synode national suivant sur peine de perdre 
leur droit de collège; et les députés du Dauphiné et 
du bas Languedoc furent chargés d'aller, comme il 
leur avait été ordonné par un décret de cette assemblée, 
au synode de cette province , pour s'informer particu- 
lièrement de l'état dudit collège et si la province en 
avait bien agi ou non à son égard. » 

Au synode national de Castres de 1626 l'affaire re- 
vint en délibération. Les députés de Provence ne pré- 
sentèrent non plus de compte et dirent, pour leur ex- 
cuse, que le duc de Guise (i), alors gouverneur de 
Provence, avait donné à leur synode provincial l'ordre 



(1) Charles de Lorraine, petit-fils de François, assassiné par Poltrot 
en 156;. 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. ^8" 

impératif de se disperser avant qu'il eût eu le temps d'ex- 
pédier aucune affaire. Ils ajoutèrent d'autre part « qu'ils 
n'avaient point de compte à apporter parce qu'ils 
n'avaient touché que 50 livres, et que , nonobstant qu'ils 
n'eussent rien touché des deniers de Sa Majesté , ils 
avaient donné les salaires accoutumés au régent .de leur 
collège du Luc. » 

Les choses prirent une allure meilleure quand la con- 
fusion qui régnait dans les églises de Provence eut cessé ; 
et nous voyons le synode national de Charenton de 
163 1 allouer 400 livres au collège du Luc. Cette même 
année, Louis Xlll qui, depuis 1627, n'avait plus voulu 
concourir au traitement des pasteurs des Eglises réfor- 
mées de France , consentit à allouer à celles-ci 60,000 
livres pour l'entretien de leurs académies et de leurs 
collèges. Mais ce fut la dernière faveur du pouvoir royal 
à leur égard. Après cette époque elles ne reçurent de 
subvention d'aucune sorte , et nous nous demandons si 
les églises de Provence purent , vu leur pauvreté , con- 
tinuer longtemps encore à entretenir leur collège. Ce 
qui est constant , c'est qu'il n'est pas question de cette 
institution dans les ordonnances, que les exécuteurs de 
l'édit de Nantes de 1662 rendirent touchant l'église du 
Luc. Nous voyons les habitants réformés de ce lieu 
demander seulement qu'il leur fût permis d'avoir une 
petite école pour l'instruction de leurs enfants : ce qui 
leur fut accordé (ij. Les protestants de Provence possé- 
daient du reste de petites écoles dans chacune de leurs 
églises, mais le roi ne leur permit pas d'en ériger dans 
les lieux où l'exercice de leur religion n'était pas auto- 
risé par l'édit de Nantes (2). 

(1) Aymon, t. I, p. 434; t. II, p. 290, 406; Arch, nation. TT, 252-255, 

(2) Cahier répondu le 17 avril 1712 (Ms. Peiresc XXXI, vol. I, de la bibl. 
de Carpentras). 



?88 



HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 



SYNODES PROVINCIAUX DE PROVENCE TENUS SOUS LE 
RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 

Les synodes provinciaux se réunissaient au moins 
une fois l'année. Les noms laissés en blanc sont ceux 
de ces assemblées dont nous n'avons par retrouvé de 
trace. 



Lourmariii, i'''' octobre. 



Manosque, 2 mai. . . . 
Lourmarin, 21 octobre. 
Le Luc, septembre. . . 



Cabrières d'Aiguës, 

14 avril 

Manosque, 25 octobre.. 
Eyguières , 2 mai, . . . 
Roumoules, mai 



Cabrières d'Aiguës, 
28 août 



598 

599 
600 

601 
602 
603 
604 
605 
606 
607 
608 
609 
609 
610 
611 
612 
613 
614 
615 
616 

617 
618 
619 
620 
621 
622 

1623 



Lourmarin. . . . 
Velaux, 20 août. 

Velaux 

Seyne 



Manosque, 30 juillet. 



Velaux, 20 septembre. . 
Seyne , septembre. . . . 
Le Luc, 3 1 octobre. . . 
Seyne, 17 septembre. . 
Velaux, 20 octobre. . . 
Mérindol, mai (ou juin). 
Mérindol , <, octobre.. . 

Roumoules, 23 mai. . . 

Eyguières, 27 mai. . . . 

Lacoste, 14 juillet. . . . 

La Roque -d'Antheron 

(ou Lourmarin), mai.. 



1624 
1625 
1626 
1O27 
1628 
1629 
1630 
1631 
1632 
1633 
1634 
1635 
1636 
1637 
1638 
1639 
1640 
1641 
1642 
1643 
1644 
1645 

1646 
1647 
1648 
1649 
1650 
16^1 



RÉGIME 

La Charce 

Lourmarin 

Le Luc, 20 avril 

Riez, 20 août 

Lourmarin (ou Mérin- 
dol), 1 5 juin 

Lacoste, 30 mai 

Cabri ère s-d 'Ai gués , 
27 juin 

Lourmarin , 28 mai. . . 

Mérindol , 20 août.. . . 
Manosque 

Manosque, 21 mai. . . 
Mérindol , 5 mai 



DE LEDIT DE NANTES. 389 

6^2 Le Luc 1668 

653 Seyne 1669 

654 1670 

654 1671 

655 1672 

656 1673 

Mérindol 1674 

657 Manosque, mai 1675 

658 1676 

Manosque 1677 

659 Le Luc, juin 1678 

660 Mérindol , n novembre. 1679 

661 1680 

662 1681 

663 1682 

664 Manosque, mai 1683 

66? 1684 

666 168? 

667 



NOTICES PARTICULIÈRES SUR LES ÉGLISES DE PRO- 
VENCE ET LEURS ANNEXES AU DIX-SEPTIÈME SIÈ- 
CLE (l). 

joucAS , Gignac , Oppedettes , Roussillon , Murs. 
(Vigueries d'Apt et de Folcalqiiier.) 

De 1598 à 1605, cette église fut adjointe à celle de 
Gordes. Le 24 juin 1601, les catholiques lui contestè- 
rent le droit d'exercice et elle se borna à leur répondre 
qu'elle en jouissait de temps immémorial. En 161 1, 
André Garin , son pasteur, desservait aussi^Gordes et 



(i) Diverses listes de pasteurs et d'églises dans le Bulletin de la Société, etc., 
t. VIII, p. 25, 24, 72-76; t. IX, p. 293-297; t. XV, p. ^77, 152, IJ3 ; t. V, 
571, 372 ; t. VII, 428-434 ; Les larmes de Jacques Pinetoit de Cliainbrun, p. 286, 
287; Lefèvre, Nouveau recueil de tout ce qui s'est fait pour et contre les 
protestants; Aynion, Tous les synodes des nationaux; Benoit, t. III, 112-115 
(Pièces justificatives) ; et les sources citées au bas des pages. 



390 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

l'annexe de Murs, et les réformés de ces trois localités 
lui faisaient 428 livres d'appointements. Quelques 
années après, le sieur Bonine , prêtre, commandeur de 
Joucas, lui suscita des difficultés, qui se terminèrent 
par la transaction du 13 juin 1622, par laquelle ledit 
commandeur permit l'exercice à Joucas. Un arrêt du 
conseil du roi du 3 mars 1634, enregistré par le Parle- 
ment de Provence le 26 avril suivant, fit défense à 
André Garin et tous autres ministres de faire des prê- 
ches et autres exercices dans les lieux autres que les 
lieux de bailliage. Garin quitta alors l'église, qui resta 
quelques années sans pasteur. Vers 1638, un revirement 
s'opéra en faveur de Joucas, qui put reprendre son 
exercice. Un arrêt du Conseil du roi du 7 septem- 
bre 1645 défendit même au Parlement de Provence de 
connaître des différends survenus entre les réformés de 
Joucas , Gordes , Murs et autres lieux et les catholiques, 
et renvoya les parties devant la Chambre de Tédit de 
Grenoble. 

En 1662, les syndics généraux du clergé de Provence 
contestèrent de nouveau le droit d'exercice aux habi- 
tants réformés de Joucas par-devant les commissaires 
exécuteurs de l'édit de Nantes de cette époque, et 
demandèrent qu'il fût supprimé et que le temple fût 
démoli , se fondant sur ce que ce dernier avait été bâti 
sur une terre appartenant à un religieux de Saint-Jean 
de Jérusalem, seigneur haut-justicier. Le commissaire 
catholique donna raison aux syndics, mais il opina 
pour que le temple fût simplement converti à un 
autre usage. Quant au commissaire protestant, il demanda 
que les réformés de Joucas fussent admis à prou- 
ver par témoins qu'ils avaient joui de l'exercice en 
1 596 et 1 597. Joucas ne renfermait à cette époque que 
six familles catholiques et encore moins au moment où 



RÉGIME DE L'ÉDIT DE NANTES. 391 

fut promulgué l'édit de Nantes. Le procès-verbal de 
partage des deux commissaires fut signé à Pertuis le 
17 mai 1662 et renvoyé au roi, qui ordonna en son Con- 
seil , le 4 mai 1663, la suppression de l'exercice et la 
démolition du temple. 

Joucas avait pour annexes Gignac, Oppedettes , 
Roussillon et Murs. 

Gignac et Oppedettes. — En 1625, le roi , répondant 
à un cahier de plaintes des églises réformées, avait mani- 
festé le désir que l'exercice fût restitué à Gignac, mais 
la volonté royale ne fut pas exécutée. Dans les plaintes 
portées au roi par les députés du synode général d'Alen- 
çon de 1637, on exposait que l'exercice était autorisé 
et établi à Gignac en 1620 avant les nouvelles guerres 
de religion, et qu'interrompu à cette époque, l'édit de 
grâce de Nîmes, de juillet 1629, en avait permis le réta- 
blissement , mais que les commissaires chargés de faire 
exécuter l'édit n'avaient pu remplir leur commission. 
Le synode d'Alençon demandait au roi, en conséquence, 
de rendre justice aux habitants réformés de Gignac. Ils 
obtinrent, paraît-il , gain de cause , car les syndics géné- 
raux du clergé de Provence demandèrent aux commis- 
saires exécuteurs de l'édit de Nantes, de 1661, que le 
pasteur Pouyer, de Joucas, ne pût plus faire l'exer- 
cice à Gignac et Oppedettes en vertu de la décla- 
ration royale du 2 décembre 1634, qui interdisait le 
prêche dans les annexes. Les commissaires s'étant par- 
tagés sur l'objet du litige, le roi , par un arrêt de son 
conseil du 4 mai 1663 , supprima l'exercice à Gignac et 
Oppedettes. La première annexe comptait, en 1682, 
cent quatre habitants réformés (vingt-deux familles) , 
et la seconde soixante et dix (dix-sept familles). 

Roussillon, à la même époque , avait soixante habitants 
réformés (quinze familles). 



592 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

Quant à Murs , elle fut adjointe tour à tour aux églises 
de Joucas, Gordes et Lacoste. 

Il y avait aussi, en 1682, à Viens, trente habitants réfor- 
més , à Saint-Martin-de-Castillon vingt , à Caseneuve 
six. 

Pasteurs de Joucas : JeanBouer. 1596-1597; André 
Garin, 1611-1634; Théophile Pouyer, 1650-1662; 
Bouer, 1685 (i). 

GORDES. — LA BASTIDE-DES-GROS (2). 

En 1 598, Daniel Chamforan , pasteur de Gordes, des- 
servait aussi Joucas et son annexe de Roussillon. Ces 
trois églises réunies lui faisaient un traitement de 500 li- 
vres et cet accord dura jusqu'en 1605, Les commissaires 
exécuteurs de l'édit de Nantes de 1601 maintinrent 
l'exercice à Gordes, où il s'était établi en 1 580, et ceux 
de 161 2 décidèrent, le 29 mars de la même année, que 
les habitants réformés du lieu établiraient par témoins 
qu'ils avaient joui de l'exercice en 1 577, 1 596 et 1 597; 
que les consuls leur donneraient un cimetière ; qu'à 
défaut de ce, les habitants réformés en achèteraient un 
aux frais de la commune, et que, de plus, ceux-ci par- 
ticiperaient à toutes les charges municipales. Le 10 avril 
suivant, l'exercice fut reconnu avoir été pratiqué aux 
dates susdites et il subsista sans interruption jusqu'en 
1634. 

En 1608, l'église de Gordes, unie à Joucas, Murs et 
Lacoste , perdit son pasteur , Daniel Chamforan , qui 
passa au service des églises du Vivarais. Après plu- 
sieurs mois d'attente et craignant de demeurer encore 

(i) Aymon, t. H, p. 596; Arch. nation. TT, 232, 255, 235 A, 258, 288 B. 
(2) Hameau de Gordes , ne formant avec cette commune qu'une seule cl 
mèine église; aujourd'hui Les Gros simplement. 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 393 

longtemps sans pasteur, elle prit le parti de députer un 
de ses anciens à la compagnie des pasteurs de Genève 
dans l'espoir d'en obtenir un de sa bienveillance. Il était 
porteur de la lettre suivante : « Ce personnage, le père 
André Silvestre, ancien du consistoire de l'église réfor- 
mée de Gordes , vous est envoyé de notre part pour 
exposer à votre compagnie le piteux sort de notre 
église dénuée de son plus grand bien , du service d'un 
pasteur, et si tellement désireuse d'icelui qu'elle vous 
ose assurer ne pouvoir vivre sans en jouir. C'est une 
assemblée de plus de mille personnes admise à la com- 
munion des fidèles qui , pour avoir déjà passé six mois 
sans exercice ordinaire , en ressentent un intérêt et un 
ébranlement non pareils ; contraints à porter leurs en- 
fants une journée loin pour [eue faire recevoir le saint 
baptême et appeler à soi des pasteurs à très grande in- 
commodité d'un chacun pour célébrer le sacrement de 
la Cène du Seigneur; outre la négligence à laquelle 
plusieurs s'abandonnent en se voyant ainsi dépourvus. 
Nous nous sommes remontrés ceci à notre province et 
la supplier y vouloir remédier , mais elle ne l'a pu, bien 
qu'elle l'eût voulu , d'autant qu'il y a plusieurs autres 
églises qui sont de même rang que nous et demandent 
même secours sans pouvoir être soulagées que de l'em- 
prunt de leurs voisins. Cette voie nous étant close , 
nous avons cru la vôtre nous devoir être plus ouverte , 
vu que d'une telle pépinière de l'Eglise qu'est votre aca- 
démie, il ne peut qu'à toute heure il ne s'élève de jeu- 
nes plantes à nous ensemencer d'icelles : ce qui nous 
enhardit à vous présenter cette humble requête que 
veuillez nous favoriser de l'octroi d'un pasteur que vous 
jugerez nous être sortable , ne doutant point que ne 
l'entériniez d'un témoignage de votre affection. Nous 
avons donné plein pouvoir à notre agent de convenir et 



Î94 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

arrêter avec celui qu'il vous plaira nous adresser de 
moyens requis et d'un honnête entretien. Et promettons 
par celle-ci ratifier tout ce qui en sera conclu par vos 
prudents avis , sur lesquels nous reposant , nous prions 
Dieu de bon cœur qu'il vous continue toujours le cours 
de ses bénédictions et vous supplions nous croire tels 
que nous avouons, messieurs et très honorés frères, vos 
plus humbles et affectionnés frères des églises réfor- 
mées de Gordes, Joucas et Murs, Lacoste. » 

Suivent les signatures de dix-neuf anciens , diacres , 
consuls ou autres de Gordes, Joucas et Lacoste. 

Pour donner plus d'autorité à cette requête , le bu- 
reau du synode provincial de Manosque l'accompagna 
de la lettre suivante : « Messieurs et très honorés frè- 
res, il est advenu que, «par le départ d'un de nos frères 
d'avec nous , l'une des plus nombreuses églises de ce 
pays s'est trouvée destituée de l'entretien spirituel , ce 
que ne pouvant porter patiemment , vu son zèle , elle a 
eu recours à nos assemblées pour être pourvue par no- 
tre adresse. Vrai est que jusqu'ici il n'a été en nous de 
satisfaire à son désir pour avoir en notre ressort beau- 
coup plus d'églises à dresser que l'espoir de leur obte- 
nir à toutes des pasteurs. C'est pourquoi nous avons 
jugé ne lui pouvoir donner meilleur avis que, la vous 
recommandant, l'induire à requérir de vos faveurs, per- 
sonnage qui soit et propre et disposé à servir Dieu en 
icelle. Ce sont les témoignages que votre piété déploie 
journellement au maintien de l'église qui nous ont dicté 
d'implorer de vous cet aide. C'est le célèbre lot de vo- 
tre académie qui nous assure qne ne pouvez être sur- 
pris au dépourvu quand on recherche des pasteurs , et 
c'est notre disetteux état qui nous presse à vous impor- 
tuner. Vous aurez l'œil, messieurs, sur une province qui 
se relève et récrée des plus grièves oppresses, que no- 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 395 

tre parti ait éprouvées en ce royaume, et qui rassemble 
peu à peu une troupe éparse en divers endroits , et par- 
ticulièrement sur une église épandue en trois parts, qui 
répondent à trois divers évêchés et se confronte Avignon 
et le comté de Venisse, pour y envoyer homme qui pro- 
mette se développer heureusement des attaques qui la 
peuvent menacer, sans qu'il ait toutefois à craindre 
d'encourir aucun fâcheux échec, car déjà jouissons-nous 
de quelques-uns des vôtres, qui, en des lieux non moins 
écartés et pierreux, travaillent à bon succès et vivent à 
repos. Au nom de Dieu, Messieurs, recevez notre hum- 
ble requête de telle affection que nous espérons , et 
nous vous en signalerons une telle obligation que , 
priant Dieu pour votre conservation et avancement de 
sa gloire parmi vous , nous dédierons à vous servir vos 
plus humbles et affectionnés frères au Seigneur, les pas- 
teurs des églises réformées de Provence et eux : Hu- 
ron (qui a écrit cette lettre) , De Croze , De La Plan- 
che. A Manosque, ce 2 mai 1609. » 

Nous croyons c^ue la réponse de la compagnie des 
pasteurs fut négative; mais Gordes, provisoirement des- 
servie par les pasteurs environnants, conserva sans con- 
testation son droit d'exercice jusqu'en 1634 , alors 
qu'elle fut comprise dans l'arrêt du Conseil du roi du 
3 mars de cette même année, cité plus haut, qui défen- 
dait l'exercice à Joucas et autres lieux. Vers 1638, Gor- 
des put en jouir de nouveau et il subsista jusqu'au 
20 mars 165 1. Mais, à cette date, le Parlement d'Aix, 
à la requête de Fortias , évêque de Cavaillon , défendit 
aux habitants réformés de Gordes de continuer leur 
exercice. Toutefois , comme cette affaire ressortissait à 
la Chambre de l'édit de Grenoble, celle-ci cassa, le 
2 août 165 1 , l'arrêt du Parlement d'Aix par un arrêt con- 
traire qui maintint l'exercice et fut signifié à Tévêque le 



396 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

14 août suivant, et le citait à comparaître à sa barre. 
L'opposition recommença en 1662. Les syndics géné- 
raux du clergé de Provence demandèrent aux commis- 
saires exécuteurs de l'édit de Nantes de cette époque 
que le temple de la Bastide-des-Gros fût démoli parce 
qu'il avait été rebâti nouvellement. Le commissaire ca- 
tholique leur donna gain de cause , mais à la réserve 
que le temple serait converti à un autre usage. Quant 
au commissaire protestant, il demanda que les habitants 
réformés de Gordes fussent autorisés à prouver par té- 
moins que l'exercice avait eu lieu chez eux , avant et 
après les années 1 596 et au mois d'août de l'année 1 597. 
Le procès-verbal de partage des deux commissaires fut 
signé à Pertuis le 22 mai 1662 et renvoyé au roi qui , 
statuant en son conseil, ordonna, par son arrêt du 4 mai 
1663, que le temple de la Bastide-des-Gros serait dé- 
moli et que l'exercice y serait supprimé de même qu'à 
Gordes. 

Pasteurs : Jean Bouer, 1 583-1 588; Daniel Cham- 
foran , 1 598-1608 ; Chabrand , 161 5-1634. A partir de 
cette époque, Gordes ne paraît pas avoir eu de pasteur 
en propre et était desservie par ceux de Joucas ou de 
Lacoste (i). 

LACOSTE, Sivergues, Roquefure. 

(Viguerie d'Apt.) 

Cette église semble avoir été longtemps unie à Gor- 
des et l'était encore en 1609. Nous croyons qu'elle eut 
à souffrir de l'arrêt du Conseil du roi, du 3 mars 1634, 
qui supprima l'exercice à Joucas et autres lieux. Quoi 
qu'il en soit, le 18 décembre 1639, elle était de nou- 

(i) Arch. nation. TT, 258; Ms. franc, de la biblioth. de Genève, n" 197", 
porlet". et 15. 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 397 

veau en possession du droit d'exercice et convint, avec 
les églises de Joucas, Gordes et l'annexe de Murs, que 
François Vallanson , son pasteur, desservirait ces der- 
nières églises à condition qu'elles contribueraient à ses 
appointements, fixés à 400 livres. Cette convention sub- 
sista jusqu'en 1651, époque oij Vallanson passa au ser- 
vice des églises du Dauphiné. Les commissaires exé- 
cuteurs de l'édit de Nantes, de i66r , qui eurent à 
"examiner les prétentions des syndics généraux du clergé 
de Provence touchant la suppression de l'exercice à 
Lacoste et la démolition de son temple, se partagèrent 
sur ce double objet et envoyèrent leur procès verbal au 
Conseil du roi qui , par son arrêt du 4 mai 1663 , or- 
donna la suppression de l'exercice et la démolition du 
temple. 

En 1682 , Lacoste comptait 222 habitants réformés 
(88 familles). 

Annexes : Sivergues et Roquefure. 

S'wergues. — Cette communauté appartenait primitive- 
ment à un seigneur réformé , et l'exercice n'y fut pas 
d'abord contesté ; mais lorsqu'elle passa aux mains de 
Marguerite d'Adhémar de Monteil de Grignan , mar- 
quise de Sivergues , les syndics généraux du clergé de 
Provence et la marquise elle-même demandèrent aux 
commissaires exécuteurs de 1662 la suppression de 
l'exercice et la démolition du temple. Ils se fondaient 
sur ce que ce temple avait été bâti en face de l'église 
il y avait seulement seize ans ; que c'était une réunion 
de hameaux contigus à Lacoste et que jamais aucun mi- 
nistre n'y avait résidé. Le commissaire catholique émit 
un avis conforme à cette prétention, à la réserve toute- 
fois que le temple serait converti à un autre usage. 
Quant au commissaire protestant, il opina pour qu'il fût 
permis aux habitants réformés du Heu de prouver , 



39^ HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

comme ils le demandaient , que l'exercice avait été fait 
à Sivergues, en 1 596 et 1 597. Le procès verbal de par- 
tage fut signé à Pertuis le 20 mai 1662 et renvoyé au 
Conseil du roi, qui ordonna, par son arrêt du 4 mai 1 663 , 
rendu en son conseil , que le temple serait démoli et 
l'exercice supprimé. 

En 1682, Sivergues comptait 94 habitants réformés 
(21 familles). 

Roque f lire (hameau d'Apt). — Les mêmes commissai- 
res eurent aussi à seprononcer sur le droit d'exercice de 
cette église. Le catholique demanda qu'il fût supprimé 
parce que Roquefure était un hameau dépendant de 
Sivergues et une simple annexe. Le protestant exprima 
sa surprise de ce que son collègue interdisait l'exercice 
à Roquefure quand les habitants réformés du lieu n'a- 
vaient pas même été cités à comparaître, et il émit l'avis 
que ceux-ci fussent admis à prouver qu'ils avaient joui 
de l'exercice en 1596 et 1597, mais qu'en attendant 
ledit exercice leur fût ôté. Le procès-verbal de partage, 
signé à Pertuis le 20 mai 1662, fut renvoyé au Conseil 
du roi, qui décida, par son arrêt du 4 mai 1663 , que 
l'exercice serait supprimé à Roquefure. 

En 1682, cette annexe comptait 16 habitants réformés 
(3 familles). 

Il y avait aussi 24 habitants réformés (4 familles) à 
Buoux en 1682. 

Pasteurs : de Fargues, 1561 (Lacoste et Roussillon 
réunies); André Busset, 1615-1616; Raphaël Gabet , 
1616-1616; Jacques Baille, 1626-1638; François Val- 
lanson , 1639-1651 ; Pierre Chalier, 1660-1668(1). 

Pasteur de Sivergues : Bouon, 1 561 ; Guillaume Cassy, 
1566-1567. 

(1) Arch. nation. TT, 25c A, 2j8, 284. 



REGIME DE L EDIT DE NANTES. i^^C; 

MÉRINDOL. 

(Viguerie d'Apt.) 

Cette église jouit de son droit d'exercice sans con- 
testation jusqu'au 14 juillet 1661. A cette date le Con- 
seil du roi, ayant été saisi d'une requête du syndic géné- 
ral du clergé de Provence tendant à la démolition du 
temple et à l'interdiction de l'exercice, décida que le 
ministre et les anciens du lieu fourniraient la preuve, 
par pièces originales, que l'exercice avait été pratiqué 
à Mérindol en 1596 et 1597 et renvoya les parties de- 
vant les commissaires exécuteurs de l'édit de Nantes 
en Provence nommés l'année d'avant. La preuve ayant 
été faite, lesdits commissaires, par leur ordonnance 
de Pertuis du 19 mai 1662, maintinrent le temple et 
l'exercice à Mérindol. Il fut établi que, de mémoire 
d'homme, le culte catholique n'y avait pas été célébré. 
Le conseil du roi confirma la décision des commissaires 
par son arrêt du 19 mai 1663, nonobstant deux mé- 
moires catholiques joints au dossier. 

Le premier, rédigé par le cardinal Grimaldi, arche- 
vêque d'Aix, est intitulé : « Moyens pour obtenir de la 
piété et du zèle de S. M., pour l'extirpation de l'héré- 
sie, la démolition du temple de Mérindol. » L'auteur 
expose que Mérindol compte 150 maisons ou familles, 
dont 1 3 5 protestantes et 1 5 catholiques, que de l'église 
on entend le chant des Psaumes du temple; que si les 
édits défendent de construire des temples ailleurs que 
dans les faubourgs des villes, à plus forte raison défen- 
dent-ils de les agrandir; que celui de Mérindol a été 
agrandi après 1650, qu'il mesure 25 cannes carrées 
en œuvre et a empiété sur les écuries du moulin de la 



400 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

communauté ; enfin qu'il a été bâti sur un terrain ecclé 
siastique. 

Le second Mémoire, qui porte le simple titre de 
« Mémoire contre le temple de Mérindol , » rappelle 
que l'édit de Saint-Germain-en-Laye du 15 août 1570 
autorisa l'exercice de la religion réformée dans les 
faubourgs de Mérindol et de Forcalquier; qu'à cette 
époque le temple était situé à mille pas du village et 
que, quelques années après, les Mérindoliens trans- 
portèrent leur résidence près du temple, qui se trouva 
ainsi bâti au milieu du nouveau village. Pareille chose 
arriva pour l'église paroissiale, qui ne fut construite 
qu'à quinze pas du temple. Le Mémoire ajoute que le 
tempje se composait de deux parties : l'une fort an- 
cienne et l'autre qui avait été bâtie, il y avait environ 
trente-cinq ans, sur un fond appartenant à la commune, 
sans la permission de l'archevêque de Marseille, seigneur 
de Mérindol ; que la commune avait toujours été censée 
catholique et qu'il était probable que ce temple avait 
été construit avec son argent (!). . 

Le Parlement d'Aix, le 7 janvier 1670, condamna 
divers particuliers de Mérindol pour « irrévérences com- 
mises contre le saint sacrement de l'autel. » Il avaient 
demandé le renvoi de leur cause devant la Chambre de 
l'édit de Grenoble; mais ils furent déboutés de leur 
requête parce qu'aux termes des art. 36 et 38 de la décla- 
ration royale de 1669, abrogeant celle de 1666, « ceux 
de la religion devaient cesser de chanter dans leurs 
temples quand le saint sacrement passait devant iceluy, 
et que , le rencontrant par les rues , ils étaient tenus de 
se retirer ou de se mettre en état de respect (1). » 



(i) Suite d'arrcsts notables de la Cour de Parlement de Propence, par de 
Boniface , t. I , chap. XXI. 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 40 1 

En 1682, Mérindol comptait 900 habitants réformés. 

Pasteurs : Jean Bonpart , 1651 ; Jean Peréri, 1545 
et 1 561; Jean Bouer, 1580; puis 1 588-1 595 (Mérindol 
et Lourmarin réunis), et 1595 (Mérindol seul); Barthé- 
lémy Récend, 1603-1611; Jacques de La Planche, 
1612-1620; P. Piélat, 1626; André Bernard, 1637; 
Charles Agnel, 1660-1664; Théophile Pouyer (premier 
pasteur), 1665-1671 ; Bernard (second pasteur), 1666- 
1677; Gaudemar, 1680 (i). 

LOURMARIN, Cadeiiet et la Roque-d'Antheron. 
(Vigueries d'Apt et d'Aix.) 

Les réformés de Lourmarin, lieu presque entièrement 
protestant, célébraient, de temps immémorial, leur culte 
dans l'église catholique , convertie en temple. Les com- 
missaires exécuteurs de 1601 la leur ayant ôtée , ils bâti- 
rent un temple et jouirent sans contestation de leur 
droit d'exercice jusqu'en 1661. A cette époque le Con- 
seil du roi , ayant été saisi d'une requête des syndics et 
clergé d'Aix et de l'évêque de Marseille tendant à l'inter- 
diction de l'exercice à Lourmarin et à la démolition du 
temple, décida que le ministre et les anciens de Lour- 
marin feraient la preuve parpiéces originales que l'exer- 
cice avait été pratiqué dans ce lieu en 1596 et 1597 et 
renvoya les parties devant les commissaires exécuteurs 
nommés l'année d'avant. Bien que la preuve ne laissa 
rien à désirer comme évidence, le commissaire catholi- 
que opina en faveur de l'interdiction de l'exercice et de 
la démolition du temple. Pourtant le village, ne renfer- 
mait à cette époque que vingt familles catholiques. Le 
commissaire protestant ayant émis un avis contraire, un 



(i) Arch, nation., 252, 23;, 2;6, 257, 288 B. 

26 



402 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

procès verbal de partage fut signé à Pertuis le H) mai 
1662 et renvoyé au roi qui, statuant en son conseil le 
4 mai 1663, ordonna la suppression de l'exercice à 
Lourmarin et la démolition immédiate du temple, à moins 
que les réformés ne voulussent l'abattre eux-mêmes, 
moyennant quoi les matériaux leur appartiendraient. 
L'historien Pitton nous apprend que la démolition du 
temple de Lourmarin fut due aux obsessions de Gri- 
maldi , archevêque d' Aix, et l'historien Honoré Bouche, 
que Du Chaîne, chanoine et grand vicaire de Grimaldi, 
assista à la démolition des temples du ressort de l'arche- 
vêché d'Aix, qui eut lieu le 26 juin 1663. 

Pierre Texier, ancien du consistoire de Lourmarin, 
représenta les églises de Provence au synode national 
de La Rochelle de 1607 et à celui de Saint-Maixent 
de 1609. Jean Monastier,égalementanciendu consistoire 
de Lourmarin, représenta les mêmes églises au synode 
national d'Alençon de 1637. 

En 1682, Lourmarin comptait mille habitants réfor- 
més ( 250 familles), et de 1588 à 1619 il se célébrait 
dans l'église une moyenne de soixante à soixante et dix 
baptêmes par an. 

Annexes : La Roque-d'Antheron et Cadenet. 

La Roque-d' Antheron. — Les syndics généraux du 
clergé de Provence demandèrent aux commissaires exécu- 
teurs de l'édit de Nantes de 1662 la démolition du tem- 
ple de ce lieu et la suppression de l'exercice. Le com- 
missaire catholique accéda à leur vœu, à la réserve tou- 
tefois que le temple serait converti à un autre usage. 
Le commissaire protestant opina au contraire pour que 
le temple et l'exercice fussent maintenus. En 1596 et 
1597, remarquait-il, l'exercice se faisait à La Roque 
par les soins du pasteur de Lourmarin , comme le prouva 
l'enquête ordonnée en septembre i04opar la Chambre 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 403 

de l'édit de Grenoble. Sept témoins déposèrent « tout 
clairement et nettementcomme d'une chose notoire, que, 
depuis plus de soixante ans, et quelques-uns depuis 
vingt-cinq ans, avant les troubles, lesdits habitants de 
La Roque de la R. P. R. faisaient l'exercice public 
de leur dite religion dans le temple qu'ils ont audit 
lieu par le ministre de Lourmarin , et qu'ils étaient en 
possession de faire audit lieu les prières publiques par 
le maître d'école à défaut du ministre ; que le peuple 
s'assemblait au son de la cloche et que tous leurs papiers 
furent brûlés au château de Gordes, lors des guerres 
de 1592, et même le consul de La Roque, qui était de 
la R. P. R., y fut tué. » A la suite de cette enquête, 
l'exercice fut maintenu à La Roque par arrêt de la 
Chambre de l'édit de Grenoble du 22 février 1641, et, 
le 16 septembre de la même année, solennellement réta- 
bli par un conseiller de ladite Chambre, qui fit ouvrir le 
temple et prêcher Pierre Maurice, pasteur à Lourma- 
rin, lequel fit encore, le lendemain, la prière publique 
dans le temple et baptisa un enfant. L'exercice n'avait 
été interrompu, avant cette époque, que par la violence 
du seigneur du lieu, président au Parlement de Pro- 
vence, qui avait fait rendre un arrêt d'interdiction, 
s'appuyant non pas sur ce que les protestants n'avaient 
pas de droits , mais sur le fait qu'un ministre non rési- 
dant y faisait l'exercice. A l'arrivée des premiers com- 
missaires exécuteurs de 1601 le droit des habitants réfor- 
més de La Roque n'avait pas été contesté, et ceux-ci 
en jouirent jusqu^en 1633, alors que ledit président les 
en dépouilla par le motif indiqué ci-dessus. Il ne saurait 
être étonnant du reste, faisait encore remarquer le com- 
missaire protestant , que les habitants réformés de La 
Roque n'eussent pas couché leurs actes ecclésiastiques 
par écrit à cause de la proximité du Parlement d'Aix 



104 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

qui, en avril et octobre 1596, défendit l'exercice de la 
relio-ion réformée dans toute la Provence, sous peine de 
confiscation de corps et de biens. Le Président au Par- 
lement ne s'était pas tenu pour battu après la réouver- 
ture du temple en 1641 et, trois mois après le départ 
du conseiller-commissaire de la Chambre de l'édit de 
Grenoble, il avait fait murer la porte du temple et me- 
nacé les réformés que, s'ils osaient continuer leur exer- 
cice, il les taillerait en pièces. 

Nous ne savons ce qu'il advint de l'avis émis par le 
commissaire protestant, mais nous n'avons trouvé aucun 
arrêt du conseil du roi interdisant l'exercice à La Roque. 

En 1682, cette annexe comptait cent familles réfor- 
mées. 

Cadenet. — Dans les plaintes portées au roi par les 
députés du synode national d'Alençon, de 1637, on 
exposait que l'exercice était autorisé et établi à Cade- 
net, en 1620. avant les nouvelles guerres de la religion, 
et qu'interrompu à cette époque, l'édit de grâce de 
Nîmes, de juillet 1629, en avait permis le rétablisse- 
ment ; mais que les commissaires chargés d'exécuter 
cet édit n'avaient pu remplir leur commission. Le 
synode, en conséquence, demandait au roi de rendre 
justice aux habitants réformés de Cadenet, d'autant plus 
que, dès 1625, répondant à un cahier de plaintes qui 
lui avait été adressé cette même année, le roi avait ma- 
nifesté le désir que l'exercice fût rendu à cette église. 
Nous ne savons s'il fut fait droit aux nouvelles plaintes 
du synode d'Alençon. 

En 1682, Cadenet comptait cent habitants réformés 
(trente familles). 

Il y avait aussi à la même époque, à Lauris, cent 
vingt habitants réformés (vingt-cinq familles). 

Pasteurs : De Mercurins, 1 561 ; Barras, 1 560; Baus- 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 405 

san , 1 560-1 572, suppléé, pendant plusieurs absences 
prolongées, par Bouon et Franc; George Drujon, 1 580- 
1581 ; Jean Bouer, 1588-1595 ; Jacques de La Plan- 
che, 1595-1612; Pierre Maurice, 1612-1678; second 
ministre ou suffragant , Jean Poudrel de Corbière, 
1663 (I). 

Pasteur de La Roque-d'Antheron : Manny, 1561. 

CABRiÈr<ES-D'AiGUES, La Molte-d' Aigiics , Peyp'm-d' Aiguës , 
Sainl-Martin-if Algues , La Tour-d' Aiguës. 

(Viguerie d'Apt.) 

Cabrières et ses annexes formaient ce qu'on appelait 
« L'Eglise de la Vallée d'Aiguës, » ou simplement de 
« la Vallée, » l'ancienne Valmasque. 

Les habitants réformés de Cabrières célébrèrent 
longtemps leur culte dans l'ancienne église catholi- 
que, qu'ils pourvurent, en 1603, d'une cloche, achetée 
à Avignon. Un arrêt du Parlement de Provence, du 
2 1 juillet 1632, leur ayant ôté l'église, ils bâtirent aussitôt 
un temple. Quelques années auparavant, ils avaient eu 
à souffrir de la part de leurs voisins catholiques , car 
nous voyons une délibération du conseil communal de 
Cabrières, du 17 octobre 1623, portant qu'une députa- 
tion serait envoyée au Parlement pour u obtenir injonc- 
tion contre les consuls des villes et lieux circonvoisins 
et des villages de la Val-d'Aigues de tenir la main et 
prendre garde que ne soient commis aucun excès ni 
violences » contre ceux de la religion réformée. 

Pendant un certain nombre d'années, l'église de Ca- 



(i) Aymon, t. II, p. 590; Benoit, t. III, p. 164 ; Arch. nation. TT, 252. 255, 
261, 288 B; Divers registres de bapt. et de mariag. aux arch. consister, et 
commun, de Lourmarin ; Pitton, Hist. de la ville d'Aix, p. 271 ; Honoré Bou- 
che, t. II, p. 857. 



40(j HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

brières, à cause du chiffre élevé de la population réfor- 
mée de ses annexes , eut deux pasteurs , dont le traite- 
ment était fait, non pas au moyen de cotisations, comme 
cela avait lieu dans la plupart des églises réformées , 
mais par une impostion de trente sols par livre cadas- 
trale « sur tous les habitants et manants de Cabriè- 
res. » 

L'église jouit sans contestation de son droit d'exer- 
cice jusqu'au 14 juillet i66î, date à laquelle le Conseil 
du roi, ayant été saisi d'une requête des syndics et 
clergé d'Aix et de l'évêque de .Marseille, tendant à 
l'interdiction de l'exercice à Cabrières et à la démoli- 
tion du temple, décida que les ministres et les anciens 
du lieu fourniraient la preuve , par pièces originales , 
que l'exercice avait été fait à Cabrières en 1596 et 
1597 et renvoya les parties devant les _ commissaires 
exécuteurs de l'édit de Nantes nommés l'année d'avant. 
Bien que la preuve ne laissât rien à désirer comme évi- 
dence, le commissaire catholique opina néanmoins pour 
que l'exercice fût supprimé et le temple démoli. Pour- 
tant, Cabrières ne renfermait à cette époque que deux 
familles catholiques, qui s'y étaient établies depuis quel- 
ques années seulement. Le commissaire protestant ayant 
émis un avis contraire à celui de son collègue, un pro- 
cès-verbal de partage fut signé à Pertuis le 19 mai 1662 
et renvoyé au roi qui, statuant en son conseil, ordonna, 
par arrêt du 4 mai 1663, que l'exercice serait supprimé 
à Cabrières et le temple démoli immédiatement, à moins 
que les habitants réformés ne voulussent l'abattre eux- 
mêmes dans la quinzaine, moyennant quoi les matériaux 
leur appartiendraient. Cette mesure leur ayant répugné, 
une ordonnance, du 27 juin 1663, de Blanc, lieutenant 
général commissaire , les obligea à payer les quatre- 
vingt-dix livres qu'avait coûté la démolition de l'édifice. 



\ 



REGIME DE L EDIT DE NANTES. 407 

En 1682, Cabrières comptait six cents habitants ré- 
formés (cent trente familles). 

Annexes : La Motte-d' Aiguës, Peypin-d' Aiguës et 
Saint-Martin-d' Aiguës. 

La Motie- d'Aiguës. — Comme les habitants réformés 
de Cabrières, ceux de La Motte célébrèrent d'abord 
leur culte dans l'église catholique, qui leur fût ôtée par 
arrêt du Parlement de Provence du 21 juillet 1632. Ils 
construisirent immédiatement un temple et en jouirent 
paisiblement jusqu'au 14 juillet 1661 , alors que le con- 
seil du roi, ayant été saisi d'une requête des syndics et 
clergé d'Aix et de l'évêque de Marseille, tendant à la 
suppression de l'exercice et la démolition du temple de 
La Motte , décida que le pasteur et les anciens du lieu 
fourniraient la preuve, par pièces originales, que l'exer- 
cice avait été pratiqué à La Motte en 1 596 et 1597 et 
renvoya les parties devant les commissaires nommés 
l'année d'avant. La preuve fut faite, mais le commissaire 
catholique n'en opina pas moins dans le sens des pré- 
tentions catholiques. Son collègue protestant ayant émis 
un avis contraire, un procès-verbal de partage, signé à 
Pertuis le 19 mai 1662, fut envoyé au roi qui, par un 
arrêt du 4 mai 1663, rendu en son conseil, ordonna que 
l'exercice serait supprimé à La Motte-d'Aigues et le 
temple démoli tout de suite , à moins que les habitants 
réformés ne voulussent l'abattre eux-mêmes, auquel cas 
les matériaux leur appartiendraient. Pourtant, le sixième 
seul des habitants de La Motte étaient catholiques, 
encore ne s'étaient-ils établis dans la commune que 
depuis quelques années. 

En 1682, La Motte comptait trois cent cinquante 
habitants réformés (quatre-vingts familles). 

Peypin-d'' Aiguës. — L'exercice fut supprimé dans 
cette annexe et son temple démoli par arrêt du conseil 



408 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

du roi, du 14 juillet 1661 , à la requête des syndics et 
clergé d'Aix et de l'évêque de Marseille, sans que la 
question fût soumise à l'examen de commissaires spé- 
ciaux. 

En 1682, Peypin renfermait deux cent vingt-cinq ha- 
bitants réformés (cinquante familles). 

Saint-Martifi'd' A igiies (aujourd'hui de La Brasque). — 
Cette annexe fut privée de son droit d'exercice par le 
même arrêt rendu à la requête des mêmes personnes. 

En 1682, Saint-Martin comptait deux cent cinquante 
habitants réformés (cinquante familles). 

Il y avait aussi des protestants à Sannes : cent qua- 
rante habitants (quarante-trois familles), et à La Tour- 
d'Aigues six familles. 

Pasteurs de Cabrières : Jean Nicolet 1580 ; Théo- 
dore Colladon , 1599; Barthélémy Récend , 1601- 
1602; Antoine de Croze (premier pasteur), 1 602-1 644; 
Alexandre Maurice (second pasteur), 1640-1662; Salo- 
mon Poucel, 1663-1678 (1). 

Pasteur de La Motte-d'Aigues : De La Salle, 1^61. 

EYGUIÈRES, SéliaS. 
(Vigueries d'Aries et de Tarascon.) 

Cette église fournit deux députés aux synodes natio- 
naux : en 1614, Balthazar (2) de Gérente , sieur de 
Varages, ancien du consistoire d'Eyguières, qui repré- 
senta les églises de Provence au synode national de 
Tonneins, assemblé cette même -année ; et, en 16] i , 



(i) Arch. nation. TT, 252, 255, 288 B; Arch. commun, de Cabrières- 
d'Aigues. 

(2) Le prénom de Balthazar est peut-être une erreur et paraît plutôt 
appartenir au frère du sieur de Varages, Balthazar de Gérente, baron de 
Scnas, petit-fils de Fillustre défenseur deSisteron. 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 409 

Pierre de Peyre, seigneur de Cabardet, également an- 
cien du même consistoire , qui fut député au synode 
national de Charenton. 

Les habitants réformés d'Eyguières jouirent paisible- 
ment de leur droit d'exercice jusqu'au i8 septem- 
bre 1647, alors que le seigneur catholique du lieu, 
qui portait également le nom d'Eyguières , présenta au 
Parlement de Provence une requête tendant à interdire 
le prêche dans cette église et à faire défense aux réfor- 
més de se pourvoir ailleurs qu'audit Parlement. « L'ar- 
rêt fut conforme à sa demande, » dit Benoit, « mais 
les habitants d'Eyguières ne laissèrent pas de se pour- 
voir à Grenoble et d'y obtenir commission pour faire 
assigner leurs parties. Le seigneur y fut ajourné en con- 
séquence avec son procureur fiscal ou juridictionnel et 
le vicaire de la paroisse; mais le Parlement les déchar- 
gea de l'assignation par un arrêt du dixième de décem- 
bre et défendit aux réformés de procéder ailleurs que 
devant lui. Cette affaire eut des suites au delà de cette 
année [1647]. ^^ seigneur d'Eyguières fit mettre en 
prison Pierre et Honoré Sabatier qui, pour être prison- 
niers, ne perdirent pas courage. Ils firent informer con- 
tre lui en vertu des commissions de la Chambre de Gre- 
noble. Il ne manqua d'en porter la plainte au Parlement 
de Provence, qui ordonna, le onzième de janvier [1648], 
que les informations fussent remises à son greffe à moins 
de dix mille livres d'amende , avec défense à toutes per- 
sonnes de transporter la juridiction de la Cour et à tous 
huissiers ou sergents d'en faire les exploits, à peine de 
trois mille livres d'amende , de suspension et d'autre 
peine arbitraire ; et , le quatorzième du même mois , il 
débouta les prisonniers du déclinatoire qu'ils avaient 
proposé , demandant^leur renvoi à la Chambre de Gre- 
noble. Cela ne lui sembla même pas suffisant pour les 



410 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

punir de leur audace. Mais, comme ils avaient appelé 
d'une sentence du lieutenant général d'Arles qui avait 
décrété contre eux , le même arrêt déclara que , faute 
d'avoir cotté leurs griefs dans le terme de l'ordonnance, 
ils n'étaient plus recevables à l'appel interjeté... Plus 
de deux ans après il y eut encore arrêt', le vingt-deuxième 
de juin , qui déboutait les réformés et le ministre 
d'Eyguières du déclinatoire requis, cassait les procédu- 
res faites à leur requête sur les commissions du Parle- 
ment de Grenoble; défendait à tous les juges et officiers 
d'exécuter aucun arrêt ou décret de cette Chambre sur 
les faits contenus aux informations, et mettait en prise 
de corps un juge et un sergent, qui avaient obéi auk 
arrêts de la Chambre. Ce Parlement, transféré d'Aix à 
Arles, était brouillé avec la Cour, et la province était 
agitée des mêmes troubles que le reste du royaume; 
mais ces grandes affaires ne firent point oublierau Par- 
lement ses injustices accoutumées. Pendant ces vexa- 
tions on ne manqua pas de se pourvoir au Conseil qui, 
après diverses fuites, donna un arrêt, le 28® de décem- 
bre 1648, qui maintenait les réformés dans leurs privi- 
lèges, et le comte d'Alais eut des ordres fort exprès de 
les faire exécuter. Ce prince nomma un commissaire 
qui, pour toute satisfaction , reçut du seigneur d'Eyguiè- 
res une réponse par écrit, signée-de sa main , qui por- 
tait que , si on exécutait l'arrêt, il s'y opposerait à main 
armée. Il tint parole et, en i(^<,-{. un commissaire de 
la Chambre de Grenoble étant venu pour faire exécuter 
un nouvel arrêt du Conseil du 2^ de septembre , le sei- 
gneur prit les armes et empêcha le rétablissement de 
l'exercice. Le duc de Mercosur, gouverneur de la pro- 
vince , voulut faire obéir ce seigneur suivant un ordre 
exprès du roi qu'il avait reçu sur ce sujet , mais il n'eut 
pas le pouvoir de l'humilier, et ce seigneur lui répondit 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 4I I 

encore une fois par écrit, signé de sa main, qu'il s'oppo- 
serait par les armes à l'exécution de cet ordre. Il joi- 
gnit à toutes ces rébellions, que le Parlement de Pro- 
vence autorisait, des vexations et des cruautés qu'il 
serait trop long de décrire, de sorte qu'enfin la Cham- 
bre mi-partie de Grenoble le condamna à la mort et 
envoya quelques-uns de ses adhérents aux galères. Mais 
après cela, il eut Taudace de se pourvoir au Conseil, 
d'y faire assigner l'église , d'y faire par provision inter- 
dire l'exercice. Il obtint même des lettres d'abolition 
pour lui et pour ses complices. Il fut déchargé du devoir 
de les présenter en personne , et il les fit vérifier au 
grand Conseil, qui y procéda sans que les parties eus- 
sent été appelées. Les réformés voulurent se pourvoir 
contre ces irrégularités; mais ils n'y gagnèrent rien , et 
ils furent renvoyés au grand Conseille onzième avril 1658. 
L'arrêt ne fut pas écrit parce qu'ils déclarèrent qu'ils 
aimaient mieux n'en avoir point que d'en avoir un peu 
équitable. Ainsi une affaire si importante fut abandon- 
née , et dix ans de rébellion et de crimes n'attirèrent 
même pas sur le coupable la honte de paraître en cri- 
minel devant les juges et de répondre sur la sellette. 
C'était dire assez clairement , » conclut Benoit , « que les 
plus grands crimes étaient rémissibles pourvu qu'ils ne 
fissent de mal qu'aux hérétiques, de qui la perte était 
jurée. » 

Les tribulations des habitants réformés d'Eyguières 
paraissent avoir eu un terme quelques années plus tard, 
sans doute après la mort du seigneur d'Eyguiéres. Nous 
voyons en effet un pasteur dans ce lieu en 1665 et nous 
pensons que l'exercice y était déjà rétabli en 1660. 

En 1682, Eyguières renfermait cent cinquante fa- 
milles réformées. 

Annexe : Senas, résidence de la famille considérable 



412 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

de ce nom. En 1682, on y comptait 50 familles réfor- 
mées. 

Il y avait aussi, en 1682, des réformés à Arles (25), à 
Mouriès (75) et aux Baux (52). Un cahier de plaintes du 
5 août 1617 , art. III, porte que les habitants réformés 
de ce dernier lieu ne purent être rétablis dans l'exercice 
de leur religion, quoiqu'ils eussent prouvé qu'ils y avaient 
droit suivant l'édit. 

Dans une lettre du 14 septembre 1679, l'archevêque 
d'Arles, en envoyant au ministre d'Etat une liste de 
19 habitants de cette ville , tous étrangers, qui s'étaient 
convertis au catholicisme, ajoute qu'il avait toujours 
empêché que les hérétiques s'établissent dans son dio- 
cèse et réussi à faire changer de religion aux deux ou 
trois familles qu'il avait trouvées à Salon en prenant pos- 
session de son diocèse. 

Pasteurs : Pierre Maurice, 1611-1612; Paul Mau- 
rice, 1620- 1647; Charles Maurice, 1665-1685(1). 

Pasteur de Sénas : Spiron, 1561. 

VELAUX-AIX- MARSEILLE. 
(Viguerie d'Aix.) 

Les commissaires exécuteurs de l'édit de Nantes 
de 1600 désignèrent Velaux comme troisième lieu de 
bailliage et Joseph Bonfils , conseiller du roi, lieutenant 
du sénéchal de Provence à Aix, rendit une ordonnance, 
le 23 février 1601, pour rendre exécutoire leur décision, 
nonobstant l'opposition de Bavoz d'Ollioules , seigneur 
de Velaux, qui demandait l'interdiction de l'exercice. Les 
réformés de Velaux possédaient déjà un temple à cette 



(i) Benoît, t. III, p. 8^-86; — Papiers d'Hotman de Villers, t. IV (Bi- 
bliolh. de la Société deVHist. du prct. franc. ^: Arch. nation. TT, 259. 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 413 

époque et jouirent paisiblement de leur culte pendant de 
longues années; mais en 1661 les syndics généraux du 
clergé de Provence demandèrent aux commissaires exé- 
cuteurs de l'édit de Nantes de cette époque la démolition 
du temple et la suppression de l'exercice. Ces derniers 
s'accordèrent néanmoins à maintenir l'un et l'autre, par 
leur ordonnance du 29 mai 1661, renouvelée par celle 
de Pertuis, du 19 mars 1662, et confirmée par un arrêt 
du conseil du roi, rendu le 4 mai 1663. 

Velaux, ne formait qu'une seule et même église avec 
Aix et Marseille, mais Texercice n'était pas autorisé 
dans ces deux dernières villes. Velaux comptait 182 habi- 
tants réformés en 1682. 

Aix. — Les habitants réformés du lieu ayant demandé 
aux commissaires exécuteurs de 1600 de leur faire 
octroyer des consuls un cimetière particulier pour enter- 
rer leurs morts , ces derniers leur donnèrent le « cazal 
de Villeneuve, » et comme la distance de Velaux à Aix 
était considérable et qu'ils auraient bien désiré possé- 
der un lieu d'exercice plus rapproché, ils firent insérer 
dans ce but un article dans un cahier de plaintes, pré- 
senté au roi par l'assemblée politique de Saumur 161 1, 
portant que le lieu d'exercice qui leur avait été assigné 
était fort incommode; mais leurs doléances ne furent 
pas écoutées. L'assemblée politique de Grenoble 
de 161 5 se plaignit d'autre part au roi que des sépultu- 
res réformées avaient été violées à Aix et des enterre- 
ments empêchés. 

Pendant que la capitale de la Provence commettait 
ces attentats contre les protestants, qui représentaient 
pourtant la lumière et le progrès, comme l'histoire des 
nations protestantes l'a démontré depuis, elle était plon- 
gée dans une superstition d'un autre âge et ajoutait foi 
à {'Histoire nouvelle., merveilleuse et espowmntable dun 



414 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

jeune homme d'Air en Provence, emporté par le diable et 
pendu à un amandier pour avoir impiement blasphémé le 
Sainct Nom de Dieu et mesprisé la Saincte Messe; deux 
siens compagnons estant demeure:^ sans aucun mal; arrivé 
le dou^iesme Janvier de la présente année mil six cents 
quatorze (i). Il s'agit de trois jeunes gens qui s'étaient 
rendus dans une hôtellerie d'Aix pour faire un dîner et 
dont deux , en attendant que le repas fût prêt , avaient 
jugé convenable d'aller à la messe, pendant que le troi- 
sième , combattant vivement leur projet . se mit à « vo- 
mir une infinité d'exécrables blasphèmes contre Dieu , 
contre la sainte messe et contre ses corripagnons , » 
ajoutant a qu'il n'avait que faire de messe , qu'il aimait 
mieux faire un bon dîner et qu'il lui ferait plus de pro- 
fit. » A leur retour, les deux amis trouvèrent ivre leur 
compagnon, qui recommença ses invectives contre eux 
et contre la religion, les traita de bigots et d'hypocrites 
et finalement, à la suite d'une vive altercation, sauta par 
la fenêtre et alla se pendre à un amandier dans un accès 
de délire furieux. Les deux amis répandirent alors le 
bruit que le diable était entré dans la chambre et que , 
prenant leur malheureux compagnon par les cheveux , 
il l'avait élevé en l'air et emporté par la fenêtre. Quel- 
ques jours plus tard, on trouva ce dernier pendu à un 
quart de lieue d'Aix et l'on prétendit que le diable l'avait 
tué de cette façon. 

En 1682, Aix comptait cent habitants réformés. 

Marseille. — Le 20 septembre 1608, Jacques Gau- 
thier, maître maçon gypsier, de Marseille, fit un testa- 
ment dans lequel il manifesta le désir d'être enterré à 
Marseille et, dans ce but, fit don aux habitants réformés 



(i) 'i Paris, jouxte la Coppie impriméeà Lyon » (réimpriméeà Lyon par Louis 
Perrin, 1874, in-12). 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 41c 

de la ville de son jardin situé au « quartier de l'Obser- 
vance. » Un demi-siècle plus tard, le 4 avril 1658, les 
anciens du consistoire, Claude Candolle et Isidore 
Chavoz , échangèrent ce cimetière contre un jardin des 
dames religieuses carmélites qui, ayant obtenu l'autori- 
sation de fermer une rue située derrière leur couvent, 
barrèrent par ce fait le passage qui conduisait au cime- 
tière protestant primitif. 

Mentionnons, pour l'année 1669, ia conversion au 
protestantisme d'un Marseillais, nommé Jean-Baptiste 
Blaïn, réfugié à Genève, qui renonça, le 12 mars, « à 
toutes les erreurs, tant générales que particulières, fo- 
lies, idolâtries et superstitions, qui se pratiquent vaine- 
ment dans l'Eglise romaine, et particulièrement à ce pré- 
tendu sacrifice de la messe au préjudice de l'honneur 
de Dieu et du salut des pauvres âmes qui , étant con- 
duites par des aveugles, croupissent et meurent dans 



leur aveuglement. » 



Marseille comptait, en 1682, 270 habitants réformés 
(61 familles), plus 37 forçats. 

L'église de Velaux-Aix-Marseille fut persécutée plu- 
sieurs années avant la révocation de l'édit de Nantes. 
L'archevêque d'Arles, au diocèse duquel ressortissait 
Velaux, raconte, dans une lettre du 14 septembre 1679, 
qu'ayant appris que les jours de sainte cène, les fidèles 
de ce lieu faisaient « venir des ministres étrangers pour 
y prêcher, » se pourvut par-devant Rouillé, intendant 
de Provence, pour qu'il le leur défendît, et que ce der- 
nier lui donna l'assurance qu'il édicterait une ordon- 
nance dans ce sens. Mais celle-ci ne fut rendue qu'en 
1684, comme le montre le récit suivant : a Le 22 dé- 
cembre 168 [ déjà, » dit Mœrikofer, « les négociants 
suisses établis à Marseille se plaignaient à la diète de 
ce qu'ils étaient en butte à l'inquisition et de ce que 



4l6 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

eurs malades et leurs mourants étaient inquiétés par les 
prêtres. Le fait que Marseille avait été déclaré port 
franc dès 1669 y avait attiré beaucoup de négociants 
anglais, hollandais et suisses; ils avaient obtenu de cé- 
lébrer leur culte selon le rite réformé , au village de 
Velaux, à cinq lieues de Marseille et trois lieues d'Aix. 
On voulait maintenant leur en retirer l'autorisation. Les 
ressortissants de ces trois Etats s'adressèrent à leurs 
gouvernements, demandant qu'il fût fait des démarches 
auprès du roi. Le 26 août 1684, Georges et Barthé- 
lémy Zollikofer, de Saint-Gall, envoyèrent à Zurich, au 
nom des négociants protestants à Marseille , une se- 
conde lettre portant que défense avait été faite au pas- 
teur de prêcher et que le diacre avait été jeté en pri- 
son ; que l'Angleterre laissait sans réponse la requête 
qui lui était parvenue et que la Hollande n'osait s'em- 
ployer pour les réformés dans la crainte que la France 
n'exigeât pour ses propres ressortissants un culte catho- 
lique en Hollande. Ils écrivaient aussi qu'ils avaient con- 
tre eux tout le commerce du port , parce que les négo- 
ciants étrangers y faisaient plus d'affaires que ceux du pays 
même. » jCette démarche n'aboutit sans doute à aucun 
résultat , mais les négociants étrangers demeurèrent à 
Marseille, comme on le verra dans la période suivante. 

En 1682, il y avait aussi des protestants à Mimet 
(i famille) , à Berre (8 familles) et à Saint-Savournin 
(9 familles, faisant 36 habitants). 

Pasteurs de Velaux-Aix-Marseille : Maurice avant 
1611 (?); Barthélémy Récend , 1620- 1625 ; Jacques 
Récend, 163 5-1637; Jean Bernard, 1660; Barthélémy 
Bernard, 1664 (environ)- 1684 ; François Murât (second 
pasteur), 1684 (i). 

Nostradamus , p. 1088; — Anquez, Hist. des assemblées politiq 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES, 4I7 

Pasteurs d'Aix : Claude Boissier , 1557; Jacques 
Ruffi, 1 5 59 ; M^ Jehan Graignon , 1559; Guy de Mo- 
ranges (dit de La Garde), 1561 ; Jean Chabrand, 1561. 

Pasteurs de Marseille : Nicolas Folion (dit La Val- 
lée), 1559; De Mercurins, 1561 ; Trophime de l'Aube, 
1562; Molinon, 1567; Pierre Franc, 1572. 

MANOSQUE, Forcalquier, Ongles. 
(Vigueries de Forcalquier et d'Apt.) 

Le colloque de Lourmarin du i^^ octobre 1600 fut 
invité par les commissaires exécuteurs de l'édit de Nan- 
tes en Provence de cette époque de désigner Manos- 
que comme premier lieu de bailliage ou de sénéchaus- 
sée de la province, mais le colloque, se fondant sur ce 
que l'exercice avait été déjà autorisé dans le faubourg 
de cette ville par l'édit de Poitiers 1577 (art. 7), bien 
que celui-ci n'eût pu être exécuté, décida qu'il n'était 
pas nécessaire de la désigner comme lieu de bailliage 
et choisit Brignoles à sa place pour ne pas priver gra- 
tuitement d'un lieu de culte les protestants provençaux. 
Les commissaires , n'ayant pas voulu entrer dans cette 
voie, décidèrent, le 23 février 1601, que l'exercice serait 
établi à Manosque à titre de premier lieu de bailliage , 
et leur ordonnance fut confirmée par arrêt du conseil 
du roi du 16 juin 16Ô7, qui désigna comme lieu de 
réunion la bastide du sieur de Bersan , située au ter- 
roir de Pierre-Blanche, proche la Durance. Cette bas- 
tide existe encore aujourd'hui et est appelée le Prêche. 

Comme ce lieu n'était pas à proximité de Manosque, 
les réformés de cette ville firent insérer dans le cahier 

p. 599 et 402 ; — Arch. nation. TT, 259, 289 A, 288 B; — Mss. franc, de la 
biblioth. de Genève, n» 197", portef. 12; — Mœrikofer, p, 184, 

27 



4l8 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

de plaintes présenté au roi par l'assemblée politique de 
Saumur, lôii , un article qui déclarait que le lieu de 
Pierre-Blanche était fort incommode ; et ils obtinrent , 
par un arrêt du conseil du roi du 19 mai 1612, qu'il 
leur serait permis, suivant l'avis favorable des commis- 
saires exécuteurs de cette époque , de bâtir un temple 
dans la terre de Catherine Degremont ou dans celle de 
Jean-Pierre Abrard, son mari, en la combe de Gui- 
Ihem Peyre, à deux jets de pierre de la ville. Cet arrêt 
leur permettait en outre de faire partie de la maison 
commune comme consuls ou conseillers , vu qu'ils payaient 
le douzième de l'allevrement à Manosque. Quand l'ar- 
rêt fut rendu , le duc Charles de Guise , alors gouver- 
neur et lieutenant pour le roi en Provence , assigna le 
20 décembre 161 2 à comparaître devant lui à Aix , le 
15 avril 1613 , les réformés de Manosque pour les en- 
tendre et se transporter ensuite sur les lieux , afin de 
recueillir les témoignages des habitants des deux reli- 
erions sur la commodité ou l'incommodité de ce nou- 

o 

veau lieu d'exercice. Sur ces entrefaites le duc de Guise 
étant allé à la cour, il fut sursis à l'exécution de l'arrêt 
du conseil pour éviter a tout désordre. » Quelque 
temps après, le sieur de Montmeyan , ayant été chargé 
par le duc de reprendre l'affaire , se transporta sur les 
lieux et assembla les notables des deux religions. Les 
catholiques dirent que le temple, dans ce nouveau lieu, 
serait contigu au grand chemin public où passait beau- 
coup de monde ; que c'était là que se donnaient les di- 
vertissements publics et qu'on y passait deux fois par 
an pour se rendre en procession à l'infirmerie des gens 
atteints de contagion ; enfin , que le temple regarderait 
de plein front une des portes de la ville. Les protes- 
tants convinrent eux-mêmes que ce lieu était mal choisi 
et demandèrent de pouvoir bâtir leur temple au-dessous 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 419 

d'une petite colline, distante de deux cent cinq pas en- 
viron dudit lieu et appartenant à un de leurs coreligion- 
naires de Manosque. Mais deux ou trois catholiques 
« turbulents » s'y opposèrent en disant qu'il fallait s'en 
tenir au lieu désigné par l'arrêt du conseil. En présence 
de cette opposition , Montmeyan décida que le lieu 
choisi par les premiers commissaires de 1601 , c'est-à- 
dire Pierre-Blanche, et approuvé par l'arrêt du conseil 
du roi du 16 juin 1607, serait maintenu, ou bien que si 
les protestants voulaient rapprocher de Manosque leur 
temple, ils proposassent « un lieu qui puisse, » dit l'or- 
donnance, « produire un commun repos à tous les ha- 
bitants de ladite ville. » 

En 1646, l'affaire de l'approche du temple était en- 
core en suspens et les habitants et consuls de 
Manosque, craignant qu'elle ne reçût une solution pro- 
chaine, adressèrent une requête au comte d'Alais, gou- 
verneur et lieutenant général pour le roi en Provence , 
tendant à ce qu'il fût sursis à son examen : ce que le 
comte leur accorda par son ordonnance du 29 janvier. 
Cette mesure enhardit les catholiques, qui demandèrent 
purement et simplement la démolition du temple de 
Pierre-Blanche; et nous voyons, par un acte fait à Ar- 
les au chapitre provincial dépendant de la religion de 
Malte, )) les consuls et communauté de Manosque pro- 
mettre au bailli de leur ville et au grand prieur de Saint- 
Gilles de les indemniser des procédures faites en leur 
nom pour supprimer l'exercice à Manosque et dans son 
terroir. Les Etats du pays décidèrent, en août 1661, que 
leurs procureurs se joindraient aux procureurs des con- 
suls et communauté de Manosque pour parvenir aux 
mêmes fins. En dernière analyse, le conseil du roi ren- 
dit , à la requête des consuls et communauté de Ma- 
nosque , un arrêt du 29 avril 1661 , portant démolition 



420 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

du temple du terroir de Manosque, prohibant l'exercice 
de la religion réformée sans s'arrêter à l'ordonnance du 
2"" février 1601 des premiers commissaires exécuteurs 
de l'édit de Nantes et aux arrêts du conseil du 16 juin 
1607 et 19 mai 1612, mentionnés plus haut, et tous 
autres , et renvoyant l'examen de l'affaire aux nouveaux 
commissaires nommés le 15 avril 1661. 

Ceux-ci ne commencèrent leurs opérations qu'en 
1662 et, pour influencer leur décision, les habitants et 
consuls de Manosque déclarèrent (3 mai 1662) que leur 
ville ne renfermait que trente-deux familles réformées, 
formant cent cinquante âmes , en comptant les petits 
enfants ; et que , sur ce nombre , vingt-quatre habitants 
de Manosque avaient embrassé la religion réformée de- 
puis l'établissement du prêche par les premiers commis- 
saires exécuteurs. Les syndics généraux du clergé de 
Provence demandèrent de leur côté la démolition du 
temple de Pierre-Blanche et la suppression de l'exer- 
cice. Quant aux habitants réformés de Manosque, ils 
réclamèrent l'exécution de toutes les ordonnances des 
commissaires antérieurs , notamment l'autorisation de 
rapprocher leur temple, et demandèrent que le roi fît 
injonction aux magistrats de tenir la main à ce que « les 
habitants de ladite religion , » disent-ils , « puissent 
aller à leur dit exercice et revenir paisiblement sans être 
accablés d'injures atroces par des personnes qui s'at- 
troupent aux portes de la ville et le long du chemin et 
qui leur jettent des pierres jusques au lieu de leur exer- 
cice, notamment aux femmes et aux petits enfants. » 
Le commissaire protestant opina dans le sens de la re- 
quête des réformés , mais le catholique se borna à 
maintenir leur droit d'exercice comme premier lieu de 
bailliage, sans autoriser toutefois le rapprochement du 
temple , parce que , disait-il , il y avait contradiction en. 



REGIME DE L EDIT DE NANTES. 



421 



tre l'arrêt du conseil du 16 juin 1607, dont se préva- 
laient les réformés, et un autre arrêt du 3 juillet 1606, 
que nous n'avons pas retrouvé , qui n'autorisait pas le 
rapprochement du temple. Le procès-verbal de partage 
des commissaires fut signé à Pertuis le 23 mai 1662 et 
renvoyé au roi qui , statuant en son conseil , ordonna , 
le 4 mai 1663, que l'exercice serait maintenu à Manos- 
que , mais qu'en ce qui concernait l'approche du tem- 
ple , les catholiques pourraient, vu la contrariété des 
parties entre l'arrêt du conseil du 3 juillet 1606 et celui 
du î6 juin 1607, se pourvoir devant Sa Majesté. 

En 1622 , on comptait à Manosque cinquante chefs 
de famille réformés, suivant la déclaration faite sous ser- 
ment au juge du lieu par Esprit Lombard. Les quarante 
plus apparents étaient : 



Jean Defauris. 
Jean Guillaume. 
Philippe Gaudemar. 
Antoine Gaudemar. 
Paul Gaudemar. 
Pierre Gaudemar. 
Jean Féraud. 
Josué Féraud. 
Marcellin Laugier. 
Pierre Féraud. 
Jean Granon. 
Honoré Gaudemar. 
Jean Féraud. 
Pierre Portalis. 



Jean Martin. 
Pierre Faget. 
Marc Masse. 
Etienne Teissier. 
Joseph Carriol. 
Melchior Genoyer. 
Jean Dufour. 
Pierre Caudier. 
François Taxil. 
Rolland Génies. 
Pierre Blaïn. 
Pierre Guignet. 
Maurice Resplendin. 
Michel Reillet. 



Antoine Melve. 
Jacques Columbi. 
Antoine Garcin. 
Isaac Bourdin. 
Daniel Peyre. 
Jean Castagne. 
Henri Blaïn. 
Joseph Arbaud. 
Antoine Larderet. 
Monet Second. 
Etienne Reillet. 
Gabriel Reillet. 



En 1662, les 50 chefs de famille réformés s'étaient 
réduits à 32 (i 50 habitants), comme on l'a vu plus haut. 
En 1666, même nombre, dont 20 non natifs de Manos- 
que. En 1682, 142 habitants réformés (45 familles), 
sans compter 200 protestants au moins qui venaient du 



422 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

dehors prendre régulièrement la sainte Cène tous les 
ans à Pierre-Blanche. 

Le consistoire de Manosque fournit trois représen- 
tants des églises de Provence aux synodes nationaux : 
Jean Furandi, à celui de Privas de 1612; Jean Brun 
de Castellane , seigneur de Caille , à celui de Charen- 
ton de 1644 (sur sa famille, voyez La France protestante, 
t. III, p. 40); Jean de Moriès , écuyer d'Esparron et 
de La Bâtie , à celui de Loudun de 1 5 59 (i). 

Annexes de Manosque : Forcalquier et Ongles. 

Forcaiquier. — Les commissaires exécuteurs de l'édit 
de Nantes de l'année 1600 décidèrent, le 14 décembre, 
qu'il serait pris dans « un enclos proche la porte Cham- 
bon dudit lieu , dans un carré de terre fermé de deux 
côtés la quantité de huit cannes de terre en carré pour 
servir de cimetière à ceux de la religion prétendue ré- 
formée. » Quant aux commissaires de 161 2, ils affran- 
chirent les habitants réformés de Forcalquier de l'obli- 
gation de contribuer aux réparations des églises et 
condamnèrent la commune à leur restituer toutes les 
sommes que , pour ce regard , ils pourraient avoir 
payées depuis l'édit de Nantes. D'autre part, les habi- 
tants réformés furent condamnés à payer à la commune, 
par un arrêt du conseil privé du 22 mai 1626, une 
somme de 1326 livres, dont nous n'avons pu découvrir 
l'origine. Une transaction intervint entre les par- 
ties le 16 mars 1629, et les habitants réformés demeu- 
rèrent débiteurs d'une somme de 900 livres seulement. 
Il fut en outre convenu qu'on renoncerait à toute pour- 
suite criminelle relativement aux dévastations commises 
par les deux partis. 

(i) Féraud , Hisi. civ. polit, relig. cl hiogr. de Manosque, p. 273 , 289, 291 ; 
— Achard, Hist. des hoin. illast. de Provence, au mot Bernard ; — Anqucz, 
Hisl. des assemblées politiques, p. 599; — Arch. nation. TT, 247, 288 B. 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 425 

Pour ce qui est du droit d'exercice, les habitants ré- 
formés de Forcalquier en jouirent paisiblement jusqu'à 
la première guerre de religion du dix-septième siècle 
(1621), époque oij il fut interrompu. En 1625, un ca- 
hier de plaintes, présenté à Louis XIII, en demanda le 
rétablissement, et le roi y ayant consenti, le synode na- 
tional de Castres, de 1626, secourut l'église en lui al- 
louant une portion des deniers d'octroi de Sa Majesté. 
L'année suivante, date où commença la troisième guerre 
de religion , il y eut une nouvelle interruption du culte 
réformé à Forcalquier. « Un certain jour, » dit M. C. Ar- 
naud..., « les catholiques, cédant on ne sait à quelle 
impulsion, s'assemblèrent tumultueusement, assaillirent 
le temple , y mirent le feu et rossèrent les protestants à 
mesure qu'ils sortaient. Ceux-ci , justement indignés , 
se plaignirent à l'autorité municipale. Le conseil de la 
commune, n'osant pas choquer les catholiques, éluda la 
question. Il répondit que le fait ne le regardait pas. » 
L'édit de grâce de Nîmes, juillet 1629 , permit le réta- 
blissement de l'exercice à Forcalquier, mais les com- 
missaires chargés d'exécuter cet édit ne purent remplir 
leur mission. Les choses durèrent ainsi jusqu'en 1637 , 
alors que le synode national d'Alençon , réuni cette 
même année , demanda justice pour les habitants réfor- 
més de Forcalquier. Nous ne savons quelle suite fut 
donnée à cette requête. 

En 1682, Forcalquier comptait soixante habitants ré- 
formés (onze familles) (i). 

Ongles. — Cette église jouit paisiblement de son droit 



(i) Anquez, Un nowjcau chapilrc , p. 184-186; — Aynioii, t. II, p. 106 ; — 
Décisions roj-alcs , p. U9, M'^ ï — Archiv. communales de Forcalquier, 
Actes et contrats, BB, 44 ; — C. Arnaud . VAbbc de la Jeunesse, p. 27 ; — 
Aymon , t. II, p. 56. 



424 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

d'exercice jusqu'en 1661 , alors que les syndics géné- 
raux du clergé de Provence demandèrent aux commis- 
saires exécuteurs de cette époque que les habitants ré- 
formés d'Ongles ne pussent faire aucun exercice public 
de leur religion , ni aucune assemblée particulière, sous 
prétexte de baptêmes et de visites de malades , ni de 
chanter des psaumes dans leurs boutiques ou autre 
part. Le commissaire catholique émit un avis conforme 
à ces prétentions , mais le protestant , faisant droit en 
partie à la requête des réformés du lieu, représentés par 
les anciens du consistoire , Verdet , marchand , Verdet 
Charles, ménager, et Verdet David, opina pour qu'ils 
fussent admis à prouver dans les quinze jours qu'ils 
avaient joui de Texercice en 1596 et 1597; mais que 
jusque-là ils ne pussent le pratiquer dans leur temple. 
Il consentait toutefois à autoriser les réunions particu- 
hères dans les maisons. Le procès-verbal de partage , 
signé à Pertuis le 20 mai 1662 , fut envoyé au roi qui, 
par un arrêt du 4 mai 1663 , rendu en son Conseil, dé- 
cida que le temple d'Ongles serait démoli et l'exercice 
supprimé (i). 

En 1682, Ongles comptait 32 habitants réformés 
(8 familles). 

A la même époque il y avait à Céreste (2) i habitant 
réformé ; à Banon i ; à Simiane 1 2 (2 familles) ; à La- 
garde 18 (5 familles); à Mane 2; à Pierrevert 4 (i fa- 
mille); à Saint-Etienne 2 (i famille) ; à Sigonce 4 (i fa- 
mille); à Saumane 2 (i famille). 

Pasteurs : Gaspard de Véza , 1561; Gaspard de 
Betze, 1 562 ; Georges Volland, 1 572 ; E. Huron, 1609 ; 
Philippe Codurc , 1603 ; Jean de Cray, 161 7-1 622; 



(i) Arch. nation. TT, 255 A, 288 B. 

(2) Patrie du savant Charles Barbeyrac, né vers 1629. 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. ^2<y 

Paul Gaudemar, 1626-1636; Jean Aymin, 1642-1644; 
Jean Bernard, 164 5- 168 5. 

Pasteurs de Forcalquier : Balthazar Boniface, 1 562 ; 
Bernardin Codur, 1567 (de passage) ; Jacques Guérin, 
1 567 ; Gaspard Mense, 1572. 



SISTERON. 



(Vigueries de Sisteron et de Forcalquier.) 

Cette église avait pour pasteur, en 1620, Mercurin, 
qui passa ensuite au service de l'église de Grasse. 
Comme ce pasteur, qui était allé porter une réclama- 
tion au synode général de Castres, de 1626, se plaignit 
de a la persécution qu'il avait soufferte de la part des 
ennemis de l'Evangile, » et d'un ordre exprès d'empri- 
sonnement décerné contre lui par le conseil privé du 
roi , nous sommes enclin à penser qu'il endura cette 
persécution à Sisteron même et que c'est à cause d'elle 
qu'il quitta l'église, qui vraisemblablement perdit pour 
toujours son droit d'exercice. De La Plane dit qu'à 
l'époque de la révocation de l'édit de Nantes « il y 
avait longtemps que la religion réformée n'avait plus de 
partisans à Sisteron. Tous avaient disparu dans le cours 
du siècle qui venait de s'écouler, les uns en abandon- 
nant le pays, les autres en abjurant l'erreur... Mais dans 
certaines parties du diocèse, il n'en était pas de même. 
Nombre de familles y conservaient de l'attachement aux 
nouveaux dogmes. » 

Louis de Thomassin , évêque de Sisteron , avait dé- 
ployé un grand zèle pour la conversion des protestants 
de son diocèse. Il dit lui-même qu'il avait fait, dans 
ce but , des sacrifices pécuniaires et institué des ca- 
téchistes spéciaux à leur usage. Néanmoins , étant 



426 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

peu rassuré sur la solidité des conversions qu'il avait 
opérées, il adressa, le 14 février 1685, à ses nouvelles 
brebis, une Lettre pastorale pour les affermir dans la foi 
catholique. Il redoutait, surtout pour les nouveaux con- 
vertis , l'influence de leurs anciens coreligionnaires qui 
n'avaient pas abjuré. « Les loups grondent sans cesse 
à l'entour, » dit-il; « vous avez été des loups... aujour- 
d'hui vous êtes des agneaux (i). » 

En 1682, Les Omergues comptaient 36 habitants ré- 
formés (9 familles). 

Pasteurs : Jean Chabrand, 1561 ; Gaspard de Véza, 
1561, 1562; Mercurin, 1620. 

sÉDERON, Sault^ Barret-de-Liourc. 
(Vigueries de Sisteron et de Forcalquier.) 

Le synode provincial de Grenoble de 1602 et le sy- 
node de La Rochelle de 1607 adjoignirent cette église, 
avec Sault et Barret-de-Lioure , à celle de Montbrun , 
située en Dauphiné, jusqu'à ce que, réunies, elles pus- 
sent avoir un pasteur en propre. En 1626, elles jouirent 
de ce privilège, et Séderon, qui étaitlelieu le plus con- 
sidérable de la contrée, devint le centre de cette petite 
agglomération réformée, qui ne paraît pas avoir subsisté 
longtemps comme église distincte et fut sans doute 
adjointe à l'église de Montbrun, comme elle l'avait été 
déjà au seizième siècle (2). 

En 1682, on comptait, non loin de là, à Ferrassières, 
12 habitants réformés (3 familles); à Montfroc, i famille. 



(i) Hist. de Sisteron, t. II, p. 151 ; — Lcltre pastorale de Monseigneur r Il- 
lustrissime et Reperendissime Evesque de Sisteron aux noupeaux eonperlis de son 
diocèse. 

(2) E. Arnaud, Hist. des prot. du Danph., t. II, p. 515. 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 427 

Il y avait également des protestants à Eygalayes et à 
Revest-de-Bion. Toutes ces localités faisaient partie 
des terres adjacentes de Provence à l'exception de la 
dernière. 

Pasteur : Jean Bernard, 1626. 

Pasteur de Sault : Richard, 1566. 



CURBAN, 



(Viguerie de Sisteron.) 



Nous n'avons recueilli aucun renseignement particu- 
lier sur cette église, sinon qu'elle avait pour pasteur, 
en 1620, J. Maréchal, et, en 1626, Ch. Maréchal; 
encore ces deux pasteurs paraissent-ils n'être qu'un seul 
et même personnage. 

SEYNE, La Bréolc , Sclonnct, Rcmollon, Espinasse. 

(Viguerie de Seyne et bailliage d'Embrun.) 

L'édit de Beaulieu de 1576 (art. 59) et celui de Poi- 
tiers de 1577 (art. 59) avaient donné Seyne-la-Grand'- 
Tour et son circuit comme place d'otage aux réformés 
de Provence, et une lettre de Henri III du 5 janvier 1 579, 
confirmant ce privilège, avait confié le gouvernement de 
la place à Honoré Matthan. Son droit d'exercice était 
donc incontestable et il fut maintenu par les commissai- 
res exécuteurs de l'édit de Nantes de 1601 , 161 2 
(19 mai), et 1662 (18 mai). La question du mainden du 
temple souleva seule des difficultés à cette dernière 
date. Les syndics généraux du clergé de Provence pré- 
tendaient que le temple avait été construit sur un fonds 
appartenant aux Pères dominicains , dont les réformés 
se seraient emparés par violence pendant les troubles , 



428 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

et ils en demandaient la restitution. Le pasteur Récend 
et les habitants réformés de Seyne établirent au con- 
traire que le temple avait été bâti sur l'emplace- 
ment de la maison de Jeanne Margaillane (i), acheté 
le 19 octobre 1598 par les réformés, et qu'il ressor- 
tait d'un acte, produit par l'économe lui-même du cou- 
vent des Dominicains, que le sol de cette maison ne leur 
avait jamais appartenu. Avant de trancher la question, 
les commissaires chargèrent , par une ordonnance du 
18 mai 1662, le sieur de Caille, gentilhomme de la reli- 
gion réformée, de se transporter à Seyne pour mesurer 
la distance qui séparait le temple du couvent des Do- 
minicains et de la chapelle des Pénitents. Il trouva pour 
le couvent dix-huit cannes et pour la chapelle onze 
cannes et un pan. Il constata également, dans son pro- 
cès-verbal du 24 mai 1662, qu'entre le temple et les 
deux autres édifices se trouvaient des maisons et des 
jardins appartenant à des particuliers. Le commissaire 
catholique ne voulut pas se rapporter à cette expertise, 
car, dans l'exposé des motifs de son procès-verbal, il 
« estime qu'avant de faire droit sur la restitution du 
fond et sol du temple , le lieutenant principal du séné- 
chal de Provence, avec un adjoint, se transportera sur 
les lieux pour , en présence des parties , être fait mesu- 
rage par experts , dont elles conviendront , de la dis- 
tance qu'il y a du temple à l'église , pour ordonner en 
suite ce que de raison. » Le commissaire protestant 
émit l'avis qu'il fallait n'avoir aucun égard à la requête 
des catholiques et conserver le temple , d'autant mieux 
que la chapelle des Pénitents n'était pas une église pa- 
roissiale , qu'on la construisait encore et qu'on l'avait 
rapprochée du temple une première fois de deux cannes 

(i) Ailleurs Madeleine Palmier. 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 429 

et une seconde fois de quatre cannes. Néanmoins, pour 
éviter toute contestation, il consentait à ce qu'on fermât 
deux fenêtres du temple du côté de ladite chapelle. Le 
procès-verbal de partage des deux commissaires fut 
signé à Pertuis le 27 mai 1662 et envoyé au roi qui, 
statuant en son Conseil , maintint , par son arrêt du 
.4 mai 1665, l'exercice à Seyne, mais réserva la question 
de l'emplacement du temple et décida que ses confronts 
seraient examinés par experts pour voir si le sol devait 
être restitué aux catholiques. Les experts constatèrent 
que le terrain sur lequel le temple était bâti avait été 
acquis par les Jacobins en 1507, « sur quoi, » dit Be- 
noît, « sans s'informer plus particulièrement et comment 
les réformés étaient entrés en jouissance de ce fonds , 
le roi les condamna, par arrêt du 12^ mai 1664, à le 
restituer aux Jacobins, sans parler du remboursement. » 

L'église de Seyne était pauvre et eut recours, vers le 
milieu du dix-septième siècle, à l'assistance de la' com- 
pagnie des pasteurs de Genève par l'intermédiaire du 
bureau du synode provincial de Lacoste du 30 mai 1658, 
qui lui écrivit, à cette date, la lettre qui suit : 

« Messieurs et très honorés frères , 

» Les ruisseaux qui découlent de votre charité pater- 
nelle sont en si grand nombre et tellement connus à tous 
les nôtres, qu'il nous convient d'y avoir maintenant re- 
cours en faveur d'une pauvre et désolée église que nous 
avons au lieu de Seyne, laquelle étant recueillie en petit 
nombre parmi grande multitude d'adversaires et sur- 
chargée de beaucoup de nécessités , peut à grand'peine 
subsister si elle n'est secourue par la charitable libéra- 
lité de nos frères : ce qui l'a obligée de jeter les yeux sur 
vos S. compassions et d'implorer les entrailles de votre 
bonté pour puiser quelques gouttes de cette douce et con- 
solatoire rivière qui réjouit toute la cité du Seigneur ; vous 



430 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

suppliant humblement, puisque ladite église est de cette 
province , de lui faire part de cette grande abondance 
que vous communiquez à tant d'autres. Et sommes assu- 
rément persuadés que vous recevrez en bonne part les 
humbles requêtes que nous vous présentons et regar- 
derez de l'œil pitoyable de votre charité une pauvre 
église, laquelle, faute de prompt secours, est en danger 
d'une entière et totale ruine : ce qui l'obligera d'autant 
plus, et nous avec elle, d'élever ses coeurs et ses sou- 
haits à Dieu pour la continuation de ses plus précieu- 
ses bénédictions sur vos personnes et S. labeurs en sa 
maison pour l'avancement du règne de notre Seigneur 
Jésus et la continuelle consolation de tous vrais fidèles. 
Nous prions le Père des lumières et auteur de toute 
bonne donation de vous avoir en sa plus singulière re- 
commandation , et vous , de nous faire cet honneur de 
nous avoir invariablement, Messieurs et très honorés 
frères, vos très humbles, très affectionnés et très obéis- 
sants frères et serviteurs au Seigneur, les pasteurs et 
anciens des Eglises réformées de Provence, assemblés 
en synode et pour eux : 

» Maurice, modérateur de l'action; Bernard, ad- 
joint; RouRE, secrétaire. 

» A Lacoste, ce 30 mai 1658. » 

La compagnie des pasteurs de Genève répondit, le 
Sdécembre suivant, que, malgré les nombreuses deman- 
des de secours qui lui arrivaient de toutes parts, elle 
envoyait un subside de cinquante écus à l'église de 
Seyne. 

En 1685, à la veille de la révocation de l'édit de Nan- 
tes, l'église de Seyne paraît avoir entièrement disparu. 
Les protestants n'y possédaient même plus de cimetière, 
et la ville était remplie « de mutins acharnés contre ceux 
de la religion, les veillant avec grand soin à cause du 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 431 

passage de Barcelonne (Barcelonnette) , qui conduit en 
Piémont et Savoie (i). » 

Annexes : La Bréole, Selonnet, Remollon et Espi- 
nasses. 

La Bréole. ' — Cette localité, comprise dans le « cir- 
cuit de Seyne » et dépendant de son mandement, jouis- 
sait de l'exercice depuis 1571 et même avant, mais ne 
paraît pas avoir eu longtemps des pasteurs en propre. 
Dans les premières années du dix-huitième siècle, elle 
ne forma qu'une seule et même église avec Seyne, dont 
elle devint une simple annexe. Elle jouit paisiblement de 
son droit d'exercice jusqu'en 1662, alors que les syndics 
généraux du clergé de Provence, se fondant surla décla- 
ration du roi du 2 décembre 1634 (enregistré par la 
Chambre de l'édit de Castres le 5 janvier 1635), 4^^^ 
défendait aux pasteurs de prêcher en dehors du lieu 
de leur résidence , demandèrent aux commissaires exé- 
cuteurs de cette époque de supprimer l'exercice à La 
Bréole. Divisés sur la question, les commissaires signè- 
rent à Pertuis, le 27 mai 1662, un procès-verbal de 
partage et l'envoyèrent au roi , qui , par arrêt de son 
Conseil du 4 mai 1663 , ordonna que le temple serait 
démoli et l'exercice supprimé. 

Selonnet. — Les deux commissaires susnommés s'ac- 
cordèrent à supprimer l'exercice dans cette annexe, 
par leur ordonnance du 27 mai 1662. 

Quant à Texercice de Remollons et Espinasses, situés 
dans le bailliage d'Embrun en Dauphiné , ils déclarè- 
rent dans la même ordonnance qu'ils y pourvoieraient 
quand ils transporteraient leurs opérations dans cette 
province. Nous n'avons pu retrouver leur jugement. 
Peut-être n'en rendirent-ils aucun. 

(i) Bulletin de la Société, etc., t, XXXI , p. 514 et J67. 



% 

43 2 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

Pasteurs : Siméon de Lacombe , 1586; Pierre Chn- 
lier, 1 596-1637; Récend , 1660. 

Pasteur de La Bréole : De Chamforan, 1603 (i). 

RiEz-ROUMOULES, Puimoisson. 

(Vigueries de Moustiers, Barjols, Castellane.) 

L'église de Riez, ville épiscopale , avait pour adjointe 
Roumoules , située dans son voisinage. Mais l'exercice 
n'était autorisé que dans cette dernière localité, oij sié- 
geait le consistoire et se trouvait le lieu de culte. Jus- 
qu'en 1644 les réformés de cette église jouirent paisi- 
blement de leur droit d'exercice ; mais à cette époque 
Grimaud, seigneur de Régussis , Roumoules et autres 
lieux, entre les mains de qui tomba la seigneurie de 
Roumoules, fit tous ses efforts pour les en priver. Dans 
le but de conjurer le danger qui les menaçait, les anciens 
du consistoire de Roumoules adressèrent une requête 
à la Chambre mi-partie de Grenoble, où ils déclaraient 
que l'exercice se faisait à Roumoules depuis un temps 
immémorial et n'y avait jamais subi d'interruption , et 
demandaient qu'il plût à la Chambre de nommer deux 
commissaires, l'un catholique et l'autre protestant, pour 
•constater cette ancienneté. Les deux commissaires dési- 
gnés entendirent plus de soixante témoins , âgés de 
soixante et dix à quatre-vingts ans , et tous catholiques , 
qui confirmèrent la déclaration des anciens du consis- 
toire et leur enquête fut enregistrée à la Chambre de 
l'édit. Nonobstant cela, Grimaud présenta une requête 
au Parlement d'Aix tendant à la suppression de l'exer- 
cice à Roumoules. a II énonçait, » dit Benoît, « que 



(i) Benoît, t. III, p. 629; — Arch. nation. TT, 284, 287, 288 B ; — 
Mss. franc, de la biblioth. publ. de Genève, n° 197", portef. 10. 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 433 

ce qui avait donné lieu à l'établissement de ce droit 
était que la seigneurie avait été partagée entre plusieurs 
jusqu'à ce qu'elle fût réunie entre ses mains. Il n'est 
pas certain néanmoins qu'il y eût jamais eu de seigneur 
réformé seigneur de ce lieu soit en tout soit en partie , 
et le président n'osait l'affirmer ; de sorte qu'il était 
presque évident que c'était un droit de possession que 
celui de cette église, non un droit personnel , qui fût 
attaché à la qualité de la terre. C'est pourquoi le prési- 
dent fut obligé d'ajouter de nouveaux moyens à ceux de sa 
requête fondée sur ce que le ministre n'y demeurait pas 
(il résidait pour lors à Puimoisson) , et qu'encore qu'il 
y eût dans ce lieu quinze cents âmes capables de com- 
munier , il n'y avait néanmoins que dix familles qui y 
fussent resséantes. Sur ces motifs (et quoique le con- 
seil du roi, par son arrêt du 30 février 1645 , eût main- 
tenu l'exercice à Roumoules , nonobstant les défenses 
du Parlement , et renvoyé les parties devant la Chambre 
de Grenoble), il obtint arrêt le dernier de juin (1645), 
qui défendait de continuer l'exercice à Roumoules et aux 
habitants de souffrir qu'il fût fait et de louer leurs mai- 
sons pour y servir. L'arrêt fut signifié à (Paul) Gaude- 
mar, ministre, qui refusa d'obéir et protesta de se pour- 
voir. Il avait raison. Ce n'était pas là l'affaire du 
Parlement. Les commissaires ou les chambres mi-parties 
étaient les juges compétents des droits d'exercice, et, 
en particulier, le Parlement de Provence était récusé 
dans toutes les causes des réformés , qui étaient commi- 
ses à la Chambre mi-partie de Grenoble. Mais le Par- 
lement n'avait nul égard aux évocations et , sans s'arrê- 
ter à la protestation de Gaudemar, il procéda contre lui, 
sachant qu'il n'avait pas laissé de prêcher depuis l'arrêt, 
de sorte que la Chambre des vacations le mit en décret 
de prise de corps, le sixième de septembre (1645), et 

28 



434 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

confirma au reste l'arrêt précédent. » Le protestant 
Latour, chez qui se faisait l'assemblée, fut condamné 
de son côté à payer une amende applicable, moitié à la 
maison de charité de la ville d'Aix moitié à la répara- 
tion du palais du Parlement. Gaudemar et les anciens 
du consistoire de Roumoules , qui s'étaient pourvus dès 
le mois de septembre devant la Chambre de Grenoble 
contre l'arrêt de juin du Parlement, obtinrent gain de 
cause. La Chambre cassa l'arrêt du Parlement d'Aix, lui 
défendit de connaître de cette affaire et assigna person- 
nellement Grimaud à comparaître devant elle ; mais le 
président, abusant de son crédit, se fit décharger de 
l'ajournement par un nouvel arrêt de son Parlement du 
22 décembre. Le conflitfut porté devant le Conseil privé 
du roi qui, après de longs retards, rendit un arrêt con- 
tradictoire renvoyant la cause devant la Chambre de 
l'édit de Grenoble (1653). Le Parlement étant ainsi mis 
de côté et Grimaud ne voulant pas affronter la décision 
que prendrait la Chambre mi-partie, l'évêque de Riez 
ramena la cause devant le Conseil du roi en vertu de 
lettres de la grande chancellerie par lesquelles il était 
reçu partie intervenante; mais aucun nouvel arrêt ne 
paraît avoir été rendu par le Conseil. Quoi qu'il en soit, 
les anciens du consistoire de Roumoules ne se laissè- 
rent pas intimider par cette nouvelle instance de l'évê- 
que , et leurs délibérations qui , dans le registre du 
consistoire, s'arrêtent à l'année 1645, époque où le 
pasteur Gaudemar fut décrété d'arrestation et l'exercice 
suspendu, reprennent à l'année 1653. Dans celle du 
26 décembre de cette même année , nous voyons le 
synode de Lourmarin de 1653, sur l'exposition que le 
député laïque de Riez-Roumoules fit de la pauvreté de 
l'église et de la persécution qu'elle avait soufferte, déci- 
der que le pasteur de Manosque , Jean Bernard, la 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 435 

visiterait jusqu'à ce qu'elle pût en avoir un en propre. 
Le même registre nous apprend que le synode suivant 
se tint à Roumoules même le 20 août 1654. A par- 
tir de cette époque, l'église ne paraît pas avoir été 
inquiétée. 

En 1680, le syndic de l'église de Riez et annexes 
demanda aux consuls «• de leur fournir et acheter un 
lieu, » dit leur requête, « pour leur servir de cimetière, 
qui soit clos et fermé , dans l'enceinte ou aux faubourgs 
de la ville en remplacement.de celui dont ils jouissaient 
au pré delà foire, et ce à cause que les murailles dudit 
cimetière ont été démolies dans les derniers troubles. » 
Les consuls répondirent, le 8 juillet de la même année, 
que, d'après les ordonnances, c'était aux réformés à 
entretenir les murailles de leur cimetière et que, s'ils vou- 
laient en acheter un autre , ils pouvaient le faire avec 
leurs propres deniers. Se voyant éconduits par les con- 
suls , les habitants réformés de Riez s'adressèrent à 
Tévêque seigneur du lieu , qui écrivit ces mots au bas 
de leur requête, signée par deux Gaudemar, deux Ara- 
bin et A. Segond : « Soit montré aux consuls. » 
Ceux-ci répondirent qu'ils n'étaient plus dans les ter- 
mes de l'édit de Nantes et que, depuis, les choses avaient 
changé de face par les nouveaux édits. 

Mentionnons encore, pour terminer cette notice , la 
décision que prit, le 15 février 1632 , le consistoire de 
de Riez de se joindre aux frères Charles et Nicolas 
Gaudemar dans le procès criminel que leur intenta l'évê- 
que de Riez pour n'avoir pas voulu tapisser leur maison 
le jour de la Fête-Dieu. 

La dernière délibération du consistoire de l'église de 
Riez-Roumoules et annexes est du 5 mai 1682 et signée 
par Bernard ministre , Segond ancien , Rodet Mati ancien 
et [Nicolas] Gaudemar ancien. Ce dernier fut nommé le 



_^-() HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

18 décembre 1678 à la place de son père. Il se réfugia 
en Hollande, à l'époque de la Révocation de l'édit de 
Nantes, et y fit le commerce des soies, qu'il exerçait 
sans doute déjà à Riez, Il avait emporté avec lui le 
Rea-istre des délibérations du consistoire de Riez et le 

o 

confia avec quelques autres papiers, le 23 août 1 721, au 
consistoire de l'église wallone d'Amsterdam, qui en a 
fait don à la bibliothèque de la Société de l'histoire du 
protestantisme français. 

En 1645, Riez comptait 10 familles réformées , et 1 1 
en 1682 (3 4 habitants). Roumoules , à la même époque, 
renfermait i famille réformée (8 habitants). 

Puimoisson. — Considérée comme adjointe à Riez- 
Roumoules, cette annexe avait 18 habitants réformés 
(4 familles) en 1682. 

Esparron-du-Verdon contribuait, en 1675, pour 30 li- 
vres à l'entretien du ministère. 

Il y avait encore, en 1682 , à Valensole , 7 habitants 
réformés (i famille); à Quinson 8 (2 familles), à Mous- 
tiers 10 (2 familles); à Saint- André-de-Meouilles i. 

Castellane renfermait aussi quelques réformés. 

Pasteurs : Claude Morel , 1566; Philippe Codurc, 
avant 1609; Pierre Huron, 1609-1620; André Genoyer, 
1625-163 5 ; Paul Gaudemar , 1636-1645 ; Héléon 
Gaudemar, après 1663 et jusqu'en 1685 (i). 

THOARD-ESPINOUSE-PUIMICHEL , DigRC , LeS MéCS. 
(Viguerie de Digne.) 

Thoard , Espinouse et Puimichel formaient en 1620 

(i) Benoît, t. III, p. 56, 57; — Filleau , Décisions catholiques, p. 505; — 
Papiers du consistoire de l'église réformée de Riez, Reniolles et annexes 
(Ms. de la bibl. de la Soc. de l'Hisi. du protest, franc.). 



RÉGIME DE L'ÉDIT DE NANTES. 437 

une église, qui ne subsista pas longtemps comme église 
distincte. 

Thoard jouit paisiblement du droit d'exercice- jus- 
qu'en 1661 alors que les commissaires exécutifs de l'édit 
de Nantes de cette époque, statuant sur la requête des 
syndics généraux du clergé de Provence tendant à inter- 
dire'l'exercice à Thoard , s'accordèrent à renvoyer les 
parties devant le sénéchal de Provence , qui s'adjoin- 
drait un gradué de la religion réformée pour leur faire 
droit après enquête et rapport. Un ancien du consis- 
toire de Thoard , Charles de Baschi , sieur de Saint- 
Estéve , fut député au synode national de Vitré de 1617 
par les églises de Provence. C'était l'arriere-petit-fils 
de Thaddée de Baschi, seigneur d'Estoublon , beau- 
frère du célèbre baron d'Allemagne. Charles de Baschi 
se distingua dans les guerres de religion du dix-septième 
siècle. — En 1682, Thoard comptait 4 habitants réfor- 
més (une famille). 

Espinoiise, église de fief de Pierre de Villeneuve, sieur 
d'Espinouse, ancien du consistoire d'Espinouse, puis 
de Riez , qui fut député des églises de Provence aux 
synodes nationaux de Gap de 1603, de Privas de 161 2 
et à l'assemblée politique de Grenoble de 161 5. — En 
1682 , Espinouse comptait 30 habitants réformés 
(12 familles). 

Puimichei, église de fief d'Elie de Glandevès , sieur 
d'Ajou , cadet de Puimichel , ancien du consistoire de 
cette église et député des églises de Provence aux sy- 
nodes nationaux de Saint-Maixent de 1609 et d'AIais 
de 1620, et à l'assemblée politique de Saumur de 161 1, 
qui lui confia une mission à la cour pour une affaire 
étrangère à la Provence. D'Ajou était vraisemblable- 
ment de la même famille qu'Honoré de Glandevès, 
baron de Montblanc , fils de Balthazar de Gérente, ba- 



4^8 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

ron de Sénas , le célèbre défenseur de Sisteron. — En 
1682, Puimichel comptait 8 habitants réformés (3 fa- 
milles). 

Annexes : Digne. — Dans les plaintes portées au roi 
par les députés du synode général d'Alençon en 1637, 
ces derniers exposaient que l'exercice était établi et 
autorisé à Digne en 1620, avant les nouvelles guerres 
de religion , et qu'interrompu à cette époque , l'édit 
de grâce de Nîmes, de juillet 1629, en permit le rétablis- 
sement , mais que les commissaires chargés d'exécuter 
l'édit ne purent remplir leur commission. Les députés 
demandaient en conséquence au roi de rendre justice aux 
habitants réformés de Digne , d'autant mieux que , dès 
1625 , le roi, répondant à un cahier de plaintes qui lui 
fut présenté cette même année à Fontainebleau par les 
députés des églises réformées, avait manifesté la volonté 
que l'exercice fût rendu à cette église. — En 1682, elle 
comptait 24 habitants réformés (4 familles). 

Les Mées. — Peu après l'édit de Nantes, les protes- 
tants de cette ville eurent un procès avec elle par-devant 
la Chambre de l'édit de Grenoble, « tant au sujet de 
leur cimetière, dit Esmieu, « que pour des excès dont 
ils se plaignaient de la part des habitants. En 16 16, le 
18 mai, les consuls, au nom de la ville, transigèrent sur 
ces différends devant Honoré Salvator, notaire, avec six 
particuliers, qui stipulent , tant pour eux que pour tous 
les autres religionnaires habitants de la même ville , en 
suite d'une délibération qu'ils avaient prise et de l'avis 
de noble Pierre de Villeneuve , seigneur d'Espinouse. 
Par cet acte , la ville leur céda un nouveau local pour 
leur servir de cimetière , situé entre le torrent de La 
Combe , l'église et la cour de noble Jean de Magnan, 
duquel la ville avait acheté le terrain contigu à sa mai- 
son par acte du même jour. Elle s'obligea de faire clore 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 439 

de muraille et d'une porte ce nouveau cimetière; elle 
leur paya en outre i 20 livres pour les frais du procès. 
Par un article particulier de cette transaction, il fut per- 
mis à trois frères, qui y stipulent, de faire exhumer le 
corps de leur père et de le faire transférer au nouveau 
cimetière pour y être enseveli. Du nombre des six par- 
ticuliers protestants qui figurent dans cet acte était un 
notaire , appelé Alexandre Gai , qui avait exercé des 
fonctions judiciaires aux Mées, ainsi que ses ancêtres , 
et un capitaine, nommé Pierre Bonhome, dont la famille 
y était très ancienne. Les descendants de celui-ci du- 
rent s'expatrier à la révocation de l'édit de Nantes, en 
1685. » Les protestants des Mées possédaient un tem- 
ple, qui subsistait encore en 1803, quoique dénaturé à 
l'intérieur. Vers 1777, on y voyait une tribune et d'autres 
vestiges de l'ancien culte. Il était situé dans la rue de 
l'Horloge, sur la ligne des maisons qui vont aboutir à 
l'ancienne porte de Baudouine. Son propriétaire, en 
1803, était, le citoyen Jean-Honoré Clément et on l'ap- 
pelait alors , et sans doute encore aujourd'hui, ÏHugue- 
naiide. En 1622 on obligea les protestants des Mées à 
prêter serment de fidélité au roi entre les mains du 
lieutenant de la sénéchaussée à Digne. C'était vraisem- 
blablement à cause de la nouvelle guerre de religion 
qui sévissait dans les provinces avoisinant la Provence. 

Pasteur : Jacques Baille, 1620. 

Pasteur d'Espinouse : Gaspard Delamer, 1572. 

Pasteur de Puimichel : Georges Cornelli, 1562. 

Pasteur de Digne : Nicolas, 1561 (i). 



(1) Arch. nation. TT, 288 B ; — La France protestante, t. I, p. 27, ; t. V, 
p. 2J4 ; — Aymon, t. II, p. 596 ; —Décisions royales, p. 159, 140 ; — Anquez, 
Un nouveau cliap., p. 184-186; — Esmieu, Notice hist. et statist. de la fille des 
Mées, p. 443-44)'- 



440 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 



LE LUC, SOLLIES. 



(Vigueries de Draguignan , Lorgnes, Toulon, Hyères, Brignoles, Barjols et 
Saint-Maximin.) 



Les commissaires exécuteurs de l'édit de Nantes de 
1600 attribuèrent le droit d'exercice au Luc comme se- 
cond lieu de bailliage , à moins que les habitants réfor- 
més du lieu ne prouvassent que le culte y avait été cé- 
lébré en 1577, 1596 ou 1597, auquel cas Tourves 
serait désigné comme deuxième lieu de bailliage. La 
preuve put être faite, et le Conseil du roi, par arrêt du 
19 mai 161 2, reconnut Le Luc comme lieu d'édit et 
Tourves fut choisi comme deuxième lieu de bailliage , à 
moins que les habitants réformés ne pussent établir 
qu'ils avaient joui de l'exercice dans les années mar- 
quées par l'édit de Nantes. 

Les commissaires exécuteurs de 1661 se partagèrent 
sur la question du droit d'exercice au Luc. Le commis- 
saire protestant déclara s'en rapporter à l'arrêt du Con- 
seil précité; mais le catholique prétendit que cet arrêt 
renfermait « beaucoup de nullités » et, sans aller jusqu'à 
donner droit aux syndics généraux du clergé qui deman- 
daient la démolition du temple et la suppression de 
l'exercice , il opina pour que celui-ci fût maintenu au 
Luc, mais seulement à titre de deuxième lieu de bail- 
liage. C'était enlever du même coup un lieu d'exercice 
aux réformés de Provence. 

D'autre part, les deux commissaires furent d'accord 
sur le maintien de l'école réformée du Luc ; mais le 
commissaire catholique n'agréa pas la requête des habi- 
tants réformés, qui demandaient que les murailles, porte 
et serrure du cimetière qui leur avaient été assignées pré- 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 44I 

cédemment tussent remises en état aux frais de la 
commune. 

Le procès-verbal de partage des deux commissaires, 
rédigé à Pertuis le 19 mai 1662, fut envoyé au roi qui, 
statuant en son conseil, ordonna,par arrêt du4 mai 1663, 
le maintien de l'exercice du Luc et de son temple. 

L'historien Aube nous fournit quelques détails sur le 
temple du Luc. 11 était situé « au milieu des jardins qui 
occupaient autrefois l'emplacement de la place Neuve; 
et le cimetière était au chemin de Brignoles, près de la 
chapelle de Saint-Antoine. L'entretien du temple et des 
ministres était à la charge des protestants du Luc et de 
ceux des pays voisins , qui étaient imposés à cet effet 
tous les ans. L'état des cotes de 1677 à 1678 porte : 
pour Le Luc 80 livres, pour Toulon 139 livres, pour 
Solliès 61 livres, pour Brignoles 21 livres; total: 301 li- 
vres. Le consistoire du Luc avait aussi pour 208 livres 
de pension et divers immeubles, dont le plus important 
était au quartier de Paradis et est encore connu sous la 
dénomination de Consistoire. » A la révocation de l'édit 
de Nantes, ces biens furent donnés à l'hospice du Luc. 

Jean Clément dit Cadet, ancien du consistoire du 
Luc, représenta les églises de Provence au synode na- 
tional de Vitré de 16 17. 

En 1682, l'église du Luc comptait 100 habitants ré- 
formés. 

Sur la catastrophe arrivée à Meissonnier le jeune, 
membre du consistoire du Luc en 1619, voy. page 352. 

Annexe : Sol/iès. — Le seigneur de ce lieu fit don à 
Barthélémy Asquier d'un petit coin de terre, proche la 
chapelle Saini-Antoine , pour y établir un cimetière ré- 
formé. Cette donation, dont la date n'est pas indiquée, 
paraît remonter à la fin du seizième siècle ou au com- 
mencement du dix-septième. Quoiqu'il en soit, les habi- 



442 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

tants réformés avaient « de tout temps » possédé ce 
cimetière et, quelques années avant 1660, à cause delà 
grande étendue de la commune , ils en avaient acheté 
un autre au quartier du Pont (Solliès-Pont) , près des 
Pères capucins , situé à huit cents pas de la ville (Sol- 
liès-Ville). 

Les réformés ne paraissent pas avoir possédé de tem- 
ple à Solliès, mais ils y célébraient pourtant leur culte. 
Les syndics généraux du clergé de Provence deman- 
dèrent aux commissaires exécuteurs de 1661 de suppri- 
mer ce culte soit en public soit en particulier. Le com- 
missaire catholique fit droit en partie à leur requête. Il 
défendit les assemblées publiques , mais autorisa les 
ministres à visiter les malades de leur communion et 
aux habitants réformés de faire leurs prières chez eux, 
mais sans chanter de psaumes. Le commissaire protes- 
tant opina aussi pour que l'exercice public fût interdit 
à Solliès ; mais il demanda que les réformés pussent tenir 
des assemblées particulières dans leurs maisons, <■<■ tant 
pour eux que pour leurs familles, » en attendant qu'ils 
justifiassent d'avoir joui de l'exercice en 1 596 et 1 597. 
Le procès-verbal de partage des deux commissaires , 
signé à Pertuis le 20 mai 1662, fut renvoyé au roi qui, 
statuant en son Conseil, ordonna, par arrêt du 4 mai 1663, 
la suppression de l'exercice à Solliès. 

Quant aux cimetières réformés du lieu, un seul, celui 
du Pont (Solliès-Pont), fut maintenu par les deux com- 
missaires , parce que l'évêque de Toulon avait sommé , 
le 7 juin 1660, les réformés du lieu de prouver dans un 
mois qu'ils avaient le droit de posséder deux cimetières 
au terroir de Solliès et qu'ils ne l'avaient sans doute pu. 

En 1682, il y avait à Solliès-Ville 15 habitants réfor- 
més (3 familles), et à Solliès-Pont 66 (13 familles). 

A la même époque , il y avait à Gonfaron 4 habitants 



REGIME DE L EDIT DE NANTES. 443 

réformés, à Lorgues 29, à Draguignan 6, à Fayence 23, 
à Bargemon i , à Tourelles 40, |au Muy 3 , à Sainl- 
Tropez i, à Toulon 14 (3 familles), à Cuers i, à Hyé- 
res 9 (i famille), à Cabasse i, à Signes 24 (3 familles), 
à Tavernes 4 (i famille), à Brignoles i. 

Cette dernière ville, aune époque antérieure, avait dû 
compterun plus grand nombre de protestants, car ceux-ci 
y possédaient un cimetière, qui fut transféré, en 1601, 
par le conseil communal, au quartier de Saint-Simian. 
Après la révocation de l'édit de Nantes, en 1702, les 
recteurs de l'hôpital de La Charité demandèrent au 
conseil communal de le leur céder, sauf à remplir ulté- 
rieurement les formalités d'usage pour en devenir les 
propriétaires réguliers. 

Quant au lieu de Tourves , qui renfermait un certain 
nombre de familles protestantes , il avait été désigné 
comme lieu de bailliage parles commissaires exécuteurs 
de l'édit de Nantes de 1601 , et une ordonnance du 
Conseil du roi avait même autorisé ses habitants à con- 
struire un temple dans l'intérieur de leur ville « comme 
étant privilégiés ; » mais, en 1614, cette ordonnance 
n'était pas encore exécutée et ne paraît pas l'avoir ja- 
mais été (i). 

Pasteurs : Honoré Bérard, 1586; Samuel Tous- 
saint, 1603-1617; André Genoyer vraisemblement , 
1618-1624; Jean de Rié, 1626; Jean Bernard, 1633- 
1637; Jean Bouer, )66o-i685. 
• Pasteur à Fayence : Pierre Agard, 1572. 



(i) Arch. nation. TT, 252, 2^-;, 284, 288 B; — Aube, Notice histor. sur 
Le Luc, p. 28-30; — Aymon, t. II , p. i;6; — Raynouard , Notice sur Bri- 
/^nolcs, p. 124. 



444 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

GRASSE. 

(Viguerie de Saint- Paul.) 

Cette église ne paraît pas avoir subsisté longtemps 
comme église distincte, et une plaquette du dix-septième 
siècle nous apprend que dix de ses membres embras- 
sèrent, en 1612, le catholicisme à la suggestion du capi- 
taine Isaac Pagan , de Grasse, qui, après avoir voyagé 
en Italie et à la cour de France et suivi les prédica- 
tions de carême du dominicain Louis Forneri, prieur 
du couvent de Tarascon , se fit catholique. Dès qu'il 
eut connaissance de ce fait, Jacques Pelletier, diacre de 
Téglise de Grasse , qui habitait Châteauneuf, à proxi- 
mité de la ville, vint conférer avec Pagan, qu'il ne put 
faire revenir de sa détermination. Samuel Toussaint, 
pasteur du Luc , qui desservait l'église de Grasse , eut 
de son côté une dispute publique avec Forneri, à la 
suite de laquelle deux nouveaux protestants abjurèrent 
leur religion , si la plaquette à laquelle nous empruntons 
ces faits est fidèle. Elle ajoute que Toussaint, tout en 
déclarant que le pain de l'Eucharistie restait pain, con- 
fessa quatre fois la réalité du corps de Christ dans ce 
sacrement : ce qui aurait scandalisé ses coreligionnaires, 
témoins de la dispute (i). 

En 1682, Grasse comptait 3 habitants réformés (i fa- 
mille). A la même époque il y avait aussi à Cipières 
4 habitants réformés (i famille), au Broc 2 , à La 
Colle 3 , à Caille 5 (1 famille) , à Saint-Auban 2. 

Pasteurs : Rigolet, 1567; Pierre Mercurin, 1626. 



(i) La conversion de dix notables personnes à la foy et religion callwli- 
que, etc. 



REGIME DE L EDIT DE NANTES. 445 



ANTIBES. 



(Viguerie de Saint-Paul.) 



Le i6 juillet i6i2,les consuls d'Antibes accordèrent 
un cimetière à leurs concitoyens réformés au quartier 
de Jaïssa. Ces derniers, du reste, paraissent avoir joui 
paisiblement de leur droit d'exercice jusqu'en 1642 , 
alors que Godeau , évêque de Vence et de Grasse , 
écrivit au roi que, dans la maison d'Augustin Serrât, de 
la religion réformée, « un nommé de Gand , » dit la 
requête, a se mêle de prêcher à ceux qui s'y ramassent, 
tant des habitants de la ville , soldats et officiers de la 
garnison ; ce qui cause un grand scandale parmi les 
catholiques et peut, un jour, être cause de grande sédi- 
tion populaire ; davantage que les consuls de ladite ville 
d'Antibes, ayant été condamnés à donner un cimetière 
aux susdits de la religion prétendue réformée , ils leur 
en ont assigné un , il y a quelques années , proche 
l'église et cimetière d'icelle , et l'un ni Tautre n'étant 
point clos , les os des chrétiens sont mêlés souventes- 
fois avec ceux des hérétiques , ce qui est tout à fait con- 
tre la piété et les bonnes mœurs. » « C'était, » dit spi- 
rituellement Benoît, « prendre de loin des préoccupations 
pour le dernier jour, où la puissance divine en doit faire 
le discernement. » Godeau concluait en demandant 
qu'il fût fait défense au ministre de Gand de continuer 
ses fonctions et que le cimetière fût transféré ailleurs. Le 
Conseil du roi fit droit à la requête de Godeau et, par 
son arrêt du 16 décembre 1642, supprima l'exercice à 
Antibes, sous prétexte que c'était un fief d'église , et 
ordonna que le cimetière protestant serait établi à cent 



446 , HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

pas au moins de l'église et du cimetière catholique (i). 

En 1682, Antibes comptait 23 habitants réformés 
(i familles). 

Pasteur : De Gand, 1642. 



LA CHARGE. 



Cette église, terre de Provence enclavée dans le 
Dauphiné, et d'abord rattachée à l'église de La Motte- 
Chalencon dans le Diois , parait n'avoir eu de pasteurs 
en propre que par intervalle. En 161 3, elle en était pri- 
vée et fut rattachée par le colloque du Diois à Rosans, 
mais , trouvant cette église trop éloignée , elle en appela 
de l'ordonnance du colloque au synode provincial de 
Pont-en-Royans de 1614, qui la laissa libre de s'unir à 
telle église qui lui semblerait bon. Il paraît que dès lors 
elle se rattacha à la Provence. Quoi qu'il en soit, l'exer- 
cice y subsista jusqu'à la révocation de l'édit de Nantes. 
Autrement elle était pauvre , et nous voyons le synode 
provincial de Lacoste, du 14 juillet 1645, l'éviter toutes 
les églises de Provence à lui venir en aide pour qu'elle 
pût entretenir un ministre (2). 

Pasteurs : André Bernard, 1626; Jacques de La 
Planche, 1660-1677. 



LEMPS. 



Cette église , également terre provençale , enclavée 
dans le Dauphiné , était adjointe à l'église de Rosans 
dans les Baronnies et desservie régulièrement par ses 
pasteurs. L'un d'eux porte même le nom de pasteur de 
Lemps et de Rosans. 



(1) Benoît, t. II, p. 606; — Filleau, Dccisions catholiques , p. 50^ 

(2) E. Aniaud, Hixt. des prol. du Dauph. , t. II, p. ^-^q. 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 447 

Le i^' avril 1603 les catholiques et les réformés de 
Lemps firent une transaction en vertu de laquelle les 
premiers cédaient aux seconds la maison du sieur de 
Rocheblan pour célébrer leur culte. En 1614, une nou- 
velle convention stipula qu'au cas oia la commune aurait 
besoin de la maison, elle en fournirait une autre aux 
protestants. En 1638, les catholiques ne montrèrent 
plus la même bonne volonté, car ils obtinrent du Par- 
lement de Provence un arrêt qui interdisait le prêche à 
Lemps. La Chambre de l'édit de Grenoble le cassa et 
fît défense au Parlement d'Aix de connaître des affaires 
des réformés de Provence , confirma la convention du 
i^'' avril 1603 et maintint l'exercice à Lemps. En juin 1654, 
les catholiques obtinrent un nouvel arrêt du Parle- 
ment qui supprimait l'exercice. La Chambre de l'édit 
ayant cassé ce second arrêt, les catholiques se livrèrent 
alors à des voies de fait , s'emparèrent de la maison de 
prière des réformés et brisèrent la chaire , les bancs et 
autres meubles qu'elle contenait. La Chambre de 
l'édit, informée de ces ^violences d'un autre age^ cassa 
les deux arrêts du Parlement de Provence, le condamna 
aux dommages et intérêts , maintint l'exercice à Lemps 
et ordonna la restitution et la remise en place des meu- 
bles du temple. 

Quelques années après, quand les commissaires-exé- 
cuteurs de l'édit de Nantes en Provence furent nommés, 
les syndics généraux du clergé de cette province leur 
adressèrent une requête tendant à ce que l'exercice fût 
interdit à Lemps et que la maison où on le célébrait, et 
qui avait été réparée depuis cinq ou six ans, fût abattue ; 
d'autant mieux , disaient-ils , qu'aucun ministre n'avait 
résidé dans la commune. Le commissaire catholique 
émit un avis conforme à ces prétentions, à la seule ré- 
serve que le temple serait converti en un autre usage 



448 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. • 

avec suppression de tous les emblèmes protestants qu'il 
pouvait renfermer, et que sa cloche ferait retour aux ca- 
tholiques si elle portait quelque emblème ou inscription 
catholique. Le commissaire protestant demanda qu'avant 
de prendre aucune décision de cette nature , les habi- 
tants réformés de Lemps fussent admis à prouver qu'ils 
avaient joui de l'exercice en 1596 et 1597, et qu'en at- 
tendant, cet exercice fût interdit. Le procès-verbal de 
partage des deux commissaires , signé à Pertuis , le 
14 mai 1662 , fut renvoyé au roi, qui , par arrêt de son 
Conseil du 4 mai 1663, supprima l'exercice à Lemps et 
ordonna la démolition du temple. Quant à la cloche , 
l'arrêt portait que , si elle avait des emblèmes catholi- 
ques, elle serait remise à l'église paroissiale du lieu, si- 
non laissée aux réformés. Ces derniers prouvèrent 
qu'elle leur appartenait en propre , qu'ils l'avaient fait 
fondre en l'année 1603 et que le lieutenant de Sisteron 
l'avait visitée et reconnue comme leur propriété (i). 

Pasteur de Lemps et de Rosans : Ennemond Fal- 
quet , 1596. — Pour les pasteurs de Rosans, voy. 
E. Arnaud , Hist. des prof, du Daiiph. , t. II , p. 347 , 
348. 

VALLÉE DE BARCELONNETTE , Jausieis , Mcyronnes ^ Larche , Bar- 

celonnette. 

Le duc de Savoie persécuta cette église en 1600, et 
le synode provincial de Serres en Dauphiné, assemblé 
cette même année, l'exhorta à « souffrir, » disent ses 
actes, « tout ce qui lui sera donné de souffrir pour ré- 
sister aux assauts des adversaires et soutenir la vérité. » 
En 1603, la persécution ayant pris un caractère plus 

(I) Arch. nation. TT, 2j8, 288 B. 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 449 

violent et les réformés se voyant menacés de perdre le 
libre exercice de leur culte, écrivirent au synode géné- 
ral de Gap, assemblé cette même année, qui, « voulant, » 
disent ses actes, « leur donner toute la consolation pos- 
sible , les exhorte à persévérer constamment dans la- 
dite profession avec ceux des autres vallées du Piémont, 
leur promettant les mêmes secours de charité , en cas 
qu'ils soient molestés ou exilés, qu'à ceux qui sont unis 
avec nous par une même doctrine et discipline. » En 
1622, un ordre formel d'abjuration ou d'exil, qui leur 
fut apporté par le dominicain Bouvetti de la part du duc 
de Savoie , les obligea de quitter pour toujours leur 
cruelle patrie et de s'établir, les uns dans les Vallées 
vaudoisesdu Piémont, qui jouissaient pour lors du libre 
exercice de leur religion, les autres dans le Dauphiné , 
d'autres à Lyon et à Orange. 

Ceux qui se réfugièrent dans cette dernière ville fu- 
rent reçus par leurs coreligionnaires avec la plus grande 
sympathie, et le prince d'Orange régnant leur accorda, 
à diverses reprises (10 décembre 1630 et 9 octobre 1843), 
tous les privilèges et libertés dont jouissaient ses pro- 
pres sujets (i). 

Pasteurs : Jehan Fabri, 1556 ; Recend, 1600. 

BIOGRAPHIE SUCCINCTE DES PASTEURS DE PROVENCE 
AUX XVI^ ET XVII^ SIÈCLES. 

Agnel (Charles), de Riez, élève de l'académie de 
Genève en 1645, pasteur à Sacconey, Pregny, Meyrin 



(1) Recueil des synodes du Dauphiné (ms. des arch. dép. de la Drôme) ; — 
Muston, L'Israël des Alpes, t. I . p. 67 et suiv.; — Aymon, Tous les synodes 
nationaux; — Lettres de naturalité des habitants du marquisat de Salasses, du 
Piedniont et vicariat de Barcitonne octroyées par son Altesse Frédéric-Henry , 

prince d'Orange, etc. 

29 



450 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

et Vernier, dans le pays de Gex, 1647- 1659 ; à Mé- 
rindol, 1660. Pour le reste, voy. La France protestante, 
vol. I, p. 51. 

Agard (Pierre) , de Tourettes-lès-Vence , élève de 
l'académie de Genève en 1563, pasteur à Fayence en 
1572, réfugié à Genève à cette dernière date, pasteur 
à Filly (Savoie) en 1573 , à Yvoire [Id.) , 1588 ; mort 
pasteur à Romans, 1604. Pour le reste, voy. E. Ar- 
naud, Hist. des prot. du Dauphiné, t. II, p. 369, et La 
France protestante, 2^ édit., vol. I, p. 51. 

Ambe , pasteur en séjour au château de Mouans 
avant 1 572. 

Arnaud, pasteur en Provence en 1665. 

Aube (Trophime de F), pasteur à Marseille en 1 562; 
à Montélimar, 1 568. 

Aymin (Jean), de Sisteron, et, en premier lieu, chirur- 
gien à Die, embrassa le saint ministère après avoir étu- 
dié à l'académie de cette ville en 16 18; reçu ministre 
l'année suivante; pasteur à Briançon, 1619-1623 ; à 
Saint-Paul-Trois-Châteaux , 1626-1630 ; à Die, 1630- 
1642. Il fut prêté à Lyon en 1638 et à Saint-Jean- 
d'Hérans en 1640. Pasteur à Manosque, 1642-1644 ;" 
à Gap, 1659, comme suffragant du pasteur Cherler. 
Retiré à Nîmes , il prêta de nouveau son ministère à 
Lyon, 1662-1663. — Aymin était d'un caractère incon- 
stant et difficile. Il avait été chargé, en 163 3 "et 1634, 
d'une commission concernant l'entretien de l'académie 
de Die et, bien que ses pouvoirs fussent expirés, il 
s'était obstiné à rester à Paris contre la volonté de* ses 
commettants. Le synode du Dauphiné blâma sa con- 
duite et l'invita, en outre, à résider dans son église. Ne 
s'étant point soumis à cet ordre , le synode national 
d'Alençon, de 1637, le jugea digne d'une censure sé- 
vère, et le synode de Nyons, du 1 5 août 1 542 , le dé- 



RÉGtME DE I.'ÉDIT DE NANTES. 4^1 

chargea de Téglise de Die en lui permettant de se 
pourvoir ailleurs. Il passa alors au service de l'église 
de Manosque; mais, peu satisfait d'avoir été dépossédé 
de son ancienne église, il en appela au synode national 
de Charenton de 1644-1645, qui confirma la décision 
du synode de Nyons et sa nomination à Manosque par 
le synode de Provence. L'auguste assemblée lui défen- 
dit , de plus , de rien exiger de l'église de Die pour le 
temps pendant lequel il y avait exercé son ministère, et 
cela, sous aucun prétexte de marché ou d'accord con- 
clu avec elle, et il permit à l'église de Manosque de se 
pourvoir d'un autre pasteur au cas où Aymin négligerait 
le soin de son troupeau pour poursuivre le procès qu'il 
avait intenté au recteur de l'académie de Die et au 
syndic des habitants réformés de cette ville , ou quitte- 
rait son église avant d'avoir donné sa démission. Aymin, 
qui était processif de sa nature , appela de cette déci- 
sion à l'hôtel des requêtes du roi qui, jugeant cette af- 
faire , contrairement à l'article 3 5 des Particuliers de 
l'édit de Nantes, interdisant ces sortes d'appel, con- 
firma la décision du synode de Charenton par sa sen- 
tence du 12 mai 1656. Ce jugement ne mit point fin au 
débat, qui revint devant le synode national de Loudun 
de 1659. La haute assemblée revit la sentence de celui 
de Charenton , examina les lettres des professeurs de 
l'académie de Die, censura Aymin pour avoir porté ses 
appellations devant un tribunal séculier, confirma la dé- 
cision du synode de Charenton et autorisa le synode 
provincial des Cévennes, au cas où Aymin continuerait 
à se montrer réfractaire à la discipline, à le censurer 
selon qu'il l'aurait mérité, soit en le suspendant, soit 
en le déposant de son office, et à rechercher exacte- 
ment les motifs qui avaient pu le porter à ne plus 
exercer le ministère (Aymon, t. Il, p. 49=;, 564, 674 et 



4)2 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

748; Loride, Sommaire des procès... qui arrivent ordi- 
nairement dans r exécution des édits de pacification^ Paris, 
1666, p. 19 et 20; Court, Hist. des ministres de France, 
t. I ; mss. Court, n^' 42, à la biblioth. publ. de Genève. 
— Pour le reste, voy. E. Arnaud, Notice sur les imprim. 
de l'acad. de Die, p. 19 et 21, et Notice hist. et bibliogr. 
sur les controv. relig. en Dauph., p. 51). 



Baille (Jacques), pasteur à Thoard, 1620 ; à La- 
coste, 1 626-1637 ; à Embrun vraisemblablement, 1637. 

Barras, pasteur à Lourmarin, 1564. 

Baussan. Pasteur à Lourmarin, 1 560-1 572 (avec 
des intervalles) ; auteur du Triomphe de l'Evangile , 
dont nous citons un fragment page 113. Faut-il le con- 
fondre avec Damien Baussan, pasteur à Montélimar en 
1568 ou avec Esprit Beaussenc, pasteur à Courthezon 
de 1595 à 1597? 

Bérard (Honoré). Pasteur au Luc, 1586. 

Bernard (André). Pasteur à La Charce, 1626; àMé- 
rindol, 1637; mort vers 1660, mais avant cette date. 

Bernard (Jean). Pasteur à Séderon en 1626 ; au Luc 
163 3-1 63 7; à Velaux, en 1660. Le frère du précédent. 

Bernard (Jean), fils d'André Bernard (i) docteur 
en théologie , marié à Marguerite Gaudemar et pas- 
teur à Manosquede 1644 a 1685. « Il sortit du royaume, » 
dit Court, «à la révocation de l'édit de Nantes. Les ré- 
fugiés qui étaient en Suisse et en grand nombre , et la 
plupart dans de grands besoins, formèrent le dessein de 
faire une députation vers tous les princes souverains et 



(1) Il est appelé le neveu sur une liste de 1660, parce que son oncle Jean 
était le seul survivant de la famille avec lui à cette époque. 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 41; 5 

républiques d'Allemagne et même vers les rois du Nord, 
tant pour remercier ceux qui avaient déjà exercé leur 
charité envers les pauvres dispersés que pour leur en 
demander la continuation et pour exciter le zèle de 
ceux qui ne se seraient pas acquittés de ce religieux 
devoir; pour leur demander l'établissement de nouvel- 
les colonies, des terres à défricher, des collectes d'ar- 
gent oia l'on ne voudrait pas recevoir des colonies , des 
secours de route pour le soulagement des voyageurs et 
tous les autres moyens pour subvenir aux nécessités des 
malheureux qui étaient sortis ou qui sortiraient encore 
de la grande tribulation. Dans ce dessein la direction 
des réformés de Lausanne convoquapourleô février 1688 
une assemblée générale des principaux d'entre les- 
dits réfugiés et ceux des villes voisines. Là fut agité et 
approuvé la nature de cette députation et les moyens pour 
la remplir; là furent élus à la pluralité des suffrages Jean 
Bernard et de Mirrnand, gentilhomme de Nîmes. Leurs 
lettres patentes furent signées de cinquante-sept person- 
nes, entre lesquelles étaient trente -trois ministres. Cette 
députation fut approuvée et appuyée par des lettres de 
recommandation des seigneurs des cantons évangéli- 
ques. Les députés devaient d'abord diriger leurs pas 
auprès du grand Electeur de Brandebourg. Ils étaient 
chargés pour lui d'une lettre des plus touchantes ; mais 
ils eurent la douleur d'apprendre en chemin la mort de 
cet illustre prince. Le marquis de Venours et de Gissay 
et quelques autres furent joints aux députés par ordre 
de Son Altesse Electorale ; mais cette députation, dont 
on avait conçu de grandes espérances, se réduisit à 
peu de chose. La révolution qui survint en Angleterre 
en changea le plan et en arrêta le succès. » Ber- 
nard , contre l'avis de la colonie française de Berlin 
(i*' déc. 1688) et la direction des réfugiés de Lausanne 



454 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

(i*"" mars 1689),. crut devoir, malgré la révolution an- 
glaise et les grands mouvements politiques de l'Europe, 
continuer sa mission , bien qu'on la lui eût retirée plu- 
sieurs fois, et se rendit en Angleterre,, où il ne put être 
écouté. Sa persistance fut blâmée avec beaucoup de 
vivacité par Gautier, ancien pasteur de Montpellier 
établi à Berlin , qui lui reprochait de manquer de con- 
stance, de modération et de jugement. Le célèbre 
Pineton de Chambrun , qui l'avait vu de près en Hol- 
lande et connu sans doute en France, le jugeait bien 
différemment. D'après lui Bernard était un homme très 
persuasif, qui s'était attiré à La Haye, par son zèle, sa 
piété et toute sa manière d'agir, la bienveillance de la 
princesse Marie , qui lui avait promis des secours en 
argent dès qu'elle serait montée sur le trône d'Angle- 
terre. « Il est écouté des puissances avec plaisir, » di- 
sait-il dans une lettre du 10 novembre 1688, « sa vertu 
et les dons qu'il a pour la chaire lui ont acquis le cœur 
de tout le public et un accueil favorable du prince, 
mon maître, et de la princesse, qui m'en a parlé très 
avantageusement. » D'oij l'ancien pasteur d'Orange con- 
cluait qu'il fallait maintenir Bernard dans l'emploi qu'on 
travaillait à lui ôter. Un historien catholique de Pro- 
vence , Achard, porte sur lui un jugement qui corro- 
bore celui de Chambrun. (( Il réunissait en lui, >> dit-il, 
« les mœurs, l'esprit et la science... Une probité épu- 
rée, un caractère bienfaisant, une affabilité prévenante, 
faisaient aimer Bernard par les catholiques mêmes. Les 
saillies de son esprit , les agréments de sa conversation 
et une physionomie riante le faisaient rechercher de tout 
le monde. Les prêtres eux-mêmes vivaient avec lui dans 
une espèce de familiarité. Il était fort riche et faisait 
beaucoup d'aumônes. Sa maison de campagne est en- 
core connue sous le nom de Basitdo d'ouo Ministre et 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 455 

les autres terres qu'il possédait sous celui de Leis Ber- 
nados. » A son retour d'Angleterre , il fut inscrit avec 
sa femme, le 21 avril 1691, sur la liste des pensionnaires 
de la ville d'Amsterdam. Il prêcha dans le second tem- 
ple de cette ville jusqu'à la fin de 1699 et y fut inhumé 
le 3 août 1706. 

Pendant que Bernard était encore en Provence , il 
eut, au rapport d'Achard, une dispute théologique 
« vive, longue et animée, » avec l'abbé Aubert, curé de 
Notre-Dame de Manosque, devant une assemblée nom- 
breuse, réunie à l'hôtel de ville. 

On connaît de Bernard quatorze sermons , dont les 
titres suivent : 

Le Seau de l'Esprit ou Sermon sur l'Epistre aux Ephe- 
siens , chap. 4, vers. 30. Prononcé à Charanton , le Di- 
manche 30 juillet 1662. Dédié à Boneau , cousin de 
Bernard. — Le Cantique de délivrance en deux sermons 
sur le pseaume xcvin. v. i . Dédié à M""® de Caille et de 
Rougon, mère du sieur de Caille et de M™^ du Lignon. 
— La Consolation des chrétiens en deuil. Sermon sur t Evan- 
gile de nostre Seigneur Jésus-Christ selon S. Matthieu, 
chapitre V. v. 3 (sans dédicace). — Jésus-Christ dans 
l'assemblée des fidèles ou Sermon sur le verset 20 du chap. 
XVIII de l'Evangile de S. Matthieu : Là où il y a deux 
ou trois etc. Prononcé au Luc pendant la tenue du Sy- 
node. Dédié à M. Dusson, seigneur de la Queze, capi- 
taine d'un des vaisseaux du Roy et son commissaire au- 
dit synode (i). — Le Soulagement du fidelle travaillé ou 
Sermon sur l'Evangile selon saint Matthieu , chap. XI , 
vers. 28 .• Vene^ à mo/ , etc (sans dédicace). — Ces six 



(i) Ce[sermon avait déjà paru l'année précédente (1079) à Montauhan, par 
les soins d'Antoine Bertier, imprimeur de la ville (exemplaire du marquis de 
Clapier, de Marseille). 



456 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

sermons, formant cinq opuscules in-i6 avec une pagi- 
nation distincte, portent tous sur le titre : a Genève, 
chez Herman Widerhold, 1680, » et furent sans doute 
publiés en un seul volume et à la fois. 

Le Souhait apostolique ou Sermon premier sur ces pa- 
roles de l' apostre saint Paul écrivant aux Ephésiens. Chap. I, 
V. 2 , Grâce vous soit et paix etc. Prononcé à Saint- 
Gai, en l'année 1686. Dédié à MM. les directeurs des 
marchands de la ville de Saint-Gai. — Le Souhait apos- 
tolique ou Sermon second sur ces paroles , etc. , comme 
précédemment. Dédié à M. Ruts, consul à Marseille 
pour les Très Hauts et Très Puissants et Souverains 
Seigneurs les Etats généraux des Provinces Unies, qui 
se trouve à présent à Amsterdam. — Imprimés à Genève 
chez Jacques de Tournes, 1687, in-16, avec deux pa- 
ginations et deux titres distincts. 

Le Combat du fidèle exposé en deux sermons sur ces pa- 
roles de l'apostre S. Paul en sa 11^ epistre à Timothée , 
chap. IV, V. y et 8 : J'ay combattu, etc. Dédié aux 
Avoyers, Boursiers, Banderets et Conseillers de la ville 
et canton de Berne, Genève, Duillier, 1689, in-8. 

La Vision de la face de Dieu, ou premier sermon sur la 
les paroles du Prophète David , Ps. 17 , vers, dernier : 
Mais moi je verrai, etc. Prononcé dans l'église françoise 
de Berne. Dédié à M^"" d'Erlak , seigneur de Chadaw, 
du petit Conseil de la ville et canton de Berne. — Le 
Rassasiement du fidèle ou deuxième sermon sur ces paroles, 
etc. , comme précédemment. Prononcé dans l'église 
française de Berne. Dédié à M?"" Steiger, seigneur de 
Saint-Christophle, du petit conseil de la ville et canton 
de Berne. — Le Réveil du fidèle ou Sermon troisième sur 
ces paroles, etc., comme précédemment. Aurait été dé- 
dié à F. Turrettin si la modestie de ce savant théologien 
l'eût permis. — Ces trois sermons furent imprimés à 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 457 

Genève pour Jacques Bardin, 1687, in-i6, avec une 
pagination et des titres distincts. 

Sermon sur le verset 5 du second chapitre de l'Apoca- 
lypse de Saint Jean. Prononcé dans une des églises wal- 
lonnes d'Amsterdam, le 16 janvier 1695, sur la mort de 
la Reine d'Angleterre. Amsterdam , Corneille de Ho- 
genhuisen, 1695, in-8° (sans dédicace). 

D'après l'historien Achard, qui donne à Bernard le 
prénom de Joachim, nous ne savons pourquoi, ce pas- 
teur aurait encore composé un livre intitulé : Obéissance 
des sujets à la loi du prince et du prince à la loi de Dieu, 
où il prouve que les persécutions ne peuvent autoriser 
les sujets à se révolter contre leur prince et que les 
princes ne doivent pas user de violence pour rameoer 
les esprits à la vraie religion (Court , Hist. des niinist. de 
France , t. I ; Ms. Court n° 42 de la biblioth. publ. de 
Genève; Bulletin de la Société, etc., t. IX, p. 149-1 53 ; 
Achard, Hist. des hom. illustr. de Prov.; La France pro- 
testante, 2® éd., vol. II, p. 375, 376. L'article consacré 
à Jean Bernard dans ce dernier ouvrage renferme, 
croyons-nous, plusieurs erreurs. 

Bernard (...) Frère du précédent, second pasteur 
de Mérindol, 1666-1677. 

Bernard (Barthélémy) , né au Luc , immatriculé à 
l'académie de Genève, le 4 juillet 1662 , et vraisembla- 
blement le fils de Jean Bernard, pasteur au Luc, de 
1633 à 1637, fut pasteur à Velaux, Aix, Marseille, 1664 
(environ)- 168 5, et député des églises de Provence au 
synode national de Loudun de 1659. Le 24 mai 1683 , 
Charles de Lombard de Gourdon, marquis de Montau- 
roux, conseiller du roi en sa Cour de Parlement de 
Provence , fut commis pour instruire contre lui parce 
qu'il avait recommandé à ses ouailles, au temple de Ve- 
laux , de prier Dieu pour leurs frères persécutés par 



458 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

rAntechrist et privés de leurs temples et de l'exercice 
de leur religion (c'était le moment où un grand nombre 
d'églises étaient supprimées par le Conseil du roi). 
Quinze témoins furent entendus contre Bernard, notam- 
ment un capucin, son dénonciateur, qui, prêchant le ca- 
rême à Velaux, entra le jour de Pâques dans le temple 
pour entendre le sermon de Bernard. Au moment de 
l'enquête, ce dernier, malade depuis deux mois, était 
remplacé dans son service tantôt par Charles Maurice , 
pasteur d'Eyguières, tantôt par d'Oraison, maître d'école 
de Velaux. La conclusion de ce procès fut la suppression 
de l'exercice à Velaux l'année suivante. A la révocation 
de l'édit de Nantes , Bernard se réfugia à Amsterdam 
avçc sa femme. Le 24 avril 1686, il signa la confession 
de foi des églises wallones et, en 1688, il était pasteur 
d'une de ces églises à Amsterdam. Il mourut avant 1694 
et sa famille était encore assistée en 1707 [Arch. na- 
tion., TT, 289 A; Bulletin de la Soc. de Niist., etc., t. V, 
p. 372 ; t. VII, p. 434; La France protestante, 2" édit., 
vol. II, p. 375, 376). 

BoMPART (Jean), pasteur à Mérindol, 1561. 

BoissiER (Claude), pasteur à Aix, 1557. 

BoNiFACE (Balthazar), ancien avocat, pasteur à For- 
calquier , 1 562. 

BouER ou Boër (Jean), né à Mérindol, élève de 
l'académie de Genève en 1652, pasteur au Luc, 1660- 
1685. Sa femme, qui s'appelait Madeleine Jouffret, se 
réfugia à Mérindol à la révocation de l'édit de Nantes 
et y demeura; mais son fils partit pour la rejoindre à 
l'étranger le 1 5 avril 1687 (Arch. nation. TT, 236, 237). 

BouER ou Boër (Jean), originaire du Luc en Pro- 
vence, pasteur à Mérindol, 1580; à Cordes, 1583- 
1588; à Lourmarin et Mérindol réunis, 1^88-159); à 
Mérindol seul, 1 595. 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 459 

BouoN ou Bonon , pasteur à Sivergues , 1561 ; à 
Lourmarin entre 1564 et 1572. 

BussET ou Blusset, pasteur à Lacoste, 1615-1616; 
il apostasia à cette dernière date et avait trente-quatre 
ans. Le synode national de Vitré de 1617 donne de lui 
ce signalement : « 11 est de moyenne stature et porte la 
tête baissée. Ses yeux sont égarés et son nez presque 
toujours renfrogné. Sa barbe est rousse et ses cheveux 
sont plus clairs. » 



Cassy (Guillaume), pasteur à Sivergues, 1 566-1 567. 

Chabrand, pasteur à Vilhosc-Sisteron , 1561; à 
Aix , fin décembre 1 561 , et décrété d'arrestation par le 
Parlement. 

Chabrand, pasteur à Gordes, 1615-1634. Proba- 
blement le même que Chabrand pasteur à Vesc, 1644; 
à Manas-Saou , 1660, deux églises du Dauphiné. 

Chalier (Pierre), pasteur à Seyne , 1 596-1637, et 
député des églises de Provence au synode national de 
Saint-Maixent de 1609. 

Chalier (Pierre), vraisemblablement le fils du pré- 
cédent; pasteur à Lacoste, 1660- 1668. 

Chamforan (Daniel), pasteur à Gordes, 1 598-1608, 
et député des églises de Provence au synode national 
de La Rochelle de 1607. Passé en Vivarais, il fut pas- 
teur au Pouzin et à Saint- Alban réunis, 161 1 -1626, et 
député par les églises de cette province au synode na- 
tional de Tonneins de 16 14. Le synode national de 
Privas de 161 2 lui fit payer une somme de quarante- 
deux livres , que lui devait encore l'église de Lacoste 
sur ses honoraires, et deux cents livres à son fils André, 
sur les deniers d'octroi du roi assignés à la Provence , 



460 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

pour l'entretien que cette province s'était engagée à 
fournir à ce dernier en qualité de proposant, de 1607 
à 1609. 

Chamforan (...). Peut-être le frère du précédent. 
Pasteur à La Bréole, 1603. II y avait aussi un Joseph 
Chamforan, pasteur à Mean, 161 6-1 61 9, en Dauphiné, 
qui pourrait bien être le même personnage que le pas- 
teur de La Bréole. Cette famille paraît issue des Vallées 
vaudoises du Dauphiné et l'on trouve quelquefois son 
nom précédé de la particule. 

CoDUR (Bernardin), d'Annonay, pasteur à Forcal- 
quier, 1 567, de passage. Paraît avoir été l'aumônier de 
René de Savoie, baron de Cipières , célèbre capitaine 
huguenot de Provence (Sur le reste , voy. La France 
protestante, 2* édit.). 

CoDUR (Philippe), né à Annonay, fils du précédent, 
pasteur à Manosque , 1603; à Riez-Roumoules avant 
1609; député des églises de Provence à l'assemblée 
politique de Châtellerault en 1605. Il quitta la Provence 
sans que ses gages lui eussent été intégralement payés , 
et il s'en plaignit au synode général de Vitré de 1617, 
qui chargea les pasteurs et anciens du bas Languedoc, 
députés au synode de Provence , d'obliger les églises 
que Codur avait desservies « de régler leurs comptes 
avec lui et de le contenter » (Voy. La France protestante, 
2® édit. , qui a ignoré que le Dœmonomastix de signo 
crucis de Codur a paru en français sous ce titre : La 
Colombe de Noe , ou le signe de la croix institué par les 
apostres , etc.; Paris', E. Martin, 1659, in-8°; Bulletin, 
t. IX, p. 1 1 3-1 1 5). 

CoLLADON (Théodore), pasteur à Cabrières d'Aiguës 
en 1 599. 

CoRNELLi pour Corneille (Georges), pasteur à Pui- 
michel, 1 561 ; puis à Orange, 1 561 ; derechef à Puimi- 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 461 

chel à la fin de la même année. Réfugié en 1562 au 
château de Demandols , près Castellane , et massacré 
peu après, en mai, à Saint-Auban, situé non loin de là. 

CoRNELLi (Lucy, réfugié, en 1561, au château de 
Mouans, près Grasse. 

Cray (Jean du), pasteur à Manosque, 1617-1622. Il 
avait déjà exercé son ministère à Villeneuve-de-Berg , 
en Vivarais, 16 14, et fut député des églises de cette 
dernière province au synode national de Tonneins , as- 
semblé cette même année. 

Croze (Antoine de) , pasteur de Cabrières, 1 603 - 1 644. 
Il représenta les églises de Provence au synode natio- 
nal de Gap de 1603. 



Dedun (François), originaire de Rouen, pasteur en 
Provence en 1580, marié à Antoinette de Lère. 

Delamer (Gaspard), pasteur à Espinouse en 1572. 

Drujon (Georges), pasteur à Lourmarin, 1580-1 581 ; 
passa au service des églises du Dauphiné, vivait encore 
en 1593. 



Emery (M""^), diacre en Provence en 1561. 

EsMiEu (Boniface) fut accordé à Gignac en 1 567 par 
la vénérable compagnie des pasteurs de Genève , mais 
les députés que cette église avait envoyés à Genève ne 
l'emmenèrent pas et il fut accordé à Colmars, oia il n'alla 
pas davantage parce que l'église ne l'envoya pas cher- 
cher. 



Fabri (Jehan), pasteur à Larche (vallée de Barcelon- 
nette) en 1 556. 



462 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

Falquet (Ennemond), pasteur à Lemps en 1596. Le 
synode national de Montpellier de 1598 exhorta les 
églises du Dauphiné, de la Provence et du bas Langue- 
doc à le secourir, « attendu, » disent ses actes, « qu'il 
a heureusement servi nos églises. » Il semble, d'après 
cela, que Falquet avait exercé son ministère dans ces 
trois provinces. Il était pour sûr pasteur à Gap de 1 579 
à 1580. 

De Fargues, pasteur à Lacoste-Roussillon en 1 561. 

FoLiON (Nicolas) dit La Vallée, pasteur à Marseille 
en 1 559. De Toulouse, oia il se rendit la même année, 
comme nous l'avons dit p. 311, note i , il alla à Castres, 
puis à Orléans. Voy. La France protestante, t. IV, p. 62 
et t. VI, p. 439. 

Franc (Pierre) , pasteur à Lourmarin entre C564 et 
1572, à Marseille en 1572. 



Gabet (Raphaël), né à Orange, élève de l'académie 
de Genève en 1609, pasteur à Lacoste, 1616-1618. A 
cette dernière date il quitta la Provence , en suite de 
quoi les synodes provinciaux de Manosque du 25 octo- 
bre 16 18 et d'Eyguières du 2 mai 16 19 lui refusèrent 
les témoignages honorables qui lui étaient dus et le rem- 
boursement des frais qu'il avait faits pour la province. 
Le synode national d'Alais de 1620, auquel il en appela, 
jugea u les procédures faites contre ledit sieur Gabet 
injustes et défectueuses en plusieurs choses , » et or- 
donna à la Provence de lui donner le témoignage qui lui 
était dû et soixante écus pour le remboursement de ses 
frais de voyage. Pour le reste , voy. E. Arnaud , Hist. 
des p rot. du Daiiph., t. II, p. 396. 

Gand (de), pasteur à Antibes en 1642. 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 463 

Garin (André), natif de Sault, consacré au saint mi- 
nistère en 1609, pasteur àJoucas, 1611-1634. Il avait 
été d'abord pasteur à Donzère, en Dauphiné, 1 609- 1 6 1 2. 

Gaspard de Sisteron, pasteur de Provence, réfu- 
gié au ciiâteau de Mouans, près Grasse, en 1561. 

Gaudemar (Paul), né à Manosque, élève de l'Aca- 
démie de Genève en décembre 1622, pasteur à Manos- 
que, 1626-1636; à Riez-Roumoules, 1636-1645. Il fut 
nommé à ce dernier poste par le synode provincial du 
Luc du i^*" novembre 1636, qui fixa ses appointements 
à deux cents livres, y compris les pensions. Il devait 
toucher en sus le montant des collectes qui se feraient 
dans les annexes quand il y donnerait des prédications. 
Sur sa lutte courageuse contre le Parlement de Pro- 
vence, voy. plus haut, page 433. Nous ne savons pour 
quel motif il demanda son congé au synode provincial 
de Riez du 20 août 1654 pour quitter non seulement son 
ancienne église, où le culte avait été suspendu pendant 
dix ans, mais encore la Provence. Il résulte même de 
la délibération du consistoire de Riez-Roumoules du 
26 décembre 1653 qu'il n'était pas dans le pays à cette 
dernière date. II est vraisemblable qu'il l'avait abandon- 
née quand le Parlement le décréta de prise de corps le 
6 septembre 1645, et qu'il se pourvut d'une autre église 
dans quelque province voisine. 

Gaudemar (Héléon), né à Manosque, de la même 
famille que le précédent, lauréat du collège de Die en 
1659 pour l'art oratoire, immatriculé à l'Académie de 
Genève le 26 novembre 1663 , nommé second pasteur 
de Manosque peu après cette date pour aider Jean Ber- 
nard à desservir cette église et celle de Riez, qui n'avait 
plus de pasteur en propre depuis dix ans. Il demeura à 
son poste jusqu'à la révocation de l'édit de Nantes ( 1 68 5 ). 

Génoyer (André) , né à Manosque vraisemblable- 



464 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

ment, où se trouvait une famille de ce nom et entretenu 
aux frais de la province à l'académie de Genève. Le 
synode de Cabrières, du 14 avril 1617, fit savoir à la vé- 
nérable compagnie des pasteurs de cette ville qu'il dé- 
sirait que Génoyer fût « promu au saint ministère sous 
la conduite de l'Esprit de Dieu » pour le prochain sy- 
node de Provence qui se tiendrait après le national , 
c'est-à-dire l'année suivante. Nous ignorons si Génoyer 
put être consacré à cette époque , mais nous le voyons 
pasteur à Riez-Roumoules de 1625 à 1635- et nous 
pensons qu'il le fut au Luc de 16 18 à 1624. Pendant 
qu'il était dans le premier poste , il fit diverses appella- 
tions au synode national de Castres de 1626 , auquel il 
était député par les églises de Provence , touchant les 
difficultés qu'il rencontrait dans l'exercice de son minis- 
tère. Le synode renvoya l'examen de celles-ci au col- 
loque de l'Embrunais, en Dauphiné, qui devait sommer 
l'église du Luc en particulier de produire ses griefs 
contre Génoyer et qui était autorisé, sur son refus de 
s'expliquer, à rendre un jugement contre elle. Le collo- 
que de l'Embrunais n'ayant pu s'occuper de cette affaire, 
le synode national de Charenton de 163 1 chargea de 
ce soin celui du Gapençais. Génoyer adressa de nou- 
velles plaintes au synode national d'Alençon de 1637 , 
mais la vénérable assemblée répondit que ledit pasteur 
<( ne devait pas les embarrasser de choses si simples et 
même qu'il n'avait pas prouvées , et on lui défendit de 
faire de pareilles procédures à l'avenir. » Génoyer 
quitta, en 1 63 5 , l'église de Riez-Roumoules, qui le payait 
fort mal. Le synode de Manosque l'avait même autorisé 
à partir dès le 30 juillet 1631, mais il avait retardé 
son départ de quatre ans. Il paraît avoir passé au ser- 
vice des églises du Dauphiné. Il est certain du moins 
qu'il y exerça son ministère de 1648 à 1659. 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 465 

Graignon (M""e Jehan), pasteur à Aix en 1 559. 
GuÉRiN (Jacques), pasteur à Forcalquier en 1567. 



Hersan, pasteur de deux villages de Provence en 
1567. 

Huron (Pierre), pasteur à Riez-Roumoules , 1609- 
1620; à Die, en Dauphiné, 1622-1623 ; à Turenne, en 
Limousin, [623. Il dut quitter le poste de Die parce 
qu'il s'y était fait nommer illégalement , et fut député 
des églises de Provence aux synodes nationaux de Pri- 
vas en 1612 et d'Alais en 1620, et à l'assemblée poli- 
tique de Grenoble de 161 5. Pour le reste, voyez La 
France protestante. 



Lacombe (Siméon de), pasteur à Seyne en 1586 et 
pendu à cette date par l'ordre du sanguinaire duc 
d'Epernon. Il avait été pasteur à Orange en 1561 et 
dans plusieurs églises du Dauphiné. Pour le reste , 
voyez notre tome II [Hist. des prot. d'Orangé) et La 
France protestante. 

La Planche (Jacques de) , pasteur à Lourmarin , 
1 595-161 2; à Mérindol, 161 5-1620. Il avait desservi 
auparavant Vesc , 1591-1503, et Dieulefit, 1594, deux 
églises du Dauphiné. Il représenta les églises de Pro- 
vence au synode national de Privas de i6\2 et il quitta 
le ministère en 1620 à cause de son grand âge et de 
ses infirmités. On lit à ce propos, dans les actes du sy- 
node national d'Alais, 1620, auprès duquel il s'était 
rendu pour demander une retraite : « Le sieur Jacques 
de La Planche ayant heureusement servi l'Eglise de 



466 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE.- 

Dieu pendant vingt-six ans en Provence et se trouvant 
maintenant presque privé de la vue et fort incommodé , 
tant par une grande difficulté de respiration que par di- 
verses autres incommodités provenant des travaux qui 
ont épuisé ses forces, et de la caducité de son âge dé- 
crépit, le synode de ladite province l'a dispensé des 
fonctions du saint ministère et lui a donné des témoi- 
ernaofes fort honorables de ses bons services et de sa 
conduite régulière ; mais attendu qu'il est destitué des 
moyens nécessaires pour sa subsistance dans sa 
vieillesse et ayant fait connaître ses besoins à cette 
compagnie , elle lui a donné une portion franche , la- 
quelle sera mise parle sieur Ducandal entre les mains 
du sieur Gras à Lyon pour la lui faire tenir dans le lieu 
où il fera sa demeure, et on lui a donné présentement 
la somme de 36 livres pour les frais de son voyage. » 
De la Planche paraît s'être résisté à Orange. Il assista 
du moins à une séance du consistoire de cette ville le 
31 octobre 1621 (Lapise , Recueil de pièces sur l'histoire 
d'Orange, t. Il, fol. 296). 

La Planche (...), pasteur à La Charce, 1660-1677. 
De la même famille sans doute que le précédent. 

La Plante (de), pasteur à Apt en 1561. 

La Salle (de), pasteur à La M otte-d' Aiguës en 1 561 . 



Manny ou Magni , pasteur à La Roque-d'Antheron 
en 1 561 . 

Maréchal (J.), pasteur à Curbans en 1620. 

Maréchal (Charles), pasteur à Curbans en 1626. 
Le même sans doute que le précédent, avec une erreur 
dans le prénom. 

Maurice (...), déchargé du ministère en 161 1, paraît 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 467 

avoir été pasteur à Velaux-Aix-Marseille (Voy. Aymon, 
t. I, p. 440). 

Maurice (Paul), dit VAîné, en 1660 (i), né à Ge- 
nève en 1577, et consacré dans cette ville en 1595, 
pasteur à Eyguières, 1619-1647 (où son fils Christophe 
exerça la médecine jusqu'en 1685), député des églises 
de Provence à Tasseniblée politique de Loudun de 1619 
et aux synodes nationaux de Charenton de 1631 et 
d'Alençon de 1637. Il avait été d'abord pasteur à 
Orange, 1 603-1 614; à Tulette en Dauphiné , en [614 
et 161 5. Mort en 1659. 

Quand Maurice était encore pasteur en Dauphiné le 
colloque de Valentinois lui avait promis de recevoir son 
fils comme « écolier entretenu aux frais dudit collo- 
que ; » mais le synode de la province ayant annulé cette 
sentence, Maurice en appela au synode national de 
Tonneins de 1614, qui décida que son fils « prendrait 
la première place vacante d'écolier entretenu , dans 
quelque colloque que ce fût de la province » [A/mon, 
t. II, p. 94). 

Paul Maurice a écrit plusieurs livres de controverse, 
qui ont échappé à La France protestante. En voici les 
titres : Allégations d'un certain se disant professeur de la 
règle de saint François pour prouver que la messe a este' 
chantée es cinq premiers siècles dès la venue de Nostre Sei- 
gneur Jesus-Christ, etc. Genève, 1633, 71 pag. in-i6. 



(i) C'était le fils d'Antoine Maurice, originaire de Thoard et capitaine de 
cavalerie', qui se réfugia à Genève en 154; , où il embrassa plus tard le saint 
ministère. Antoine fut pasteur dans le pays de Gex de 1591 à 1^96 et, à l'âge 
de quatre-vingt-quinze ans , rejoignit son fils Paul à Tulette. En passant à 
Avignon, il fut arrêté et enfermé dans un couvent. Le pasteur de Tulette 
n'ayant pu obtenir son élargissement, eut recours au Parlement d'Aix, qui lui 
délivra, vers 1614, des lettres de représailles en vertu desquelles il lui était 
permis d'arrêter qui que ce fût de la ville et territoire d'Avignon. Son père lui 
fut enfin rendu et mourut à Tulette en 161 5 (Archives de la famille Maurice). 



468 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

— Responsc à la ietire de frère Jaeques de Vau/reas^ ca- 
puein, adressée à M. le eadet de Rosset ; Genève, 1633, 
7 1 pag. in- 16. — D'après le père Bougerel, Paul Mau- 
rice aurait encore fait imprimer un Catéchisme^ une Con- 
férence avec le jésuite Patornay (Orange , 1609, in i 2) , 
et quelques Disputes avec le P. Veron (Notes du Père 
Bougerel communiquées par le marquis de Clapier, de 
Marseille). — Pour le reste , voy. La France protes- 
tante. 

Maurice (Pierre) dit le Puisafné , en 1660, frère du 
précèdent, pasteur à Eyguières en (612 ; à Lourmarin , 
161 2-1678. Il représenta les églises de Provence au 
synode national de Vitré de 1617 et fut député en cour 
en 1639, nous ne savons pour quel objet. L'église de 
Lourmarin , ainsi que Pierre Maurice son pasteur et 
l'ancien Corriger, se plaignit au synode national d'Alais 
de 1620 de ce que Maurice avait été suspendu de ses 
fonctions , puis rétabli par le synode de Roumoules et 
obligé, tout comme Corriger, de demander pardon , à 
genoux, audit synode de choses « ou nulles ou de peu 
de conséquence, quand elles seraient vraies, » avec 
une prière prononcée par le modérateur. Le synode na- 
tional condamna la province de Provence « pour avoir 
abusé de la discipline et donné occasion de mépriser le 
saint usage des prières, » et ordonna que l'acte de sus- 
pension serait effacé de tous les exemplaires du synode 
de Roumoules. 

Maurice (Alexandre), dit le Fils du défunt, en 1660, 
parce qu'à cette date son père Maurice Paul était mort. 
Pasteur à Cabrières d'Aiguës, 1640-1662. Il avait 
été d'abord pasteur à Sedan puis à Edimbourg. 

Maurice (Charles), né à Eyguières, fils de Christo- 
phe et petit-fils de Paul , immatriculé à l'académie de 
Genève le 7 septembre 1661, pasteur de la maison de. 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 469 

Sénas de 1665 à 1670, second pasteur à Eyguières , 
ibjo-iôSy 11 signa à Genève, où il s'était réfugié, la 
réhabilitation de Jacques Pineton de Chambrun et fut 
reçu bourgeois de cette ville le 2 septembre 1697 avec 
son fils Antoine, qui devint si distingué dans la suite. 
Charles mourut en 1729 à ïàge de quatre-vingt-six ans. 

Mense (Gaspard), natif d'Aups, pasteur à Forcal- 
quier en 1 572 et de nouveau en Provence en 161 1. dé- 
puté des églises de ce pays à l'assemblée politique de 
Saumur de 161 1 (La France proiesfanie, t. V, p. 255). 

MisoN, pasteur de Provence, réfugié au château de 
Mouans, près Grasse, en 1562. 

Mercurîns (de), pasteur à Lourmarin en i ^61 et à 
Marseille la même année. 

Mercurin (Pierre), né en Provence, pasteur à Sis- 
teron en 1620 et à Grasse en 1626. Entretenu par les 
deniers de l'église à l'académie de Montauban depuis 
le synode national de Tonneins de 161 4, Mercurin, 
après avoir terminé ses études, en 161 7, demanda au 
synode national de Vitré, tenu cette même année, que 
sa subvention de six-vingt livres lui fût continuée. La 
compagnie décida que Ducandal , receveur général des 
églises, lui paierait, pour une fois, soixante livres, 
(( afin. » disent ses actes, « qu'il se puisse retirer dans 
la province de Provence et y être employé d'une ma- 
nière conforme à sa capacité , suivant le décret du 
synode national de Tonneins. » Mercurin éprouva des 
difiicultés dans le règlement de son compte avec sa 
province, et le synode national d'Alais de 1620, auquel 
il en appela, décida que le colloque des Baronnies, en 
Dauphiné , terminerait [le différend sous l'autorité du 
synode général et iexaminerait les prétentions de Mer- 
curin. — Sur la mission que Barthélémy Recend , pas- 
teur à Velaux-Aix-Marseille , lui confia, voy. plus 



470 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

haut, p. 382. — Mercurin se rendit au synode national 
de Castres de 1626 pour se plaindre de ce que la Pro- 
vence avait refusé de le secourir quoiqu'il eût « souffert 
de la part des ennemis de l'Evangile. » Le synode lui 
alloua une somme de cent cinquante livres sur les de- 
niers appartenant à la Provence. Quant au différend 
qu'il avait à Sisteron avec son ancienne église, le même 
synode chargea le synode d'Embrun, en Dauphiné, de 
le juger en dernier ressort. Enfin , Ducandal fut prié 
d'avancer, sur les cent cinquante livres susmentionnées', 
« ce qu'il faudrait pour retirer l'ordre d'emprisonnement 
que le conseil privé avait donné contre lui , afin que le 
Parlement de Provence n'eût pas connaissance des 
matières par lesquelles il était molesté et qui l'empê- 
chaient de vaquer aux fonctions de son ministère. » 

MoLiNON, pasteur à Marseille, 1567. 

MoRANGES (Guy de), dit de La Garde, pasteur à Aix 
en 1 561 . 

MoREL (Claude), pasteur à Riez en 1 566. 

MuRAT (François), né à Grenoble et second pasteur à 
Velaux-Aix-Marseille en 1684. Réfugié à Genève, oij 
il fut assisté, il signa la réhabilitation de Jacques Pine- 
ton, de Chambrun, et mourut dans cette ville, laissant 
la réputation d'un pasteur « d'une conduite toujours 
édifiante et d'un zèle ardent » (Ms. Court, n" 17, t. R, 
à la bibliothèque publ. de Genève). Pour le reste, voy. 
E. Arnaud. Hisf. des prot. du Daiiph., t. II, p. 415). 

MuTONis (Jean), moine jacobin de Grasse, converti 
à la Réforme, élève de l'académie de Genève en 1561 
et donné, cette même année, comme pasteur à Nîmes, 
oi^i il ne resta pas longtemps. Passé au service des églises 
de Provence, il finit par être martyrisé le 14 février 1 564 
entre Bagnols et Villeneuve-lès-Avignon. Pour le reste, 
voy. Crespin, fol. 688, et La France protestante. 



RÉGIME DE l'ÉDIT DE NANTES. 47I 



Ollivier, pasteur à Tarascon en 1559. 



Nicolas, natif de Mérindol, pasteur des Vaudois en 
1545 et réfugié en Suisse à cette date. 

Nicolas, pasteur à Digne en 1561. Le même peut- 
être que le précédent. 

NicoLET (Jean), pasteur à Cabrières-d' Aiguës en 
1 580 ; il avait été pasteur à Gap en 1 579. 



Pascal, pasteur en Provence en 1572, réfugié à 
Genève à cette date et reçu habitant le 17 octobre de 
la même année. 

Pascal (Jean), pasteur de Provence en 1584. Peut- 
être le même que le précédent. 

Peréri pour Périer (Jean), pasteur à Mérindol en 
1545 et derechef en 1561 ; dans l'intervalle à Bossey- 
Neydans, près Genève. 

Piélat (P.), pasteur à Mérindol en 1626. Peut-être 
le même que Piélat Jacques , pasteur à Condorcet, en 
Dauphiné. 

PouDREL, sieur de Corbières (Jean), pasteur à 
Lourmarin en 1663. Pour le reste, voy. E. Arnaud, 
Hist. des prot. du Dauph., t. II, p. 421. 

PouYER (Théophile), pasteur à Joucas, 1660-1684, 
se réfugia à Genève avant la révocation de Tédit de 



472 HISTOIRE DES PROIESTANTS DE PROVENCE. 

•Nantes et fut assisté de la collecte de Hambourg faite 
par de Mirmand. 



Recend, pasteur à Barcelonnette en 1600. 

Recend (Barthélémy), peut-être le même que le pré- 
cédent , pasteur à Cabrières-d'Aigues , 1601-1602 ; à 
Mérindol, 1603-161 1 ; Velaux-Aix-Marseille , 1620- 
1625, député des églises de Provence au synode natio- 
nal de Saint- Maixent de 1609 et à l'assemblée politique 
de Saumur de 161 1. Le synode d'Alais de 1620, qui 
eut à s'occuper du non-paiement de ses appointements 
de pasteur, constata que la Provence lui devait, au 
13 septembre 1619, la somme considérable, pour l'épo- 
que, de 1,123 livres [6 sols 10 deniers, au sujet de 
laquelle il décida que ladite Provence lui paierait la 
somme de 500 livres en deniers réels et que le surplus 
lui serait compté en deniers ou acquits valables au collo- 
que de Gap, en Dauphiné, qui allait avoir lieu. — Sur 
l'empêchement que Recend opposa à la mission , en 
Provence , des députés du synode national de Cha- 
renton de 1623, voy. page 382. 

Recend (Jacques), élève de l'académie de Genève 
à la date du 18 octobre 1619 et vraisemblablement le 
fils du précédent. Pasteur à Velaux-Aix-Marseille, 163 5- 
1637. 

Recend, pasteur à Seyne en 1660. Peut-être le même 
que le précédent, 

Richard, pasteur à Sault en 1 )66. 

RiÉ (Jean de), pasteur au Luc en 1626, 

Rigolet, pasteur à Grasse en 1572. 

RuFFi, pour Ruffin (Jacques), pasteur cà Aix en 1 559. 



RÉGIME DE L ÉDIT DE NANTES. 473 

Pour le reste, voy. E. Arnaud, Hist. desprol. du Dauph., 
t. II, p. 424. 



Second, pasteur en Provence vers 1612 dans les 
environs de Lourmarin. 

Serre (Guillaume), pasteur vaudois, brûlé vif à Avi- 
gnon en I 54). 

Spiron, pasteur à Sénas en 1 561. 



Toussaint (Samuel i, pasteur au Luc, 1603-1617, et 
député des églises de Provence au synode national de 
Tonneins de 16 14. Le synode national d'Alais de 1620, 
en considération de sa mémoire (il était mort à cette épo- 
que), et de ses services, ordonna que quatre cents livres 
seraient déposées par la Provence « dans un lieu sûr à 
intérêt » pour ses enfants'; que ceux-ci recevraient pen- 
dant dix ans de la même province , pour leur entretien , 
une somme annuelle de soixante et quinze livres et que sa 
veuve, Isabeau de Galles, fille d'un docteur en méde- 
cine d'Orange , toucherait non seulement le secours 
particulier de soixante et quinze livres, que le synode de 
Lourmarin de 1617 lui avait alloué, m.ais encore les 
arrérages du traitement de son mari dus par l'église du 
Luc et que lui refusait le synode d'Eyguiéres de 161 9, 
dont elle était appelante. Aucune de ces sommes ne lui 
ayant été payées, Isabeau de Galles s'en plaignit au 
synode national de Charenton de 1623, qui ordonna à 
Ducandal , receveur général des églises de F'rance, de 



474 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

payer directement quatre cents livres à la veuve de Tous- 
saint sur les deniers d'octroi du roi revenant à la Pro- 
vence. Quant au paiement des autres sommes, le même 
synode national de Charenton, conformément à la déci- 
sion du synode national d'Alais de 1620, chargea le col- 
loque des Baronnies en Dauphiné de le faire effectuer 
après l'examen des titres de la veuve Toussaint. Un 
arrangement intervint entre les parties, qui fut approuvé 
par le synode national de Castres de 1626. — Sur la 
dispute de Toussaint à Grasse en 161 2 avec le domini- 
cain Louis Forneri, voy. p. 444. — Samuel Toussaint 
était le frère de Jean Toussaint, pasteur à Loriol en 
Dauphiné, 1620-1626. 



Vallanson ou Vallansan (François), né à Montéli- 
mar, pasteur à Lacoste, 1639-165 1 ; député des églises 
de Provence au synode national de Charenton de 1644. 
L'année précédente, il fut aus^i député en Cour par les 
mêmes églises, nous ne savons pour quel motif. 

Vergnes (Charles), pasteur de Villemanle (?) en Pro- 
vence, apostasia à la révocation de Tédit de Nantes, 
« mais donna à l'étranger de grands signes de repen- 
tance » (Mss. Court, n" 28, t. I, p. 69). 

ViLLET (Etienne), né à Lacoste, pasteur de Provence 
avant 1685. Réfugié à cette date à Orange, il parvint à 
échapper aux dragons du comte de Tessé , qui avait 
envahi la ville et emprisonné tous les ministres {Larmes 
de Jacques Pineton de Chambrun, p. 126). 

ViTALis, pasteur de Provence, réfugié au château de 
Mouans, près Grasse, en 1 562. 



RÉGIME DE L ÉDIT DE NANTES. 



47^ 



YssAUTiER OU EssAULTiER, pasteur dans les quar- 
tiers de la Durance en 1561. 



Véza pour Vèze (Gaspard de), pasteur à iManosque, 
1 561 ; à Sisteron, 1561 et i ^62. 



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(QUATRIEME PÉRIODE 



LE DÉSERT (1685-I7QI 



CONVERSIONS FORCÉES, DRAGONNADES ET MISSIONS 
(1685-1698). 




'ÉDiT de Louis XIV, publié en octobre 
1685, qui révoqua l'œuvre de Henri IV, 
est connu. En voici néanmoins la sub- 
stance : Interdiction absolue du culte 
réformé . bannissement de tous les pas- 
teurs , promesse à ceux d'entre eux qui voudront se 
convertir d'une pension viagère excédant d'un tiers leurs 
gages et réversible par moitié sur leurs veuves, dispense 
d'études de droit pour ceux qui désireront se vouer au 
barreau , défense aux parents réformés d'instruire leurs 
enfants dans leur religion , ordre de faire baptiser ces 
derniers aux églises catholiques et de les conduire à la 
messe sous peine de cinq cents livres d'amende, injonc- 
tion à tous les réfugiés de rentrer en France dans un 
délai de quatre mois sous peine de confiscation de leurs 
biens , interdiction à tous les réformés de sortir du 
royaume sous peine des galères pour les hommes et de 
la réclusion pour les femmes , confirmation des lois an- 
térieures édictées contre les relaps. 



47^ HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

L'édit de révocation laissait ainsi aux protestants la 
liberté du for intérieur, mais cette faible garantie n'était 
qu'un leurre décevant. Louis XIV voulait qu'il n'y eût 
désormais qu'une seule religion en France. Dès lors , 
tous les moyens furent mis en usage pour obliger les 
protestants à abjurer. Edits et déclarations royales, let- 
tres de cachet, arrêts des cours de justice, ordonnances 
des intendants, missions bottées ou dragonnades, caté- 
chismes obligatoires, réclusion dans les hôpitaux et les 
maisons de propagation de la foi, emprisonnement, tor- 
tures, galères, confiscations, amendes, enlèvements d'en- 
fants : rien ne fut épargné aux victimes, qui virent s'armer 
contre elles le pouvoir royal, la justice, l'administration, 
l'armée et la religion, c'est-à-dire toutes lés forces vives 
de l'Etat. Pendant les dernières années du dix-septième 
siècle et les trois quarts du dix-huitième , on s'en prit 
tour à tour à leur fortune, à leur liberté, à leur hon- 
neur, à leur vie, à leur foi religieuse et jusqu'à leur qua- 
lité d'homme par la dissolution de leurs mariages, et on 
ne leur laissa d'autre alternative qu'un changement de 
religion, qui répugnait à leur conscience, ou la fuite qui 
entraînait pour eux , s'ils étaient arrêtés aux frontières , 
les galères ou la mort. 

Pour obliger les protestants de Provence à se con- 
vertir au catholicisme, on y organisa des missions bottées 
comme dans les autres provinces du royaume. Thomas- 
Alexandre Morant, seigneur de Seulles, intendant de 
Provence, et François de Castellane- Adhémar d'Or- 
nano , comte de Grignan, lieutenant général pour le roi 
dans le même pays, reçurent l'ordre du marquis de 
Louvois, François-Michel Letellier, de loger des dragons 
chez les religionnaires de la province. Ils en mirent aux 
Baux, à Sénas, Eyguières, Mérindol, Cabrières d'Ai- 
guës, Lourmarin et ailleurs. Mais ils avaient reçu l'or- 



LE DÉSERT. 47Ç) 

dre de ménager les négociants étrangers résidant à 
Marseille. « L'intention du roi, » écrivait à ce propos 
Louvois à Morant le 27 octobre 1685, « est que , pour 
l'avantage du commerce dans Marseille , l'on y laisse 
les Anglais, Hollandais et Suisses dans une entière 
liberté pour leur religion ; mais à l'égard de ceux qui 
ont pris des lettres de naturalité , Sa Majesté désire 
qu'ils soient regardés comme ses sujets ; ainsi ils doi- 
vent, de même que les autres religionnaires , se con- 
former à la volonté de Sa Majesté, » c'est-à-dire se 
convertir au catholicisme. 

Les protestants de Marseille , avant d'avoir reçu la 
visite des dragons, avaient promis à Morant d'obéir au 
roi; mais ils s'étaient ensuite ravisés en s'autorisant de 
la dernière clause de l'arrêt révocatoire ainsi conçu : 
« Pourront au surplus, lesdits de la R. P. R., en atten- 
dant qu'il plaise à Dieu les éclairer comme les autres, 
demeurer dans les villes et lieux de notre royaume... 
sans pouvoir être troublés ni empêchés sous prétexte 
de ladite R. P. R. » En présence de cette résistance et 
voulant les «. punir durement, » le comte de Grignan 
fit marcher sur Marseille un escadron de dragons. 
Louvois, qui lui transmit l'approbation du roi, le 
7 novembre 1685 , lui recommanda de détromper les 
religionnaires marseillais par des « logements considéra- 
bles (t). » 

Une pièce catholique du temps raconte ainsi les suc- 
cès des dragons à Marseille : « Le second novem- 
bre 1685 , jour du saint Dimanche, est arrivé en cette 
ville cent cavaliers, dits dragons, avec les noms des 
huguenots habitant cette ville , allant à cheval à chaque 
maison desdits huguenots lui dire, de la part du roi, si 

(i) Adolphe Michel, Loudois et les protesfanls, p. iSç-içS. 



480 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

veulent obéir à rarrêt du roi ou aller dès à présent en 
galères et leurs femmes à l'Amérique. Pour lors, voyant 
la résolution du roi , crient tout haute voix : « Vive le 
roi et sa sainte loi catholique , apostolique et romaine , . 
que nous croyons tous, et obéirons à ses commande- 
ments. » Donc, iMM. les vicaires, chacun à sa paroisse, 
les ont reçus comme enfants de l'Eglise, et renoncé à 
Calvin et à Luther. M. le grand vicaire les obligea 
d'assister tous les dimanches au prône , chacun à sa 
paroisse , et les vicaires avant de commencer le prône , 
les appela chacun par son nom , et eux de répondre 
tout haute voix : <( Monsieur, suis ici (i). » 

Ce récit peut s'appliquera tous les lieux de Provence 
qui renfermaient des protestants. Partout, les dragons 
furent les agents les plus autorisés et les plus actifs de 
leur conversion. Dans certaines localités (2), peut-être 
dans toutes, les réformés embrassèrent en masse la reli- 
gion catholique , à l'exception de ceux qui émigrèrent 
avant l'arrivée des dragons. 

Il est juste toutefois de reconnaître que l'on recourut 
quelquefois à des moyens plus honnêtes, en fondant des 
missions spéciales destinées à ramener les protestants 
au catholicisme. C'est ainsi qu'à Sisteron un chanoine 
nommé Tyrany (Pierre- André) conçut l'idée d'un éta- 
blissement oi^i de jeunes ecclésiastiques se formeraient 
aux travaux des missions, principalement pour les égli- 
ses de campagne, où il y aurait de nouveaux convertis. 
Par lettres patentes d'avril 1698, le roi autorisa l'évê- 
que de Sisteron, Thomassin, de doter Je nouveau sémi- 
naire d'un revenu de deux mille livres provenant, savoir 
moitié de bénéfices qui y seraient attachés à perpétuité, 

(i) Bulletin de la Soc, etc., t. XXVIII, p. 14;. 

(2) Arch. commun, de Cabrières-d'Aigues ; — Aube, Notice hislor. sur le 
Luc, p. 50. 



LE DÉSERT. 48 I 

moitié d'un prélèvement sur tous les revenus ecclésias- 
tiques du diocèse au-dessous de quatre cents livres, les 
cures exceptées (i). 

Quant aux rares temples qui avaient été épargnés en 
Provence avant la révocation de l'édit de Nantes , ils 
furent démolis sur l'ordre que le roi en donna, le 19 oc- 
tobre 1685, au comte de Grignan. Celui du Luc fut rasé 
en novembre en vertu d'une ordonnance particulière du 
comte, datée de Cadenet, 29 octobre (2). 

EMIGRATIONS. LEUR NOMBRE. DE LA CAILLE ET ISA- 
BEAU DE FOURQUES-d'aRBAUD (1685-1690). 

Un nombre assez considérable de protestants pro- 
vençaux prirent le parti de la fuite plutôt que de renon- 
cer à leur foi. C'est en vain que les peines les plus 
sévères étaient édictées contre les fugitifs, que les hom- 
mes se voyaient condamnés aux galères perpétuelles , 
les femmes à la réclusion à vie , les uns et les autres à 
la confiscation de leurs biens, ceux qui favorisaient leur 
évasion frappés des mêmes peines et plus tard de mort ; 
c'est en vain que l'on promettait aux délateurs une part 
des dépouilles des fugitifs, un cinquième des protestants 
provençaux quittèrent, de 1686 à 1698, l'ingrate patrie 
qui leur refusait le droit d'adorer Dieu suivant leur 
conscience. 

La Provence , d'après un dénombrement de l'année 
1682, trois ans avant la révocation de l'édit de Nantes, 
renfermait 1,369 familles protestantes, faisant 6,042 
habitants (3), mais ce chiffre doit être porté à 7,000 ou 
7,500 attendu que, dans le dénombrement susmentionné, 

(i) De la Plane, Hist. de Sisteron, t. II p. iji. 

(2) Aube, Notice histor, sur le Luc, p. 29. 

(3) Bulletin de la Soc, etc., t. VII, p. 25. 



482 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

sont omises les églises de Murs, Joucas, Gordes , La 
Bastide-des-Gros, Lemps, La Charce et Séderon. Qua- 
torze ou quinze cents protestants quittèrent donc la Pro- 
vence à l'occasion de la révocation de l'édit de Nantes. 
Les uns se réfugièrent en Suisse par les montagnes du 
Dauphiné ; d'autres , comprenant deux cents chefs de 
famille, s'établirent dans le Palatinat sous la conduite 
du pasteur Charles-Maurice, d'Eyguières; d'autres cher- 
chèrent par mer un refuge dans la république de Gênes. 
Louis XIV, en ayant été averti, songea un moment à 
■"demander l'extradition de ces derniers. Son ministre , 
Jean-Baptiste Colbert le fils, marquis de Ségnelay, en 
écrivit au consul français qui répondit que cette extra- 
dition entraînerait de trop grandes difficultés. Désireux 
toutefois d'obtenir le même résultat par un moyen 
détourné , le consul fit courir le bruit qu'il avait reçu 
l'ordre de demander à la République tous les Français 
de la R. P. R. qui étaient à Gênes. Ce moyen ne pa- 
raît pas lui avoir réussi, mais il eut la haute approbation 
du roi. 

Cette émigration donna lieu à de honteuses délations. 
C'est ainsi que le sieur de Lignon , qui s'était converti 
au catholicisme , informa le roi qu'il y avait à craindre 
que sa femme et la dame de La Caille , sa belle-mère , 
ne sortissent du royaume. Sur quoi le ministre d'Etat 
Colbert fils' écrivait confidentiellement au comte de 
Grignan : « Il faut que vous envoyiez, avec les précau- 
tions que vous estimerez nécessaires , audit lieu de La 
Caille, qui est dans les montagnes de Provence, pour 
obliger ces femmes de venir à Aix avec les trois enfants 
dudit Lignon et, en cas qu'ils fussent déjà sortis du 
royaume. Sa Majesté veut que vous fassiez arrêter le 
sieur de La Caille, beau-frère dudit de Lignon, en vertu 
de l'ordre ci-joint, et que vous lui déclariez qu'il ne sor- 



LE DÉSERT. 483 

tira point de prison qu'il n'ait fait revenir ces fem- 
mes (j). » Si ce gentilhomme, comme cela paraît vrai- 
semblable, est le même que Scipion Brun, sieur de 
Caille , l'ordre de Colbert arriva trop tard , car ce der- 
nier avait déjà gagné la Suisse (2) ; mais nous ne sau- 
rions dire s'il avait pu emmener avec lui les trois enfants 
du sieur de Lignon et leur mère. 

Autrement , l'émigration des protestants avait déjà 
commencé avant la révocation de l'édit de Nantes , car 
Louis XIV n'avait pas attendu la publication de son 
édit pour les persécuter. Nous transcrivons à ce propos 
une partie du touchant mémoire que la fille du marquis 
de Fourques, gentilhomme provençal, et femme de Jean 
d'Arbaud, baron de Blauzac, établi à Nîmes, également 
originaire de Provence, envoya « à Messieurs de Berne 
sur sa fuite miraculeuse de France. » 

« La première source de mon malheur, » dit-elle, 
« est le cruel changement de mon mari, qui s'est laissé 
séduire aux derniers états tenus à Montpellier, où il a 
fait abjuration le 19 décembre 1684. Ce qu'ayant appris 
chez mon frère, le marquis de Fourques, oii j'étais pour 
lors, je partis incontinent pour aller joindre mes dix 
enfants, que j'avais laissés dans notre terre à la campa- 
gne pour les garantir du malheur que je prévoyais qu'il 
arriverait de ce changement fatal. Et la première démar- 
che que je fis fut d'envoyer deux de mes garçons , les 
plus aînés , âgés de dix-huit à vingt ans , à Genève , et 
deux de leurs sœurs, âgées de treize à quatorze ans, du 
côté du Dauphiné , où je les mis à couvert auprès de 
mes parents, et que, pour mes autres filles, qui restaient 
auprès de moi, l'aînée d'entre elles, âgée de vingt et un 



(i) Depping, Correspondance administrative, t. IV, p. 381. 
(2) Féraud, Hist. civ., etc., de Manosque, p. 502. 



4^4 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

ans, fut sollicitée puissamment au même changement par- 
la promesse qu'on lui fît de lui donner une place chez 
Madame la Dauphine et dix mille écus en sortant ; et 
l'autre, âgée de dix-neuf ans, par un mariage fort avan- 
tageux ; et la troisième, âgée de dix-sept ans, par d'au- 
tres promesses aussi bien que par des menaces. Il ne 
me restait encore que trois petits enfants qu'on m^avait 
bien enlevés, mais que mon mari me fit rendre, me 
voyant en état de l'abandonner et de tout entreprendre 
et accablée de douleur. 

» Je ne perdis pas pour tout cela ma crainte, puis- 
que, en me rendant mes enfants, on mit en même temps 
un prêtre dans ma maison pour les instruire et pour 
être leur garde , et pour faire en même temps auprès 
de moi tout ce qui dépendrait de lui pour me perdre , 
n'ayant épargné pour cela ni promesses , ni menacés ; 
étant même venu à toutes sortes d'emportements horri- 
bles pendant six ou sept mois , que j'ai restés encore 
auprès de M. d'Arbaud, mon mari, qui, de son côté, 
fit aussi son possible pour m'engager et m'intimider , 
afin de m'inspirer les mêmes sentiments qu'il avait pour 
la conservation et l'agrandissement de sa maison, ne se 
contentant pas de ce que Dieu lui avait donné de nais- 
sance et de biens. 

» Comme je voyais donc qu'il n'y avait point de fin à 
toutes ces violentes persécutions, que le danger de per- 
dre mes enfants et de nous voir sans exercice et dans 
le dernier malheur augmentait tous les jours, je me suis 
enfin contrainte de prendre la résolution de me retirer 
et faire mon possible pour sauver mes pauvres enfants, 
quoique je fusse pour ainsi dire dans l'impuissance 
d'exécuter mon dessein et dépourvue même des choses 
nécessaires pour faire mon voyage , ayant employé une 
partie de ce que je pouvais avoir au voyage et à l'en- 



LE DÉSERT. 485 

tretien de mes enfants à Genève. Mais enfin m'étant 
abandonnée à la providence de mon Dieu et résignée à 
tout ce qu'il lui plairait de m'envoyer (mon mari m' ayant 
ôté tous les moyens de retirer quelque chose, de la 
crainte qu'il avait de ma retraite), fortifiée par la grâce 
de Dieu et par la nouvelle que je venais de recevoir 
que mon mari, avec le procureur du roi, venait de m'en- 
lever deux de mes filles , l'aînée et la troisième , qui 
étaient pour lors à la campagne , pour les mettre dans 
le couvent et pour se saisir du reste de mes enfants que 
j'avais auprès de moi et pour arrêter ma personne même, 
je me résolus sans hésiter davantage avec ce que je 
pouvais avoir, n'ayant pas voulu même demander un 
secours à personne qui ait pu m'aider à mon dessein , 
de crainte de leur faire des affaires, me servant de l'occa- 
sion de la foire de Beaucaire, où toute notre petite ville 
est en foule et où , par bonheur , était aussi allé notre 
prêtre , fâcheux ennemi de notre repos ; m'y ayant fait 
traîner avec mes enfants dans un pitoyable équipage et 
déguisée pour n'être pas reconnue. Mais ce qu'il y a de 
surprenant et qui marque merveilleusement la provi- 
dence de Dieu sur ses enfants fut d'a,voir rencontré 
mon mari en chemin dans son carrosse à la vue de Beau- 
caire qui. accompagné de M. le procureur du roi, 
menait mes deux pauvres filles captives , que je re- 
connus d'abord et auxquelles, après un triste regard 
et plusieurs larmes répandues d'une mère fort affligée , 
je ne pus donner d'autre secours que celui de mes 
prières, n'ayant osé me donner à connaître de peur de 
perdre encore les autres. Dieu sait avec quelle amer- 
tume de cœur je poursuivis mon chemin , me voyant 
daus l'obligation d'abandonner un mari , peut-être pour 
jamais, que j'aimais extrêmement avant sa chute, et deux 
de mes enfants exposées à toutes les plus violentes 



486 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

persécutions et à être mises , ce jour même , dans le 
couvent ; mais enfin, voyant que je n'avais pas de temps 
à perdre , étant assurée qu'on me poursuivrait dans ma 
fuite, je pris au plus vite le chemin le moins dangereux, 
qui était celui de Marseille, oia j'ai rencontré mes deux 
filles, que j^avais auparavant envoyées du côté du Dau- 
phiné pour les mettre à couvert, et qui avaient ordre de 
s'y rendre ; et de là j'allai jusqu'à Nice, jusques à Tu- 
rin , et de Turin à Genève , où j'arrivai avec mes six 
enfants par la grâce de Dieu, après avoir été un mois 
en chemin , souffert une grande fatigue et consumé ce 
que je pouvais avoir sur moi. Là, j'eus la joie de voir 
mon fils aîné , l'autre étant parti depuis deux ou trois 
mois avec Monsieur le baron de Prisse, le beau-fils de 
Monsieur le comte de Dona, pour avoir de l'emploi. 
Et comme l'on n'a pas jugé à propos que je restasse à 
Genève, je continuai ma route jusques à Nyon, où cha- 
cun fut touché de compassion à la vue de ma famille , 
ce qui m'obligea à me prévaloir de l'offre honnête que 
me faisaient des dames charitables de ce lieu à rece- 
voir deux de mes filles, en attendant que la providence 
divine y ait pourvu, et d'y laisser deux petites en pen- 
sion, après quoi j'ai pris les deux autres à Berne avec 
moi, dont l'aînée est partie pour Bâle joindre Madame la 
comtesse de Dona, et l'autre est encore auprès de 
moi. » 

Ajoutons à ce récit émouvant que l'aînée des filles 
de la baronne d'Arbaud de Fourques fut emmenée par 
son père dans un couvent d'Arles sous prétexte d'un 
voyage d'affaires, et que la jeune fille, ayant eu plusieurs 
entretiens avec le provincial des Carmes, abjura, quel- 
ques mois après, le protestantisme entre les mains de 
l'archevêque d'Arles qui , pour donner à cet acte le 
plus de solennité possible, officia lui-même. Le baron 



LE DÉSERT. 48^ 

d'Arbaud, de retour dans sa maison et ne retrouvant 
pas sa femme et ses enfants . se hâta de réclamer leur 
arrestation auprès du secrétaire d'Etat, mais ils étaient 
déjà à l'abri de toute atteinte (i). 

La fuite héroïque de la baronne d'Arbaud émut con- 
sidérablement les esprits en France et en Suisse, et un 
poète du temps en fit le sujet d'une éloquente élégie , 
qui renferme une épître que le baron est censé écrire à 
sa femme et la réponse de celle-ci. On la trouvera dans 
le Bulletin de la Soeiété de l'histoire du protestantisme 
français^ t. XXI, p. 478-485. 

CONFISCATION DES BIENS DES RELIGIONNAIRES FUGI- 
TIFS ET DES CONSISTOIRES (1685-1689). 

Louis XIV manifesta bientôt l'intention de se saisir 
des biens des religionnaires fugitifs. Les intendants des 
provinces reçurent des instructions dans ce sens. Pierre 
Cardin Lebret, nommé en avril 1687 à Tintendance de 
Provence, charge qu'il cumula quelques années après 
avec celle de premier président du Parlement d'Aix, 
faisait connaître au ministre Charles Colbert , marquis 
de Croissi, les difficultés qu'il rencontrait dans l'accom- 
plissement de sa tâche. « Quoique le nombre des nou- 
veaux convertis de cette province , » lui écrivait-il le 
9 août 1687, « ne soit pas considérable, ils sont dis- 
persés en tant de lieux différents , qu'il faut beaucoup 
de mal pour être exactement informé du nom et des 
facultés de ceux qui, au préjudice des défenses portées 
par les déclarations du roi , ont passé dans les pays 

(i) Baum , Les Eglises réformées de France sous la croix, p. 28-p ; — La 
France protestante , 2= éd., vol. I, p. 307-511 ; — Adolphe Michel, Louvois et 
les protestants, p. 188; — Depping, Correspondance administrative , t. lY , 
p. 596; — Archives de la famille Maurice. 



488 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

étrangers ; et en attendant que, par les mesures que j'ai 
déjà prises, vous puissiez être informé plus sûrement et 
dans le détail de ce en quoi consistent les effets que 
les fugitifs ont abandonnés, j'ai cru que je devais pren- 
dre la liberté de vous envoyer l'état général ci-joint, qui 
contient tout ce que j'ai trouvé dans les mémoires et 
procédures que M. Morant m'a laissés sur cette ma- 
tière, car bien que je sache qu'il n'est pas aussi exact 
qu'il aurait été à désirer, je suis persuadé que ce qu'on 
reconnaîtra dans la suite y avoir été omis ne se trouve 
pas fort considérable. » 

Peu après, Lebret demanda au roi (5 décembre 1687) 
que les revenus des biens des religionnaires fugitifs fus- 
sent appliqués aux hôpitaux généraux qu'il travaillait à 
établir dans les principaux lieux de Provence (i). Nous 
ne savons si Louis XIV accéda à son désir, car sa 
jurisprudence varia sur l'emploi de ces biens. Ainsi, 
son édit du 22 décembre 1689 portait que lesdits biens 
appartiendraient aux plus proches parents ou aux créan- 
ciers des fugitifs. Et comme il n'était pas toujours facile 
de découvrir la nature et l'étendue de ces biens , il fut 
décidé plus tard (2) que les personnes qui les feraient 
connaître jouiraient des remises suivantes : Pour les 
biens dont le revenu serait de 100 livres jusques à 
500 livres inclusivement, moitié dudit revenu; pour 
ceux de 600 livres jusques à 900 livres , un tiers dudit 
revenu; pour ceux de 900 livres et au-dessus, un quart. 

Quant aux biens ecclésiastiques, Louis XIV, déjà 
avant la révocation de l'édit de Nantes et, par ses dé- 
clarations de 1683 et de 1684, avait accordé aux hô- 
pitaux la plus grosse portion des biens des consistoires 

(i) Bibl. nation., fonds français, n°8952. 

{2) ArrU du Conseil du roi du 9 février 1757, • — Ordonnance de l'intendant 
de Provence du 15 avril 1738 (Arch. commun, de Lourmarin). 



LE DÉSERT. 489 

des églises interdites, et il décidait en 1686 et 1689, 
après la Révocation, que ce seraient les hôpitaux, les 
plus rapprochés des consistoires qui. hériteraient de leurs 
biens. 

En Provence, l'hôpital général de la ville d'Aix, sur 
la demande de ses administrateurs et conformément à 
l'avis de Lebret, fut mis en possession, par un brevet 
du roi du 6 novembre 1689 « des biens des consistoi- 
res des- temples... démolis dans la province, comme 
aussi [de] la jouissance, mais pendant trois ans seule- 
ment, des fruits et revenus de ceux du sieur et dame 
de Caille, habitants de Manosque, sortis du royaume 
au préjudice des défenses portées par les déclarations 
de Sa Majesté, à la réserve toutefois de 2000 livres... 
payées à chacune desdites trois années aux jésuites de 
la ville d'Aix. » L'hôpital d'Arles, qui était beaucoup 
moins riche que celui d'Aix (i), rédigea en 1688 un 
projet de requête au roi pour réclamer la moitié des 
biens concédés à ce dernier, et la totalité « des fruits , 
rentes et revenus des biens des gens de la religion pré- 
tendue réformée de ladite ville d'Arles... sortis du 
royaume; » mais nous ne savons s'il y fut donné suite (2). 

La jurisprudence royale, du reste, varia aussi sur ce 
point, car, en janvier r688, le roi promulgua un édit 
qui réunissait purement et simplement au domaine royal 
les biens des consistoires et ceux des protestants fu- 
gitifs. Un arrêt du Conseil du 8 janvier 1689 nous ap- 
prend d'un autre côté qu'une partie de ces biens fut 
employée au paiement des pensions faites aux protes- 
tants dont on avait acheté les conciences, et un édit 



(i) En 1698, l'hôpital d'Aix avait 50,000 livres de revenus, et celui d'Arles 
seulement 20,000 livres {Mémoire sur la généralité de Provence, Bibl. nation., 
ms. fond français, n" 22205). 

(2) Le Christianisme au dix-neuvième siècle, ii» année, n" 44, p. 547 et M^- 



490 histoire: des protestants de Provence. 

de décembre de la même année porte que « les biens 
des consistoires seront employés à des hôpitaux et œu- 
vres pies. » 

Quant au mode d'administration de ces biens , il va- 
ria suivant les circonstances et nous voyons la régie 
les arrenter quelquefois aux communes sur le territoire 
desquelles ils étaient situés. C'est ainsi que Cabrières- 
d'Aigues payait à la régie une redevance annuelle de 
45 livres pour des biens estimés 900 livres de capital. 
Autrement ces biens ne rapportaient pas toujours de 
grandes sommes à l'Etat, car Lebret , dans une lettre 
du 5 décembre 1687, écrit au marquis de Croissi que 
la meilleure partie de leurs revenus consumait a en 
frais de justice, de régie et de commissaires. » 

Mentionnons, en terminant ce sujet, une ordonnance 
de Lebret du 16 mai 1693 ' autorisant les habitants de 
Cabrières-d' Aiguës, réfugiés à Genève, qui avaient 
abjuré le protestantisme dans cette ville, à rentrer en 
France et dans la possession de leurs biens , à condi- 
tion qu'ils rapportassent un certificat de catholicité de 
d'Iberville , résidant du roi à Genève (1). 

ÉDUCATION CATHOLIQUE FORCÉE DES ENFANTS DES RE- 
LIGIONNAIRES. RÉSISTANCE DES PARENTS. ESPION- 
NAGE. IGNORANCE DES CURÉS (1698). 

Louis XIV prit une série de mesures pour que les 
enfants des protestants fussent instruits dans la religion 
catholique. Tous les maîtres d'école réformés furent 
remplacés par des catholiques. Dans les paroisses pau- 
vres ou récalcitrantes , leur entretien fut en partie à la 
charge du roi; et les parents reçurent d'autre part l'or- 

(i) Arch. commun, de Cabrières-d'Aigues. 



LE DÉSERT. 49 I 

dre d'envoyer leurs enfants aux écoles, instructions et 
catéchismes des curés, sous peine de les voir élever 
loin d'eux et à leurs frais : les fils dans des collèges, 
les filles dans des couvents , et les pauvres dans des 
hôpitaux (i). Des ordres particuliers furent aussi adres- 
sés aux maîtres d'école pour qu'ils conduisissent à la 
messe les enfants des nouveaux convertis. Lorsqu'il 
s'agissait de religionnaires considérables par leur po- 
sition ou leur fortune, contre lesquels les intendants 
n'osaient pas sévir, Louis XIV délivrait à ces derniers 
des lettres de cachet spéciales pour enlever leurs en- 
fants. C'est ainsi que les fils d'un protestant nommé 
Lieux furent enfermés dans un collège (12 mars 1698), 
et une demoiselle Gassand dans un couvent de religieu- 
ses à Sisteron (i 5 mai 1 598). 

Nonobstant ces mesures tyranniques , les parents ré- 
sistaient dans certaines localités où les protestants 
étaient en nombre et demeuraient attachés de cœur à 
leurs anciennes croyances, quoique nominalement ils 
fussent devenus catholiques. La lettre fort incorrecte 
qui suit, écrite de Lourmarin à Lebret , par un corres- 
pondant anonyme , vraisemblablement le curé de la pa- 
roisse , est caractéristique sous ce rapport : 

« Lourmarin, ce 4 mai 1698. 

« Monseigneur, le mépris qu'on fait de vos ordres, 
et par conséquent de ceux de notre grand roi dans ce 
lieu , m'oblige de vous avertir que ceux à qui vous les 
adressez (2) en tiennent fort peu de compte de les faire 
mettre à exécution, ne sachant point encore si on leur 
graisse la patte pour cela ; car cette maudite canaille 
de huguenots n'épargnent rien pour détourner et tra- 

(1) Lettres de cachet des lo et 25 mai 1686; — Déclaration du 16 no- 
vembre 1700 et du 18 février 1698; — Ordonnance du 8 novembre 171 5. 

(2) Sans doute les consuls. 



492 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

verser l'intention de notre bon roi. Vous serez averti 
toutes les semaines si ceux à qui vous envoyez les or- 
dres après que vous leur aurez menacé de les faire 
mettre dans une citadelle , ne le faisant pas comme il 
faut, suivant l'intention du roi. De cent enfants il n'en 
va pas six à la messe ni au catéchisme, pas une fille seu- 
lement. Quand on a été obligé d'en faire mettre un en 
prison, on s'est contenté de la lui faire voir et de le 
mettre ensuite aux arrêts du château , qu'il était mieux 
qu'à leur maison : ce qui donne à cette canaille de se 
moquer de notre religion et de vos ordres, et par con- 
séquent de ceux de notre grand roi. J'ai cru que je ne 
vous devais pas cacher plus longtemps la chose ; mais 
brûlez ce billet si vous voulez savoir toutes les semai- 
nes si on fait leur devoir. » 

Le comte de Grignan avait aussi ses espions. « Je fais 
demeurer sous divers prétextes, » dit-il, « des gens de 
confiance dans les contrées de cette province où il y a 
de nouveaux convertis , afin qu'ils observent leur con- 
duite , qu'ils m'en donnent avis et qu'ils soient à portée 
d'exécuter les ordres que j'envoie. » Un de ces espions, 
établi à Lourmarin , accusa un cardeur de laine , nou- 
veau converti, nommé Rouvet, d'avoir dit, le jour de la 
publication de l'ordonnance du roi relative aux désar- 
mements des nouveaux convertis, qu'on pouvait aller 
chercher ses armes, qu'elles étaient dans un lieu oii 
elles ne se mouillaient pas et qu'elles n'en sortiraient 
qu'avec deux balles dans le corps de celui qui cherche- 
rait à s'en saisir. Rouvet fut jeté pour ce fait dans un 
cachot à Aix , mais le démenti énergique qu'il opposa 
à la dénonciation de l'espion du comte de Grignan le 
sauva des galères. 

Un correspondant anonyme de l'archevêque d'Aix , 
qui paraît avoir été un curé, lui écrivait de la Motte- 



LE DESERT. 493 

d'Aiguës vers le même temps : « Les nouveaux con- 
vertis de la vallée de Lourmarin commenceraient de 
vivre en catholiques s'ils n'en étaient empêchés par six 
de leurs principaux chefs , qui sont les nommés Auman 
et Thomas de La Motte-d'Aigues, le nommé Roux, no- 
taire à Cabrières-d' Aiguës, deux frères nommés Turet 
de Peypin, Aillaud de Lourmarin. Ce dernier a toujours 
fait semblant d'être bien converti ; cependant sa femme 
et ses enfants n'ont presque point paru à la messe ni à 
l'église. Depuis la lettre que M. l'intendant a pris la 
peine d'écrire pour les avertir des intentions et des or- 
dres du roi, surtout que les parents envoyassent leurs 
enfants aux écoles, ils les empêchent au contraire d'y 
aller. Avant la réception et la lecture qui a été faite de 
cette lettre , on voyait tous les jours quinze ou vingt 
petits garçons à l'école de La Motte et un beaucoup 
plus grand nombre au catéchisme et à la messe. Il n'y 
en a plus à présent qu'un seul. » 

Les nouveaux convertis de La Roque-d'Antheron 
étaient dans les mêmes dispositions d'esprit. Il faut dire 
que les curés étaient loin de posséder une culture litté- 
raire et théologique suffisante pour attirer à leurs in- 
structions les protestants, nourris jusque-là des prédi- 
cations de leurs pasteurs , qui avaient fait leurs études 
dans des académies et universités savantes sous la con- 
duite de professeurs éminents. A la cour, on en conve- 
nait aisément, et le ministre Boucherat écrivait à ce pro- 
pos à Lebret : « Les cures sont remplis d'ignorants et 
d'incapables d'instruire les peuples et particulièrement 
les nouveaux convertis et ceux de la religion prétendue 
réformée (i). h 



(i) Pour tout ce chapitre, voy* Biblioth. nation., fonds français, n<>8865 ; 
Adolphe Michel, Louvois et les protestants, p. 189. 



494 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

CONDAMNATIONS DIVERSES. ASSEMBLÉES RELIGIEUSES A 
MARSEILLE (1687-1690), 

Nous n'avancerons pas davantage dans ce récit sans 
mentionner les diverses condamnations pour cause de 
religion prononcées contre un certain nombre de pro- 
testants provençaux pendant les premières années qui 
suivirent la révocation de l'édit de Nantes. 

Déportés en Amérique en 1687 : Jacques Bousquet, 
de Lacoste; J. Fargues , de Peyroles ; Marguerite 
Vieilles, du même lieu. 

Condamnés aux galères : le 27 novembre 1687, 
Louis Souverain, de Saint-Etienne (par Lebret) ; le 
3 avril 1689, Moïse Reynaud , Etienne Jean et André 
Jean , de La Charce (par le comte de Grignan) ; le 
27 avril de la même année, Jacques Martin et Pierre 
Blanc, de Gigors (par le Parlement). 

Etaient sur les galères en 1689 : Boitias (ou Beau- 
tias) Pierre, âgé de trente-deux ans, sur ï Ambitieuse, 
de Marseille; EstranJean; Martin Jacques ; Renaud 
Pierre, âgé de trente et un ans; Renaud Moïse, 
son frère, âgé de quarante et un ans (libéré en 171 3); 
Etienne Jean et André Jean, mentionnés ci-dessus. 

Enfermée à la Tour de Crest : Jeanne Bonfils, de 
Sisteron , âgée de trente-trois ans , en 1702. 

Lebret condamna également aux galères plusieurs 
protestants originaires du Dauphiné : Jacques Bonnau, 
d'Orange, et Jean Bernard, de Venterol(27 juillet- 1 687) ; 
Alexandre Julien, de Tulette (i 5 décembre de la même 
année). 

Pierre Sautier, de Marseille, fut condamné à la même 
peine le 19 septembre 1690 par le duc de Broglie, gou- 
verneur du Languedoc. 



LE DÉSERT. 495 

Mentionnons encore l'arrestation d'un grand négo- 
ciant de Marseille , nouveau converti , nommé Baguet , 
que Lebret soupçonnait d'entretenir des relations épis- 
tolaires avec l'étranger, mais dont il annonçait la pro- 
chaine délivrance, dans une lettre du 14 juillet 1690, si 
la levée des scellés apposés sur ses papiers ne faisait 
rien découvrir de suspect (i). 

Les protestants provençaux, comme on le voit, fu- 
rent relativement peu frappés pendant cette période. La 
cause en est à la guerre de la Ligue d'Augsbourg, qui 
dura onze ans (1686-1 697), et pendant laquelle Louis XIV 
eut à lutter contre le duc de Savoie (1690-1696), qui 
s'allia avec l'Espagne et l'empereur d'Allemagne, en- 
vahit le Dauphiné, prit Embrun et brûla Gap (1692), et 
à la non moins longue guerre de la succession d'Espa- 
gne (1701 à 171 3), qui ouvrit de nouveau les portes du 
dauphiné au duc de Savoie (1708). On comprend que, 
dans de telles circonstances, le roi de France ait craint 
que, s'il persécutait à outrance les protestants de ses 
frontières des Alpes , ceux-ci ne se portassent à des 
extrémités fâcheuses et ne fissent cause commune avec 
les envahisseurs. 

Il est bon de remarquer, d'un autre côté, que les ré- 
formés de Provence, moins nombreux et plus isolés 
que leurs frères des autres provinces du royaume, pa- 
raissent s'être interdit, pendant un certain temps, de 
tenir ces assemblées rehgieuses du Désert, qui exaspé- 
raient la cour et provoquaient un redoublement de 
persécutions. 

Il faut toutefois faire une exception en faveur des pro- 

(1) La France protestante , t. X, p. 432 , 433 , 445 ; — Athanase Coquerel, 
Les forçats pour la foi, p. 287, 290, 291, 292; — Court, Hist. des Egl. réform. 
(ms. Court, n" 28) , t. I , p. 349 , 551 , 940, iijj , 1240; mss. de la bibl. 
nation., n° 89Ç2 , fol. 668 et 669, du fonds franc. 



496 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

testants de Marseille, qui, malgré les édits, eurent, vers 
ce temps, des assemblées de nuit en dehors de la ville. 
On lit ce qui suit, dans une dénonciation anonyme en- 
voyée à la cour : « L'on écrit et l'on assure de Mar- 
seille que , dans la bastide du sieur Reine Barne, Hol- 
landais et nouveau catholique , se font des assemblées 
de nuit. Il est véritable qu'on n'a pu encore rien prou- 
ver, mais ce qu'il y a de positif c'est que Reine et Mar- 
tin Barne, père et fils, ont paru toujours très mal con- 
vertis et encore plus mal intentionnés. Ainsi l'on croit 
qu'il serait à propos d'obliger le nommé Barne de ven- 
dre sa bastide. Le fond pourrait être mis ou sur la mai- 
son de ville de Marseille ou sur tel autre endroit que 
M. Lebret intendant jugerait à propos, afin que ces 
deniers ne sortissent point du royaume ; et on croit 
encore que ces mêmes deniers pourraient lui être ren- 
dus dans le terme qu'il aurait plu au roi de fixer, afin 
qu'il eût pour lors la liberté d'en user suivant sa vo- 
lonté. L'évêque de Marseille croit qu'il ne convient pas 
qu'on se doive fier à ces deux hommes et moins au 
fils qu'au père, qui a près de quatre-vingts ans (1). » 

Nous ne pensons pas que des assemblées religieuses 
de cette sorte se soient tenues ailleurs qu'à Marseille, 
grande cité où l'on pouvait facilement déjouer les recher- 
ches; et c'est à leur absence qu'est due en grande par- 
tie la disparition d'un grand nombre d'églises de Pro- 
vence , qui trouvèrent déjà dans le petit nombre de 
leurs membres et leur isolement au sein des popula- 
tions catholiques une source de faiblesse et de dépéris- 
sement. Nous citerons comme ayant complètement dis- 
paru vers cette époque les protestants d'Eyguières (2), 



(i) Arch. nat. TT, 247. 

(2) Lettres de Corleiz à Court des 4 et 14 mai 1755 (ms. Court, n° i, t. X). 



LE DÉSERT. 4^7 

Velaux, Manosque (i), Sisteron (2), Séderon, Riez, 
Roumoules, Thoard, Espinouse, Puimichel, Le Luc, 
Antibes et Lemps. 

VISITE DU PASTEUR ROGER EN PROVENCE (1719). 

Pendant les premières années du dix-huitième siècle 
nous ne trouvons aucun fait relatif aux protestants de 
Provence ; mais en 1 7 1 9 ces derniers furent visités par le 
célèbre pasteur Jacques Roger, de Boissière en Lan- 
guedoc , le restaurateur du protestantisme en Dauphiné 
et l'émule du non moins célèbre Antoine Court. Il 
quitta momentanément sa province à la suite du sacca- 
gement de la vallée de Bourdeaux par les soldats du 
comte de Médavid, commandant les troupes royales 
en Dauphiné (3). A sa voix, les protestants provençaux 
sortirent de leur long sommeil et Roger vit son minis- 
tère béni. « La contagion affligeant la Provence, » dit un 
Mémoire du temps (4), « le zèle des réformés se réveilla 
et les assemblées furent plus nombreuses; on chantait 
dans les bourgs et dans les villes et les villages haute- 
ment les louanges de Dieu. » 

Ceci doit surtout s'entendre des protestants des val- 
lées de la rive droite de la Durance qui, à raison de 
leur nombre relativement considérable, se fortifièrent 
mutuellement et résistèrent aux tentatives de conversion 
dont ils furent les objets. A partir de la visite de Roger, 
ils reçurent comme un nouveau baptême et ne craigni- 
rent plus de s'assembler au Désert pour célébrer leur 



(i) En 1720 , il n'y avait plus aucun protestant dans cette ville (Féraud 
Hist. du., poL, rel. et biog., p. 275). 

(2) De la Plane, Hist. de Sisteron, t. Il, p. iji. 

(3) E. Arnaud, Hist. des protest, du Dauph., t. III, p. 129-133. 

(4) Dans Ed. Hugues, Antoine Court, t. I, p. 67. 

32 



498 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

culte. Les événements extérieurs, du reste, vinrent en 
aide à leur courage ; car, pendant les premières années 
du ministère du cardinal André Hercule de Fleury, ancien 
évêquede Fréjus (1726- 173 2), les protestants de France 
jouirent d'une tolérance relative, qui cessa quelques an- 
nées après, sur les remontrances du clergé, qui se plai- 
gnait amèrement de ce que les édits du roi n'étaient pas 
exécutés. 

VISITE DU PASTEUR ROUX. ASSEMBLÉE DE CABRIÈRES- 
d'aIGUES. ARRÊT DE CONDAMNATION (1735-1736). 

En 1735, François Roux, natif de Caveirac et pas- 
teur dans le bas Languedoc (i), évangélisa les protes- 
tants de Provence sur la fin de mars. Le 27, il présida 
une assemblée à Baumettes près Gordes, où assistè- 
rent des protestants de Mouriès. Il se rendit ensuite 
à Eyguières; « mais un réformé des plus riches, » dit une 
pièce du temps (2), « ne permit point qu'on y convoquât 
aucune assemblée. D'ailleurs presque tous les réformés 
de cette église, qui avait autrefois un pasteur, sont tom- 
bés dans les erreurs de l'Eglise romaine. Le 29, il con- 
voqua une assemblée à Mérindbl avec un heureux suc- 
cès ; de là il se rendit à Lourmarin , qui sont presque 
tous des réformés, mais un réformé des plus riches 
s'opposa et empêcha la convocation de l'assemblée et 
le seul mot à' assemblée le fit tout trembler. Ensuite il 
passa à Cabrières [-d'Aiguës] et y convoqua une assem- 
blée en faveur des réformés de ce lieu et de ceux des 
villages voisins. Elle fut, dit M. Roux, assez nombreuse 
et la dévotion fort édifiante. Ledit M. Roux se serait 



(i) Etudiant au séminaire de Lausanne en 1728. 

(2) Lettres de Corteiz à Court des 4 et 14 mai 17;!? (ins, Court, n"' 1, t. X). 



LE DÉSERT. 499 

porté plus loin, jusqu'à Manosque, mais les réformés 
de Cabrières lui dirent qu'il n'y avait point de lieu pro- 
pre pour la convocation des assemblées ni de person- 
nes à qui on pût se fier. Ainsi , il fut obligé de rétro- 
grader et, à son retour, il fit encore une assemblée à 
Mérmdol et se retourna en Vaunage, le tout sans trou- 
ble et sans alarme du côté de l'ennemi. » 

Peu après le départ de Roux, le comte du Muy, 
commandant militaire de Provence , qui eut connais- 
sance de l'assemblée de Cabrières, chargea Brunet de 
Molan, subdélégué de l'intendant à Manosque, de faire 
des informations. Ce dernier entendit soixante témoins 
qui révélèrent les particularités suivantes : 

L'assemblée s'était tenue, dans la nuit du 30 au 
31 mars, dans la bergerie d'Antoine Orcel , ménager 
de Cabrières. Roux se faisait passer pour un marchand 
de soie et était accompagné de quatre étrangers. Il 
montait un cheval gris-pommelé , tirant sur le blanc. Il 
parlait français et s'exprimait quelquefois en mauvais 
provençal. Bien fait de sa personne , il avait le visage 
plein et brun clair, les yeux gros, les sourcils épais, le 
front grand , le nez un peu fort , une taille épaisse et 
haute de cinq pieds et deux ou trois pouces. Il était 
âgé de quarante-cinq ans et portait une petite perruque, 
un habit gris clair, tirant sur le ventre de biche, une 
veste noire et un chapeau bordé d'argent, qu'il changea, 
pour présider l'assemblée , en un autre sans bordure. 
Il avait été conduit à Cabrières depuis Mérindol par 
Paul Meynard dit La Bourdille et Jean René Meynard. 

Un protestant 4iommé Jacques Murât commença le 
service par la lecture d'un ou deux chapitres du Nou- 
veau Testament et le chant de quelques Psaumes. Après 
quoi le ministre, prenant pour texte ces paroles : « Que 
l'espérance du Saint vous serve de bouclier et la Pa- 



500 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

rôle de Dieu d'épée de l'Esprit » (Ephés., VI, 17), il 
prêcha pendant une heure sur la charité et les bonnes 
œuvres. On chanta le Psaume LI : « Miséricorde à un 
pauvre pécheur, Dieu tout puissant, selon ta grande 
miséricorde. » Le ministre prononça ensuite une prière, 
oij le roi et les personnes en dignité ne furent pas ou- 
bliés, et termina par ces paroles : « Mes enfants, que 
Dieu vous bénisse! » Murât (i) fit une quête qui rap- 
porta 8 à 10 fr., remis à Roux pour les pauvres de 
Cabrières. L'assemblée, qui comptait de cent cin- 
quante à deux cents protestants , se termina à minuit. 
La sainte Cène ne fut pas distribuée et aucun assistant 
n'avait des armes. Les consuls de Cabrières, quoique 
huguenots, n'y prirent pas part; le ministre ne prononça 
aucune parole séditieuse et on ne lui donna point d'argent. 
Le boulanger de Cabrières vendit vingt-quatre douzaines 
de pains de plus qu'à l'ordinaire. 

Telles étaient , dans leur touchante simplicité , ces 
assemblées du Désert, que l'on voulait faire considérer 
comme des conciliabules séditieux et dont les assistants 
étaient impitoyablement condamnés à mort ou aux ga- 
lères. 

Le comte Du Muy, au reçu des informations, cita 
huit religionnaires à comparaître à Aix, notamment Paul 
Meynard dit La Bourdille et Antoine Orcel. S'étant 
contredits et coupés dans leurs dépositions, ils reçurent 
l'ordre de demeurer à Aix à la disposition de la justice, 
mais ils jugèrent prudent de fuir. Le comte Du Muy se 
rendit ensuite sur les lieux, accompagné de deux compa- 
gnies du bataillon de milice de Fontanilles, dont l'une 
fut logée à Cabrières et l'autre à Mérindol , chez les 
religionnaires les plus compromis. Plusieurs d'entre 

(i) Jean-René Meynard, suivant une autre déposition. 



LE DESERT. ^01 

eux furent arrêtés et les officiers reçurent Tordre de 
découvrir le nom et la demeure du ministre ; mais ce 
fut peine perdue : aucun religionnaire ne voulut le 
trahir. 

Le roi, instruit de ce qui s'était passé, chargea, par 
arrêt du 22 mai 1735 , Jean-Baptiste des Galois , sei- 
gneur de La Tour et autres lieux , intendant de Pro- 
vence et premier président au Parlement d'Aix, d'in- 
struire et de juger en dernier ressort le procès « avec 
tel présidial ou le nombre des gradués requis par l'or- 
donnance. » La Tour rendit sa sentence le 24 mars 1736. 
Des 84 personnes inculpées, une fut condamnée à mort : 
le prédicant ; 6 aux galères perpétuelles : Jacques Mu- 
rat, négociant de Lourmarin ; Louis, Daniel et An- 
toine Roux, ménagers; Antoine Courbon , maçon; 
Pierre Jourdan (ces cinq derniers de Cabrières); — 4 a 
un bannissement de trois années : Daniel Jourdan, Jac- 
ques Sallon, Anne Estaillard (femme de Pierre Jourdan) : 
tous de Cabrières; Jean Clôt, de Mérindol. 

Ces onze condamnés étaient contumaces. 

Paul Meynard dit La Bourdille, cabaretier de Mé- 
rindol, fut banni pour dix ans, et Antoine Orcel, ména- 
ger de Cabrières, pour trois ans; trente-trois autres 
accusés furent condamnés à la confiscation de la moitié 
de leurs biens , de même que les précédents ; trente- 
neuf renvoyés absous; la bergerie d'Antoine Orcel, 
« démolie et entièrement rasée, » et l'arrêt affiché à 
Mérindol, Lourmarin et Cabrières. En vertu d'un second 
jugement de Latour, du 18 avril 1736, un poteau, por- 
tant l'arrêt du 24 mars 1736, fut dressé sur l'emplace- 
ment de la bergerie et le prédicant pendu en effigie à 
Cabrières. 

En envoyant une copie de ses jugements au roi, le 
26 mars , Latour, qui était un homme modéré, compre- 



502 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE, 

nant les véritables intérêts de l'Etat, écrivit à Phely- 
peaux, comte de Saint-Florentin, ministre d'Etat : 
(( Presque tous ces gens-là sont des paysans ou artisans 
qui n'ont point de bien ou fort peu , et les autres sont 
des bourgeois de village qui ont assez de peine à vivre, 
en sorte que tous ces misérables , qui ne sont pour la 
plupart coupables que d'une trop grande facilité ou tout 
au plus d'une ancienne, prévention pour la religion dans 
laquelle ils sont nés, seront réduits à l'aumône ou dans 
la nécessité de sortir du royaume, si notre jugement 
est exécuté à la rigueur. Il serait de la bonté et de la 
charité du roi de modérer ces amendes eu égard aux 
crimes et aux facultés des coupables. » Latour pensait 
aussi qu'il fallait faire grâce aux religionnaires condam- 
nés à des peines afflictives, qu'autrement ils quitteraient 
le pays : ce qui causerait à ce dernier un grand préju- 
dice. Le roi agréa la proposition de Latour, mais il 
voulait que les religionnaires qui pouvaient payer les 
amendes le fissent. 

Les biens des condamnés s'élevaient à la somme 
de 22,650 livres 4 sous 4 deniers, savoir 14,958 livres 
8 sous pour les religionnaires de Cabrières , 5,752 li- 
vres 16 sous 4 deniers pour ceux de Lourmarin , et 
1,942 livres pour ceux de Mérindol. Ils devaient payer 
la moitié de cette somme en vertu du jugement. Les 
condamnés offrirent 4,800 livres, soit 3,070 livres 
pour Cabrières (offre du 21 juin 1736); 1,080 pour 
Lourmarin (offre du 19 juin), et 150 livres pour Mérin- 
dol [idem] ; mais ayant été mis dans l'impossibilité de 
payer même ces sommes réduites par suite des. mau- 
vaises récoltes, ils demandèrent d'en être entièrement 
déchargés dans une requête adressée au comte de 
Saint-Florentin, où ils disaient, parlant d'eux-mêmes : 
« Comme ils sont presque tous misérables, et que la 



LE DÉSERT. 503 

mauvaise récolte de cette année les met hors d'état de 
payer cette somme , ils supplient très respectueusement 
Votre Grandeur de vouloir bien par charité leur procu- 
rer de Sa Majesté la remise entière desdits 4800 fr., et 
ils continueront leurs prières pour la conservation de 
Votre Grandeur. » Le roi ayant répondu que les con- 
damnés étaient solidaires et devaient payer les uns pour 
les autres, Lato ur fit remarquer que, s'il devait en être 
ainsi, les condamnés quitteraient la France. Quatre 
d'entre eux s'offrirent néanmoins à payer leur part des 
4,800 livres, savoir : Paul Meynard, Jacques Murât, Da- 
niel et Antoine Roux; mais comme ces trois derniers 
étaient contumaces et que, d'après les lois du royaume, 
aucune grâce ne pouvait être accordée à des condam- 
nés de cette catégorie, Latour fit remarquer que , s'ils 
n'étaient pas tous déchargés, Paul Meynard serait seul 
en état de profiter de la remise d'une partie de son 
amende. Nous ne savons ce qui advint de cette affaire, 
qui fut conduite avec une remarquable modération par 
l'intendant (i). 

ENLÈVEMENT DE FILLES PROTESTANTES (1740). 

De 1737 à 1741 on s'attacha surtout en France à 
arracher de vive force leurs filles aux religionnaires pour 
les faire instruire dans le catholicisme. La Provence eut 
sa triste part de cette persécution inhumaine. « L'an 
1740, » dit une lettre du temps (2), « dans cette époque 
sinistre et calamiteuse pour les filles des réformés , que 
les évèques faisaient enlever pour les enfermer dans des 



(1) Archives nationales, TT, 256, 257, ^ny; — Arrêt placard du 24 mars 17^6. 

(2) De M. de Montagni (Etienne Defferre) à Court du i; avril 1744 (ms. 
Court, n° I, t. X). 



504 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

couvents, on enleva la fille unique d'une veuve très riche, 
qu'on mit dans un couvent de religieuses d'Aix. Elle 
y est restée captive environ trois ans. Pendant que cet 
espace de temps s'écoule, la dolente mère me disait 
comme elle pourrait faire pour retirer sa fille d'un en- 
droit si contagieux. Il fut résolu avec l'oncle de cette 
orpheline et l'un de ses amis qu'il fallait l'enlever. Ces 
trois personnes seulement se transportèrent à Aix. Les 
deux hommes se tinrent à la porte du cloître et la mère 
sonna la clochette et [demanda] à voir sa petite. D'abord 
les religieuses lui firent beaucoup d'accueil et d'hon- 
nêteté, parce qu'elle était riche et leur faisait quantité 
de présents. On lui fit venir ensuite sa fille; elle la ca- 
ressa, elle la mignota et, la tenant par la main, elle la 
tira toujours du côté de la porte sans faire semblant de 
rien. Quand elle n'en fut qu'à environ trois ou quatre pas, 
elle la prit par les bras et la jeta dehors la porte entre 
les bras de ces deux hommes, qui attendaient avec im- 
patience ce cher dépôt. Dès qu'ils l'eurent , ils firent 
toute la diligence possible pour la mettre en sûreté. » 
« La même année 1740, » dit encore la même lettre, 
a dans un lieu qui s'appelait Joucas, [vivait] le nommé 
Antoine Robert dudit lieu et Jeanne Beridol , de Mé- 
rindol , son épouse. Ayant plusieurs filles, on lui en- 
voya trois cavaliers de la maréchaussée de la ville d'Apt 
pour lui en enlever deux entre onze heures et minuit. 
Ces émissaires de la tyrannie furent heurtés fortement 
à leur porte en lui criant que s'ils ne l'ouvraient sou- 
dainement, ils allaient la mettre par terre. La femme , 
se trouvant toute seule dans la maison, se leva de son 
lit tout épouvantée pour leur ouvrir et leur demanda ce 
qu'ils voulaient. Ils lui répondirent qu'ils venaient de la 
part du roi et de Monseigneur l'évêque de la ville d'Apt 
pour prendre deux de ses filles, Isabeau et Marianne. 



LE DÉSERT. 505 

Elle leur dit qu'elle ne savait point oij elles étaient. 
Alors lesdits cavaliers furent fouiller par toute la mai- 
son pour les chercher. Ne les ayant point trouvées, ils 
allèrent visiter le lit. En ayant trouvé une , nommée 
Marguerite, âgée de trois ans, ils dirent : « Puisque 
nous ne trouvons pas les autres , nous allons toujours 
prendre celle-ci en attendant ; » ce que la femme ayant 
entendu , elle courut au lit et prit sa fille entre ses bras. 
Un de ces bourreaux, n'ayant de l'homme que la figure, 
voyant cela, fut la prendre par les pieds et la tira comme 
s'il avait voulu l'écarteler ; mais comme, sans doute, il 
ne put arracher cette innocente victime d'entré les bras 
de cette tendre et affectionnée mère , il lui donna un si 
grand coup de poing qu'il la jeta sur le carreau et lui 
enleva en même temps sa petite. La peur que cette 
pauvre femme eut de cette funeste catastrophe lui occa- 
sionna une si violente révolution dans le sang que , de 
huit jours en huit jours , elle tombe morte et ne revient 
de ce pitoyable état que trois heures après. 

» Cette femme éplorée étant revenue à elle-même, 
envoya chercher son mari et lui raconta le cruel et bar- 
bare traitement qu'on lui avait fait et qu'on avait emmené 
leur fille Marguerite à la ville d'Apt. Ce récit fait, le 
mari partit sur-le-champ pour ladite ville. Il fut tout 
droit à l'évêché, et trouvant, en entrant dans la salle, 
que ces impitoyables bourreaux y étaient encore, il se 
jeta sur eux comme un lion en leur disant : « Malheu- 
reux! il faut que je te fasse comme tu as fait à mon en- 
fant; )) et si l'évêque n'y fût accouru , au bruit qu'il en- 
tendit, en lui criant : <■ Robert, Robert, que veux-tu 
faire ? » il l'aurait sans doute déchiqueté et mis en piè- 
ces. Mais il quitta prise pour répondre à l'évêque qu'on 
lui rendît sa fille. « Eh bien, amène-moi les deux au- 
tres, et je te rendrai celle-ci. » Ledit Robert dit qu'on 



5o6 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

les lui avait enlevées.- « Va, va, retire-toi, et amène tes 
filles dans ta maison. » 

» Ce bonhomme crut d'être en sûreté sur la parole 
de l'évêque, et envoya chercher ses filles qui étaient à 
Mérindol. Mais qu'il était crédule de se tenir assuré 
sur la simple parole d'un malhonnête homme , d'un ty- 
ran, d'un persécuteur, puisque, à peine quinze jours 
furent écoulés , que les cavaliers furent chercher chez 
lui pour prendre ses filles. Le tapage que firent ces 
estaffiers éveillèrent ledit Robert, qui se leva de son 
lit et sauta d'une fenêtre d'environ douze pans de hau- 
teur qu'il avait derrière sa maison; en même temps son 
épouse prit une de ses filles par le bras et la jeta par 
la fenêtre, qu'il reçut en son sein tout en chemise. Ce 
tendre et affligé père, ému de compassion de voir ainsi 
son enfant exposée à la rigueur du temps, se dépouilla 
de sa veste pour la couvrir, et lui, tout en chemise, la 
porta dans une bastide à une demi-lieue de leur maison. 
L'épouse, qui était restée, lorsqu'elle crut son mari as- 
sez loin, fut ouvrir sa porte à ces gens de sac et de 
corde en leur disant : « Que me demandez-vous, Mes- 
sieurs ? mes filles? Je n'en ai point. » Alors les cavaliers 
entrèrent et cherchèrent les filles par toute la maison. 
Ne les ayant pas trouvées après avoir vomi contre cette 
femme plusieurs injures et plusieurs duretés , ils se re- 
tirèrent en la menaçant qu'ils prendraient le petit qui était 
dans le berceau. 

« Six mois après ils revinrent de nouyeau à la charge, 
et, pour ne pas manquer leur but, ils usèrent de ce 
stratagème. Ils prirent avec eux le nommé Pierre Gau- 
din, qui se prêta pour leur faire ouvrir la porte. Ce cro- 
codile fut crier à la femme, qui était seule dans la mai- 
son , de lui venir ouvrir, qu'il venait pour lui rendre 
service, et lui ayant répondu qu'elle n'ouvrait point sa 



LE DÉSERT. ijO/ 

porte à une heure indue , il lui protesta de nouveau 
qu'il venait pour ses affaires : ce qu'ayant cru bonne- 
ment, elle vint lui ouvrir. D'abord les cavaliers se je- 
tèrent sur elle comme des furieux, mais, en ayant saisi 
un, elle le renversa par terre et, s'ils n'avaient été que 
deux , elle s'en serait défaite et les aurait battus cer- 
tainement, mais il fallut céder à la force. Tout ce qu'elle 
put faire dans le temps qu'on cherchait ses filles, ce 
fut de prendre son petit enfant qu'elle porta à sa belle- 
sœur, après quoi elle alla appeler son mari, qui était 
à un pré. a Mon cher Robert, » lui cria-t-elle, « viens 
vite : nous n'avons plus de filles; c'en est fait, on nous 
les enlève. » Cet homme courut de toutes ses forces , 
mais il ne fut plus temps ; en arrivant, il trouva ses filles 
attachées sur des chevaux. Il fut prendre son fusil; mais 
par bonheur il ne se trouva point chargé, car, s'il l'avait 
été, il aurait tué quelqu'un. 

» Les cavaliers cependant faisaient toujours chemin 
vers la ville d'Apt. Alors ledit Robert, ne pouvant faire 
autre chose, les suivit jusqu'à la ville , oij il fut trouver 
l'évêque pour lui dire les larmes aux yeux : « Ce n'est 
pas, Monseigneur, ce que vous m'avez promis de ne 
plus me faire enlever mes filles. » L'évêque lui répon- 
dit : (( Prends la plus jeune, si tu veux. — Il n'est plus 
temps de me la rendre à présent qu'elle est morte et 
qu'on me l'a tuée. — Est-ce que tu ne la veux pas ? 
Fais comme tu voudras, je suis content. — Pardonnez- 
moi, Monseigneur, je la veux ; car, quoi qu'elle soit 
morte , je la porterais avec les dents plutôt que de vous 
la laisser. » L'ayant donc emportée chez lui, elle mou- 
rut dix-huit jours après. » 

Le malheureux Robert perdit ainsi ses trois filles : 
la plus jeune âgée de trois ans, que les cavaliers de la 
maréchaussée avaient enlevée en premier lieu et qui 



>08 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

mourut évidemment des suites des violences dont elle 
fut l'objet, et les deux aînées , qui demeurèrent la proie 
de l'évêque. 

UN FAUX PRÉDICANT (1742-I744). 

Deux années après ces enlèvements, un prédicant 
hypocrite et éhonté, qui faisait trafic des choses saintes, 
vint présider, dans les églises des vallées de la rive droite 
de la Durance , des assemblées de jour et de nuit sans 
garder aucune mesure. C'était d'ailleurs un personnage 
étrange qu'une pièce du temps (i) décrit ainsi : « i° C'est 
un de ces fous et de ces téméraires qui s'en vont, tam- 
bour battant , mèche allumée , sans faire attention aux 
dangers qu'ils courent ; car si nos ennemis ne se sont 
pas saisis de lui, ce n'est pas à sa prudence qu'il en est 
redevable, mais à un pur hasard et à sa propre folie, 
parce qu'il traverse des villages papistes en chantant 
des Psaumes à plein gosier; il les chantait aussi dans 
les cabarets lorsqu'il était en débauche, profanant de 
cette manière les louanges du Seigneur; 2° c'est un 
menteur de premier ordre , les bonnes gens chez qui 
il allait loger m'ayant raconté plusieurs de ses men- 
teries et déclaré en même temps qu'ils ne croyaient pas 
la plupart des choses qu'il leur disait; qu'ils voyaient 
clairement que c'étaient de purs mensonges; 3° c'est 
un emporté , un querelleur , un de ces faux braves qui, 
pour la moindre bagatelle, ne parlent que de battre, 
que de massacrer, ayant eu deux ou trois disputes avec 
des jeunes gens, qui l'auraient étrillé d'importance si 
on ne les avait pas retenus; 4° c'est un avaricieux, qui 



(i) Lettres de M. de Montagni (Detîerre) à Court du 15 avril 1744 (ms. 
Court, no I, t. X). 



LE DÉSERT. 50Q 

n'a d'autres vues dans ce qu'il fait que ses propres in- 
térêts : cette âme vénale s'emparant de l'argent des 
pauvres qui se lève dans toutes les assemblées qu'il fait; 
5° il n'est pas non plus exempt d'orgueil ni de vanité; 
il en a une assez bonne dose : faisant parade de ce pa- 
trimoine d'iniquité qu'il se formait des deniers des pau- 
vres, montrant sa bourse à ses familiers amis, en leur 
disant : « Tenez, voyez, j'ai 40, 50 louis ; » oh ! que 
cela est rampant de se faire gloire de ce qui devait le cou- 
vrir de honte et de confusion ; 6° enfin c'est un farceur, un 
petit arlequin, car il montait en chaire avec un bonnet et 
un grand ruban bleu autour de sa tête , un petit collet de 
papier ; joignez-y encore un nœud fait avec un autre 
ruban bleu , qu'il mettait à son habit comme les femmes 
mettent à leur robe. Que dites-vous de ces ornements 
pontificaux? Si la chose n'était pas si sérieuse, rien ne 
serait plus risible ni plus comique que de voir monter 
en chaire , avec la gravité d'un sénateur, un pareil ori- 
ginal. Si les ennemis de notre sainte religion avaient 
été spectateurs de cette ridiculité , quel scandale n'en 
serait-il pas rejailli , quelles railleries piquantes n'en 
feraient-ils pas ? Cependant, il faut Tavouer, ce coureur, 
avec tous ces vices et cet équipage pédantesque, a pro- 
duit un certain bien parmi le bas peuple, qu'il a raffermi, 
car, pour les gens d'une certaine façon, ils n'en ont 
point fait de compte. Or, si un homme de cette espèce 
a fait du bien, quel progrès ne ferait-il pas, un pasteur 
animé de l'esprit de l'Evangile et orné de toutes les 
vertus essentielles à un ministre de Jésus-Christ! » 



VISITE DU PASTEUR DEFERRE (1744). 

Le pasteur Etienne Defferre , natif de Grand-Gallar- 



^10 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

gues, en Languedoc (i), qui nous a laissé ces derniers 
récits, les avait entendu raconter dans le voyage qu'il 
fit en Provence en 1744, trois ou quatre jours seule- 
ment après le départ du faux prédicant dont il vient d'être 
parlé. Il reçut des protestants de cette province un 
accueil enthousiaste. « J'ai été visiter, » dit-il (2), «. ces 
pauvres fidèles affamés et altérés de la parole de Dieu, 
qui demandent du pain, et personne ne leur en donne 
avec ces dispositions. J'ai été reçu , non pas comme un 
homme, mais comme un ange de Dieu. A voir l'em- 
pressement et l'ardeur avec laquelle ces enfants d'Israël 
venaient des villages et des hameaux pour me voir et 
pour m'entendre, on aurait dit que le Messie était 
arrivé dans leur contrée. Tous voulaient m'embrasser; 
tous voulaient m'avoir chez eux : c'était à qui mieux 
mieux. Ils me témoignaient beaucoup d'affection et de 
tendressse... Autant que j'en puis juger et que j'en ai 
pu connaître, ces descendants des Vaudois , qui ont 
enduré tant de massacres et de persécutions pour la 
profession de la vérité , n'ont pas entièrement dégénéré 
du courage et de la fermeté de leurs ancêtres. Il s'en 
ferait de très bons soldats de Jésus-Christ. » 

Defferre présida à Mérindol une assemblée de qua- 
tre cents personnes, « secrètement et avec toute la 
prudence possible, » et, s'étant transporté de là à 
Lourmarin , il s'apprêtait à en présider une seconde, 
quand il apprit que cinquante soldats marchaient sur 
Mérindol, cent sur Lourmarin et cinquante sur Cabriè- 
res. Les assemblées du faux prédicant avaient fait du 
bruit, et le commandant militaire de la Provence envoyait 
ces soldats pour les faire cesser. Defferre crut qu'il 

(1) Elève du séminaire de Lausanne en 1742. 

(2I Lettre de M. de Montigni , etc. — Sur Defferre, voy. La France pro- 
testante. 



LE DÉSERT. ^I i 

était sage de se retirer sur-le-champ pour laisser pas- 
ser l'orage, u Lorsque ces chers fidèles apprirent que je 
voulais m'en aller, » raconte-t-il ; « qu'il n'était pas pru- 
dent que je restasse plus longtemps dans leurs cantons, 
ils se mirent à pleurer et à s'attrister profondément. 
— Au nom de Dieu, me disaient-ils, notre cher pas- 
teur, ne nous abandonnez pas; au nom de Dieu, sou- 
venez-vous de nous , souvenez-vous que nous sommes 
de pauvres brebis abandonnées ; venez au moins nous 
visiter quelquefois. — Après quoi je me séparai d'eux, 
les larmes aux yeux , en leur promettant que je vien- 
drais les voir: ce que j'effectuerai, moyennant le secours 
de Dieu, lorsque les troupes se seront retirées. En 
chemin faisant, je bénis un mariage à Lacoste et, sans 
l'arrivée des troupes, j'en aurais béni plus de quarante, 
car il y en a plusieurs qui se sont mis ensemble sans 
être épousés ; les prêtres ne voulant pas leur accorder 
la bénédiction nuptiale sans qu'au préalable ils ne se 
confessent et ne communient : ce qu'ils ne veulent point 
faire. » 

Ce zèle touchant des protestants de Provence, cons- 
taté par d'autres pièces de l'époque (i) , décida le qua- 
trième synode national , réuni au Désert cette même 
année 1744, à leur accorder un pasteur, qui leur serait 
alternativement prêté par les provinces du bas Langue- 
doc et du Dauphiné , à commencer par la première , et 
qui desservirait en même temps l'Eglise d'Orange. 
Nous ne savons si cette décision fut exécutée à cette 
époque , mais elle le fut certainement plus tard , alors 
même que la Provence possédât un et même plusieurs 
pasteurs en propre (2). 

(i) Lettre de Desubas à Peirot du 19 février 1744 (ms. de nos archives 
particulières). 
(3) Les pasteurs qui firent des séjours temporaires en Provence en vertu 



512 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

MINISTÈRE DES PASTEURS LAFONT ET ROLLAND 

(1745-I747). 

Deux ans après, en 1746, le pasteur Lafont dit 
Fontenelle , qui avait fait ses études à ses frais au sémi- 
naire de Lausanne, d'avril 1745 à juillet 1746, s'établit 
en Provence , où , par son zèle , furent dressées les 
églises suivantes : Cabrières , La Motte-d'Aigues, Pey- 
pin-d'Aigues , Saint-Martin-de-la-Brasque (ces quatre 
églises formant une population protestante de douze 
cents âmesj , Lourmarin, Lacoste, Sivergues (15 famil- 
les), Mérindol et la Roque-d'Antheron (15 familles). 
Lafont , qui résidait habituellement à Lourmarin , paraît 
avoir exercé son ministère en Provence jusqu'en 1754. 
A cette époque, il desservait les églises du Poitou, et 
en 1774 celle du bas Languedoc. En 1750, il lit une 
courte apparition dans le Dauphiné. 

En mars 1747, Etienne Rolland, qui avait évangélisé 
le Dauphiné de 1729 à 1747, soit comme proposant, 
soit comme pasteur, visita les églises de Provence en 
vertu de la décision du synode de 1744, mentionné plus 
haut, et son ministère fut abondamment béni dans cette 
province. « Il fait des merveilles, » écrivait à Court, le 
29 juillet 1747, son collègue dauphinois, le pasteur 
Daniel Vouland, « tant par des mariages et des baptêmes 
que par des assemblées, quoique [sous] la croix, mais 
sans être inquiété ; et des marchands , qui sont venus 
de là-bas , nous ont dit qu'on ne voulait pas le laisser 
revenir, et lui s'y plaît aussi beaucoup. Je lui ai pour- 
tant écrit qu'il eût la bonté de revenir pour prendre nos 

de cette décision synodale furent : Etienne Rolland , 1747 ; Dusserre , entre 
1747 et 1749 ; Jean Encontre, entre 1754 et 17^9 ; François Saussine , idem; 
Jean Guizot, 1758; Pierre Puget, 1760-1761 ; Noë, 176Ç-1766. 



LE DÉSERT. 513 

arrangements, afin que, s'il veut adopter ces églises, 
nous sachions à quoi nous en tenir. >> 

Vouland écrivait encore au même Court , quelques 
mois plus tard (20 octobre 1747) : « Notre M. Rol- 
land est toujours en Provence, où il fait des merveilles. 
Il y a fait un grand nombre de baptêmes. Dans le mois 
de juillet, il écrivit à M. La Place (Pierre Rozan, pas- 
teur en Dauphiné) , qu'en arrivant il avait béni seize 
baptêmes , que depuis il en avait fait cinquante-quatre. 
Quoiqu'il ne parle pas des mariages, il est certain qu'il 
en a fait également. On y est fort content de lui et on 
ne veut pas le laisser revenir. Presque tous les protes- 
tants bourgeois et autres vont à ses assemblées. Nous 
lui avions écrit de venir à présent pour ranger ses affai- 
res, mais il n'est pas encore venu. » Rolland, qui s'éta- 
blit définitivement en Provence et résidait habituelle- 
ment à Cabrières-d' Aiguës, exerça son ministère dans 
cette province jusqu'en 1762. A cette date nous le per- 
dons complètement de vue (1). 

PERSÉCUTIONS DIVERSES (1749-I753) 

Ces événements se passaient pendant la longue 
guerre (i 741 -1748) de la succession d'Autriche, qui 
avait détourné l'attention de la cour de France des 
affaires protestantes. Il n'en fut pas de même dans les 
années qui la suivirent. Les persécutions sévirent cruel- 
lement dans tout le royaume, et la Provence en souf- 
frit comme les autres provinces. 

« Au mois d'avril 1749, » dit Court (2), « décédèrent à 

(i) Ms. Court, n" i, t. X.X,'.V^ partie, p. 31 J ; 2^ partie , p. 95 ; n» 7, 
t. 9 , p. 1 54 ; t- I î , p. 8 ; n» 17 , Q; — Edm. Hugues , Antoine Court , t. II , 
p. 414, 415 ; — Lettre de Martin à Paul Rabaut du 10 janvier 1774 ( Papiers 
Rabaut, III, D). 

{2) Mémoire historique dans le Patriote français et impartial, t. II, p. 5-7. 



514 HISTOIRE bES PROTESTANTS UE PROVENCE. 

Mérindol demoiselle Maynard, lemme veuve, et Paul 
Maynard , son fils , âgé d'environ cinquante ans. L'un 
et l'autre furent ensevelis dans la nuit et sans bruit, le 
même jour de leur décès; mais tant de précautions sont 
inutiles contre la violente calomnie. Le curé du lieu , 
nommé Lombard, que le dessein de nuire ronge depuis 
longtemps, saisit l'occasion, court chez l'évêque de 
Cavaillon, son diocésain, lui fabrique une histoire, et 
que ne lui dit-il pas ? Il lui dit que le convoi funèbre de 
la mère et du fils s'est fait avec tout l'appareil et tout 
l'éclat de la rébellion ; que le ministre des huguenots y 
marchait à la tête en robe noire , et que , pour insulter 
aux catholiques, on avait fait trois fois le tour, en pro- 
cession, de l'église paroissiale. Le prélat croit tout et 
en écrit aux puissances. Heureusement pour les pro- 
testants de Mérindol, on ordonne une procédure. 
M. Esmioli, lieutenant criminel de la ville d'Aix, le 
substitut de M. le procureur du roi, suivis d'un huis- 
sier et d'un greffier, tous autorisés par le Parlement 
d'Aix, font une descente sur les lieux; ils informent et 
verbalisent; mais plus leurs recherches sont exactes, 
plus elles se multiplient, et plus elles tendent à con- 
vaincre d'imposture le prêtre calomniateur. Cela n'em- 
pêche pas que Maynard, fils et frère du défunt, Jean 
Bouvier, bourgeois, et Paul Maynard, fabricant de 
laine, qui avaient été arrêtés avant les informations, ne 
tiennent longtemps en prison, et que le curé ne demeure 
impuni. » Les deux premiers furent privés de leur 
liberté une année et le dernier dix-huit mois au moins. 
<( Le 10 avril 1749, » dit encore le même auteur (i) , 
« Daniel (Etienne), dit La Montagne, mourut à Cade- 
net , en Provence. Un de ses voisins fut en avertir le 

(1) Mémoire historique, de , p. 159-141. 



LE DÉSERT. 515 

curé et lui demanda s'il voulait l'enterrer. Au refus du 
curé , quelques protestants enlevèrent le cadavre dans 
la nuit et furent l'enterrer à la campagne dans une fosse 
qu'ils avaient creusée exprès. Comme ils étaient épiés 
et qu'ils furent suivis par Pascal Béraud, chirurgien du 
lieu, et par quelques autres catholiques, qui étaient 
armés de pelles et autres instruments propres à remuer 
la terre, ils n'eurent pas plus tôt enseveli leur mort que 
ceux-ci , l'ayant exhumé , lui attachèrent une corde au 
cou et le traînèrent ainsi , au son d'un tambourin et 
d'un flageolet, par tout le village, et, dans chaque sta- 
tion qu'ils faisaient, ils frappaient le cadavre à gros 
coups de bâton en l'apostrophant ainsi ': '( Ce coup est 
pour telle assemblée où tu as été; celui-ci est pour 
celle-là. Ah! pauvre Montagne, tu n'iras plus au prêche 
à Lourmarin. » Las de cette manœuvre, ils attachent 
l'objet de leur fureur, par les pieds, dans un lieu élevé; 
ils lui ouvrent ensuite la poitrine et le ventre, lui arra- 
chent le cœur, le foie et les entrailles, attachent toutes 
ces parties au bout de gros et longs bâtons dont ils 
sont armés , élèvent ces bâtons aussi haut que leurs 
bras le peuvent permettre , et vont ainsi en procession 
dans les rues, en criant à gorge déployée : « Qui veut 
acheter de la fraîchaille ? » C'est la noble expression 
dont ils se servent. Las de cette nouvelle manœuvre , 
ils retournent auprès de leur cadavre , le coupent en 
quatre quartiers , le mettent dans un panier et l'empor- 
tent , de cette manière , chez le chirurgien. Tout cela 
fait du bruit, saisit d'horreur, excite des plaintes. Le 
magistrat ne peut s'empêcher de verbaliser. Il le fait, 
mais ce n'est que pour la forme. Personne n'est puni, 
et le chirurgien , qui passe pour le plus coupable , en 
est quitte pour quelques jours d'absence. » 

Ces horreurs n'empêchèrent pas le courageux pas- 



5l6 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

teur Rolland d'organiser des consistoires et de grouper 
les és:lises réformées en Provence en trois arrondisse- 
ments ou colloques (i). 

Là ne s'arrêtèrent pas les persécutions. On empri- 
sonna une foule de religionnaires qui avaient assisté à 
des assemblées du désert. « Les prêtres même, » 
disent des pièces de l'époque (2) , « allaient à la tête 
des détachements qui les arrêtaient. Le nommé Sambuc 
l'aîné a été conduit aux îles Saintes-Marguerites; 
MM. Payan frères, Penatel , un autre Sambuc et 
Arnaud, tous de Mérindol, de Lacoste ou de Gordes, 
sont en fuite et errent de lieu en lieu ; MM, Maynard , 
deux germains; M. Bovet des Aires, avec d'autres de 
.Mérindol, sont dans les prisons d'Aix. Ces mouve- 
ments et ces emprisonnements ont beaucoup alarmé les 
esprits dans cette province et y ont suspendu les 
assemblées. » 

Un protestant, nommé Jacques Martin, qui fuyait 
ces rigueurs, fut arrêté, en 1752, sur les frontières de 
la Suisse et emprisonné à Belley en Bugey {jj. 

Le 15 janvier 1753, le Parlement d'Aix rendit un 
arrêt confirmatif d'un arrêt antérieur, dont nous n'avons 
pu découvrir la date, qui fut obtenu contre divers habi- 
tants du lieu de Lacoste , et par lequel il était défendu 
aux juges de recevoir les défenses judiciaires des pro- 
testants , et ordonné aux pères de faire baptiser leurs 
enfants à l'église catholique , dans les vingt-quatre 
heures qui suivraient leur naissance, sous peine de cin- 
quante livres d'amende , et d'envoyer ceux qui étaient 



(i) Edm. Hugues, Antoine Court, t. Il, p. 276. 

{2) Lettres deVouland à Etienne Ctiiron du 6 janvier 17J0; de Court au même 
du 16 janvier 1750 (Correspondance d'Etienne et d'Abraham Cliiron); ms- 
Court, n» 7, vol. Il, p. 112; vol.X, p. 164; —Mémoire historique, etc., p. 95- 

(î) Ms, Court, n" 7. vol. XllI, p. i, 2, 144, 145. 



LE DÉSERT. )I7 

suffisamment âgés aux instructions paroissiales. Un 
grand nombre de parents, qui habitaient surtout les 
lieux de Gordes, Joucas et Sivergues, n'ayant point 
obtempéré à l'arrêt du Parlement, il n'y eut point de 
mauvais traitements qu'on ne leur fît subir pour les con- 
traindre à faire rebaptiser leurs enfants. « On mit chez 
eux des archers , à qui , outre la nourriture , ils étaient 
obligés de donner chacun six livres par jour. » Entre 
plusieurs qui eurent à endurer ce traitement ruineux, 
nous citerons le sieur Daunis, de Joucas, qui reçut 
une de ces garnisons le 4 février 1753 , et qui fut de 
plus conduit dans les prisons d'Apt, parce que son fils 
s'était marié au Désert. Les biens des trois autres pro- 
testants furent également saisis pour le même fait, et 
un habitant de Gordes fut même condamné à mort, par 
contumace, sous l'accusation d'avoir fait les fonctions 
de ministre (i). 

MINISTÈRE DES PASTEURS BÉTRINE, MARTIN ET PIC. 
LA PROVENCE ET LES SYNODES NATIONAUX (1754- 
1763). 

L'année suivante (1754), Jean Bétrine fut appelé en 
Provence. Il avait étudié au séminaire de Lausanne, de 
mars à juillet 173 1 , et desservit depuis les églises des 
Cévennes , de La Guyenne et de La Saintonge. Sus- 
pendu de sa charge en 1756, nous ne savons pour quel 
motif, il fut rétabli dans le saint ministère et remplaça 
Lafont (2). Comme lui, il fixa sa résidence à Lourma- 
rin. Député deux ans après, avec un ancien, au sixième 



(i) Mémoire historique, etc., p. 78-79; — Ms. Court, n" 7, vol. XIII, 
p. 144-145- 

(2) Lettre de Vouland à Court, du iç mars 17^4 (nis. Court, vol. XIII» 
p. 72). 



5l8 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

synode national du Désert, assemblé en 1758, il de- 
manda à la vénérable compagnie d'adjoindre la Pro- 
vence à une province voisine, pour qu'elle formât avec 
celle-ci un seul et même arrondissement synodal. 
Bétrine estimait que les églises et les pasteurs de Pro- 
vence étaient trop peu nombreux pour avoir droit à un 
synode particulier, et que, d'autre part, telle difficulté 
pouvait surgir qui nécessitât l'examen d'un corps ecclé- 
siastique possédant une autorité supérieure à celle d'un 
consistoire. Le synode général ne trouva pas à propos 
d'accéder à la demande des députés de Provence et les 
renvoya, en cas de différend, à quelqu'une des provin- 
ces voisines, conformément à ce qu'ordonnait la disci- 
pline. 

Bétrine et son ancien ayant exposé de plus , à la 
vénérable compagnie , le besoin qu'avaient les églises 
de Provence d'un ministre ou proposant, le synode leur 
accorda Joseph Picard, de Nîmes, étudiant au sémi- 
naire de Lausanne depuis 1754 ; mais ce dernier ne 
paraît pas avoir séjourné longtemps en Provence. 

Le synode national conféra enfin , à la Provence, 
le droit , dont jouissaient les autres provinces du 
royaume, d'envoyer au séminaire de Lausanne des pro- 
posants, qui seraient entretenus et formés gratuitement 
au saint ministère. 

Bétrine étant mort peu après (i) (en 1757 ou 1758), 
le pasteur Rolland, député au septième synode national 
de J7)8, représenta à la vénérable compagnie l'impos- 
sibilité où étaient les églises de Provence de fournir 
seules à l'entretien de la famille du défunt , dont la 



(i) Son fils Jean-Paul Bétrine, étudiant au séminaire de i_ausanne en 1761 
et consacré au saint ministère par le synode du bas Languedoc (Papiers 
Rabaut, I, E, p. 25). fut pasteur à Lourmarin en 1807 après la réorganisa- 
tion des cuites. 



LE DESERT. ^IC) 

détresse était grande. Le synode, ayant égard aux ser- 
vices rendus aux églises de France par Bétrine, accorda 
à sa veuve une pension de trois cent seize livres , qui 
devait être payée par diverses provinces du royaume , 
savoir : par La Saintonge , soixante livres ; le bas Lan- 
guedoc, cinquante; les basses Cévennes , trente; les 
hautes Cévennes, vingt-quatre; le Vivarais , vingt- 
quatre; le Dauphiné, vingt; le Béarn , douze; la Pro- 
vence, soixante et douze; le haut Languedoc, vingt- 
quatre. Paul Rolland , célèbre pasteur du bas Langue- 
doc, fut chargé de centraliser les cotisations et de les 
transmettre à la veuve Bétrine. 

Rolland , resté seul en Provence depuis le départ de 
Lafont et de Picard, et la mort de Bétrine, supplia le 
synode national de lui adjoindre un collègue. Le pas- 
teur Jean Martin, des hautes Cévennes, s'étant offert 
à aller en Provence , la vénérable Compagnie « l'y af- 
fecte pour toujours, » disent ses actes, « et fait les vœux 
les plus ardents pour le succès de son ministère. » 

Martin ne passa que quelques années en Provence et 
fut remplacé par le pasteur Jacques Pic dit le Jeune, 
natif *des hautes Cévennes, qui avait étudié au sémi- 
naire de Lausanne, en 1753. Il s'établit vers 1761 en 
Provence , et , comme ses prédécesseurs Lafont , 
Bétrine et Martin , il fixa sa résidence à Lourmarin. 
Député au huitième synode national de (763 , avec Ber- 
nard, ancien du synode de Lourmarin, il représenta à la 
vénérable compagnie qu'il était impossible à sa province 
de payer en entier les soixante et douze livres de la pen- 
sion de la veuve Bétrine , comme l'avait établi le sep- 
tième synode national de 1758. Le synode, tenant 
compte de sa réclamation , ht une nouvelle répartition , 
comme suit : Le Montalbanais , vingt-quatre livres; La 
Rochelle , vingt-quatre : la Saintonge et Bordeaux 



520 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

trente-six; le Périgord et l'Agenais, vingt-quatre; le 
Vivarais , seize ; le Dauphiné , douze ; le Béarn , douze ; 
les basses Cévennes, vingt; le haut Languedoc, seize; 
la Provence , quarante-huit. La pension était diminuée 
de quatre-vingt-quatre livres ; mais la veuve Bétrine 
était déchargée, à cette époque, d'un fils qui étudiait 
au séminaire de Lausanne. Les cotisations devaient 
courir depuis le mois de septembre 1758 et être 
(( payées d'année en année jusqu'à nouvel ordre (i). » 
La Provence avait, l'année même oij se réunit le 
huitième synode national, un proposant au séminaire de 
Lausanne, nommé Pierre Martin. 

PAIX PROFONDE EN PROVENCE. PREMIERS PASTEURS 

DE l'Église de Marseille (1751-1770). 

Autrement, la tranquillité la plus grande régnait dans 
la province. Les protestants y jouissaient d'une liberté 
presque complète. Leurs assemblées n'étaient inquié- 
tées d'aucune sorte, et le proposant provençal, Pierre 
Martin, qui étudiait au séminaire de Lausanne, comme 
on l'a dit, et qui termina ses études en 1765 , s'établit 
comme pasteur dans son pays , où il exerça son minis- 
tère jusqu'à la Révolution. 

Les églises de Provence voyaient donc s'ouvrir 
devant elles un avenir prospère. Ce fut tout particuliè- 
rement le cas de l'église de Marseille (2) , qui s'était 
considérablement accrue depuis la peste de 1720. Cet 
horrible fléau ayant fait périr la moitié des habitants de 

(i) Les actes des sixième et septième synodes nationaux, que nous citons 
dans ce chapitre, ont été imprimés dans Cli. Coquerel, t. I, p. 526; t. Il, 
p. 584, et La France protestante, t. X, p. 452 ; quant au huitième, il est encore 
inédit. 

(2) Lettre de Pic à Journet du 50 sept. 1765 et à Rabaut du 17 oct. 1765 
{Bulletin de la Société, etc., t. V, p. 260; — Papiers Rabaut, III, B). 



LE DESERT. 52I 

la ville, les magistrats, pour la repeupler, y attirèrent le 
plus monde qu'ils purent, et un grand nombre de protes- 
tants du Languedoc, du Dauphiné et de la Suisse s'y 
établirent, les uns comme ouvriers, les autres comme 
négociants, et prospérèrent. En 175 1, ils avaient pour 
pasteur un Suisse nommé Bridel , comme nous l'ap- 
prend une note exacte des ministres du Désert, de leurs 
femmes et de leurs pères (i), dressée, vers 175 1, sans 
doute par un des agents de l'intendant du Languedoc, 
Nicolas de Lamoignon dit Bâville , et 011 on lit ces 
mots : « Bridel, prédicant, fils d'un ministre suisse de 
ce nom, reste chez M. Butini, consul de Suède, en 
qualité de précepteur et fait d'autres fonctions en ville. 
Il pourrait cependant avoir décampé parce que, depuis 
trois mois, je n'en ai pas eu de nouvelles : c'est ce qui 
est aisé à voir. » Bridel était le chapelain de la colonie 
suisse de Marseille. 

A cette époque ou quelques années avant, les protes- 
tants de Marseille s'assemblaient , en cachette et de 
nuit, pour célébrer leur culte. Une dame de Vair, qui 
habitait une maison de la rue Noailles , ayant une 
seconde porte sur la rue des Feuillants, réunissait ses 
coreligionnaires pour prier Dieu. Les uns passaient par 
une rue et les autres par l'autre, pour ne pas éveiller 
l'attention. Un maître tanneur du quartier de Sainte- 
Claire les réunissait également. Quant aux enterrements, 
ils avaient lieu de nuit, par ordonnance du lieutenant de 
police, dans le cimetière accordé par la ville aux reli- 
gionnaires étrangers, en présence d'un délégué de la 
police et du gardien des clés du cimetière, qui signaient 
l'acte de décès. Il était situé au quartier des Moulins, 



(i) Bulletin de la Société, etc., t. Vil, p. 461-464; — Haberey et Boulet, 

Notice, etc. 



522 HISTOIRE DES PROTESTANTS DE PROVENCE. 

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